Triangle infernal

A la demande d’un lecteur accro à mon héroïne. 

Après mon intermède lesbien musclé, j’étais plus que jamais décidée à ne pas céder à l’insupportable chantage de Simon. Mais, Quentin, craignant pour sa réputation et sa carrière, ne me laissait aucun répit. Il voulait qu’on en finisse au plus tôt afin de récupérer les images compromettantes détenues par son rival.

Avec cette histoire, nos relations s’étaient quelque peu tendues et nous évitions de nous voir. Je me doutais que c’était bien ce qu’avait recherché Simon : détruire les sentiments que nous avions l’un pour l’autre. Un jour, prenant sur moi, je décidai de rencontrer mon ex soumis en territoire neutre, à savoir un bar de mon quartier. Je voulais le convaincre d’abandonner.

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J’arrivai la première dans l’établissement et me commandai un café. Installée sur une table en terrasse, j’allumai une cigarette, nerveuse. Bientôt, je l’aperçus descendant d’un taxi. Il était habillé plutôt décontracté chic : jean et t-shirt griffés portés près du corps. Il avait beaucoup minci depuis quelques temps et il semblait vouloir mettre sa nouvelle silhouette en valeur. Arrivé à ma hauteur, il retira ses Ray Ban et me salua de façon plutôt distante.

«  Tu voulais me voir Julia ? » Il ne perdit pas de temps. C’était dans sa nature. Il était toujours très direct.

«  Tu sais bien pourquoi, Simon ! Ce chantage est ridicule. Arrête de nous tourmenter comme ça. Quentin n’a rien à voir avec ce qui s’est passé entre nous. Je l’ai juste manipulé pour te punir. »

«  Mais, tu l’aimes ! »

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A cet instant, le serveur vint prendre la commande, essayant de comprendre ce qu’il pouvait bien se passer entre nous. Voyant notre gêne, il s’éloigna l’oeil goguenard, songeant sans doute à un couple illégitime. J’en profitais pour répondre à l’affirmation de Simon :

«  J’ai seulement beaucoup d’affection pour lui. Je t’en prie, si tu m’aimes encore un peu, abandonne ton stupide chantage. » Puis, après un temps de réflexion, tendant une main vers son entrejambe qui n’était plus en cage suite à mon retour de sa clé : «  Nous pourrions reprendre nos jeux… là où nous les avions laissés. »

Simon avait détourné la tête, de peur sans doute de céder à mon regard. Après un moment de silence, il repoussa ma main, se leva et me jeta sa sentence :

«  Tu l’aimes et cela te rend faible. Je n’ai que faire d’une Domina devenue une agnelle par la malédiction de l’amour. Vous viendrez à ce rendez-vous fixé ou je publierai sous 48h ! » Puis, il tourna les talons avant de héler un taxi et de disparaître dans la circulation.

Je m’en voulais de cet échec. Sa blessure d’amour-propre était trop profonde. Il ne me pardonnerait jamais de m’être moquée de ses sentiments à mon égard. J’avais gravement manqué de psychologie. A défaut de sortir grandie de cette histoire, l’expérience vécue ne cessait de me questionner sur moi même et mon rapport aux autres.

Dès le lendemain, via un SMS, j’acceptai la rencontre prévue avec Simon. Semblant vouloir profiter au maximum de son triomphe, il nous avait invité dans un restaurant huppé. Là, dans une ambiance plutôt tendue, il nous étala sa culture et sa légende professionnelle. Comme beaucoup de patrons de la nouvelle économie, il avait commencé dans le porno et les sites de caméra. Puis, peu à peu, il s’était diversifié en investissant dans des sites marchands.

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Je picorai à peine mon assiette, tellement son catalogue de chiffres et de noms me donnait la nausée. Quentin, quant à lui, buvait ses paroles, admiratif d’un tel parcours. Entre deux plats, je quittai la table pour aller fumer une cigarette à l’extérieur, laissant les deux hommes en tête à tête.

A mon retour, les deux convives souriaient jusqu’aux oreilles. Quentin me montra une clé USB qui était supposée contenir le film de sa nuit de débauche. «  Comment peut-on être certain qu’il n’y en a pas de copies ? »  fis-je sèchement en direction de Simon. «  Il n’y en a pas d’autre ! » Répondit-il tout aussi fermement. «  Qu’on en finisse donc ! » Soupirai-je alors.

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A ce moment, Quentin me fixa de ses beaux yeux : «  Simon, ne demande plus rien en échange. Au contraire, il vient de me proposer un job à responsabilité très bien rémunéré dans l’une de ses sociétés ! » Cette nouvelle, qui aurait du me rassurer, me fit l’effet contraire. Dévisageant mon ex-soumis, je notai l’étincelle de défi dans son regard. Je ne comprenais plus rien à sa stratégie.  Si ce n’était qu’il voulait garder la main, d’une manière ou d’une autre.

Je restai sur la réserve le reste du repas, observant la scène qui se jouait devant moi. Le patriarcat avait encore de beaux jours devant lui. Les générations se succédaient et n’étaient pas prêtes de céder le moindre bout de terrain. Je comprenais que j’étais juste le jouet de ces hommes puissants ou souhaitant le devenir. Juste un moyen pour asseoir leur pouvoir ou pour le conquérir.

Tout d’un coup, je compris que leur soumission n’était que de façade. C’était seulement une façon de prendre du plaisir tabou.  Un truc d’initiés, comme dans une société secrète. Chacun détenant des secrets intimes sur les autres. Une manière de plus de se démarquer du commun des mortels.

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La tête me tournait. Lorsqu’en jetant un coup d’œil sur mes messages, je reçus une confirmation que j’attendais, je souris. Je décidai de quitter la table sur le champ : «  Messieurs, je vous laisse à vos discussions sans intérêts. Ce ne fut pas un plaisir de vous avoir connu. Et j’en reste donc là pour ma part. Pas la peine de me menacer de quoique ce soit. J’ai démissionné de ma boîte pour passer à la concurrence. Adieu ! »

Je me dirigeai vers la sortie sans me retourner et filai vers la plus proche station de métro. Arrivée chez moi, je pris le sac qui m’attendait dans l’entrée et en ressortis illico. Je fourrai mon bagage dans ma voiture et roulai pour m’éloigner au plus vite de cette ville de dingues. J’avais l’intention de passer quelques jours au vert. Enfin libre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Triangle infernal »

  1. C’est donc le printemps qui frappe à ma boîte mél. Bonheur et surtout, merci. Comme quoi, la persévérance finit par donner… merci encore.
    Je n’ai plus internet chez moi et bêta que je suis, j’ai oublié mes loupes. Je copie donc Votre prose et la lirais yeux équipés afin de Vous transmettre mon ressenti. Bientôt pour de nouvelles aventures…Olivier
    Ps: je croise les doigts pour que ce courrier ne soit pas bourré de fautes de frappe…

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  2. Bien, bien. Le gars accro à l’héroïne a retrouvé ses loupes, et il n’est pas déçu.
    Vers quelles aventures allez-Vous donc embarquer cette (très) belle Domina ?
    Déçue des hommes-soumis, déçue de s’être fait manipuler, déçue d’elle-même…
    Libre, ça, c’est un beau mot final !!!
    Je vais Vous décevoir : j’attends la suite avec impatience… et, le printemps est arrivé. Youppie !!!
    Tendresses. Olivier

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