La fille de la bibliothèque

L’autre jour, j’ai revu cette drôle de fille à la bibliothèque. Lorsque j’ai levé mon nez de mes bouquins, elle était là, me fixant avec insistance. A cet instant, surprise, elle en a perdu le stylo qu’elle mâchouillait. Ce dernier a roulé sur sa table puis, est tombé sur le sol. Elle s’est précipitée pour le ramasser mais, s’est cognée la tête en se relevant. Le bruit généré a fait se retourner sur elle une demi-douzaine de regards agacés. Paniquée, elle a remballé illico toutes ses affaires et a quitté la salle avec précipitation.

tumblr_mps6v9MlEP1qjehcpo1_500

 

En la voyant s’enfuir, j’ai juste souri en coin.

Je sais ce que j’aurais dû.

Mais, avec les filles gauches, je n’ai droit qu’à des ennuis.

Alors, je les fuis.

Je fuis la faiblesse que j’ai pour elles.

Là, d’où j’écris

On y vient par un chemin pentu. Là, en haut de la colline, s’élèvent majestueux, deux corps de bâtiment qui protègent du vent un bassin turquoise.

Passé le portail défraîchi, la verdure envahit l’allée pierreuse. Les lauriers roses vous frôlent de leurs branches alourdies par les fleurs. L’odeur du maquis et le concert des cigales vous emportent plus haut dans le jardin.

L’entrée surgit au bout d’un large escalier de pierres grisaillées par le temps. Derrière l’imposante porte en bois, le hall accueille le visiteur dans une ambiance feutrée. Une douce lumière glisse sur les marches de l’escalier qui mène à l’étage.

2012-01-01 06.17.05

Au delà, en passant par l’obscurité de ancienne cuisine, un rayon de lumière traversant une porte vitrée vous attire vers la clarté de la nouvelle. Celle-ci est immense, inondée de lumière venant de vitres des deux côtés de la pièce. Une haute cheminée trône en son centre parmi les meubles peints.

A quelques pas de là, via un petit couloir éclairé par le soleil levant, mon antre est là.

C’est une petite pièce lumineuse encombrée de livres, de tableaux home déco et de sculptures de terre.

Seule ma Persane blanche m’y accompagne. Sans bruit, elle se love langoureusement dans le canapé chocolat proche de la porte. Elle seule ne me reproche pas le temps volé au monde réel. Elle seule comprend la nécessité d’écrire les mots dérisoires dans le silence de l’aube.

Alors, je m’installe dans un vieux fauteuil défoncé et j’allume mon ordinateur qui émerge d’un entremêlement de papiers, de crayons et de pinceaux. Peu après, l’écran, cette porte ouverte vers d’autres ailleurs, me salue.

Et me voilà partie pour un nouveau voyage, dans l’autre monde.

Le mec virtuel, quelle plaie !

Quoi ? Même pas un petit « Je t’aime ». Rien. Quand tu sais qu’il a lu ton dernier message il y a des heures et qu’il te fait mariner depuis (au mieux) ou qu’il t’ignore complètement vaquant tranquillement à ses autres occupations (le plus probable). Non, comme il dit « franchement tu te poses trop de questions Jul ! » Oui, c’est ça ! Et où tu songes de plus en plus à te dégoter une mignonne qui t’écriras des mots doux et n’oubliera pas de te souhaiter une bonne journée le matin. Oui, parce qu’un mec virtuel (même Bi) ça n’écrit pas plus qu’un mec réel en fait. Oui, parce qu’un mec virtuel ce n’est pas un mec de rêve, c’est juste un mec réel qui n’est juste PAS LA. Et même un mec virtuel potentiellement écrivain ça n’écrit pas plus. Dans tous les cas, les hommes se foutent complètement de ces petites attentions qui font nos jours et rendent plus douces nos nuits. Quand les mecs te font juste chier en réalité.

19245081.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Le seul truc que tu peux faire avec ton mec virtuel faute de lui arracher réellement les yeux, c’est d’imprimer sa pic et la découper consciencieusement en millions de confettis histoire de te soulager (un peu). Mais bon, deux minutes plus tard,  tu fais le pied de grue devant son blog ou son mur Facebook faute de pouvoir le faire devant sa porte. Non franchement rien n’arrive véritablement à te calmer.

Et puis tu t’imagines des trucs. Les pires. Tu hais déjà ces « bitches » qui « like » son dernier message sur Facebook (que tu n’as pas vraiment bien compris parce que t’es toujours autant une brêle en anglais) et tu t’imagines qu’il se trouve avec l’une (ou l’un) d’entre elles roucoulant bien physiquement. Et mettant en pratique tous tes conseils de drague, fier de sa toute nouvelle confiance gagnée grâce à toi. Bref, ces pensées toxiques te foutent gravement les nerfs. Et en fait, rien n’apaise la rage que tu sens monter en toi à mesure que les heures passent.

Il faut juste te rendre à l’évidence : il te manque cruellement. Tu l’aimes vraiment. Ta passion, elle, n’a rien de virtuelle et elle te fait souffrir bien factuellement. Oui, parce que le mec virtuel est aussi cruel que le mec réel. Et toi, tu as l’air aussi hystérique numériquement que tu peux l’être physiquement. Plus le temps passe, plus les mauvaises pensées t’assaillent comme de balancer sur le net une de ses « hot pics ». Mais bon, tu n’en fais rien (un truc trop définitif à ne réserver qu’en dernière limite).  Et tu te détestes de réagir comme ça car tu constates que tu ne vaux, toi non plus, pas mieux dans ce monde que dans l’autre. Ce monde n’est pas le monde des rêves, c’est juste une vague copie du vrai trafiquée sous photoshop. Ce n’est rien que le reflet déformé de tes sentiments, de tes actes et de tes pensées. Ce n’est qu’une réalité diminuée qui te désespère autant que ce qui est.

Hier, tu croyais que tu avais une vie plus belle ici. Aujourd’hui , elle n’ajoute que des douleurs supplémentaires à celles qui encombrent déjà ton esprit et ton cœur. Et tu ne peux que te rendre à l’évidence : le mec virtuel est aussi chiant que le réel.

PS : Quand en finissant ton billet, tu reçois juste un court message te disant qu’il est malade aujourd’hui et qu’il préfère lire un bon bouquin plutôt que de  te parler… Tu n’as plus qu’à te pendre, à écrire un livre ou à publier cette « fucking hot pic » sur un site BDSM juste histoire de rigoler (ou pas).

Avant d’entendre ta voix

J’ai toujours cette photo de toi, là sur mon écran. Une photo peut-être truquée. Une image de toi, réductrice sans doute, menteuse peut-être. L’image n’est rien qu’une virtualité de plus. Elle n’a pas plus de vie que nos mots échangés en DM. Tu as peur de me parler. Tu as peur de cette intimité là. Car, il y aura un peu de vie qui pénétrera, qui transpercera la froideur du réseau. Je ne connais pas d’avance mes réactions. Je serai sans doute intimidée, surprise mais, je serai plus proche de la vérité. Mais, sans y être réellement (ou complètement).

woman wearing black coat near railings
Photo de Kristina Paukshtite sur Pexels.com

 

J’ai autrefois voulu rencontrer des gens que j’avais connu sur Facebook. Autant, je n’avais pas été déçue lorsque je leur avais parlé au téléphone, autant j’avais déchanté lors que je les avais rencontrés en chair et en os. C’est pourquoi, maintenant, je préfère décliner lorsque que des connaissances du net souhaitent m’inviter à des manifestations dans la vraie vie. En fait, j’ai autant peur qu’ils me jugent que de les juger moi même. Alors, je reste mystérieuse.

Donc, aucune inquiétude à avoir. Aucun risque que je ne t’idéalise plus après ça (tout comme tu m’idéalises sans doute de ton côté). Tu me dis que tu as peur de prononcer certains mots. Ne t’inquiète pas non plus. Je ne suis pas certaine de pouvoir les dire de mon côté. Ou alors en m’étranglant (de rire). Je pense que nous aurons seulement une aimable conversation. J’aurais déjà fort à faire pour te comprendre et essayer de sortir une phrase censée avec mon accent à couper au couteau. Donc, aucun risque que cela ne dérape.

Je ne sais si j’ai de réels sentiments pour toi. Je sais seulement que je me sens mal les jours où je ne te parle pas. Je sais seulement que ma vie serait plus triste sans toi. Je sais aussi que tu ne veux pas être mon rayon de soleil. Mais, que tu le veuilles ou non, tu es une petite lumière qui perce mes volets clos. Juste la vie qui entre dans ma chambre pour me réveiller alors que j’étais endormie.

Quand tu traînes (encore) sur son blog

person sitting while typing on gray laptop
Photo de LinkedIn Sales Navigator sur Pexels.com

Parfois, je traîne sur ton blog par nostalgie.

Nostalgie de ton univers, nostalgie de tes mots, nostalgie de ton âme qui vibrait à l’unisson de la mienne.

J’essaie d’y deviner ton état d’esprit, espérant, mais sans trop y croire, que tu penserais encore un peu à moi.

Mais, je n’y lis rien. Il n’y a que ta façade nue et cette carapace opaque que tu t’es forgée pour ne plus souffrir.

Et je ne peux avoir que des regrets pour ce qui aurait pu et des remords pour ce qui fut.

Et je n’ai que des soupirs pour les mots que je ne t’ai pas dis et des larmes pour ceux que tu n’as pas compris.

Quand tu cherches une fin à ton roman

 

 

smoke-break-1Alors qu’épuisée par tant de jeux de rôles si décevant, Sophie se décida enfin de suivre le conseil de Théo et d’aller sur Second Life.

Là, après avoir revêtu l’avatar qui lui collait parfaitement, elle commença un voyage dans ce monde étrange et fascinant. Curieusement, elle s’y sentait parfaitement dans son élément. Elle était un homme ici. Il n’y avait plus aucun doute pour qui que ce soit.

Elle avait l’adresse de la maison de Théo. Elle s’y rendit sans peine traversant des lieux incroyables juste nés de l’imagination des «autres». Devant le portail cossu, elle hésita un instant. De quoi son aimé pouvait-il avoir bien l’air dans ce monde ? Elle entendait des bruits de rires d’enfants qui venaient d’un coin de l’immense jardin. Sans doute les enfants adoptés dont il lui avait parlé.

Elle sonna enfin, montrant sa tête à la caméra.

  • C’est Sofian !
  • Enfin, je t’attendais !  Répondit une voix masculine.

 

Egoisme Milano EXMACHINA Backpack MGmen's Store Pants and T-Shirt Rain @ Men Only Monthly.png

Elle aima de suite cette voix grave et douce. Le portail s’ouvrit automatiquement et elle s’avança dans l’allée goudronnée. Elle atteignit peu de temps après la demeure où Théo l’attendait sur le palier. Comment se pouvait qu’il soit aussi beau que dans ses rêves. Les deux avatars tombèrent immédiatement dans les bras l’un de l’autre.

  • Je t’ai tant attendu mon amour !
  • Tu es magnifique !

Les deux amoureux entrèrent ensuite dans la maison richement décorée d’oeuvres d’art de toutes nature.

  • J’adore ta maison. Souffla Sofian en retirant son perfecto et en découvrant son buste musclé moulé dans un T-shirt noir.
  • C’est beaucoup de travail mais, j’aime bien le résultat. Sourit Théo.
  • Quand tu disais que tu vivais ici bourgeoisement, c’était encore loin de cette réalité !
  • Il ne manquait plus que toi mon sexy boyfriend. Fit le jeune homme en s’asseyant à califourchon sur les genoux de son amant.
  • Oh baby, je suis si heureux d’être là…

Les deux amants s’enlacèrent de façon très sensuelle. Sofian glissant une main sous le tee-shirt griffé de son partenaire avant de la faire cheminer jusqu’à l’entrée de ses fesses brûlantes…

STOOOOOPPPPPP !

Franchement c’est quoi cette fin délirante ? Alors, voilà on baisse les bras. On laisse tout s’enliser dans une virtualité sans fin. Ce n’est pas digne de Sophie. Elle mérite mieux que ça ! Un véritable Happy End.

Treasure boy

Aujourd’hui, je me sens comme un aventurier des mers du sud ayant trouvé un trésor englouti. Un trésor fabuleux, seulement visible à mes yeux mais, que je ne peux ni toucher, ni emporter.

Je ne sais par quelle volonté de dieux maritimes en colère ce prodige trouve sa raison. Mais, leur malice est bien cruelle. J’ai tant navigué sur leurs flots déchainés, tant veillé de nuits à la recherche de phares improbables que je ne méritais pas cela.

Car, tel un Ulysse balloté entre leurs querelles infernales, j’ai erré des rives de la méditerranée jusqu’à la grande barrière de corail. J’ai cherché un graal mais n’ai croisé que de pales imitations.

Jusqu’au au jour où, débarquant sur des rivages hostiles, j’ai trouvé et décrypté la carte menant à ce trésor légendaire. Peu après, plongeant dans des eaux troubles, j’ai enfin aperçu ses merveilles. Mais, même en tendant les bras, je n’ai pu m’en saisir.

A ce jour, ne trouvant toujours pas de solution pour contrer ce sort funeste, je voudrais me noyer. Je voudrais me laisser glisser dans l’abîme pour serrer à jamais dans mes bras ce miraculeux butin.

Pour te serrer pour l’éternité dans mes bras, toi mon trésor, mon tout, mon absolu.     980x_Fotor

Le jour d’après

Quand tu comprends qu’il ne reviendra plus. Que tout est réellement fini entre vous. Que consulter en anonymous son blog Tumblr ne sert à rien. Que guetter un hypothétique message de lui est une perte de temps.

Alors, tu sais que plus rien ne sera plus comme avant. Que ce que vous avez partagé ensemble deviendra seulement des souvenirs. Des flashs imprimés dans ta mémoire qui s’effaceront peu à peu comme sur une vieille disquette périmée.

1e9af12a850ffd1bcb1e179ebf826a36          Et plus tard, des lieux et des mots te le rappelleront peut-être. Ils n’auront en tout cas pour toi plus la même signification, ni la même saveur. Jean Noir, tatouages, New York, livreur, bars, cocaïne, torse velu… Quand tu les liras, des images te reviendront. Celles rêvées. Celles réelles. Celles mensongères. Pour un temps, pour toi, elles auront la douceur de sa peau, le son de sa voix, le goût de sa bouche.

Le jour d’après, il ne te restera plus qu’à souffrir, un peu. Que tes entrailles se serrent un moment. Le temps nécessaire au sevrage. Et quand tu ne ressentiras plus rien, tu sauras que le poison de l’amour s’est évaporé. Qu’il ne brûlera plus tes veines. Qu’il ne hantera plus ton âme.
Et tu seras de nouveau vide. Car, rien ne pourra plus remplir cet abîme béant qu’est devenu ton coeur.

Quand vient le temps de la vérité…

 

Screen-shot-2012-10-29-at-14.09.09-695x400Ma jolie petite poupée, j’ai bien joué avec toi le temps d’un moment d’été. Mais cette nuit est la dernière et je n’aurais aucun regret.

Les idioties je les fais toujours l’été, c’est une saison de tristesse pour moi (Summertime sadness). Une saison où je sombre dans un spleen éternel comme une malédiction qui reviendrait à chaque solstice.

J’ai été avec toi bien plus loin qu’avec n’importe qui d’autre dans cet autre monde. J’ai ressenti des sensations vraies dans notre relation virtuelle.  Mais, je ne regrette rien. Je t’avais prévenu. Tu étais adulte et consentant.

Je t’avais prédit aussi la fin de cette belle histoire. Je t’avais dit qu’il n’y aurait pas de “happy end” mais juste milles larmes comme dans une tragédie antique ou un drame shakespearien.

N’oublie jamais que tu es une belle personne dedans et aussi dehors. Ne laisse personne te dire le contraire. Tu trouveras certainement quelqu’un qui verra en toi, ce que j’ai vu moi. Et cette personne sera très heureuse dans tous les cas. J’ai eu beaucoup de fierté t’avoir été ton “maître” virtuel. J’ai eu aussi tellement de joie de ressentir encore un instant le battement de mon coeur dans mon corps d’invisible.

A cette heure, je me sens si pathétique et triste. Je sais bien que c’est la fin. Maintenant, alors qu’ayant peu dormi et à bout de force, je t’ai jeté mes derniers secrets, je sais que rien ne sera plus comme avant. Mais, je ne pouvais pas tenir plus longtemps. Même si la nuit je mens (comme dirait Bashung), je ne mens jamais pour de mauvaises raisons. Je mens pour savoir qui je suis. Je mens pour trouver la vérité.

Internet est une bénédiction car il nous qui nous fait vivre mille vies. Mais, il  est aussi capable de nous les reprendre aussitôt. Tout peu s’effacer d’un “unfollow”. Tous ces moments incroyables peuvent disparaître ainsi dans la nuit froide du droit à l’oubli (pardon Prévert).

Je n’aurai que ce que j’aurai mérité. C’est une fatalité et c’est ma vie. Les amours internet ont la saveur salée et les fins amères des amours d’été. On s’écrira une fois ou deux, on s’oubliera en moins de deux.