L’italien

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay.

Alors que je reprenais bien des mois plus tard le fil de mon histoire, je n’avais plus de doute sur ma vraie nature. Mais, je me sentais maintenant comme Lestat, le vampire d’Anne Rice, abandonné nouveau né au monde de la nuit et obligé de faire son apprentissage seul. Cependant, si lui avait eu l’éternité pour apprendre, moi je n’étais qu’une simple mortelle, soumise à l’horloge (biologique). Et, j’avais toujours de gros doutes sur le fait de pouvoir être un jour heureuse avec cette façon de vivre. Mais, comme il n’y avait plus rien d’autre qui me faisait vibrer, je devais simplement arriver à l’assumer. Des discussions sur internet avec certains membres de cette communauté – volontairement – obscure avaient levé mes dernières incertitudes. J’étais devenue une vraie et pure dominante. Une brute de fonderie, sans codes, ni règles, si ce n’étaient celles que je m’étais moi-même forgées.

Ce fut donc remplie de ces toutes nouvelles convictions, que je décidai de prendre quelques vacances en Italie. J’adorais ce pays, ce berceau de notre civilisation. Une contrée si proche de nous et pourtant si différente sur bien des aspects. Cette fois, j’avais choisi de visiter Florence, le joyaux de la Toscane. J’étais partie seule, aucune de mes amies n’ayant de temps ou argent pour me suivre. Ce n’était pas un problème pour moi. Les bonnes choses de la vie je les avais souvent savourées seule. Si chaque voyage constituait une étape supplémentaire vers mon accomplissement personnel, je ne m’attendais pas du tout à y vivre une des plus incroyables histoires de ma vie. Une des plus folles aussi.

Ainsi, après avoir pris mes quartiers dans un hôtel 4* de la rue Porta Rossa, j’avais filé illico vers le pont Alle Grazie pour traverser l’Arno. Je souhaitais aller admirer la vue d’ensemble de la ville depuis le belvédère de la Piazzale Michelangelo. Après une montée assez raide à partir de la porte San Niccolo, je fus attirée par l’entrée étroite d’un jardin odorant. J’espérais y trouver un peu de fraîcheur et un lieu pour m’y reposer.

Florence – Italie

Là, je parcourus avec lenteurs les petits chemins parfumés du Giardino Delle Rose. Le lieu portait bien son nom tant il était orné de nombreux massifs de toutes sortes de roses. Puis, je me posai sur un banc à l’ombre d’un arbre. De là, je pouvais admirer la vue splendide sur Florence. Perdue dans mes pensées, je ne le remarquai pas s’asseyant à mes côtés et je ne le découvris qu’au bruit du déclic de son imposant appareil photo. Voyant mon regard surpris, l’homme bredouilla quelques mots d’excuse en italien. Je lui fis signe que je n’étais pas gênée. Mais, quelques instants plus tard, je me levai et repris ma route vers le sommet.

Je ne le recroisai qu’une demi-heure plus tard, alors que je savourais un café glacé au bar sous le belvédère. Debout, au bord de la rambarde en fer, il était là. De nouveau à mitrailler la beauté au lieu de la regarder et de l’apprécier comme une parenthèse magique dans une vie merdique. Il n’était, hélas, pas le seul. Tous jouaient des coudes pour être au plus près du parapet, pour pouvoir y prendre qui un selfie, qui une photo de groupe accessoirisée. C’était le temps d’Instagram et du paraître plutôt que celui de la contemplation.

De ma chaise, je croisai de nouveau son regard noir et sa mise toute méditerranéenne. Il était grand et althétique, le cheveu brun court dégageant un visage volontaire. On sentait l’homme décidé. Une certaine force emmenait de lui, une assurance aussi. Il baissa les yeux devant l’insistance de mon regard. Je souris. Encore un dont j’aimerais faire ployer le genoux. Mais, je chassai bien vite la pensée obscène qui m’assaillait avant de me lever et d’attaquer la chemin du retour en direction de la vieille ville.

Au soir, alors que j’avais pris place au comptoir du restaurant La bossola quelqu’un s’installa sur le siège à côté. Je le reconnus aussitôt, l’italiano bello. Il me lança un «  buonasera » , suivi d’un simple « Hello » . Puis, nous poursuivîmes la conversation en anglais, cette langue passe partout, si pratique pour la vie quotidienne, mais si mal apprise qu’elle ne nous permet aucune nuance.

Avec son accent un peu italo-américain, je compris qu’il venait de Naples et qu’il se prénommait Max. Sa femme malade était partie prendre les eaux à la montagne et lui en avait profité pour s’adonner à sa passion pour la photographie dans l’un de ses spots préférés, la ville de Florence.

  • Vous n’êtes pas venu avec votre gros engin ?

Comprenant le double sens de ma question maladroite, je rougis, avant d’éclater de rire avec lui. Toujours les joies de l’anglais. Mais, beaucoup de paroles passaient sans un mot, par le jeu des regards. J’avais tout de la femme mystérieuse et mélancolique. Ajouté à cela la réputation irrésistible des françaises et la voix grave d’une femme fatale, j’avais tout pour exciter l’imagination.

Quand il me dit qu’il était flic et expert en investigation, je flippai un peu. Mais, vaguement excitée par cette idée, je lui demandai tout de go de me dire une chose étonnante qu’il dévinait de moi. Il me sortit ainsi ma pointure, ma taille exacte et mon poids.

A l’heure du café, alors que je lui demandais, par provocation, ce qu’il pensait de moi, il me renvoya un compte-rendu d’autopsie. J’étais plutôt négligée, pas assez féminine, même si j’avais un beau visage. Devant cette description peu flatteuse je me rembrunis et je me lançai à mon tour dans ce jeu de la cruelle vérité.

  • Vous êtes charmant et avez une belle prestance. Néanmoins, je sens de l’obscurité en vous. Comme des vieilles blessures qui auraient du mal de cicatriser.

Je sus que j’avais fait mouche à son regard qui s’assombrit encore plus. Piqué au vif, il se leva d’un bond et me lança :

  • Je crois que nous devrions en rester là pour ce soir. Rendez-vous demain à 8h15 à la galerie des offices.

J’étais soufflée par son aplomb et je le regardai s’éloigner avec mille questions en tête. Seulement, l’italiano bello voulait jouer à un jeu où j’étais passée maître. Je me sentis revêtir de nouveau mes habits de prédatrice. La partie ne faisait que commencer.

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