II.3 Dans mes cordes

Alors que la troisième semaine de confinement commençait en France, je débutai une nouvelle étape de ma relation virtuelle avec mon médecin sans frontières. Il m’avait avoué son prénom : Chris. Nos sympathiques discussions de salon avaient évolué. Mon interlocuteur souhaitait que nous faisions mieux connaissance au travers de jeux de rôles mêlant écrits et photos. Il se disait très attentif à l’autre. Et même de plus en plus, loin de ses pratiques passées de dominant qui ne le satisfaisaient plus.

De mon côté, je restais un peu sur mes gardes, car, même si je trouvais sa compagnie agréable, je ressentais comme un malaise. Il était compliqué pour moi de reprendre un rôle que j’avais abandonné en plein chaos. Il me fallait absolument rompre avec mon passé et gagner en douceur et sérénité. Cependant, je savais que je ne pouvais connaître de relation amoureuse sans que la passion dévastatrice ne s’empare de ma personne. Pour moi, aimer c’était avec passion ou rien.

Lui m’indiquait ressentir comme une sorte de boule au ventre. Mais, je doutais de cette curieuse inclination à la lumière des longues périodes off qu’il m’imposait. Je devenais folle durant ces moments là, contrôlant à longueur de journée mes mails, messageries et autres moyens de contact que nous avions en commun. Mais, rien. Lorsqu’il était off, il était off. Et malheureusement, pendant ces périodes là, je cogitais en négatif. Je l’imaginais mener de nombreuses vies parallèles. Cela renforçait aussi la perception que j’avais de notre relation. S’agissait-il juste d’une distraction pour lui ? Je ne me sentais pas l’âme d’une femme de réconfort ou d’un repos du guerrier. Pourtant, ses réactions me faisaient immanquablement ressentir cela, en plus du trouble grandissant généré par les jeux de rôles.

Plutôt embarrassée par mes mensonges passés, même s’il n’exigeait pas de moi le moindre nude, je décidai dès le lundi de lui balancer une photo de ma personne réelle. Comme il ne sembla pas déçu par cet aveu, je fus soulagée et entamai ma semaine avec un bel optimisme, malgré le contexte particulier du confinement que je supportais toujours aussi mal. Mon sommeil qui était redevenu presque normal avant cette période troublée, s’était rapidement dégradé et mes nuits s’achevaient souvent au bout d’un cycle. Le temps passé sur les écrans avec Chris ajoutait aussi à ma nervosité.

Daniel Craig as Doc Chris.

Mes parents, de leur côté, semblaient plutôt bien s’adapter à leur nouvelle vie de confinés. Mon père, qui avait toujours été un grand bricoleur, s’attelait aux travaux printaniers dans le jardin. Ma mère, après avoir accusé le coup suite à la fermeture de ses associations, se plongeait maintenant dans des activités artistiques variées. Toute la journée, c’était soit l’un qui me demandait un coup de main, soit l’autre qui voulait que j’admire sa dernière création. Je les retrouvais pour les repas dans leur immense cuisine provençale et l’ambiance était plutôt détendue malgré les mauvaises nouvelles en provenance du dehors. A l’heure du diner, Jérôme Salomon le DGS s’invitait à table, et ses décomptes morbides plombaient un peu l’atmosphère. Nous, nous songions seulement qu’il y avait encore un jour de passé où nous avions survécu au fléau. Tous ensemble.

D’autre part, côté travail, j’avais, avec l’aide de ma stagiaire toujours fidèle au poste et de certains collaborateurs, produit une première ébauche d’une proposition de visuel pour les restaurants de mon client coréen. Ce dernier, via son directeur chargé du dossier, avait pris contact directement avec moi. J’entamai donc des échanges en visio avec ce directeur, un jeune trentenaire plutôt agréable à regarder. Wang Jung-Hwa était son nom coréen complet. Il parlait un anglais parfait, ayant effectué une partie de ses études en Europe. L’homme était très exigeant, mais il s’exprimait avec une courtoisie exquise.

Je riais sous cape de voir bafouiller le beau coréen lorsqu’il devait répondre à une question pertinente de Baby. Toujours aussi sexy, la belle gothique, devait lui apparaître comme l’essence même de la femme occidentale libre et délurée. Seule à Paris dans l’immense appartement haussmannien de ses parents – exilés eux sur l’île de Ré – elle s’affichait parfois dans des tenues plutôt non conventionnelles, notamment des décolletés plongeants qui étaient je crois le summum de l’indécence en Corée. Je me doutais qu’elle devait le faire exprès. Même si je me demandais souvent à qui étaient destinées ces provocations. Parfois, j’apercevais son lieu de confinement. La décoration semblait très design et les oeuvres d’art y être abondantes. De son côté, le jeune directeur nous abreuva en retour de nombreuses remarques afin de faire progresser nos travaux. Il compléta avec des liens vers des sites qui pouvaient nous intéresser.

Alice Pagani as Baby.

Lorsque je n’étais pas concentrée sur mon projet, je me laissais happée par les messages coquins du doc qui semblait s’ennuyer ferme entre deux missions spéciales orientées COVID-19. Un jour, il m’avait balancé une photo de lui portant un masque de chirurgie. L’homme avait de beaux restes de blondeur et de regard bleu acier. Mais, son physique avait peu d’importance pour moi. Son esprit seul avait su me charmer. Je décidais un après-midi de retourner à mes très vieilles expériences d’écrivaine de tchats érotiques. J’avais réfléchi dans la nuit à un scénario qui pourrait faire l’objet d’un premier test de sa volonté affichée de switcher vers la soumission.

Je lui demandai de débuter nu et à genoux. Tournant autour de lui, je le frôlai du bout de mes ongles. Puis, je lui bandai les yeux avant d’aller récupérer deux longues cordelettes rouge. J’avais toujours rêvé de devenir une maîtresse des cordes. J’avais envie, cette fois, de rendre ce moment aussi esthétiquement érotique et doux que j’aurais pu vivre en réel. Alors après lui avoir ordonné de se relever, je me rapprochai de lui et je lui murmurai des paroles de possession. Celles que j’avais tant de fois prononcées dans ma réalité. Les cordes écarlates glissaient autour de son cou. Il me confirmait, dans notre lien numérique, qu’il frissonnait à mon toucher ou qu’il sursautait à chacun de mes passages fantomatiques. J’exécutai un premier noeud dans son dos avec les extrémités, le griffant un peu lorsque je laissai pendre un bout de corde. Puis, je revins sur son torse réalisant deux nouveaux noeuds, un au dessus et l’autre en dessous de sa poitrine. Il m’affirma ressentir une sorte d’excitation lorsque je m’attardais sur chacun de ses seins qui semblaient très sensibles. Je poursuivis avec deux autres noeuds : un sur son ventre et un autre au dessus de son pubis.

A chaque mouvement des fils sur sa peau fictive, je caressais doucement les lieux où je m’aventurais virtuellement : le côté, l’aine, le nombril, la cuisse… Alors qu’il semblait le redouter, je circulai autour de sa verge imaginaire pour réaliser un autre lien derrière ses bourses, puis je remontai fermement entre ses fesses où je terminai par un dernier double noeud près de sa forteresse encore inviolée. Les ficelles de feu remontaient ensuite dans son dos faiblement velu à destination du morceau qui pendait entre ses omoplates. Là, j’enchainai en lui ordonnant de lever un bras, puis l’autre, afin de pouvoir produire de jolis losanges carmin qui orneraient son corps rêvé. Je lui décrivais les moments en question, il semblait y prendre beaucoup de plaisir. Je continuai les losanges, puis je finis par lui attacher ses mains que j’imaginais puissantes et douces dans son dos. Il était maintenant totalement à ma merci virtuelle.

J’avais les images dans ma tête, même si je n’avais jamais eu de pratique poussée des cordes dans ma réalité. Je poursuivis avec l’inévitable moment où le soumis doit satisfaire sa maîtresse. Je le guidai par écrit entre mes cuisses réellement humides. Puis, après avoir eu à gérer fermement un début de rébellion plutôt téléphonée, je le fis accomplir ce qui devait être fait. Evidemment, avec mon travail en parallèle et le défilé permanent de mes parents dans mon bureau, je n’avais pas la tranquillité nécessaire pour m’abandonner dans ma propre réalité.

Une fois que j’eus simulé une jouissance avec un « Ouiiiiiii » interminable, je relevai mon soumis par ses liens avant de lui retirer son bandeau chimérique, puis de l’embrasser sur sa bouche de roman. Il pouvait maintenant admirer – à l’aide d’une photo publiée – le sublime travail de Shibari que j’avais réalisé avec mon âme d’esthète. Puis, je le poussai contre un mûr invisible d’où il ne pouvait bouger et entamai une dernière opération littéraire qui visait à l’envoyer dans un septième ciel rêvé. J’attrapai sa verge fantasmagoriquement tendue avant de la faire glisser fermement entre deux de mes doigts. Je rédigeai ensuite des mots sales. Ceux qu’ils semblaient apprécier. A ses courtes phrases en retour, je l’imaginais haletant et proche de succomber sous mes gestes prétendument experts. Ce qu’il sembla faire. Je terminai par un doux baiser de cinéma.

Cependant, au moment du débriefing, même s’il m’indiqua avoir largement apprécié mon histoire et vécu le moment comme s’il était proche de moi, je compris qu’il n’avait pas vraiment eu de jouissance physique IRL. Il s’agissait des limites de cet exercice plutôt vain de la relation virtuelle. Lui débutait depuis peu dans cet encanaillement sans risques. Moi, il y avait bien longtemps que cela ne me suffisait plus. Lorsque tu trouves la force de traverser le miroir pour vivre en réel tes folies numériques, le virtuel te semble bien fade en comparaison. De ce fait, j’étais peu satisfaite de moi, alors que lui jubilait d’avoir étonnement ressenti autant de plaisir psychologique dans un rôle opposé à son vécu.

Le trouble s’empara de nouveau moi. Etait-ce bien ce que j’avais envie de vivre, même si les circonstances ne me permettaient pas d’avoir plus ? Chassant mes noires pensées, je lui proposai un rendez-vous nocturne pour plus d’intimité et il me fixa son heure. J’espérais qu’il m’appellerait sur mon mobile pour qu’un peu de réalité entre dans notre relation à distance. En attendant son supposé coup de fil, je rêvais à des lendemains heureux pour nous deux. Et si au final, après tant d’errances, il y avait enfin une issue lumineuse à toute cette sombre histoire ?

II.1. Baby alone et crêpes bretonnes

Je posai mon iPhone sur la chaîne stéréo après avoir sélectionné un morceau de Five Finger Death Punch. Bientôt, le son Métal de « Gone away » résonna dans la pièce. A chaque battement de tambour, je frappais de ma badine les fesses d’une personne inconnue joliment ficelée de rouge sur une table. Alors, que je tournoyais sur moi-même du haut de mes Louboutin, dansant et chantant au rythme des guitares saturées, de faibles cris étouffés émanaient de la bouche entravée de l’individu… mon enflure de nouveau directeur artistique. QUOI ???? STOOOOOOP !!!!

J’ouvris les yeux. J’étais là, somnolant dans mon bus, les AirPods dans les oreilles. Un vieux monsieur en face me sourit devant mon air ahuri. Oui je sais que je vous avais laissé alors que j’étais en plein chaos et à deux pas d’en finir. Et là, je vous retrouve d’entrée avec une scène où je me la (re)joue Domina bien dominante. Alors que non, en fait. Je me suis seulement retirée de la vie publique, pour méditer face à moi-même, en arrêtant de me fuir dans une hyperactivité sans intérêt.

Ainsi, lorsque j’étais revenue de Florence, je m’étais replongée à fond dans mon travail. Rien ne pouvait m’en distraire, même pas les messages sexy et amoureux de Simon, mon ex. Le projet du moment portait sur l’amélioration du packaging de crêpes bretonnes bio destinées à l’export. J’aimais bien le produit et donc, je m’appliquais à trouver la bonne solution pour un client plutôt sympathique. Si l’ambiance n’avait été pourrie par le limogeage de l’ancien directeur artistique et par son remplacement par un salopard digne des meilleurs méchants de film d’horreur, tout aurait été pour le mieux.

L’automne avait apporté avec lui son lot de nouveaux stagiaires, chair fraîche surexploitée et fort prisée de bon nombre de mes collègues. Ainsi, parmi ces jeunes, notre équipe avait hérité d’une petite brune au look gothico-chic et jolie comme un coeur. Je l’avais surnommée Baby, car avec ses cheveux raides noir de jais coupés au carré, elle avait de faux airs de l’héroïne de la série italienne du même nom produite par Netflix. Bien évidemment, les chiens du bureau s’étaient mis en chasse dès son arrivée. Mais, alors que le pire d’entre eux, un bellâtre arrogant, créatif de son état, semblait n’avoir pas réussi à la faire tomber dans son lit au bout d’un mois, elle éveilla ma curiosité. C’était bien la première de ces gamines à avoir tenu aussi longtemps en ces lieux de perdition. Croyait-elle, elle aussi, en ce miroir aux alouettes, où sous couvert d’activité artistique, nous étions tous les prophètes d’une église où seuls le business et la maximisation des profits étaient les dieux uniques ?

Alors que la jeune fille semblait s’ennuyer ferme entre divers rangements et le service des cafés, je lui proposai une petite mission afin d’améliorer une de mes présentations. Elle accepta avec joie et l’exécuta en un temps record. Peu de temps plus tard, elle me sollicita pour une démonstration. Elle se plaça si près de moi, que je pouvais sentir son odeur corporelle. Celui d’une rousse, sans aucun doute, que peinait à couvrir un parfum sucré. La carnation très blanche et les tâches de rousseur de ses avant bras dénudés confirmaient mon observation. Me revinrent alors en mémoire, les muqueuses luisantes de la brûlante Coco, cette fille de feu que j’avais bien connue par le passé. Je chassai bien vite ces pensées obscènes de mon esprit.

Penchée au dessus de mon bureau, Baby avait pris possession de mon clavier pour lancer le visuel merveilleusement retouché par ses soins. Cela ressemblait à quelque chose qui faisait penser au générique de la série True Detective de HBO, avec des silhouettes humaines à travers lesquelles défilaient des champs ou des activités artisanales. Le tout réalisé dans des tons verts ou ambrés très doux. Elle avait parfaitement compris mon concept. Alors que je la félicitais, elle fit tomber d’un mouvement d’épaule le large col de son léger pull noir sur son bras, découvrant ainsi une bretelle de son soutien-gorge en dentelle noire. Elle le releva aussitôt, semblant gênée par mon regard brillant. Puis, elle nota mes petites remarques mineures et patienta en portant à sa jolie bouche rose mon stylo Montblanc. Alors que je lui retirai délicatement l’objet de ses lèvres, la fixant un peu en émoi, elle me sourit plutôt embarrassée. Peu après, alors qu’elle avait ravivé en moi des désirs enfouis, elle quitta mon bureau avec un petit : «  Je termine au plus tôt ce travail, madame. » qui m’avait rajouté vingt ans d’un coup. Je soufflai et passai une main dans mes cheveux lorsqu’elle disparut.

Quelques minutes plus tard, alors que je la voyais s’éloigner dans l’obscurité du soir portant un long manteau rouge, je n’avais plus aucun doute que ce petit chaperon avait réveillé la louve en moi. Mais, je n’avais plus rien de la fière prédatrice que j’étais. Il n’en restait seulement qu’une bête blessée en convalescence qui n’avait plus envie de se faire mordre par une créature encore plus féroce.

Les noces du diable et de la sorcière

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay. fait suite à l’Italien

J’avais eu du mal de trouver le sommeil après cette première soirée avec l’italien. De ce fait, je n’étais pas très fraîche au matin, lorsque mon smartphone sonna. Je choisis une petite robe courte et légère, mais privilégiai des petites Converse colorées aux pieds pour enchaîner les visites. Je pris soin de me maquiller, ce qui m’arrivait rarement en vacances. Je n’oubliais pas ma Firenze card et quittait mon hôtel en direction de la piazzale de la Signoria. C’était le coeur de la ville, vide à cette heure. Je m’installai sur une terrasse à peine ouverte et je commandai un double expresso. De ma place, je pouvais admirer le palazzo Vecchio ainsi que la fontaine. La galerie des offices, les Ufizzi, était située à deux pas de l’autre côté de la place. J’engloutis mon café et filai après avoir payé.

J’arrivai au musée pour l’ouverture comme prévu. Il était déjà là, dans la courte file d’attente de touristes matinaux. Des asiatiques pour la majorité. Je le rejoignis et il me sourit détaillant ma tenue, même s’il fit la grimace en voyant mes chaussures. Il ne m’adressa réellement la parole qu’après avoir passé le portique de sécurité.

  • Laissez moi être votre guide pour cette visite d’un des plus beaux musées du monde.

J’acceptai, tout en restant sur mes gardes. Il avait quelque chose derrière la tête sans aucun doute. Après avoir monté des escaliers, nous entrâmes dans une longue galerie ornée de sculptures antiques. Sur la gauche, des ouvertures nous permettaient d’entrer dans différentes salles d’exposition. Il commença la visite guidée par quelques anecdotes croustillantes sur tel ou tel peintre. Visiblement il n’avait retenu que leur apparente frivolité, bien loin de la réalité propre à la création des oeuvres. Mais, l’homme m’intriguait. Je le sentais comme un petit coq, près à sauter sur une poule à sa merci.

Arrivés dans une salle vide, alors que j’étais concentrée sur un tableau de Boticelli, il osa une main le long d’une de mes cuisses nues. Je me retournai, feignant la surprise, et je lui souris d’un air amusé. Il poursuivit ses histoires de plus en plus torrides à mesure que nous avancions dans la visite. Tout cela m’avait l’air inventé de toute pièce. Mais, j’appréciais l’intention. Au détour d’une nouvelle salle, il me caressa les fesses en passant une main sous ma robe. Je sursautai. Mon premier réflexe aurait été de lui balancer une claque bien sèche, mais je me retins. Il se pencha alors vers moi et me murmura à l’oreille :

  • Je suis certain que tu es déjà trempée.

Ce n’était pas franchement le cas, mais, par jeu, je hochai la tête. A ce moment, il prit ma main et me guida en direction des toilettes toutes proches. Visiblement, il était parfaitement au fait de la topographie des lieux. Puis, il poussa la porte des hommes et m’attira dans l’un des WC. Là, il me guida à l’intérieur et commença à m’embrasser fiévreusement contre le mur. Je répondis à son baiser sans me faire prier. Peu après, il chuta à mes pieds avant de fourrer son visage dans mon entrejambe. Il fit ensuite glisser mon string et lécha avec avidité mon intimité. Mais, malheureusement, il ne s’y attarda pas, se releva très vite et me poussa assez fermement contre la porte. Rapidement, il sortit son sexe et me pénétra sans ménagement. C’était douloureux et humiliant, mais il poursuivit sans tenir compte de mes cris. Il ne mit que peu de temps à jouir.

J’étais hors de moi et je le repoussai vivement vers la cuvette des WC.

  • C’est tout ce que tu as trouvé ? Me baiser comme une pute en solde !

Je lui balançai une gifle magistrale, avant de m’enfuir. Le temps qu’il se rhabille, j’avais déjà filé vers les escaliers tout proches et je me dirigeais à toute vitesse vers la sortie. De là, au bout des arcades, passant en clignant de l’oeil vers la statue de Machiavel, je pris sur la gauche en longeant l’Arno. Je courus je ne sais combien de temps, mais j’avais dans l’idée de rejoindre une église. Et la basilique Santa Croce était sur ma route. J’y entrais en m’assurant qu’il me suivait toujours.

Là, je m’adossai contre un pilier, histoire de reprendre mon souffle. C’est là qu’il entra à son tour, mi furieux, mi désespéré. J’étais un peu effrayée, mais si mes suppositions étaient justes, il devrait se produire un miracle en ces lieux consacrés. Mon visage était éclairé d’une froide lumière blanche qui provenait d’une des ouvertures. Cela devait me donner un air de madone, car arrivé à ma hauteur, il tomba à genoux se fichant des visiteurs alentours.

  • Pardon ma déesse. Je ferai tout ce que tu voudras.

Même si je n’étais pas dupe de son calcul de diable, c’était le genre de phrase à laquelle je ne pouvais résister. Du genre de celles qui me donnaient le vertige. Je lui tendis alors une main qu’il baisa avec ferveur. Et, je l’aidai ensuite à se relever.

  • My lord.

Puis, souriant à mes mots, il me prit la main en direction de la sortie. Là, il m’attira dans la chapelle des Pazzi qui était déserte. Je l’embrassai, puis le poussai sur l’un des bancs de pierre qui filait le long des murs. Je le chevauchai bientôt tout en continuant de l’embrasser. Il bandait plus dur qu’un satyre un jour de saturnale et je m’empalai bien vite sur son membre après l’avoir déballé. Et, telle une sorcière un soir de sabbat, je lui repris le plaisir qu’il m’avait volé plus tôt. Puis, repue, je l’abandonnai illico pour rentrer à mon hôtel après lui avoir soufflé un petit « Good boy » dans l’oreille.

Plus tard, dans l’après-midi, la réception m’avertit de la présence d’un homme qui désirait me voir à l’accueil. C’était lui. J’hésitais à descendre, mais j’étais curieuse. En bas, je lui fis signe de me suivre dehors.

  • N’as-tu pas eu ton compte d’obscurité pour ce jour Max ?
  • Je sais Julia. Je suis un sale type, grossier et violent. Je suis un porn addict, j’ai les pires perversions. Mais, je veux me soumettre à toi. S’il-te-plait. Ma déesse.

J’aurais dû le renvoyer vers son enfer. Je savais que poursuivre l’aventure avec lui était dangereux. Il me rappelait les excès de Quentin et j’avais déjà donné. Si j’avais été raisonnable, je lui aurait asséné une bonne sentence et basta. Mais, la soumission de l’autre était un breuvage enivrant dont je ne me lassais pas. A cette idée, je perdais tout contrôle et jugement. Ainsi, en dépit de tout bon sens, j’acceptai donc de le revoir le lendemain au palazzo Pitti.

L’italien

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay.

Alors que je reprenais bien des mois plus tard le fil de mon histoire, je n’avais plus de doute sur ma vraie nature. Mais, je me sentais maintenant comme Lestat, le vampire d’Anne Rice, abandonné nouveau né au monde de la nuit et obligé de faire son apprentissage seul. Cependant, si lui avait eu l’éternité pour apprendre, moi je n’étais qu’une simple mortelle, soumise à l’horloge (biologique). Et, j’avais toujours de gros doutes sur le fait de pouvoir être un jour heureuse avec cette façon de vivre. Mais, comme il n’y avait plus rien d’autre qui me faisait vibrer, je devais simplement arriver à l’assumer. Des discussions sur internet avec certains membres de cette communauté – volontairement – obscure avaient levé mes dernières incertitudes. J’étais devenue une vraie et pure dominante. Une brute de fonderie, sans codes, ni règles, si ce n’étaient celles que je m’étais moi-même forgées.

Ce fut donc remplie de ces toutes nouvelles convictions, que je décidai de prendre quelques vacances en Italie. J’adorais ce pays, ce berceau de notre civilisation. Une contrée si proche de nous et pourtant si différente sur bien des aspects. Cette fois, j’avais choisi de visiter Florence, le joyaux de la Toscane. J’étais partie seule, aucune de mes amies n’ayant de temps ou argent pour me suivre. Ce n’était pas un problème pour moi. Les bonnes choses de la vie je les avais souvent savourées seule. Si chaque voyage constituait une étape supplémentaire vers mon accomplissement personnel, je ne m’attendais pas du tout à y vivre une des plus incroyables histoires de ma vie. Une des plus folles aussi.

Ainsi, après avoir pris mes quartiers dans un hôtel 4* de la rue Porta Rossa, j’avais filé illico vers le pont Alle Grazie pour traverser l’Arno. Je souhaitais aller admirer la vue d’ensemble de la ville depuis le belvédère de la Piazzale Michelangelo. Après une montée assez raide à partir de la porte San Niccolo, je fus attirée par l’entrée étroite d’un jardin odorant. J’espérais y trouver un peu de fraîcheur et un lieu pour m’y reposer.

Florence – Italie

Là, je parcourus avec lenteurs les petits chemins parfumés du Giardino Delle Rose. Le lieu portait bien son nom tant il était orné de nombreux massifs de toutes sortes de roses. Puis, je me posai sur un banc à l’ombre d’un arbre. De là, je pouvais admirer la vue splendide sur Florence. Perdue dans mes pensées, je ne le remarquai pas s’asseyant à mes côtés et je ne le découvris qu’au bruit du déclic de son imposant appareil photo. Voyant mon regard surpris, l’homme bredouilla quelques mots d’excuse en italien. Je lui fis signe que je n’étais pas gênée. Mais, quelques instants plus tard, je me levai et repris ma route vers le sommet.

Je ne le recroisai qu’une demi-heure plus tard, alors que je savourais un café glacé au bar sous le belvédère. Debout, au bord de la rambarde en fer, il était là. De nouveau à mitrailler la beauté au lieu de la regarder et de l’apprécier comme une parenthèse magique dans une vie merdique. Il n’était, hélas, pas le seul. Tous jouaient des coudes pour être au plus près du parapet, pour pouvoir y prendre qui un selfie, qui une photo de groupe accessoirisée. C’était le temps d’Instagram et du paraître plutôt que celui de la contemplation.

De ma chaise, je croisai de nouveau son regard noir et sa mise toute méditerranéenne. Il était grand et althétique, le cheveu brun court dégageant un visage volontaire. On sentait l’homme décidé. Une certaine force emmenait de lui, une assurance aussi. Il baissa les yeux devant l’insistance de mon regard. Je souris. Encore un dont j’aimerais faire ployer le genoux. Mais, je chassai bien vite la pensée obscène qui m’assaillait avant de me lever et d’attaquer la chemin du retour en direction de la vieille ville.

Au soir, alors que j’avais pris place au comptoir du restaurant La bossola quelqu’un s’installa sur le siège à côté. Je le reconnus aussitôt, l’italiano bello. Il me lança un «  buonasera » , suivi d’un simple « Hello » . Puis, nous poursuivîmes la conversation en anglais, cette langue passe partout, si pratique pour la vie quotidienne, mais si mal apprise qu’elle ne nous permet aucune nuance.

Avec son accent un peu italo-américain, je compris qu’il venait de Naples et qu’il se prénommait Max. Sa femme malade était partie prendre les eaux à la montagne et lui en avait profité pour s’adonner à sa passion pour la photographie dans l’un de ses spots préférés, la ville de Florence.

  • Vous n’êtes pas venu avec votre gros engin ?

Comprenant le double sens de ma question maladroite, je rougis, avant d’éclater de rire avec lui. Toujours les joies de l’anglais. Mais, beaucoup de paroles passaient sans un mot, par le jeu des regards. J’avais tout de la femme mystérieuse et mélancolique. Ajouté à cela la réputation irrésistible des françaises et la voix grave d’une femme fatale, j’avais tout pour exciter l’imagination.

Quand il me dit qu’il était flic et expert en investigation, je flippai un peu. Mais, vaguement excitée par cette idée, je lui demandai tout de go de me dire une chose étonnante qu’il dévinait de moi. Il me sortit ainsi ma pointure, ma taille exacte et mon poids.

A l’heure du café, alors que je lui demandais, par provocation, ce qu’il pensait de moi, il me renvoya un compte-rendu d’autopsie. J’étais plutôt négligée, pas assez féminine, même si j’avais un beau visage. Devant cette description peu flatteuse je me rembrunis et je me lançai à mon tour dans ce jeu de la cruelle vérité.

  • Vous êtes charmant et avez une belle prestance. Néanmoins, je sens de l’obscurité en vous. Comme des vieilles blessures qui auraient du mal de cicatriser.

Je sus que j’avais fait mouche à son regard qui s’assombrit encore plus. Piqué au vif, il se leva d’un bond et me lança :

  • Je crois que nous devrions en rester là pour ce soir. Rendez-vous demain à 8h15 à la galerie des offices.

J’étais soufflée par son aplomb et je le regardai s’éloigner avec mille questions en tête. Seulement, l’italiano bello voulait jouer à un jeu où j’étais passée maître. Je me sentis revêtir de nouveau mes habits de prédatrice. La partie ne faisait que commencer.