Nouveau départ

Voilà. C’est fait. J’ai décidé de partir.

Cela faisait si longtemps que je ne vivais plus, que la vie elle-même voulait me quitter. Je n’étais plus que le fantôme de ce blog. Une âme errante dans l’éternité du net. Ce lieu de consolation ne me suffisait plus. Il me fallait la chaleur du réel. La douceur des peaux.

Alors, oui, ça paraît un peu fou, tous les trucs que je fais depuis. Mais, c’est comme un vampire qui naît à une autre vie. Une soif énorme d’expériences et d’exploration de son univers. Là, le monde à l’extérieur.  Tous ces gens qui te tendent les bras. Les photos noir et blanc qui passent en couleurs.

Curieusement – et je n’en reviens toujours pas d’ailleurs – mon vrai moi intéresse les vivants. Pourtant, comme je le dis souvent, je n’ai rien d’un top model. Je suis juste une femme avec du charme, et la faim qui se devine, là, en bas.

Depuis quelques semaines, j’ai décidé de franchir la porte du réel et je rencontre des followers. Certains twittos et twittas avec qui j’ai sympathisé, voire plus, au fil du temps. Il y a deux semaines j’ai organisé une sorte de speed dating pour en rencontrer certains. Presque tous sont venus. J’avais donné rendez-vous à chacun dans un bar différent de la gare Saint Lazare. Et j’ai navigué de bar en bar toute la soirée sur mes très hauts talons. Au bout du 4ème verre, je savais que mon dernier rendez-vous n’aurait pas de mal à me séduire. J’étais déjà séduite d’ailleurs. C’était mon chouchou du moment et, accessoirement, un mec bien.

Alors, oui. J’ai donné mon corps. J’ai caressé le sien très longtemps. Cette chaleur et cette douceur de la peau. C’est ce qui m’avait tant manquée durant toutes ces années. Comme si j’avais traversé une ère glacière. Et que c’était de nouveau le printemps et que le soleil brillait plus fort.

tumblr_nhnqt5rkhL1s2077ko1_500

Un nouveau départ, c’est comme reprendre les trucs où tu les avais laissé, des années auparavant. C’est retrouver la folie de ta jeunesse. Mais, avec l’expérience et la noirceur accumulée tout ce temps. Alors, oui, tout ce qui sera fait ne sera pas comme dans un conte de fées. Il n’y aura pas de happy end. Il n’y aura pas d’amour. Il y aura juste des corps qui s’étreignent. Et juste le plaisir que tu arrives à prendre.

Et, dans cette nouvelle vie, il faut prendre tes précautions. Fixer toi même tes rendez-vous. Choisir les lieux. Publics pour une première rencontre. Et ne pas hésiter à en changer à la dernière minute. Ne pas faire confiance à l’autre et avoir toujours sur toi, les bouts de plastic qui peuvent te sauver la vie. Et rester ferme sur ces principes. Même si, et surtout, si tu as un coup de coeur pour quelqu’un.

Ainsi, j’ai un agenda bien rempli. Des tas de gens à voir et, peut-être, à étreindre. Cela paraît un peu démesuré pour quelqu’un qui n’avait connu qu’un seul homme dans sa vie. Alors, oui, ça va inquiéter, voire choquer. Une femme qui multiplie les expériences, on sait bien ce que c’est ? Mais, étrangement, je m’en fous totalement. Je suis libre.

Dans ce nouveau départ, il y aura des étapes, des trucs nouveaux à vivre. Des trucs pas toujours mainstream.  Mais, cela peut-il être différent ? Je suis toujours la même personne. Complexe. Et l’obscurité en moi devra s’incarner. Oui, les gens, la vie réelle ce n’est pas comme dans vos séries à l’eau de rose.

Alors, même si ce nouveau départ ne mène nulle part, finalement, j’aurais vécu. Et c’est déjà beaucoup. J’aurais vécu, et je n’aurais pas de regret quand viendra la nuit. La vraie nuit.

tumblr_ma7h2hHLyP1r8f5f6o1_500

 

Histoire d’O.

«  Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Sur la route – Jack Kerouac.

J’avais revu l’eurasien. Lui aussi brûlait d’un feu que rien ne peut éteindre.

Cependant, contrairement à notre précédente rencontre fort chaude, cette fois nous étions restés sagement assis à parler dans ce bar. Moi comme d’habitude, je sirotais un verre de Champagne d’assez bonne qualité, lui un whisky sec.  On attaquait bille en tête sur tous les mouvements sociaux qui se préparaient suite à la loi travail de Macron et aux projets du gouvernement concernant les retraites. Il jubilait déjà des difficultés actuelles et futures rencontrées par le jeune président, un homme qu’il détestait cordialement. Mister O. était très engagé à la gauche de la gauche. Moi, même si j’avais toujours été progressiste, je haïssais les extrêmes. Par ailleurs, je trouvais que ces mouvements très à gauche manquaient de transparence et s’approchaient des pratiques sectaires. Je me doutais que ses convictions avaient une influence sur sa façon de voir le couple et la liberté dans celui-ci.

tumblr_ojfcigj4vC1vx0xjio1_r1_500

Mais l’eurasien était surtout un homme blessé. Son ancienne compagne l’avait abandonné pour un mec sans doute moins bien que lui. Pour un salopard de capitaliste.  Alors, même s’il était open, il n’en était pas moins un homme. Et un homme assez fier. Il avait pris un coup à l’ego. Et il avait une soif plus ou moins consciente de revanche sur les femmes et les CSP+. Il draguait de la très jeune femme sur les réseaux, appréciait leur corps ferme et leur candeur. Cependant, il n’appréciait pas leurs rêves. Ces petites Lolita tombaient facilement amoureuses.  C’était le moment qu’il choisissait pour prendre la tangente. «  Ne tombe pas amoureuse de moi. » m’avait-il ordonné. Comme si les sentiments se commandaient sur étagère. J’avais un léger coup de coeur pour lui. Rien de bien méchant. Juste un petit pincement.

tumblr_p3wceoIB0f1vx0xjio1_540

A cause de son comportement, par ennui, par solitude, par nostalgie, j’avais renoué le contact avec mon musicos. Visiblement, mon évolution lui plaisait. Je me doutais qu’il devait m’observer discrètement depuis son écran. Nos discussions étaient maintenant plutôt cordiales et dépassionnées sur les réseaux. Je rêvais de nouveau de l’étreindre.

Dans mes longues nuits d’insomnie, je croisais des tas d’individus que mon mystère et mon aura attiraient. Il me fallait toujours être adorée et admirée. Cela devenait comme une sorte de drogue. Un mec n’attendait pas l’autre. Une fille succédait à une autre. Un déferlement de fantasmes noyaient mes messages privés, mes SMS,… J’avais abusé d’une nouvelle drogue, d’une nouvelle addiction. Ma quête était sans fin. Mais en voulais-je vraiment une ? Si ce n’était celle de la vie.

tumblr_p1e1r9D06H1rreqavo1_540

Mister O. m’avoua un jour qu’il avait été marié. Il avait succombé à cette pratique bourgeoise pour faire plaisir à son ex. Il avait galvaudé sa liberté pour une femme qui l’avait brutalement jeté. Alors, après son départ, il s’était brusquement repris en main. Avait fait du sport et avait maigri. Toutes les mauvaises habitudes prises s’étaient envolées. Il voulait de nouveau se prouver qu’il était séduisant. Et, il l’était, sans aucun doute. J’aimais ses yeux, sa passion et son engagement. Je l’aurais bien volontiers écouté des heures. J’aurais refait le monde avec lui. Si seulement il m’avait laissé un espoir. Mais, ce n’était pas le cas. Qu’avais-je à espérer de lui hormis de l’amitié et des câlins ?

Il représentait pour moi une écoute. Une épaule sur laquelle me reposer. Sur laquelle déverser mon trop plein d’émotions vis à vis des choses incroyables que je vivais tous les jours. Il était là, sans jugement. Avec juste des conseils et une pointe d’admiration. C’était sans doute suffisant pour moi. Je n’avais pas la prétention d’exiger plus. Il était plus précieux qu’un amant.  Je n’avais jamais eu une telle complicité avec un homme depuis celui que j’avais quitté pour mener ma quête.

tumblr_p41sbsNLio1vx0xjio1_500

Moi aussi j’avais été mariée. A un homme. Un homme plus vieux. Un homme que j’avais fait souffrir. Un homme qui avait pleuré lorsque je l’avais quitté avec une violence inouïe. Alors que ce dernier avait tout tenté pour me garder, je lui avais dit des horreurs pour qu’il me haïsse. J’étais devenu un monstre d’égoïsme. L’Armageddon, le destructeur des mondes, du monde qu’il avait créé pour nous. Un monde que j’avais rejeté parce qu’il n’était pas le mien. Qui ne l’avait jamais été. J’avais juste voulu tenté d’y vivre pour lui faire plaisir. Mais, avec le temps, les contraintes étaient juste devenues insupportables. J’avais repris ma liberté avec pertes et fracas. Le laissant brisé. En mille morceaux. Sans doute pour toujours. J’étais la plus forte dans cette histoire. Je l’avais toujours été.

J’étais partie sans me retourner. Sans hésitation. Ma quête était ma vie. Je n’avais d’autre choix. C’était un appel. Une évidence.