Rousse et rouste 

Après l’hystérie des derniers jours, j’avais besoin de me changer les idées. Je décidai un soir d’aller dans une boîte fréquentée par la communauté lesbienne. Je n’étais pourtant pas une habituée du milieu. Je ne m’y sentais pas légitime. Pas plus que dans l’univers hétéro d’ailleurs. Je n’étais d’aucun monde. Juste une passagère clandestine. Une apatride du gender.

Ce soir là, peu m’importait où j’allais, je voulais juste oublier l’impasse où je m’étais fourrée par mon arrogance et ma stupidité. Je désirais me soûler d’alcool et de musique. Et si cela ne suffisait pas, d’autres substances, illicites, feraient l’affaire.

J’entrai dans le club où certaines filles me dévisagèrent. D’autres me frôlèrent volontairement. Je sursautai, mal à l’aise, dans ce lieu propice à la promiscuité. Je filai direct au bar où je trouvai un tabouret vide sur le côté, dans l’ombre. De là, j’observai la clientèle d’habituées qui se déhanchait au son de Shape of you d’Ed Sheeran. Des filles de tous les âges riaient ou s’enlaçaient.


Après avoir commandé un mojito, mon regard se porta au fond de la salle où j’aperçus un attroupement. Je demandais alors à la barmaid tatouée et piercée des informations sur ce qui pouvait bien s’y passer. Elle sourit devant mon ignorance de newbie : «  Une fille qui s’offre » Je baissai les yeux, un peu honteuse de ma méconnaissance.

Je décidai néanmoins d’aller y voir de plus près. Arrivée près de la foule, j’essayai de mater la scène, mais sans succès. Je trouvai bientôt un petit promontoire pour m’élever. De là, je vis plusieurs femmes afférées auprès d’une autre allongée les cuisses écartées. On aurait dit un gang bang tout droit sorti d’un porno bas de gamme. Je me sentis plus gênée qu’autre chose et m’apprêtai à retourner au bar lorsque je reconnus l’offrande du jour. Ce n’était autre que la rousse incendiaire Coco. Celle qui avait sérieusement réchauffé mes dernières vacances de son incandescente et sauvage beauté.

Je fixai la foule fascinée, essayant de croiser le visage de sa compagne Mina, mais elle n’était visiblement pas de la fête. Alors, que Coco était maintenant saisie de violents tremblements liés au plaisir qu’elle avait reçu, je notai son regard perdu dans le vague. Était-elle droguée ou prise de folie pour perdre ainsi tout respect d’elle-même ?

À la fin de l’exhibition, je m’approchai d’elle. Elle me reconnut immédiatement et me sourit. Je compris alors qu’elle n’était ni sous l’emprise de stupéfiant, ni folle. Elle était juste à la recherche du plaisir absolu, brutal et sans limites. Alors que je l’aidais à se relever et à se rhabiller, elle m’embrassa dans le cou : « Merci, ma Domina en carton ».

Peu après, je lui offris un verre sous l’œil amusé de la barmaid. La rousse avait retrouvé sa splendeur habituelle. Elle demanda un cocktail maison avant de me narrer les derniers rebondissements de sa vie privée. Elle n’était plus avec Mina qui avait fini par se lasser de ses fréquentes incartades. Je buvais ses paroles tout en jetant des coups d’œil vers les filles qui rigolaient à l’autre bout du comptoir. Il s’agissait du groupe qui avait partagé l’affiche de la soirée avec Coco. Ces dernières semblaient fières de leurs exploits sexuels et illustraient leurs propos avec force gestes explicites.

L’une d’elles, une butch parmi les plus hardies, s’approcha de nous et vint relancer Coco : « Prête pour la saison 2 ma petite chaudasse ? »

La rousse lui répondit en lui montrant un doigt d’honneur. La butch revint à la charge, mais je m’interposai : « Elle t’a dit non. Ce n’était pas assez clair ? »

La fille toujours aussi arrogante me mit la main aux fesses et me lança : « Princesse, tu veux peut-être prendre sa place pour le second round ? »

« Ôte tes mains de mon cul, grosse conne ! »  Hurlai-je.

À ce moment, elle tenta de me toucher l’entrejambe, mais je lui administrai une clé de bras et lui poussai la tête sur le comptoir. Puis, tout en maintenant fermement la fille : « Quand on te dit non, c’est non! »

Cependant, l’une de ses amies qui n’avait rien perdu de la scène vint la défendre. Il s’en suivit une bagarre digne des meilleurs films de western qui s’acheva dans la rue suite à l’intervention des videurs. Entre-temps, j’avais pris un coup à l’arcade et un autre au coin de la bouche, sans compter ceux dans le ventre. Mais, en voyant les mines déconfites de mes adversaires, j’étais plutôt satisfaite de n’avoir rien perdu des gestes de self défense appris quelques années plus tôt.

Coco me proposa alors d’aller chez elle, car elle habitait tout près. Je la suivis avec peine. J’avais joué les caïds, mais j’étais plutôt mal en point. Cependant, mentalement, je me sentais libérée et plus puissante que jamais. Comme si la violence était un fruit défendu auquel j’aimais succomber pour me régénérer.


Peu après être arrivées dans son loft, Coco s’occupa de mes blessures et me sortit un sac de fruits congelés qui ferait l’affaire pour éviter les gonflements.

 » Jamais personne ne s’est battue pour moi. Je suis très impressionnée. De telles manières de voyou de la part d’une fille aussi BCBG, c’était inattendu. »

« Inattendue est mon second prénom. Il y a bien des choses que tu ne connais pas de moi. » Je glissai une main le long d’une de ses hanches qu’elle repoussa gentillement.

« Oui, bien des choses. Mais, pas maintenant, parce que là je suis claquée. » Souffla-t-elle avant de retirer ses vêtements et de me désigner le coin chambre.

Moi aussi j’étais fatiguée. Je m’effondrai à côté d’elle sur le lit défait placé contre le mur de briques blanchies. De là, j’avais la vue sur l’atelier de la jeune femme. Des mannequins portaient ses créations exubérantes destinées à l’opéra ou aux revues des grands cabarets. Dans l’obscurité, leurs silhouettes inquiétantes semblaient nous observer, comme prêtes à bondir dès que nous aurions les yeux fermés. Mais, j’étais trop à bout de force pour lutter ou m’enfuir. Coco me prit la main et, ainsi rassurée, je m’abandonnai au sommeil.

Au matin, je cherchai la belle qui était déjà au travail au milieu de tenues emplumées. « J’ai préparé du café. » Me lança-t-elle me désignant la cafetière qui trônait dans le coin cuisine. Je me levai avec peine et vins me servir une tasse. On aurait dit que j’étais passée sous un camion. Coco s’approcha et me tendit un tube d’anti-douleurs. J’en pris deux avant de filer vers la douche. Là je constatai dans le miroir les dégâts de ma sortie d’hier. Impossible que j’aille bosser dans cet état.


À ma sortie, elle vérifia mes blessures. Visiblement, tout se présentait bien, même si esthétiquement je n’étais pas au top. Elle me resservit un café et me tendit quelques tartines grillées. En admirant la belle rousse, je songeai que tout pourrait être si simple. Moi avec une fille attentionnée et douce. Mais, je n’étais pas du genre à aimer la simplicité, et Coco n’avait rien du repos de la guerrière. Je chassai cette pensée de mon esprit et me levai pour aller me rhabiller.

« Ne veux-tu pas rester un peu ? » Ses yeux étaient brillants d’un désir inassouvi. Mais, j’étais trop préoccupée pour ça. « Une autre fois peut-être. » Lui répondis-je d’une voix lasse. Puis, je l’abandonnai déçue, en déposant un sage baiser sur sa joue.

Je rentrai ensuite chez moi, tout en indiquant à ma société que je passerai la journée en télétravail.  Sur le chemin du retour, je cherchai des idées pour donner une explication logique à mon état. En effet, il faudrait bien que j’affronte le regard de mes clients et collègues ainsi que les questions de mon petit ami.

NDLR : j’arrête l’écriture de ce roman au travers de ce blog. Merci de l’avoir suivi ici.

2 réflexions au sujet de « Rousse et rouste  »

  1. Bonsoir, ce soir j’ai tenté par trois fois de Vous laisser mon commentaire et ces trois fois une erreur de « password » a fait que mes notations sont parties aux fins fonds de l’éther du web… Demain, promis….
    Bonne reprise, douce et légère…
    Respectueusement;
    Olivier
    PS : Mon indiscrétion m’a fait commettre une grossière erreur en voulant Vous connaître un peu mieux. Oubliez tout cela et restez le « Gosht web » avec sa part de mystères…

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  2. Je viens de relire Vôtre texte (ayant un peu de temps, je m’étais dit que j’essaierai de reprendre mon commentaire) mais je viens de lire que Vous cessez ce roman, en tous cas sur Vôtre blog. Qu’en est-il, Vous ne pouvez pas laisser cette merveilleuse Domina finir comme ça… Vivra-t-elle ailleurs ? J’aime Vos écrits, ces rebondissement « polardiens ». Vôtre héroïne trimbalant ses doutes. Humaine…
    Pourra t-on Vous lire ailleurs ?
    Rassurez-moi.
    Tendrement.
    Olivier

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