Les ombres indomptées

Alors que sur les chemins de la mélancolie, j’écoute la voix envoûtante de Tamino, une foule d’ombres indomptées m’oppresse soudain. Plein d’images tristes me reviennent comme des flashs, tels des revenantes jamais rassasiées.

Moi, lâchant brusquement mon plateau à la cantine lorsqu’un collègue peu diplomate m’annonce la nouvelle.

Toujours moi, en salle d’attente d’un médecin, car j’avais fini par craquer après une journée passée en formalités de funérailles. Les jours suivants je les vivrai dans un état second,  sous calmants.

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Lui, étendu à la morgue, étrangement calme, comme simplement endormi.

Nous, sa famille, assommés, culpabilisés, en colère. Qu’avait-il bien pu lui passer par la tête quelques jours avant Noël ? La poupée qu’il avait achetée pour sa fille nous fixant d’une curieuse bienveillance, là dans un coin de sa chambre.

Nous, en larmes autour du cercueil dans un funèbre ballet d’embrassades et de souvenirs glissés.

Ma petite soeur renvoyant les intrus. Les amis nuisibles, si pressés de le suivre dans la tombe. Déjà des zombies. En sursis avant l’overdose qui les emportera à leur tour.

Nous encore, quand la terre le recouvre, nous serrant très fort les uns les autres. Tant de questions et de regrets. Aurions-nous pu le sauver ?

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Nous, au commissariat cherchant des coupables, alors qu’ils savaient, eux. Ils avaient la preuve de l’impensable. Il s’était suicidé. Ils avaient trouvé une lettre d’adieu près de son corps sans vie. Et même si quelqu’un était passé peu de temps avant son acte, rien ne prouvait qu’il l’avait délibérément laissé mourir.

Moi, très émue, tenant entre mes mains le petit cahier bleu d’écolier où il avait tracé ses derniers mots. Je ne me souviens plus des phrases, mais juste que l’écriture devenait au fil des lignes de plus en plus illisible, jusqu’à finir en un long trait qui filait jusqu’en bas de la page. Comme un dernier souffle avant de sombrer.

Ma petite soeur n’y croyant pas. Jurant qu’elle rouvrirait le dossier une fois devenue professionnelle de la justice. Elle le devint réellement bien plus tard. Mais, le temps avait fait son oeuvre.

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Lui s’en est allé, à l’heure où meurent les rock stars. Il en avait la révolte et la noirceur. C’était mon frère. Il me manque. Il me manquera toujours.

Du LOL aux larmes

Je ne pouvais pas ne pas écrire sur l’affaire de la ligue du LOL. Oui j’ai vécu ici (et ailleurs) à cette époque des débuts de Twitter. Et depuis les premiers témoignages, je suis effarée. Certains journalistes en vue, des cadors du réseau étaient en fait de violents harceleurs de féministes, de racisé(e)s, de LGBT… Plus les tweets tombaient, plus je me sentais de plus en plus mal. Il était question de types que je suivais depuis des années, dont j’avais sans doute partagé les écrits, dont j’avais de ce fait certainement été la complice, inconsciente, de leurs méfaits en ligne. Non, sincèrement, je n’avais rien vu. Et je me suis sentie aussi stupide que ces voisins interviewés lorsqu’on arrête un criminel : « Non monsieur, il avait l’air tout à fait normal et poli. On tombe des nues ! ».

C’est qu’en fait, chacun vivait dans son propre monde. J’avais beau suivre ces gens, je n’étais pas de leur monde. Ils suivaient très peu de personnes en fait, comme une sorte de snobisme numérique. Moi, j’étais dans le combat politique et il était loin d’être tendre. Mais, quand j’étais attaquée, je n’étais pas seule. Nous étions, nous aussi une sorte de meute et nous pouvions mordre aussi fort que ceux qui venaient nous chercher des noises. Tout n’a certainement pas été d’une finesse, ni d’une intelligence débordante, mais c’est vrai que nous avons beaucoup ri.

Florence Desruol, une adversaire politique aux propos souvent caricaturaux, était souvent moquée. Lorsque j’ai vu son nom parmi les harcelées, j’ai compris, sans aller éplucher mes vieux tweets, que je devais certainement avoir contribué à mon petit niveau à l’effet de meute qui a pourri sa vie en ligne. Même si nous sommes anonymes, nous sommes tous responsables de ce que nous produisons en ligne. Et ce qui peut ressembler à une plaisanterie potache a des conséquences sur la personne qui est visée. Car, ne l’oublions jamais, derrière les avatars il y a de vraies personnes avec leurs fragilités.

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Depuis, je lis tous ces règlements de compte en ligne et l’ambiance est lourde. Il y a ceux qui s’interrogent si tel ou tel faisait partie de la sombre ligue et ceux (même parmi les plus influents) qui affichent leur passé de harcelé. Parmi les loleurs certains ont tenté assez maladroitement de présenter leurs excuses en ligne, espérant échapper aux sanctions qui sont néanmoins tombées pour certains. Pour ma part, j’ai unfollow les trois ou quatre que je suivais. Et j’ai préféré suivre quelques femmes journalistes à la place.

Une fois de plus, et dans la foulée de #MeToo , le sujet s’est élargi au sexisme qui gangrène le journalisme. Puis, bien au delà, à tous ces boys clubs qui portent en leur sein une masculinité toxique, hétérosexuelle et blanche. Et ce sujet étant universel, il a quitté le net, pour être discuté dans la réalité et au sein d’autres professions. Moi même j’ai évoqué le problème avec des collègues masculins.  Mais, même si la prise de conscience est réelle, on est encore loin de mettre fin à des millénaires de domination masculine.

Dans le chaos de la création des réseaux sociaux, je n’ai pas toujours fait que des trucs dont je suis fière. Même si je n’ai jamais été aussi brutale que ces loleurs, j’ai sans doute été stupide bien des fois. Et ce qui me semblait normal, à savoir que chacun vient ici à ses risques et périls, ne l’est plus aujourd’hui. Dans ce contexte, je pense que chacun doit revoir profondément ses pratiques sur internet afin que le réseau retrouve, si ce n’est de la bienveillance, au moins de la civilité.

 

 

 

Pourquoi être anonyme ?

Alors je ne vais pas vous rédiger un article bien technique. D’autres que moi s’y sont attelés avec talent à moult reprises. Cette question récurrente me fatigue. Juste que comme cet anonymat est très relatif, je parlerai plutôt du pseudonymat. Oui, dix ans que je vis ici sous pseudo.

L’homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité.

Oscar Wilde.

Très rapidement, dès que je suis arrivée sur le net, et sur Twitter, j’ai été militante. Militante politique, militante pour le mariage pour tous, militante pour l’écologie… Bref, je me suis engagée ici autant qu’en dehors. Cependant, même si cet engagement n’avait rien de particulier, je ne souhaitais pas que mes collègues, ni mon employeur, en soit informé. D’autant qu’il m’est arrivée plus d’une fois que mes articles soient publiés en une de feu le post.fr. J’ai même eu l’honneur d’avoir un article rapportant mes propos dans un canard mainstream en ligne.  Même si je suis fière ce cette dernière publication, je n’imagine pas les conséquences si elle était tombée entre de mauvaises mains. Heureusement, les journalistes qui ont traité mon témoignage était sérieux.

Bien vite, pour échapper aux affres de la censure automatisée des journaux en ligne, j’ai ouvert un blog politique où j’ai pu m’exprimer avec plus de facilité. Néanmoins, en tant que militante, j’ai dû batailler pour faire gagner mon camp. Les Twit clashs étaient rares heureusement. Je suis quelqu’un de très respectueuse des convictions de chacun, mêmes de celles très éloignées de moi. Mais, qui connaît la violence de certains peut facilement imaginer les risques que l’on prend IRL à exprimer une opinion différente. En ce qui me concerne, j’assume. Mais, je ne veux pas que ma famille soit ennuyée. D’autant qu’ils sont loin d’avoir les mêmes idées que moi.

Par la suite, même si je ne regrette rien de cette expérience, j’ai abandonné le combat politique. C’était plutôt vain. Je donne néanmoins toujours mon avis lorsque certains sujets me hérissent. Non, j’ai choisi de m’exprimer différemment. J’ai écris de la fiction.

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Mais, alors que j’aurais pu facilement faire dans le consensuel, j’ai préféré utiliser cette écriture pour une quête personnelle. J’ai d’abord publié de vieux romans BxB nés des questionnements de mon adolescence, puis des récits plus sombres et plus matures. En dernier lieu, très récemment, j’ai publié sous forme de blog un roman érotique. Un vrai challenge pour moi. Issu de mes rencontres en ligne et des confidences de mes interlocuteurs/trices, je l’ai construit comme une succession de rencontres amoureuses que j’ai rédigé à la première personne. Evidemment, nombre de lecteurs m’ont confondue avec mon personnage (un grand classique). Outre les dédi-bites en DM, j’ai eu droit à pas mal de commentaires plutôt salaces. Cependant, le personnage étant une dominatrice un peu inquiétante, je pense que j’ai évité le pire. Dans ce contexte, qui peut seulement penser qu’on puisse écrire sous son vrai nom ? Quel auteur, même de roman à l’eau de rose, le fait ?

Donc, messieurs les puissants, même si ça vous démange, laissez-nous notre liberté surveillée ! Au moins sous nos masques, nous pouvons vous dire la vérité. Et si vous ne souhaitez pas l’entendre ou la lire, c’est que vous ne gouvernez pas. Vous êtes juste là pour parader au milieu d’une cour acquise qui vous vénère et vous cache les choses. Certes, toutes ces vérités ne font pas forcément plaisir. Même si les certitudes reposent, le monde est fait de doutes. Si j’étais vous, je choisirais discrètement une sélection de twittos constructifs qui je lirais de temps à autre, histoire de garder les pieds sur terre. Mais, je ne suis qu’une simple citoyenne qui souhaite seulement garder intact l’outil de son émancipation.

 

 

Si beaux dans ce miroir

L’autre jour voilà que je tombe sur le compte Instagram d’une personne que je connais très bien. Mais, voilà, la personne en question était bien différente de la réelle. Certes, nul ne peut dire qu’il connait parfaitement l’autre, mais là, il y avait tellement d’écart avec la réalité que je me suis interrogée sur le besoin irrépressible des gens à se mettre en scène sur ce média.

Tous les codes de la pub étaient là : la maison cosy, les jolis enfants, le chien de race ou les vacances en bord de mer. Un vrai conte de fées. La famille parfaite où tout semble aller super bien. Quelqu’un qui verrait ça, genre un créancier, se demanderait, si les problèmes financiers sont réels ou inventés ?

Pareil, pour cet autre que j’avais connu sur internet. Lorsque j’avais aperçu son Instagram, sa vie avait l’air cool, pleine de sorties et de fringues de marque de luxe. Alors que je savais que dans la réalité il était seul, plutôt alcoolique et avec des fins de mois difficiles. Je le voyais aussi publier des photos de bouffe, mais jamais il n’indiquait être un cuisinier professionnel. On avait seulement l’impression qu’il cuisinait de magnifiques plats pour le plaisir ou pour recevoir des amis.

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Dans sa vidéo Les instagrameuses Cyprien raille les personnes qui postent leur vie pour avoir des likes sur Instagram. Loin de la spontanéité, la vie sur ce réseau nécessite un gros travail de mise en scène. Moyennant les bons angles de photos ou les bons outils de retouche, on arrive à avoir l’air beaucoup plus beau et riche que dans la réalité.

C’est qu’au delà du nombre de likes qui rassure les moins confiant(e)s, le truc peut devenir un vrai business pour certain(e)s. C’est certainement le cas pour la personne dont je vous parlais en début de billet. Une jolie façade pour alimenter son petit boulot d’appoint. Et aussi pour partager ses succès, histoire de faire comprendre aux autres qu’ils ne sont qu’une bande de losers qui n’arrivent à rien.

Pourquoi Facebook et Instagram nous rendent-ils (parfois) malheureux?

ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus.

Ça n’a pas toujours été comme ça, rappelle Titiou Lecoq, auteure, blogueuse, et journaliste spécialiste des réseaux sociaux dans un article du magazine ChEEk : “Au tout début, on ne maîtrisait pas du tout les règles, on pouvait mettre des photos qui n’étaient pas valorisantes. Aujourd’hui, il y a des codes esthétiques, on ne voit passer que de très jolies photos. Le côté brut, avec Instagram et ses filtres notamment, a disparu.” Pour elle, cette évolution a “le même effet pervers que la publicité: on a l’impression qu’il existe une vie parfaite, une bouffe parfaite, une maison parfaite, une déco parfaite, un mec parfait et des enfants parfaits”. Résultat, “ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus”.

Le court-métrage de Shaun Higton, intitulé What’s on your mind?, résume parfaitement le cruel décalage entre ce que l’on donne à voir sur les réseaux sociaux et ce que l’on vit vraiment. A la fin le type quitte les réseaux. Alors, pour vivre heureux vivons seulement dans la réalité ? Non. Cessons simplement de faire semblant. Restons juste un peu plus nous même tout en protégeant nos vies privées. Ne tombons pas non plus, comme je le vois trop souvent, dans l’excès inverse, en se dévalorisant. Soyons honnête avec l’image que nous renvoyons. Personnellement, j’aime publier de jolies photos de mon jardin ou de mes voyages. Cela ne me définit pas. C’est juste une petite part. Tout comme publier quelques unes de mes pensées ici en est une autre.

Néanmoins, à l’instar de nombre de blogueurs des origines, je prends de plus en plus mes distances avec l’outil numérique, même si je reste très connectée. J’y suis obligée comme beaucoup, car professionnellement tout nous y ramène. Mais, j’évite d’en être dépendante. Donc, il ne faut pas s’étonner si parfois je « ghoste » certaines personnes. C’est juste qu’il faut que je m’éloigne par moment pour pouvoir faire d’autres choses.

 

J’habite – encore – à Twitterland

Cela fera bientôt dix ans que j’ai pris un cabanon sur Twitter (Cf.  J’habite à Twitterland ) , mais entre-temps mon village a beaucoup changé. 

Je vis depuis tout ce temps dans un quartier (compte Twitter) plutôt calme avec plein de gens (Time Line) cultivés et de journalistes. Néanmoins, l’épicier (@guybirenbaum) a fermé suite à un burn out et, comme lui, pas mal d’anciens membres en vue de la communauté (influenceurs) ont pris leur retraite numérique. Par ailleurs, autrefois peuplé en grande majorité par des cyber-militants de gauche, mon lieu d’habitation principal est devenu très hétérogène sur le plan politique.

Ainsi, d’anciens fans de Ségolène Royale sont devenus des macronistes acharnés, tout comme certains partisans de l’ancien président Hollande. Même si, parmi les Hollandais, beaucoup boudent un peu et se réjouissent sous cape des malheurs du vilain traître Manu. Il faut dire que beaucoup sont sonnés depuis la déconfiture du parti socialiste devenu groupuscule. J’en vois néanmoins un grand nombre qui ont basculés chez Mélenchon, alors qu’une poignée seulement ont fini au RN. De ce fait, la bienveillance (#FF) est devenue has been et l’injure (le twittclash) la norme. A vrai dire, je ne reconnais plus mon quartier et il y a des jours où il me fatigue tellement que j’envisage de le quitter définitivement.

Ces dernières années, pour m’amuser un peu, j’ai ouvert une galerie dans un autre quartier habité par des artistes et des gens aux moeurs plutôt libres. J’y expose des photos plutôt soft de femmes en noir et blanc. Après avoir été pistonnée (Retweetée) par un baron local (gros compte Twitter), j’ai fini par avoir pas mal d’habitués (followers). Ces derniers viennent du monde entier et ça parle (tweete) dans toutes les langues dans les allées de ma galerie. De ce fait, le lieu reste animé même à des heures reculées de la nuit.

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Je vais chercher mon matériel photo dans un village voisin assez mal famé (Tumblr), mais comme il tente depuis peu de se refaire une virginité, j’ai de plus en plus de mal de m’approvisionner. On a vu débarquer des réfugiés Tumblr à Twitterland. Ils ont été bien accueillis. Il faut dire que le lieu reste encore tolérant. Mais pour combien de temps encore ? Les gamins à capuche proprios des villages ont grandi.  Et à mesure que leur richesse s’est accrue, ils sont devenus de vraies grenouilles de bénitiers. Alors que, comme nombre d’autres, ils se sont grassement enrichi sur les petites faiblesses de leurs habitants. Et voilà que, maintenant, ils poussent le vice jusqu’à déconseiller à leurs propres enfants de vivre ici. Ils les envoient là-bas dans la vraie vie (IRL). Autrefois, véritables espaces de (semi) liberté, ces lieux sont, hélas, devenus le creuset de notre propre aliénation. Où nos pensées même nous sont volées pour pouvoir encore plus nous manipuler.

Alors, je ne sais pas si je vais encore vivre ici très longtemps. Loin de l’enthousiasme des débuts, j’y réside plus par habitude que par réel plaisir. Comme lorsque tu gardes une vieille baraque familiale par nostalgie. C’est de l’entretien, mais tu hésites à t’en séparer. Un jour, c’est sûr, il le faudra. Mais, pas tout de suite.

 

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« On retiendra avant tout que le jaune est la couleur de l’ouverture et du contact social : on l’associe à l’amitié et la fraternité ainsi qu’au savoir. »

« Pourtant, derrière cet aspect joyeux, le jaune peut parfois se révéler négatif. Associé aux traîtres, à l’adultère et au mensonge, le jaune est une couleur qui mêle les contrastes. »

Signification des couleurs.

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Alors que commence l’acte IX d’une mobilisation en jaune débutée à la mi-novembre 2018, je m’apprête à vivre ce nouveau samedi en allumant la TV. En effet, comme beaucoup, je suis ces épisodes comme une télé-réalité violente, d’un oeil mi-horrifié, mi-fasciné.

Au début, j’y comprenais quelque chose. C’étaient des automobilistes en colère qui s’élevaient contre une nouvelle taxe sur les carburants. Qui n’avait jamais râlé en passant à la pompe. Ensuite, c’était un problème de pouvoir d’achats. Même si cela fait bien longtemps que je n’ai plus été pauvre, je peux largement adhérer au fait qu’on puisse avoir des difficultés à vivre avec un SMIC.

Dans la période des fêtes, alors que je n’en avais jamais vu IRL, j’ai croisé des gilets (ou du moins tenté d’en éviter certains) lors de différents voyage dans l’arrière-pays. Ils étaient là, campés au milieu de leurs rond points moches d’entrée ou de sortie de ville. Ils n’avaient rien de menaçant, si ce n’était pour mon horaire d’arrivée. On les aurait dit tout droit sortis d’un aimable club de pétanque ou d’une fête votive. Les pancartes «RIC»  et « Macron démission » en plus. Même si la météo était plutôt clémente, je me suis demandée pourquoi ils étaient encore là.

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A-t-on joué avec des allumettes en élisant Macron ? Je crois plutôt que son élection était déjà le symptôme de cette colère jaune qui couvait depuis bien longtemps. Une colère profonde contre des institutions qui ne prennent plus en compte l’humain. Le travail ne paie plus depuis des dizaines d’années. La finance est folle. Les ultra-riches de plus en plus nombreux. Et les inégalités se creusent toujours plus. Il n’y a pas de ruissellement. Il n’y a que de l’avidité de certains à posséder toujours plus. Et c’est là, bien visible à longueur de temps sur les réseaux sociaux. Les gilets se sentent les cocus de la mondialisation et du capitalisme incontrôlé. Macron ne l’a pas compris. Il a été élu par le peuple et pour le peuple. Il ne peut gouverner contre.

De mon côté, j’ai toujours été pour la redistribution, tant qu’elle n’est pas confiscatoire. Je suis de cette frange de la population qui paie tout plein pot et ne reçoit rien. Je ne demande rien non plus. Je vis bien, sans ostentation, mais sans me soucier de la fin de mois. En ce qui me concerne, en ce moment, c’est plus la fin du monde qui m’angoisse. Avec les mêmes qui pillent et détruisent la planète, que ceux qui paient les gens au lance-pierres.  Ces combats ne sont pas antinomiques, ils sont conjoints. Un autre monde est possible, où les travailleurs sont durables, tout comme les ressources.

Dans ce mouvement certains ont trouvé la solidarité et la fraternité qui leur manquaient. L’action collective a toujours payé. Peut-être que beaucoup l’avaient oublié dans un monde qui nous pousse à l’individualisme forcené. Les gilets rejettent la toute puissance des chefs. C’est bien dans l’air du temps de l’holacratie ou de l’agilité. Les gilets jaunes sont bien plus modernes qu’on ne le pense. Ils ne sont pas les représentants d’une ancienne France, ils sont connectés et maîtrisent pour beaucoup les codes de la communication.

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Alors oui, je vous vois déjà me dire que je leur file un blanc-seing. Que je valide les violences pour cause de revendications légitimes. NON. Si des casseurs et des pilleurs ont profité de ce mouvement pour se défouler ou faire leurs courses de Noël, non je ne les approuve pas. Les « vrais » gilets jaunes le savent bien. La violence est contre productive. Même si certains peuvent penser qu’ils faut montrer les dents pour que les puissants cèdent.

Le gouvernement organise un grand débat qui débutera dans les jours prochains. Même si nombreux sont ceux qui pensent que c’est de l’enfumage, j’encourage tout ceux qui ont quelque chose à dire ou à proposer à les remonter lors de cette consultation. Moi, dans tous les cas, je serai toujours ici ou ailleurs, pour donner mon avis et soutenir ceux qui veulent un monde meilleur. Pas celui des Bisounours. Juste un monde où chacun pourrait vivre bien de son labeur, respirer un air sain, être non discriminé, penser ce qu’il veut ou aimer qui il le souhaite.

 

Sans argent

De retour, pour vous conter une petite mésaventure qui aurait pu m’être évitée. Ainsi, au printemps dernier, alors que je devais partir en voyage à Florence le lendemain, je décidai de passer une journée dans un célèbre parc d’attraction de la région parisienne.

La journée avait pourtant bien commencée, même si la météo était épouvantable : pluie et vent fort. De bonne humeur, j’avais profité de mon attraction préférée avant de filer me mettre à l’abri dans une salle de restaurant.

Hélas, à peine étais-je assise que je me rendis compte que mon sac à main en bandoulière était à moitié ouvert et que mon porte-monnaie avait disparu. Mon sang ne fit qu’un tour. Un peu affolée, je regardai tout autour de moi. Mais, je devais me rendre en évidence. J’avais perdu ou on m’avait volé TOUT mon argent. J’avais tellement été occupée à tenter de tenir mon parapluie sous les intempéries que je n’avais pas été assez vigilante.

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Je me rendis immédiatement à l’accueil du parc pour déclarer cette disparition décrivant précisément mon bien. Les employés me proposèrent ensuite d’aller porter plainte à la police qui se situait dans la ville voisine en dehors du parc. Sous une pluie battante, j’effectuai donc cette formalité après une marche à pied de plusieurs kilomètres. L’agent de permanence semblait confiant sur la capacité du parc à retrouver mon porte-monnaie. Il me fournit les papiers à communiquer aux assurances le cas échéant.

Après, cette déclaration, suite à un bref coup d’oeil sur Google Maps, je décidai de tenter de récupérer quelque argent auprès de La banque postale. Mais, en l’absence de chéquier, resté au chaud chez moi, je fus dans l’impossibilité de retirer le moindre de sou. Même en présentant un document d’identité et en fournissant mon numéro de compte, c’était impossible. J’étais furieuse.

Bredouille, je fis donc demi-tour en direction de mon hôtel situé à plusieurs kilomètres de là. La pluie avait un peu cessé. Tout en marchant, je ruminais. Cette fois, j’étais bien dans la m… Sans le sou et à des centaines de lieux de chez moi. J’allais probablement être obligée de renoncer à mon voyage en Italie. Je songeai à tous les problèmes ne serait-ce que pour rentrer. Comment allais-je faire pour regagner la gare de Lyon ? Mon ticket retour était dans mon regretté morlingue. J’imaginai devoir prendre le train de banlieue sans payer ou, si difficulté, me rendre à Paris à pied. Il y avait quoi, environ trente kilomètres à vol d’oiseau.

Sur le chemin, alors que mon cerveau était en ébullition, dans un éclair, je décidai de fouiller mon portefeuille au cas où. Et, là, ô miracle, je tombai sur un billet de dix euros qui y avait été oublié. L’un de mes soucis s’effaça d’un coup. J’étais en mesure de regagner la capitale. Epuisée, j’arrivai peu après à mon hôtel (heureusement pré-payé). Là, j’achevai les formalités d’usage avec le blocage de la CB. Puis, j’attendis en vain le reste de la soirée des nouvelles de l’administration du parc. Tardivement, je m’endormis après avoir annulé vols et hôtel en Italie. La belle Florence me verrait une autre fois. J’étais triste, mais je n’avais plus le choix.

Après une très mauvaise nuit, je quittai les lieux le lendemain. Mais, arrivée à la gare de Lyon, je rencontrai un nouveau problème. En effet, lorsque je voulus changer mon billet de train, la borne me demanda un supplément. Evidemment, je n’avais pas les moyens de payer le surplus. Je me dirigeai donc vers les guichets, où après une attente digne de la sécu, je fus reçue par une dame plutôt compréhensive. Elle me fit grâce d’une partie de la somme demandée et je pus courir prendre mon train.

Ce ne fut qu’une fois le TGV parti que je reçus un coup de fil du service des objets trouvés du parc. Ils avaient retrouvé mon porte-monnaie dans un bar non loin du lieu de mon unique attraction. Le voleur, ou celui qui avait trouvé mon bien, l’avait consciencieusement vidé. Il avait pris non seulement mon argent et mon ticket retour de RER, mais aussi mon billet de spectacle et un carnet de timbres. Il n’avait laissé que ma carte bleue, mes différentes cartes de fidélité et mon ticket de parking. Le parc me demanda néanmoins dix euros pour me retourner ma bourse.

Mais, là n’était pas la fin de mes ennuis. En effet, sans argent, j’étais bien en mal de récupérer mon véhicule dans le parking de la gare. Je décidai donc d’appeler quelqu’un que je ne souhaitais pas appeler. Il fut trop heureux de venir me dépanner et payer afin de libérer ma voiture. Mon amour propre en avait pris un coup. Mais, là encore, je n’avais pas d’autres choix dans mon imprévoyance.

Cette mésaventure, quoique banale, entama un peu ma confiance en moi. Je décidai qu’à l’avenir je préparerai beaucoup plus mes voyages et éviterai de prendre des risques avant un départ. Et, effectivement, depuis je suis partie de nouveau seule et très loin, cette fois sans encombre. Pas la peine d’aller au bout du monde pour rencontrer des problèmes.

L’histoire me fit réfléchir (et frémir) au sort de tous ceux qui vivent cette situation au quotidien. Sans argent, tu dois avoir de bonnes jambes et/ou de bons amis. Dans ce monde où le fric est roi, tu peux juste espérer croiser quelques âmes charitables au milieu de la foule de ceux que cela indiffèrent.

 

 

 

 

Salauds de mots

Je n’ai plus les mots. Ce n’est pas que j’en avais beaucoup. J’en avais juste assez pour survivre grâce à eux. Cependant, ces derniers ont décidé de m’abandonner en pleine page blanche. Depuis, je les cherche au coin des articles de journaux ou des livres à peine entrouverts. Mais, ils se cachent, me fuient ou me haïssent peut-être. Moi qui les ai tant aimés. Mes petits et mes grands mots. Qu’ils soient sales ou non, propres.  Ils m’ont quittée. Voilà tout. Salauds de mots.

Au nom du père

Il était parti le jour du vendredi Saint. Le jour du Catenacciu. Ma tante m’avait dit qu’il avait fini de porter sa croix. Je me souviens de l’image du porte croix. Ce pénitent masqué et habillé de rouge dans les rues de Sartène l’avait toujours marqué. Il aimait se rendre chaque année à cette procession. Je l’imagine, lui le pêcheur, au milieu de la foule emprunte d’une intense ferveur religieuse. A quoi pouvait-il bien penser ?

Après six jours à gésir sur son lit de mort, pour cause de week-end pascal, les pompes-funèbres étaient passées le matin pour la mise en bière. Puis, le moment du départ est arrivé. Les hommes en noir sont revenus dans l’après-midi pour sceller le cercueil. Alors, j’ai appelé les tantes pour leur dernier adieu. Je savais, pour l’avoir déjà connu par le passé, que ce moment serait difficile pour elles. Nous avons alors déposé auprès de lui des souvenirs de nous, des photos et des bijoux. Les tantes ont pleuré un peu. Puis, un peu plus lorsque son visage marqué par la maladie et la vieillesse a disparu sous le couvercle de chêne.

Peu après, il a quitté une dernière fois sa maison. Là où il avait voulu mourir. Les mains et les paroles douces d’une de ses soeurs et d’une gentille infirmière l’avaient accompagné jusqu’à son dernier souffle. Au moins, il n’était pas mort seul et dans la froideur d’une chambre d’hôpital. Puis, nous avons suivi en voiture le corbillard, à petite vitesse, sur les routes sinueuses de la campagne corse. Les fleurs de printemps inondaient de couleurs les champs rocheux.

Au bout d’une dizaine de minutes, nous avons atteint la petite église de granit gris du village. Là, au grand soulagement de mes tantes, nous avons vu là, devant l’entrée, un porte-drapeau, un ancien combattant du village. Il avait sans doute fait la guerre d’Algérie comme lui. Puis, le vieil homme buriné a pris place derrière l’autel, pendant que je lançais sur mon Iphone 8 le chant corse « Corsica » par Petru Guelfucci. Et, je suis restée là, longtemps, la tête baissée et la main levée, pendant l’entrée du cercueil ceint du drapeau corse dans l’allée centrale. J’avais à peine vu les gens qui étaient venus. Ses amis sans doute. Ceux qui l’avaient connu pendant toutes ces années de vie ici. Des amitiés de bistrots et des voisins du quartier. Ensuite, une de mes tantes a pris la parole, racontant le parcours de son frère, et ses derniers instants douloureux qu’elle avait partagés.

Après une simple cérémonie, telle que nous l’avions demandée, le corps a regagné le corbillard, où il a été béni par le curé, avant de démarrer au pas. Comme autrefois, nous avons suivi à pied, moi serrant mes tantes en pleurs. J’essayais de faire bonne figure en dépit de la gravité du moment. Une petite route très pentue menait jusqu’au petit cimetière situé plus haut sur la colline. Depuis notre départ, j’avais enchaîné côté musique sur « Ricordu » chantée par Jenifer et Laurent Bruschini. Lorsque nous avons passé les grilles du village des morts, « Terra » d’I Muvrini a résonné dans les ruelles silencieuses.

Là, arrivée près de la concession, une femme d’un certain âge s’est approchée de moi. Elle m’a dit être venue chanter l’hymne corse « Diu vi salve Regina » pour mon père. Car, s’il n’était pas né corse, il l’était indiscutablement d’adoption. Je n’ai pas pu retenir mes larmes, car je savais que ça lui aurait fait très plaisir. Ensuite, j’ai demandé à prendre la parole :

«  J. n’était pas ce qu’on peut appeler un bon chrétien. Ce n’était pas non plus un bon père, ni un bon mari. Mais, c’était certainement un bon ami. Comme vous pouvez tous en témoigner. C’était, surtout, un grand ami de la Corse, dont il appréciait les paysages, les habitants et la culture. Et, il a su faire partager cet amour à nous, sa famille, durant toutes ces années. Il a souhaité être inhumé sur cette terre qu’il aimait tant. Il la nourrira de son corps et ne fera plus qu’un avec elle. Pour toujours et à jamais. »

Après, j’ai rejoint mes tantes, fières et émues, avant de voir le cercueil descendre dans le trou fraîchement creusé de la veille dans la terre rouge et caillouteuse. Une terre que nous avons tous jetée ensuite sur le cercueil. J’ai dit un dernier adieu au « pater » avant d’inviter ses plus proches amis à venir boire un verre à la maison. J’avais préparé des plats de charcuteries corses pour accompagner des vins de l’île de beauté.

La journée a fini plus joyeuse qu’elle avait commencé. Tout le monde était satisfait de la cérémonie réalisée dans la tradition. Quelqu’un a dit que ça lui aurait plu. J’ai souri. Il aura été dignement enterré. Le minimum qu’un enfant puisse faire pour son père. Et si son fantôme erre encore dans le maquis, il sera sans nul doute bienveillant. Pour toujours et à jamais.

 

 

À l’heure des possibles 

Il est une heure sur internet où tout devient possible et où tout peut arriver.…

Internet, à l’heure des possibles,

Les pirates sont philosophes et les mécanos poètes.

 

Internet, à l’heure des possibles,

Les braves gens sont couchés

et ne restent plus que ceux qui brûlent

d’un feu que rien ne peut éteindre.

 

Internet, à l’heure des possibles,

Ce sont nos enveloppes charnelles qui vibrent

à l’unisson sur nos mots sales.

 

Internet, à l’heure des possibles,

C’est ma tête posée sur ton invisible épaule

et tes baisers imaginaires

sur mes yeux qui se ferment.

 

Internet, à l’heure des possibles,

C’est mon âme qui t’écrit « je t’aime »,

Et mon coeur qui se fend

aux blancs de ton silence.

 

Internet, à l’heure des possibles,

C’est le moment où les masques tombent

pour la vérité crue.

 

Internet, à l’heure des possibles,

C’est un cri déchirant

qui se noie dans le néant

avec tous les autres.

 

Internet, à l’heure des possibles,

C’est ma vie que je perds

pour avoir encore rêvé

À l’impossible.