Sans retour

A mon retour de vacances, je m’attendais à une réponse violente de Simon suite à mon départ brutal. Mais, il ne se passa rien. Rien. Je pensais, au moins, être déchargée de mon projet. Eh bien, non. Tout continua comme si de rien n’était.

Cependant, même avec ce calme apparent, je restais sur mes gardes. J’avais encore en mémoire les yeux brûlants de colère de mon ex-soumis lorsque je lui avais dit que je ne reviendrai pas. Peut-être pensait-il que ce n’était qu’une phase et qu’un peu de distance nous ferait du bien à tous les deux ? Peut-être voulait-il faire mine de m’ignorer, histoire que cela m’agace d’être oubliée si rapidement ? Je ne doutais pas que Simon avait plus d’un tour dans son sac et de la patience.

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Le fait est que je n’entendis plus parler de lui, jusqu’au jour où je reçus un long et étroit colis de sa part. J’ouvris le paquet et j’y découvris un coffret en marqueterie orné d’arabesques d’ébène. L’objet semblait ancien et de grande qualité. Avec un peu d’appréhension, je soulevai le couvercle. A l’intérieur, au milieu du capiton de velours rouge, il y avait une badine de cuir noir ornée d’un pommeau sculpté en or blanc. La lettre «  J » était gravée à l’extrémité. C’était un travail précis et précieux. Au fond du boitier, il y avait une carte avec une simple phrase :

« Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance. »  Charles Baudelaire.

Il n’y avait pas de signature, mais je me doutais que cela venait de Simon. Un bien étrange et ironique cadeau d’adieu. Je me remémorai à cet instant ma violence incontrôlée et ses fesses violettes. Je souhaitais chasser cette image de mon esprit. Je ne voulais pas être CETTE femme là. Je n’étais pas CETTE femme là. Mais, machinalement,  pendant que j’essayais de penser à autre chose, je fouettais l’air avec la badine. Le souvenir des sensations ressenties furent plus fortes que la raison. Je me sentis curieusement comme excitée. Comme si l’objet dans ma main était enchanté.

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En proie à je ne sais quel sortilège, je m’allongeai alors sur le canapé, relevai ma jupe légère et retirai ma culotte. Puis, je fis glisser lentement la badine entre mes petites lèvres, caressant le clitoris. Et, bientôt, comme possédée au contact de l’objet, je fis pénétrer le pommeau en moi. Peu après, je jouis dans un long râle de plaisir avant de m’assoupir.

Une heure plus tard, réveillée, j’essayai de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Je dus me rendre à l’évidence. En dépit de mes dénégations, j’étais bien CETTE femme. Et rien n’était plus fort que le plaisir que je ressentais à être CETTE femme. Non, je n’avais même pas besoin de l’excuse de l’amour pour être celle que j’étais devenue. Après quelques hésitations, j’appelai Simon sous prétexte de le remercier. J’entendis de la jubilation dans sa voix. Comme s’il avait toujours été persuadé que le côté obscur était une voix sans retour pour moi. C’était seulement la fin du chemin. Le lieu où convergeait tous mes propres désirs. Je lui ordonnai de venir chez moi sans tarder.

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Quelques dizaines de minutes plus tard, il était là. Il se précipita à mes pieds comme le bon soumis qu’il était. Nos jeux m’avaient manqués plus que je ne l’aurais cru. Sa soumission était pour moi un puissant aphrodisiaque. Après l’avoir positionné nu la tête en bas sur le canapé, je lui attachai les quatre membres aux accoudoirs et aux pieds du meuble. Puis, je lui glissai un coussin sous la tête avant de venir m’assoir sur son torse et d’enserrer sa tête avec mes cuisses. Je me relevai par instant pour le faire respirer entre les coups de langue qu’il me prodiguait, avec délectation, jusqu’à ma rapide jouissance.

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A la fin de la séance, repu, il se mit de nouveau à genoux et sortit un objet de sa poche de veste griffée : « Je ne suis pas l’homme, ni encore moins la femme, de tes rêves, mais veux-tu quand même m’épouser ? » La bague était splendide. Toute fille normale aurait poussé des cris d’étonnement ou de joie. Toute fille normale aurait accepté ou aurait demandé à réfléchir, avant de tomber dans les bras de son amoureux. Mais, je n’étais pas une fille normale. Au contraire, j’étais en colère. Simon avait brisé le pacte qui nous liait. Pas de sentiments. Pas d’histoires. Juste du plaisir échangé et rien d’autre. Je ne comprenais pas ce brusque revirement. Ou alors je ne le comprenais que trop. Il voulait me lier à lui d’un lien plus solide que mes cordes de Shibari. Il était bien comme tous ces hommes cherchant à brider la liberté des femmes, à se les approprier, même sous couvert d’une apparente soumission.

« Dois-je me justifier d’être tombé amoureux de toi. Tu es juste parfaite pour moi. Tu es celle dont j’ai toujours rêvé. Nous sommes faits l’un pour l’autre. » Je me croyais dans un mauvais roman à l’eau de rose. De telles fadaises sortant de sa bouche étaient insupportables. Je n’avais qu’une envie, c’était qu’il se taise. Je levai la badine pour le frapper au visage, mais il l’arrêta net avant qu’elle n’atteigne sa joue. Puis, tirant sur la tige, il m’attira à lui. Il passa ses bras autour de ma taille et tenta de m’embrasser sur la bouche. Je le repoussai violemment sur le canapé.

Puis, je le rejoignis et le pris à la gorge avec une de mes mains. Je plongeai mon regard dans ses yeux sombre et j’enfonçai ma langue profondément dans sa bouche. C’était comme si, je voulais non seulement lui prendre ses lèvres, mais aussi son âme. A cet instant, je le sentis s’abandonner totalement. Tous ses muscles étaient comme relâchés. « Tu m’appartiens, c’est tout ce qui compte » lui murmurai-je. Lorsque que je retirai ma main de son cou, il ne put répondre qu’un petit : « Oui, maîtresse. »

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Plutôt dépité, il quitta les lieux. Il n’avait pas l’habitude au quotidien que les gens lui résistent, qu’ils ne se vendent pas pour son argent ou sa renommée. Et alors que je le voyais, par la fenêtre, s’éloigner en taxi, j’admirais les reflets de la bague en diamant qu’il avait oublié de reprendre. Il avait voulu m’acheter avec des babioles dont je n’avais que faire. Voulait-il avoir sa petite domina à demeure, histoire d’assouvir ses sombres désirs dans un cadre plus conventionnel ? Ce faux soumis verrait bien sous peu comment moi j’envisageais la suite de notre relation.

 

Une réflexion au sujet de « Sans retour »

  1. Ah, les vacances au bord de la piscine, le beau verre de vin rouge, le rayon de soleil traversant le breuvage laisse une fine langue qui rougit les dalles de pierre.
    L’inspiration… Pour expirer sur le papier ces aventures toujours aussi ensorcelantes -vivement la suite…- qui me font vibrillonner le bas-ventre…
    Et cette relation si bien décrite. ce partage entre les plaisirs (pourquoi « obscure » ? / aux conventions ?), les remises en cause, les doutes mais pour finir, ce choix ferme et raisonnable…
    Encore une fois, merci.
    Prendre son temps ( moi-même, je plante des pépins de pommes, des noyaux de cerises… pour espérer voir pousser des arbres, un jour) et peaufiner, ciseler les mots sur le papier…
    Bonne continuation…
    Olivier

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