II.3 Dans mes cordes

Alors que la troisième semaine de confinement commençait en France, je débutai une nouvelle étape de ma relation virtuelle avec mon médecin sans frontières. Il m’avait avoué son prénom : Chris. Nos sympathiques discussions de salon avaient évolué. Mon interlocuteur souhaitait que nous faisions mieux connaissance au travers de jeux de rôles mêlant écrits et photos. Il se disait très attentif à l’autre. Et même de plus en plus, loin de ses pratiques passées de dominant qui ne le satisfaisaient plus.

De mon côté, je restais un peu sur mes gardes, car, même si je trouvais sa compagnie agréable, je ressentais comme un malaise. Il était compliqué pour moi de reprendre un rôle que j’avais abandonné en plein chaos. Il me fallait absolument rompre avec mon passé et gagner en douceur et sérénité. Cependant, je savais que je ne pouvais connaître de relation amoureuse sans que la passion dévastatrice ne s’empare de ma personne. Pour moi, aimer c’était avec passion ou rien.

Lui m’indiquait ressentir comme une sorte de boule au ventre. Mais, je doutais de cette curieuse inclination à la lumière des longues périodes off qu’il m’imposait. Je devenais folle durant ces moments là, contrôlant à longueur de journée mes mails, messageries et autres moyens de contact que nous avions en commun. Mais, rien. Lorsqu’il était off, il était off. Et malheureusement, pendant ces périodes là, je cogitais en négatif. Je l’imaginais mener de nombreuses vies parallèles. Cela renforçait aussi la perception que j’avais de notre relation. S’agissait-il juste d’une distraction pour lui ? Je ne me sentais pas l’âme d’une femme de réconfort ou d’un repos du guerrier. Pourtant, ses réactions me faisaient immanquablement ressentir cela, en plus du trouble grandissant généré par les jeux de rôles.

Plutôt embarrassée par mes mensonges passés, même s’il n’exigeait pas de moi le moindre nude, je décidai dès le lundi de lui balancer une photo de ma personne réelle. Comme il ne sembla pas déçu par cet aveu, je fus soulagée et entamai ma semaine avec un bel optimisme, malgré le contexte particulier du confinement que je supportais toujours aussi mal. Mon sommeil qui était redevenu presque normal avant cette période troublée, s’était rapidement dégradé et mes nuits s’achevaient souvent au bout d’un cycle. Le temps passé sur les écrans avec Chris ajoutait aussi à ma nervosité.

Daniel Craig as Doc Chris.

Mes parents, de leur côté, semblaient plutôt bien s’adapter à leur nouvelle vie de confinés. Mon père, qui avait toujours été un grand bricoleur, s’attelait aux travaux printaniers dans le jardin. Ma mère, après avoir accusé le coup suite à la fermeture de ses associations, se plongeait maintenant dans des activités artistiques variées. Toute la journée, c’était soit l’un qui me demandait un coup de main, soit l’autre qui voulait que j’admire sa dernière création. Je les retrouvais pour les repas dans leur immense cuisine provençale et l’ambiance était plutôt détendue malgré les mauvaises nouvelles en provenance du dehors. A l’heure du diner, Jérôme Salomon le DGS s’invitait à table, et ses décomptes morbides plombaient un peu l’atmosphère. Nous, nous songions seulement qu’il y avait encore un jour de passé où nous avions survécu au fléau. Tous ensemble.

D’autre part, côté travail, j’avais, avec l’aide de ma stagiaire toujours fidèle au poste et de certains collaborateurs, produit une première ébauche d’une proposition de visuel pour les restaurants de mon client coréen. Ce dernier, via son directeur chargé du dossier, avait pris contact directement avec moi. J’entamai donc des échanges en visio avec ce directeur, un jeune trentenaire plutôt agréable à regarder. Wang Jung-Hwa était son nom coréen complet. Il parlait un anglais parfait, ayant effectué une partie de ses études en Europe. L’homme était très exigeant, mais il s’exprimait avec une courtoisie exquise.

Je riais sous cape de voir bafouiller le beau coréen lorsqu’il devait répondre à une question pertinente de Baby. Toujours aussi sexy, la belle gothique, devait lui apparaître comme l’essence même de la femme occidentale libre et délurée. Seule à Paris dans l’immense appartement haussmannien de ses parents – exilés eux sur l’île de Ré – elle s’affichait parfois dans des tenues plutôt non conventionnelles, notamment des décolletés plongeants qui étaient je crois le summum de l’indécence en Corée. Je me doutais qu’elle devait le faire exprès. Même si je me demandais souvent à qui étaient destinées ces provocations. Parfois, j’apercevais son lieu de confinement. La décoration semblait très design et les oeuvres d’art y être abondantes. De son côté, le jeune directeur nous abreuva en retour de nombreuses remarques afin de faire progresser nos travaux. Il compléta avec des liens vers des sites qui pouvaient nous intéresser.

Alice Pagani as Baby.

Lorsque je n’étais pas concentrée sur mon projet, je me laissais happée par les messages coquins du doc qui semblait s’ennuyer ferme entre deux missions spéciales orientées COVID-19. Un jour, il m’avait balancé une photo de lui portant un masque de chirurgie. L’homme avait de beaux restes de blondeur et de regard bleu acier. Mais, son physique avait peu d’importance pour moi. Son esprit seul avait su me charmer. Je décidais un après-midi de retourner à mes très vieilles expériences d’écrivaine de tchats érotiques. J’avais réfléchi dans la nuit à un scénario qui pourrait faire l’objet d’un premier test de sa volonté affichée de switcher vers la soumission.

Je lui demandai de débuter nu et à genoux. Tournant autour de lui, je le frôlai du bout de mes ongles. Puis, je lui bandai les yeux avant d’aller récupérer deux longues cordelettes rouge. J’avais toujours rêvé de devenir une maîtresse des cordes. J’avais envie, cette fois, de rendre ce moment aussi esthétiquement érotique et doux que j’aurais pu vivre en réel. Alors après lui avoir ordonné de se relever, je me rapprochai de lui et je lui murmurai des paroles de possession. Celles que j’avais tant de fois prononcées dans ma réalité. Les cordes écarlates glissaient autour de son cou. Il me confirmait, dans notre lien numérique, qu’il frissonnait à mon toucher ou qu’il sursautait à chacun de mes passages fantomatiques. J’exécutai un premier noeud dans son dos avec les extrémités, le griffant un peu lorsque je laissai pendre un bout de corde. Puis, je revins sur son torse réalisant deux nouveaux noeuds, un au dessus et l’autre en dessous de sa poitrine. Il m’affirma ressentir une sorte d’excitation lorsque je m’attardais sur chacun de ses seins qui semblaient très sensibles. Je poursuivis avec deux autres noeuds : un sur son ventre et un autre au dessus de son pubis.

A chaque mouvement des fils sur sa peau fictive, je caressais doucement les lieux où je m’aventurais virtuellement : le côté, l’aine, le nombril, la cuisse… Alors qu’il semblait le redouter, je circulai autour de sa verge imaginaire pour réaliser un autre lien derrière ses bourses, puis je remontai fermement entre ses fesses où je terminai par un dernier double noeud près de sa forteresse encore inviolée. Les ficelles de feu remontaient ensuite dans son dos faiblement velu à destination du morceau qui pendait entre ses omoplates. Là, j’enchainai en lui ordonnant de lever un bras, puis l’autre, afin de pouvoir produire de jolis losanges carmin qui orneraient son corps rêvé. Je lui décrivais les moments en question, il semblait y prendre beaucoup de plaisir. Je continuai les losanges, puis je finis par lui attacher ses mains que j’imaginais puissantes et douces dans son dos. Il était maintenant totalement à ma merci virtuelle.

J’avais les images dans ma tête, même si je n’avais jamais eu de pratique poussée des cordes dans ma réalité. Je poursuivis avec l’inévitable moment où le soumis doit satisfaire sa maîtresse. Je le guidai par écrit entre mes cuisses réellement humides. Puis, après avoir eu à gérer fermement un début de rébellion plutôt téléphonée, je le fis accomplir ce qui devait être fait. Evidemment, avec mon travail en parallèle et le défilé permanent de mes parents dans mon bureau, je n’avais pas la tranquillité nécessaire pour m’abandonner dans ma propre réalité.

Une fois que j’eus simulé une jouissance avec un « Ouiiiiiii » interminable, je relevai mon soumis par ses liens avant de lui retirer son bandeau chimérique, puis de l’embrasser sur sa bouche de roman. Il pouvait maintenant admirer – à l’aide d’une photo publiée – le sublime travail de Shibari que j’avais réalisé avec mon âme d’esthète. Puis, je le poussai contre un mûr invisible d’où il ne pouvait bouger et entamai une dernière opération littéraire qui visait à l’envoyer dans un septième ciel rêvé. J’attrapai sa verge fantasmagoriquement tendue avant de la faire glisser fermement entre deux de mes doigts. Je rédigeai ensuite des mots sales. Ceux qu’ils semblaient apprécier. A ses courtes phrases en retour, je l’imaginais haletant et proche de succomber sous mes gestes prétendument experts. Ce qu’il sembla faire. Je terminai par un doux baiser de cinéma.

Cependant, au moment du débriefing, même s’il m’indiqua avoir largement apprécié mon histoire et vécu le moment comme s’il était proche de moi, je compris qu’il n’avait pas vraiment eu de jouissance physique IRL. Il s’agissait des limites de cet exercice plutôt vain de la relation virtuelle. Lui débutait depuis peu dans cet encanaillement sans risques. Moi, il y avait bien longtemps que cela ne me suffisait plus. Lorsque tu trouves la force de traverser le miroir pour vivre en réel tes folies numériques, le virtuel te semble bien fade en comparaison. De ce fait, j’étais peu satisfaite de moi, alors que lui jubilait d’avoir étonnement ressenti autant de plaisir psychologique dans un rôle opposé à son vécu.

Le trouble s’empara de nouveau moi. Etait-ce bien ce que j’avais envie de vivre, même si les circonstances ne me permettaient pas d’avoir plus ? Chassant mes noires pensées, je lui proposai un rendez-vous nocturne pour plus d’intimité et il me fixa son heure. J’espérais qu’il m’appellerait sur mon mobile pour qu’un peu de réalité entre dans notre relation à distance. En attendant son supposé coup de fil, je rêvais à des lendemains heureux pour nous deux. Et si au final, après tant d’errances, il y avait enfin une issue lumineuse à toute cette sombre histoire ?

II.2 – The moon embracing the sun

Comme la réalité dépasse la fiction, la fiction elle aussi rejoint la réalité. Mon héroïne, Julia, se retrouve elle aussi la proie des évènements en cette période troublée de mars 2020.

Comme tout le monde, je m’étais retrouvée confinée à la mi-mars 2020 à cause du fléau. Mais, comme je n’avais pas voulu rester en ville, j’avais filé en voiture rejoindre mes parents dans le sud. Je savais bien que cela ressemblait à un exode, mais je préférais rester proche de ma famille. Dans ces périodes compliquées, il valait mieux être entouré de gens sûrs. Simon m’avait bien proposé de me confiner avec lui, mais il y avait bien trop de risques que cela ne finisse en un bain de sang au bout d’une semaine de vie commune.

Même si j’avais tous les moyens matériels pour télétravailler, mon esprit n’était pas au travail. Me retrouver dans la maison familiale, c’était pour moi l’été et les vacances. Tout concourait à me distraire de mon labeur : le soleil, le parc boisé, le chant des oiseaux ou tout mon bric-à-brac d’enfance dans les placards ou sur les murs. Peu avant l’épidémie, j’avais hérité d’un gros projet professionnel. Un grand mogul de l’entertainment coréen avait décidé de pousser un peu plus loin l’hallyu, la diffusion de la culture coréenne, jusque dans nos contrées occidentales. Il avait dans l’idée d’installer une chaîne de restaurants et souhaitait adapter la communication et la publicité pour se lancer à une modeste échelle dans notre pays. Evidemment, avec le confinement, le projet tournait au ralenti. Mais, j’essayais de me plonger du mieux que je pouvais dans la culture et les couleurs coréennes. Je brassais force Kdramas ou videos de Kpop jusqu’à tenter de trouver un concept que je pourrais proposer à mes nouveaux clients.

En parallèle, j’allais aux news auprès de mes amis ou collègues. Même si quelques uns avaient été touchés, ce n’était que de la forme bénigne. J’évitais l’actualité et les décomptes morbides. Mes parents eux avaient la TV branchée en permanence sur les chaînes info et je sentais leur angoisse monter. Pour m’en défaire, je m’isolais dans ma chambre. Là, je filais pour me détendre sur mes sites habituels. Quelques vieilles connaissances s’étaient rappelées à mon bon souvenir. Visiblement ces temps troublés forçaient leur nostalgie. Mais, je les voyais plutôt comme des sortes de vautours, prêts à me dévorer, seulement attirés par l’odeur de mon excès d’empathie. Je les éconduisais en douceur. Moi, un seul profil m’intéressait réellement. Bien que nous ayons échangés plusieurs fois par le passé, nous ne nous étions vraiment rapprochés que depuis quelques temps. Il s’agissait d’un homme qui se disait médecin et qui participait à des missions humanitaires. Même si je n’en croyais rien, sa personnalité et sa culture le rendait néanmoins attractif à mes yeux.

Je ne me faisais pas d’illusion, pour lui je n’étais sans doute qu’une distraction dans ce contexte effrayant. Une sorte de gisaeng virtuelle, dont la compagnie et la conversation sont plaisantes. Mon aura sulfureuse et mes publications l’avaient amené jusque dans mes filets de sorcière depuis un moment. Il était curieux de vivre quelque chose de différent. Il espérait me faire changer de bord, j’avais dans l’idée de l’amener vers mon côté sombre. C’était comme une sorte de challenge pour moi. Le seul qui pouvait me pousser à sortir de mon hibernation et à oublier mes erreurs du passé. Mais, comme je voulais me protéger, je n’étais pas forcément totalement claire avec lui, usant de stratagèmes d’ensorceleuse pour cacher mon identité. Fort heureusement, il était, semble-t-il, plus attiré par ma personnalité que par les quelques photos volées que je lui avais envoyées.

Nous avions de nombreux points communs : l’attrait pour la quête de soi, la fuite dans les voyages ou l’errance dans l’obscurité. Il me faisait rire lorsqu’il ne comprenait pas tous les mots de mon jargon de connectée. Je devais lui expliquer ce qu’il n’avait pas le temps d’aller chercher sur Google avec la même dextérité que la mienne. Peu à peu, il m’avoua ressentir quelque chose pour moi. Il voulait me réapprendre à aimer et à prendre un vrai plaisir. Sous ses dehors de dominant, je le sentais hyper attentif à l’autre. Prêt à tomber à genoux pour une femme dont il serait épris. De mon côté, je devais atteindre son esprit et je déployais tout mon art en la matière.

Mais, ce jeu était risqué. Comprenant mon propre trouble, un matin je pris peur. Il fut obligé de me convaincre avec des preuves qu’il était bien ce héros que j’avais qualifié de James Bond. En se moquant de ma sottise, il voulait faire de moi sa Vesper. Cette rencontre virtuelle était si incroyable qu’on l’aurait cru tout droit sorti d’un roman à l’eau de rose. Enfin, à l’eau de rose épicée. Pour lui marquer ma confiance, je lui adressai mon numéro de téléphone et je l’eus peu après en ligne. Sa voix était celle d’un homme sûr de lui, dans la force l’âge, bon vivant et aux accents du sud. Je me doutais qu’il devait avoir une femme, et sans doute une dans chaque port. De mon côté, j’étais un peu intimidée, mais je gardais mes distances et éclatais de rire à ses propositions malhonnêtes plutôt farfelues, comme d’épeler les fesses à l’air des noms savants de molécules.

Je sentais bien que nos coeurs battaient, même si je ne savais pas si c’était plus lié aux évènements ou à une sincère attraction mutuelle. Je le mis néanmoins en garde contre mon côté destructeur. Lui me disait qu’il n’avait plus le recul nécessaire pour comprendre ou analyser. Nous parlions de l’avenir et de lendemains en couleurs. Nous boirions le champagne ensemble et plus si affinité. Moi, tout ce que je savais, c’est qu’il était complètement off pendant certaines périodes et qu’il me manquait beaucoup à ces moments là.  

J’entrevoyais donc une éclaircie pour moi dans cette sombre réalité. Mais je ne voulais pas rêver. Même si nous finissions par échapper au fléau, l’appel de la vie se heurterait toujours au réel. Les mêmes causes produiraient toujours les mêmes effets. Il était le vent, j’étais l’eau. Il était un rayon de soleil, mais j’étais un rayon de lune. Nous étions le yin et le yang cherchant à fusionner. Pour s’aimer, peut-être, ou se détruire encore un peu plus. Pour le moment, nous vivions l’instant, bien protégés derrière nos écrans. Carpe Diem.  

Josh Hartnett as Ethan and Eva Green as Vanessa Ives in Penny Dreadful (season 3, episode 9). – Photo: Patrick Redmond/SHOWTIME – Photo ID: PennyDreadful_309_1596

Confinée – semaine 1

Journal d’une blogueuse confinée pendant l’épidémie du Coronavirus.

On s’en doutait un peu vue l’évolution de la situation sanitaire depuis une semaine, mais voilà que nous nous sommes tous retrouvés confinés chez nous à partir du lundi 16 mars 2020, et officiellement en France depuis le 17 mars à midi, à cause du nouveau fléau, l’ennemi de l’humanité : le Coronavirus.

Me voilà donc depuis en 24/7 avec ma famille. On les appellera T. et M. dans la suite du récit. Je dois préciser que nous sommes confinés dans des conditions très privilégiées de part notre choix de vivre en province. Notre habitation principale est une grande maison à la campagne avec jardin. Nous avons un bureau indépendant chacun, tout équipé pour le télétravail. En effet, le travail à distance est déjà largement développé dans notre secteur d’activité. Alors, ce jour là, nous avons fait comme d’habitude : nous avons allumé la box et connecté le VPN. Nous avions juste allumé un cierge pour qu’il tienne (et il a tenu).

T. fait (un peu) grise mine, car en deuxième année de classe prépa, le voilà confiné à quelques semaines des concours. Pour le reste, s’agissant d’un gamer, le confinement ne lui fait pas peur. Je dirai même que c’est plutôt son état normal. Assez vite dès lundi, ses professeurs ont pu assurer les cours par internet. Cela s’est relativement bien passé pour lui. Un peu moins pour d’autres moins bien équipés en matériel informatique. En parallèle des cours, il échange avec les autres élèves via Discord. Néanmoins, il n’est plus qu’à 50% de cours, bien loin du rythme effréné de la normale. A date, il ne sait pas vraiment si les concours seront maintenus ou pas. Il a surtout peur de devoir faire une année de plus.

M., lui bosse dans les ressources humaines. Il angoisse sur cette maladie depuis qu’elle est apparue en Chine. En effet, il souffre déjà de diverses pathologies (les fameuses co-morbidités) et ce virus est certainement très dangereux pour lui. Déjà, il m’avait regardée d’un sale oeil lorsque j’avais assisté le mardi précédent à un spectacle de danse. Tout juste si je n’étais pas une criminelle.

Lundi : début du confinement

Dès le lundi, nous avons reçu un mail de nos employeurs nous enjoignant de rester chez nous. De ce fait, pour nous le confinement a commencé avec un jour d’avance. Après ce premier mail, nous avons tenté de travailler normalement, mais les messages « spécial Coronavirus » se sont succédés toutes la journée ainsi que les call pour préciser les modalités pratiques pour assurer la continuité d’activité.

Au bout du fil, les collègues étaient entre angoisse et résignation, certains clairement dépassés avec les enfants à la maison ou avec des problèmes de logistique. De mon côté, je fais semblant de rester concentrée, mais en fait une foule de questions se pressent dans ma tête. Je pense que je serais plus utile ailleurs, mais je dois assurer le back-up de ma boss au cas où.

M. devant gérer plein de problèmes RH associés au confinement, passe sa vie en réunion de crise. Je fais des pauses café avec lui pour discuter des dernières nouvelles du front. C’est un peu le chaos, car certains salariés n’avaient pas d’ordinateur portable. Partout, plein de trucs qui n’étaient pas autorisés jusque là, l’ont été au final, ce qui a permis de débloquer beaucoup de situations. L’objectif pour les entreprises est et sera tout le long de la crise de maintenir l’appareil de production en état de fonctionner, même si on suppose que la productivité sera largement entamée pour diverses raisons.

T. nous indique de son côté qu’il mourrait plus facilement d’une crise d’asthme que du Corona virus, le voilà à court de Ventoline. Heureusement, le médecin de famille contacté par téléphone nous a envoyé dès le lendemain une ordonnance par mail. Il faut une telle crise pour que le déploiement de pratiques numériques se réalise. S’il peut en rester quelque chose après tout ça, on ne pourra que s’en féliciter.

Mardi : Le confinement officiel «  Nous sommes en guerre »

Nous gardons nos rituels matinaux. Le seul truc qui change, c’est que le chemin du travail est nettement moins encombré. Pas mal de collègues parisiens étant sur le chemin de l’exode, le nombre de mails reçus se tarit. J’imprime la fameuse attestation du ministère de l’intérieur pour mes co-confinés. Je tente de travailler normalement tout en suivant l’actualité sur mon smartphone. Depuis le début de l’épidémie, j’avais promis d’être plus présente sur mon compte Twitter afin que la beauté illumine notre sombre réalité. Je m’y emploie depuis du mieux que je peux pendant mes pauses et le soir. En parallèle, j’échange avec un ami médecin en mode marraine de guerre. J’ai lâché temporairement mon hibernation sur NETFLIX pour les réseaux sociaux.

Mercredi : tout est (presque) normal

Nous faisons comme si tout était normal, mais le coeur n’y est pas. Je pense aux collègues imprudents qui sont partis en voyage depuis le début mars. Vont-ils pouvoir revenir ? Moi j’ai fait une croix sur mes périples de l’année. Ces moments de respiration et d’inspiration indispensables pour moi. Je devais aller à Rome et en Chine. La bonne blague. C’était sans compter sur notre ennemi à tous.

Curieusement, maintenant, je me sens beaucoup plus proches des gens du monde entier qui me suivent sur Twitter. J’essaie de tweeter mon quotidien de confinée ainsi que les pensées contradictoires qui m’assaillent. Je suis plutôt d’un naturel mélancolique, mais là depuis le début de l’épidémie, je me lâche un peu. Dans la foulée de mon addiction aux sageuks, j’ai poursuivi promotion de l’Hallyu, la vague coréenne. Un peu taquine, je publie des pics de très beaux acteurs ou chanteurs de K-Pop. Je découvre l’Army de BTS et toute sa puissance. Je continue mon immersion dans le phénomène avant d’écrire un truc drôle dessus. Cette légèreté acidulée compense la lourdeur du contexte que nous vivons tous. Cela me donne de la force de me tourner vers les autres et de soutenir le moral de pas mal de gens.

Jeudi : la sortie courses.

Ce matin là, j’avais été désignée pour aller au ravitaillement. En effet, le frigo était vide, et il fallait que quelqu’un se dévoue. J’ai donc filé, juste armée de mes gants en cuir et de mon attestation dûment remplie, vers le supermarché le plus proche. C’était le matin à l’ouverture. Les entrées étaient filtrées par un vigile. Se tenant bien à l’écart, il nous laissait passer au compte-gouttes. Dans la file d’attente, nous gardions nos distance chacun derrière nos caddies. Beaucoup portaient des masques ainsi que des gants en plastique. Les mines étaient graves et silencieuses. Nous n’oubliions pas que nous étions dans ce qu’on appelait un cluster avant le confinement. Une voiture de la gendarmerie nous longea au ralenti. Ces derniers ne jouèrent pas les cowboys et s’éloignèrent en nous détaillant comme des pestiférés. J’entrai bientôt, il avait peu de monde à l’intérieur et ceux que je croisais, je m’en tenais bien éloignée. Je ne traînais pas non plus, ne trouvant pas tout de la liste. En effet, tout ce qui étaient surgelés, boîtes ou pâtes avaient été largement dévalisés sans doute les jours précédents. Je me limitais au nécessaire, loin des achats compulsifs de certains. Les caissières assuraient leur activité derrière une barrière de plexiglass. Tous les clients les encourageaient. Au retour, je déposais mes vêtements et gants dans le garage après avoir monté les courses. Ensuite, je procédai à un lavage soigneux des mains et à une désinfection à l’alcool des poignées de porte.

Vendredi : ne pas faire d’erreurs

Au final, dans le confinement, tout revient à définir des stratégies pour éviter d’être contaminé par quelque chose ou quelqu’un venant de l’extérieur. Le virus pouvant rester actif assez longtemps sur certaines surfaces. On s’habitue vite aux gestes barrière dès qu’on a en mains un truc qui a pu être potentiellement être touché par quelqu’un (poubelles, journaux, courses…). On essaie de ne pas faire d’erreurs.

J’appelle ma mère et son compagnon pour voir si tout va bien de leur côté. Ils ne sortent plus et se font livrer le ravitaillement par des membres de la famille. Eux, généralement entourés de monde doivent trouver le temps bien long. Rassurée de ce côté, je poursuis mon activité un peu surréaliste. Nul n’est dupe de la complexité de la situation. Nous faisons plus de psy que de pilotage, mais c’est normal. La hiérarchie n’est pas dogmatique, nous sommes clairement en best effort hormis pour les salariés assurant la continuité d’activité.

Fatigue de la semaine aidant, face au nouveau décompte morbide du DGS et aux rumeurs sur le tri des malades, M. nous fait une crise d’angoisse. Il se voit mort avant la fin de l’épidémie. Nos mots n’arrivent pas à le rassurer. Je m’éloigne après le repas pour faire retomber le bad mood qui s’en suit. Je mets en boucle l’album «  The eye of the storm » du groupe de rock japonais One Ok Rock (mon album du confinement).

Samedi : on se bouge un peu

L’arrivée du WE n’est pas de trop. Le télétravail était devenu envahissant, nous y passions jusqu’à 12h par jour. J’attaque la rédaction de cet article, tout en éliminant un minimum de poussière en guise d’activité sportive. En effet, j’avais demandé à la dame qui m’aide pour le ménage de ne pas venir, tout en lui garantissant un salaire normal durant la période de confinement. Je sais qu’elle s’occupe de personnes âgées par ailleurs, pas la peine de rajouter des contacts inutiles. T. retourne à ses jeux de stratégie en ligne et M. prend le soleil en tondant l’herbe dans le jardin. L’atmosphère est redevenue beaucoup plus sereine que la veille.

Dimanche : ça va durer

Voilà déjà une première semaine de passée. Quelques contacts dans le secteur de la santé nous annoncent un pic épidémique vers le 12 avril. Je n’imagine pas de ce fait que nous sortions du confinement avant la fin avril, hormis si nous sommes massivement testés. Personnellement, je n’ai pas peur. J’ai juste l’angoisse de refiler la maladie à mes proches plus fragiles. Donc, je ne sortirai que si c’est vraiment indispensable.

Par ailleurs, je ne veux pas entrer dans la polémique autour de la mauvaise gestion de la crise. J’en vois faire le procès de Nuremberg avant d’avoir gagné la guerre. Je pense qu’à ce stade nous devrions tous être soudés et solidaires. Le temps des comptes viendra plus tard. Là, nous n’oublierons pas, en pleurant nos morts, que nous avions manqué de masques, de tests ou de respirateurs. Alors oui, si nous sommes encore là, nous irons chercher les responsables et ils seront sanctionnés dans les urnes. Car, j’espère que d’ici là nous vivrons toujours dans une démocratie. Oui, ce sera plus tard. Quand nous aurons terrassé, tous ensemble, l’ennemi de l’humanité. Prenez-soin de vous.

Quand je suis devenue accro aux sageuk

Cela fait déjà bien longtemps que j’apprécie l’originalité du cinéma coréen, mais il n’y a que depuis quelques années que je m’intéresse aux séries historiques du pays du matin calme. On peut remercier Netflix qui en propose une grande quantité dans son catalogue. Je pense que la plateforme de streaming, au delà des aspects mercantiles, est un formidable vecteur pour découvrir d’autres cultures. Bien évidemment ce n’est qu’un point de départ qui doit s’approfondir par la lecture et les voyages.

Rookie historian

Dans l’univers des kdramas, les séries historiques qu’on nomme aussi sageuk forment une catégorie particulière. L’intrigue se déroule en majorité pendant la période Joseon (de 1392 à 1910), mais peut aussi se référer à des périodes plus anciennes de l’histoire de la Corée. On peut trouver plusieurs types de sageuk. Celles qui racontent de façon romancée un moment de l’histoire du pays, les séries qui utilisent juste un fond historique pour raconter une histoire (d’amour ou autre) et les dramas fantastiques se déroulant dans le passé. Sur cette dernière catégorie, qui m’attire moins, je ne citerai que la remarquable « Kingdom » une histoire de zombies qui sort de l’ordinaire avec une photographie somptueuse. J’attends avec impatience la saison 2 qui sortira en mars sur Netflix.

Se lancer dans une telle addiction demande un peu d’effort au préalable. A savoir passer outre les sous-titres et les saisons à rallonge. Si une majorité de ces séries tournent autour d’une vingtaine d’épisodes, les meilleures vont jusqu’à la cinquantaine. Autant dire que tu auras du mal de les finir en un week end. Il te faudra donc de la volonté si tu veux aller jusqu’au bout. Cependant, pas d’inquiétude, passé les premiers épisodes où te sens parfois perdu, tu seras très souvent emporté dans des histoires aux rebondissements multiples et remplies de personnages attachants. Après si tu finis par te lasser, ce n’est pas grave, passe à une autre qui t’accrocheras plus. Moi-même j’en ai abandonné certaines, même parmi les plus prestigieuses, car je n’étais pas attrapée par l’histoire ou le jeu des acteurs.

Par ailleurs, même si l’intrigue de base est une romance, il ne faut pas t’attendre à y voir de grandes effusions. Il faut parfois patienter plus de la moitié de la série, pour y voir ne serait-ce qu’un sage baiser. Le corps des femmes est peu érotisé ou alors d’une façon très subtile. Cependant, il n’est pas rare de voir des poitrines masculines exhibées. Et plus largement, la beauté des hommes est très souvent mise en avant. Est-ce à dire que le sageuk s’adresse plus aux femmes ? Je pense plutôt qu’il s’agit d’un genre de séduction qui est simplement plus largement toléré pour les hommes. Dans le genre retape, il n’est pas rare, de même, d’apercevoir des stars de la Kpop le plus souvent dans des seconds rôles. Les producteurs ne perdent pas le nord, trouvant là un filon pour attirer les spectateurs, notamment les plus jeunes.

Par ailleurs, difficile d’y trouver des personnages qui sortent des normes sexuelles admises en Corée. Même si « SungkyunKwan scandal » contourne le sujet avec une histoire d’amour entre deux étudiants dont l’un est en fait une femme déguisée en homme. Dans « Hwarang » l’un des jeunes membres du corps d’élite joué par Cho Yoon-Woo semble ouvertement gay et dans « Six flying dragons » l’épéiste Gil Tae Mi (Park Huyk-Kwon) est maquillé comme un camion. Après, les fujoshi pourront toujours se satisfaire de quelques bromances pour rêver sur de parfaits OTP (exemple : le couple Song Joong-Ki / Yoo Ah In dans « Sungkyunkwan scandal » ).

My country : the new age – Yi Bang-Won (Jang Huyk)

Si tu débutes dans le sageuk, je te propose quelques séries incontournables et passionnantes. La meilleure pour moi, car la mieux écrite, c’est « Six Flying Dragons ». Cette histoire raconte les évènements ayant mené à la création de la dynastie Joseon au travers de la vie plutôt agitée de différents protagonistes connus ou inconnus. Ce fond historique très intéressant (et sanglant) a d’ailleurs été repris plus récemment dans l’excellente « My country : the new age » avec un Yi Bang-Won plus mûr et plus sombre (joué par Jang Huyk).

Deuxième série incontournable : Empress Ki , une grande saga haute en couleurs et en rebondissements sur l’histoire d’une femme de Goryeo qui deviendra impératrice consort chez les Yuan. A noter, un trio d’acteurs talentueux dont le craquant Ji Chang Wook qui s’est fait connaître grâce à son rôle complexe dans cette série.

Empress Ki – Ha Ji-won dans le rôle titre

Après, dans un registre plus léger et rafraîchissant, j’ai beaucoup aimé « Rookie historian Goo Hae Ryung» avec un joli couple d’acteurs. L’intrigue rénove un peu le concept avec une héroïne qui brave le patriarcat sans pour cela devoir se déguiser en homme (ce qui est fréquent dans ce genre de séries exemple Sungkuynkwan scandal). Le prince écrivain de romances (campé par l’adorable Cha Eun Woo) sort lui aussi des clichés loin des personnages masculins très virils habituels. Motion spéciale pour ses costumes aux couleurs pastels super cutes.

Bref, je ne les citerai pas toutes, mais l’offre ne manque pas sur les plateformes pour rassasier les accros. De quoi se dépayser et rêver un peu, avant de faire le voyage sur les lieux. Ce que j’ai fait l’année passée. Là, au milieu du jardin secret des rois de Corée, j’avais l’impression d’avoir traversé l’écran. Comme si j’avais déjà vécu en ces lieux dans une vie antérieure grâce aux sageuk.

Autres séries à voir outre les séries déjà citées : « Moon embracing the sun » , « Haechi » , « The royal gambler » ou « Rebel : thief who stole the people » .

II.1. Baby alone et crêpes bretonnes

Je posai mon iPhone sur la chaîne stéréo après avoir sélectionné un morceau de Five Finger Death Punch. Bientôt, le son Métal de « Gone away » résonna dans la pièce. A chaque battement de tambour, je frappais de ma badine les fesses d’une personne inconnue joliment ficelée de rouge sur une table. Alors, que je tournoyais sur moi-même du haut de mes Louboutin, dansant et chantant au rythme des guitares saturées, de faibles cris étouffés émanaient de la bouche entravée de l’individu… mon enflure de nouveau directeur artistique. QUOI ???? STOOOOOOP !!!!

J’ouvris les yeux. J’étais là, somnolant dans mon bus, les AirPods dans les oreilles. Un vieux monsieur en face me sourit devant mon air ahuri. Oui je sais que je vous avais laissé alors que j’étais en plein chaos et à deux pas d’en finir. Et là, je vous retrouve d’entrée avec une scène où je me la (re)joue Domina bien dominante. Alors que non, en fait. Je me suis seulement retirée de la vie publique, pour méditer face à moi-même, en arrêtant de me fuir dans une hyperactivité sans intérêt.

Ainsi, lorsque j’étais revenue de Florence, je m’étais replongée à fond dans mon travail. Rien ne pouvait m’en distraire, même pas les messages sexy et amoureux de Simon, mon ex. Le projet du moment portait sur l’amélioration du packaging de crêpes bretonnes bio destinées à l’export. J’aimais bien le produit et donc, je m’appliquais à trouver la bonne solution pour un client plutôt sympathique. Si l’ambiance n’avait été pourrie par le limogeage de l’ancien directeur artistique et par son remplacement par un salopard digne des meilleurs méchants de film d’horreur, tout aurait été pour le mieux.

L’automne avait apporté avec lui son lot de nouveaux stagiaires, chair fraîche surexploitée et fort prisée de bon nombre de mes collègues. Ainsi, parmi ces jeunes, notre équipe avait hérité d’une petite brune au look gothico-chic et jolie comme un coeur. Je l’avais surnommée Baby, car avec ses cheveux raides noir de jais coupés au carré, elle avait de faux airs de l’héroïne de la série italienne du même nom produite par Netflix. Bien évidemment, les chiens du bureau s’étaient mis en chasse dès son arrivée. Mais, alors que le pire d’entre eux, un bellâtre arrogant, créatif de son état, semblait n’avoir pas réussi à la faire tomber dans son lit au bout d’un mois, elle éveilla ma curiosité. C’était bien la première de ces gamines à avoir tenu aussi longtemps en ces lieux de perdition. Croyait-elle, elle aussi, en ce miroir aux alouettes, où sous couvert d’activité artistique, nous étions tous les prophètes d’une église où seuls le business et la maximisation des profits étaient les dieux uniques ?

Alors que la jeune fille semblait s’ennuyer ferme entre divers rangements et le service des cafés, je lui proposai une petite mission afin d’améliorer une de mes présentations. Elle accepta avec joie et l’exécuta en un temps record. Peu de temps plus tard, elle me sollicita pour une démonstration. Elle se plaça si près de moi, que je pouvais sentir son odeur corporelle. Celui d’une rousse, sans aucun doute, que peinait à couvrir un parfum sucré. La carnation très blanche et les tâches de rousseur de ses avant bras dénudés confirmaient mon observation. Me revinrent alors en mémoire, les muqueuses luisantes de la brûlante Coco, cette fille de feu que j’avais bien connue par le passé. Je chassai bien vite ces pensées obscènes de mon esprit.

Penchée au dessus de mon bureau, Baby avait pris possession de mon clavier pour lancer le visuel merveilleusement retouché par ses soins. Cela ressemblait à quelque chose qui faisait penser au générique de la série True Detective de HBO, avec des silhouettes humaines à travers lesquelles défilaient des champs ou des activités artisanales. Le tout réalisé dans des tons verts ou ambrés très doux. Elle avait parfaitement compris mon concept. Alors que je la félicitais, elle fit tomber d’un mouvement d’épaule le large col de son léger pull noir sur son bras, découvrant ainsi une bretelle de son soutien-gorge en dentelle noire. Elle le releva aussitôt, semblant gênée par mon regard brillant. Puis, elle nota mes petites remarques mineures et patienta en portant à sa jolie bouche rose mon stylo Montblanc. Alors que je lui retirai délicatement l’objet de ses lèvres, la fixant un peu en émoi, elle me sourit plutôt embarrassée. Peu après, alors qu’elle avait ravivé en moi des désirs enfouis, elle quitta mon bureau avec un petit : «  Je termine au plus tôt ce travail, madame. » qui m’avait rajouté vingt ans d’un coup. Je soufflai et passai une main dans mes cheveux lorsqu’elle disparut.

Quelques minutes plus tard, alors que je la voyais s’éloigner dans l’obscurité du soir portant un long manteau rouge, je n’avais plus aucun doute que ce petit chaperon avait réveillé la louve en moi. Mais, je n’avais plus rien de la fière prédatrice que j’étais. Il n’en restait seulement qu’une bête blessée en convalescence qui n’avait plus envie de se faire mordre par une créature encore plus féroce.

De nos amours virtuelles

Ne suis-je plus qu’une créature virtuelle ? N’existant uniquement que dans ce monde ci ? Parfois, sous prétexte de chercher l’inspiration ou avec un alibi sérieux pour le faire, je me perds dans la virtualité. Ce lieu où j’ai depuis plus de dix ans pris un cabanon (notamment) sur Twitter. Dès ces premiers temps, j’ai tenté de comprendre mon comportement là, ainsi que celui des autres.

Néanmoins, plus j’avance, moins je comprends ce que j’y fais réellement. Cet été, j’ai connu quelqu’un ici et l’expérience s’est avérée la plus éprouvante jamais vécue. Là, maintenant, dans ma réalité, je suis épuisée. Mon corps, fatigué de tant de nuits écourtées, se venge et me fait souffrir d’une manière ou d’une autre.

Parfois, nous sommes prisonniers pour de bonnes raisons de notre réalité, et la virtualité est le seul endroit où nous pouvons rêver. Où nous pouvons vivre nos rêves seul ou avec quelqu’un d’autre. Où nos âmes se trouvent et, parfois, s’enlacent pour une nuit ou plusieurs. Au début de l’été, j’ai croisé L. une âme errante, comme la mienne. Nous nous sommes reconnus dans notre obscurité. Celle que créent l’ennui, les difficultés du réel et la mélancolie issue d’un passé compliqué.

Cependant, alors que cette âme était sincère dans son approche, je ne l’étais pas. En fait, je n’y croyais pas. Je n’ai jamais connu que le jeu et la mystification en ces lieux. Rien de sérieux. Juste une succession de parties avec des joueurs plus ou moins bons. Bien vite, et dans l’ennui mortel des longs intervalles entre nos échanges, j’ai continué mes jeux avec d’autres. J’étais bien évidemment libre de le faire. Mais, à la longue, l’un de ces joueurs à pris trop d’importance et mon âme soeur en a pris ombrage. C’était pour L. le plus dangereux rival, ce B. Pourtant, c’était celui qui était le moins présent. Juste un fantôme aux multiples comptes, fuyant comme un vampire aux mille facettes. Volant de l’art ici, pour le publier ailleurs et y briller devant des dizaines de groupies énamourées.

Mais, voilà, cet imposteur de B. était cependant pertinent dans ses commentaires et appréciait mon art. J’ai toujours eu un faible pour les rares individus, fussent-ils des fantômes, qui s’intéressent à mes écrits. Sans doute est-ce le cas, de toutes ces personnes créatives à qui il dérobe poèmes d’amour et romantiques pensées. Et, que c’est certainement, ce qu’il cherche au final, entrer de leur intimité et la perturber. Multipliant les provocations machiavéliques, ce B. a toujours été une source permanente de conflits avec mon jaloux et passionné L. A bout, après plusieurs bagarres violentes, j’ai brutalement quitté ce dernier pour reprendre ma liberté de jouer. Non, pas pour retrouver B. qui avait, entretemps, disparu de mon paysage virtuel en détruisant jusqu’aux commentaires spirituels et mystérieux que j’avais rédigés sous ses posts. Non, juste pour être libre de vivre ici comme je l’entendais. Sans contraintes. Juste pour le fun.

Depuis, je vis ici sans L. Mes nuits sont plus longues, mais il n’est plus là. Il me manque. Sa voix lasse dans ses posts audio d’après minuit me manque. Le papillon posé sur la terre tatoué sur son épaule me manque. Comme ce dernier, son battement d’ailes invisibles, a causé une tornade dans ma virtualité. Maintenant, rien n’est plus comme avant. Et, je m’interroge. Avais-je l’amour ? L’ai-je laissé partir pour ne pas y avoir assez cru ? Peut-on réellement aimer quelqu’un qu’on a jamais touché physiquement ? Au final, cette histoire n’a fait qu’alimenter ma naturelle mélancolie.

Néanmoins, quand je consulte discrètement le compte de L. , je constate une jolie évolution. Il est devenu plus créatif. Il exprime plus ce qu’il avait en lui. Ce que j’avais vu de lui. J’en suis heureuse. J’espère qu’il va continuer. Je ne lui ai toujours voulu que du bien. Tout comme lui, je le sais. Et, peu à peu, l’espoir en moi renaît. Devenue créature virtuelle, par nécessité, je n’y suis pas condamnée. Je garde foi dans l’avenir, où délivrée de mes entraves, je m’envolerai vers des cieux plus cléments. Ailleurs. Là-bas, dans la réalité.

MeWe, oui mais.

Alors oui depuis l’auto-censure de Tumblr de décembre 2018, j’ai testé d’autres réseaux sociaux et j’ai suivi certains vieux amis sur l’application MeWe.

D’un premier abord l’application m’est apparue riche et semble avoir fusionné plein de fonctionnalités présentes sur ses ainées. Voilà ce que j’en ai retenu après quelques mois d’utilisation.

Les points forts :

1°) Les groupes

Créés par des utilisateurs ces groupes portent sur un thème et tu peux t’y abonner ou demander à y être invité. Dans le volume de groupes déjà existants, tu pourras toujours en trouver un qui correspondra à tes goûts. Après un certain temps, tu en trouveras d’autres, plus confidentiels, en fonction de tes publications et tu recevras des invitations. A toi de faire le tri la dedans, sous peine d’être très vite submergé. En effet, il te faudra publier un minimum pour pouvoir y rester et c’est très chronophage.

Du coup, avec cette notion de groupes, si tu publies régulièrement (et de la qualité), tu obtiendras vite des abonnés et tu n’auras pas l’effet solitude comme tu pouvais le subir sur Twitter ou Tumblr en débutant.

Si tu as vraiment le temps pour en gérer un, tu pourras même créer ton propre groupe (ou plusieurs) selon tes goûts. Tu pourras nommer des amis « administrateurs » pour t’aider dans la surveillance des publications.

2° ) La possibilité de modifier les messages

Que ce soit dans ton journal ou dans les chats, il y a possibilités de corriger ses messages. C’est une avancée considérable comparée à un Twitter par exemple.

3°) L’engagement de MeWe

  • Pas de revente des données personnelles
  • Pas de manipulation dans l’ordre de publication des informations
  • http://www.mewe.com/#video

4°) La relative liberté d’expression (pour l’instant)

De nombreuses personnes sont des réfugiés de Tumblr. Ils ont pu trouver là un espace où pouvoir continuer de s’exprimer ou de publier du NSFW. Cette dernière possibilité n’est pas mise particulièrement en avant par le réseau qui te catalogue assez rapidement dans une telle catégorie dès que tu publies des photos un peu trop sexy. Ton avatar est flouté et tu es très difficile à retrouver via l’application mobile. Les groupes NSFW ne sont pas accessibles simplement via la recherche sur des mots clés, ni même via leur nom. Mais, assez vite, en parcourant les publications de tes contacts, tu tomberas sur des liens qui te permettront de trouver ce qui tu cherches.

Les points noirs :

  • La surcharge du réseau, sans doute victime de son succès. Par moment, c’est très difficile de publier. Parfois, tu ne reçois pas les notifications en temps réel, mais décalées dans le temps.
  • De nombreux groupes assez populaires ont été supprimés d’un coup. C’est très frustrant pour leur propriétaire et pour les membres. Même si les communautés se reconstituent peu à peu, c’est une épée de Damoclès qui nécessite de prendre ses précautions : stocker ses photos ailleurs, avoir des comptes de back-up…
  • L’addiction : avec les groupes, la multiplication des contacts (abonnés), le truc devient rapidement assez addictif. Pas forcément une bonne chose pour quelqu’un dans mon genre qui publie déjà sur différents réseaux.

Personnellement, j’ai bien aimé ce réseau social où j’ai pu faire quelques rencontres assez sympathiques et surtout trouver de l’inspiration pour écrire. Mais, les points noirs sont rédhibitoires pour moi et, donc, je n’ai pas pu y rester. J’espère pour mes amis accros à ce réseau que les problèmes techniques seront résolus rapidement.

Qui soumet, point n’étreint.

Après avoir pris mon petit-déjeuner en terrasse place della Signoria, je me dirigeais vers le Ponte Vecchio et je pensais à lui. La nuit avait été cauchemardesque, comme s’il m’avait rejointe dans mes songes les plus sombres. Traversant cet édifice si singulier qui enjambait l’Arno, je n’avais en tête que le regard désespéré, mais décidé de Max de la veille. Voulait-il vraiment se soumettre à moi ou n’était-ce qu’une nouvelle ruse pour mieux me posséder ?

Filant tout droit après le pont et ses bijouteries, je suivis le flot des touristes qui marchait vers l’ancienne demeure des Médicis. Le palazzo Pitti s’élevait sur une sorte de monticule tout bétonné. Je le gravis, découvrant un imposant château assez peu gracieux. Lui était déjà là à m’attendre, près de l’entrée dédiée aux possesseurs de la Firenze card. Ce fameux laisser passer pour découvrir tous les trésors de cette ville sublime.

Après l’avoir assez froidement salué, je le suivis à destination de la galerie Palatine, le clou de la visite, même si le ticket d’entrée permettait d’y voir bien d’autres choses tel le jardin de Boboli. Il était silencieux, cette fois, alors que nous déambulions au milieu d’une débauche de dorures et de tableaux précieux. J’avais l’impression d’un déluge de toiles de maître empilées comme dans la demeure d’une sorte de Dorian Gray italien. Tout y était dans l’excès. L’ensemble était épuisant pour les yeux.

Ce ne fut que lorsque nous nous posâmes un instant sur un banc de l’une des salles qu’il s’adressa à moi à voix basse :

  • Julia. Je veux toujours être à toi. J’ai un appartement à proximité. Tu y trouveras tout ce qu’il te faudra pour me soumettre.
  • Une soumission est un acte important. Pas juste un truc sexuel comme dans tes pornos. Tu devras te soumettre mentalement à moi. Cela peut être très perturbant.

Sur ces paroles très froides, je me levai pour poursuivre la visite, m’arrêtant ça et là devant les plus belles pièces de la galerie. Je pris en photo une oeuvre de Filippo Lippi, un de mes peintres préférés. J’arrivais presque à ignorer la présence sulfureuse de Max qui me suivait comme une ombre maléfique. Néanmoins, il se dégageait de lui un magnétisme puissant, un érotisme torride. A ses yeux brillants, je savais qu’il en était de même pour lui avec moi.

A la fin de la galerie, j’écourtai le reste de la visite pour le suivre vers le petit logement qu’il avait loué dans le quartier. Là, il m’offrit une boisson fraîche et, alors que je me délassais dans un canapé défraichi, il revint avec toute sorte d’objets du quotidien entre les mains. Il les déposa sur la table basse du salon. Puis, il commença à se déshabiller.

  • T’ai-je ordonné de te foutre à poils, ma salope ?

Je lus dans ses yeux son étonnement à cause du ton de ma voix et de la vulgarité de mes propos. Mais, j’y lisais aussi un peu de crainte. Comme s’il avait enfin prit la mesure de ce à quoi il s’était engagé. Puis, je me levai, me dirigeant lentement vers lui avec une démarche très étudiée. Arrivée à sa hauteur, je fis le tour de sa personne, laissant traîner une main le long de sa taille. M’attardant sur sa nuque, caressant ses cheveux ras et sombres, faisant demi-tour avec un pouce glissant le long de sa colonne.

  • Sais-tu seulement ce que c’est d’appartenir totalement à quelqu’un ?
  • Montre moi. Je le veux. S’il-te-plait maîtresse.
  • Appelle-moi plutôt Madame. Et à chaque ordre que je prononcerai, tu devras dire « Oui Madame ». Maintenant retire-moi toutes tes fripes et lorsque tu auras fini, tu te mettras à genoux.

Pendant qu’il achevait de se mettre nu, je détaillais les objets qu’il avait déposés devant moi : une ceinture en cuir, des pinces à linge, une tige en bambou, un tube de lubrifiant, de la corde et un foulard. De quoi largement contribuer à une bonne vieille soumission de mère de famille. Il n’y avait pas besoin de donjon et de chaînes pour soumettre, juste de deux personnes adultes et consentantes. Le reste, c’était juste du folklore.

Alors, qu’il était totalement nu et à genoux au milieu du salon. Je m’approchai de nouveau de lui avec la badine en bambou entre les mains. Je recommençai mon tour de la propriété, mais cette fois utilisant la badine, plutôt que mes mains. Le voyant largement en érection, je frappai quelques petits coups sur sa longue verge dorée en lui murmurant que son membre serait dorénavant sans utilité dans nos rapports.

  • Veux-tu, en pleine conscience, te soumettre à moi et à ma volonté ? Que mon plaisir soit tien et ta seule finalité.
  • Oui je le veux. Maît… Euh Madame.

Je lui envoyai une petit tape pour cette erreur. Et, d’un geste théâtral, je lui passai autour du cou la ceinture de cuir noir, en signe de sa nouvelle soumission. Il baissa la tête, plutôt ému par la solennité du moment.

  • Maintenant, tu es mien.

Je vis sa mine se réjouir à ces mots. Mais, ce serait pour peu de temps, car je devais démarrer son dressage sans perdre de temps. Je tirai sur la ceinture, pour l’emmener vers la salle de bain. Là, je lui demandai de s’allonger dans la douche. Puis, je m’accroupis au dessus de sa tête. Il reçut un formidable jet chaud et jaune dans la figure. A mon ordre d’avaler, il s’acquitta de sa peine sans trop d’effort apparent. Mes mots d’insulte ne semblaient avoir aucune prise sur lui. Pour le féliciter, j’ouvris le robinet et une pluie d’eau glacée inonda son visage. Il broncha à peine.

Peu après, j’arrêtai et tirai à nouveau sur sa laisse. Je le ramenai tout trempé à quatre pattes dans le salon. Je le laissai sur ses genoux, puis je glissai ma culotte de dentelle noire jusqu’au sol et vint la lui faire renifler. L’odeur semblait avoir régénérer ses ardeurs. Je retournai m’assoir sur le canapé et lui ordonnai de venir me lécher les pieds. Il s’acquitta de sa tâche avec application, semblant particulièrement adorer ce moment. Surtout lorsque je lui fourrai mon pied dans la bouche et l’agitai comme pour une pénétration orale. J’arrêtai rapidement. J’appréciai peu pour ma part cette pratique. Mais, sa soumission semblait tellement crédible à cet instant que j’en étais transportée.

Je lui commandai de s’approcher, puis de venir me lécher l’entrejambe. Il s’appliqua à cet exercice. Il me semblait bien plus doué que ce qu’il m’avait montré la veille. Visiblement, il était heureux de me faire plaisir et, l’attirant plus profondément en moi, son obéissance totale m’emporta bien vite vers l’orgasme. Il sentit les spasmes de mon abandon sous sa langue et continua de plus belle.

J’aurais dû en rester là pour une première séance. Mais, je voulais sa soumission totale. Alors, je lui attachai les bras dans le dos et lui masquai les yeux. Je sentais bien son stress qui montait, mais j’étais décidée à poursuivre. Je répétai les paroles solennelles :

  • Veux-tu te soumettre totalement à moi Max ?
  • Je le veux Madame. Avait-il répété d’une voix tout de même moins résolue que la fois précédente.

Je repris de plus belle le petit tour du soumis, armée de ma badine en bambou alternant caresses et petites tapes. Après lui avoir accroché des pinces à linge sur les seins, je lui ordonnai de s’allonger à même le sol et d’écarter les cuisses. Je pris un petit peu de lubrifiant dans la main et fis glisser deux doigts en lui. Il sursauta à la sensation. J’hésitai à poursuivre le voyant commencer à trembler. Mais, je poursuivis plus en douceur, tout en serrant maintenant fermement sa verge dans l’autre main. Il commença à gémir et à haleter. Sa hampe longue et dorée luisait sous mes gestes experts. Mes doigts fouillaient maintenant ses entrailles sans ménagement.

  • Tu es à moi.

Mais, tout à coup, alors que son orgasme semblait tout proche, il sembla changer d’attitude, comme s’il faisait un bad trip, là sous mes mains fermes et possédées. Dans ma folie, j’avais occulté ses cris qui me suppliaient d’arrêter. Je l’amenai jusqu’à la jouissance forcée dans un cri et des pleurs que je devinais sous son bandeau. Redevenue soudainement lucide, je le détachai, lui retirai le foulard et l’aidai à se relever. Il me cracha au visage toute sa haine :

  • Salope !

Il était tremblant et en larmes. Totalement méconnaissable. Il fila se rhabiller sans un mot et quitta l’appartement, me laissant seule et accablée. Qu’avais-je encore fait ? Je me sentais à cet instant comme une grenade dégoupillée. Comme une gamine qui avait joué avec une arme de guerre. J’avais pourtant pressenti cette déroute, mais je m’y étais fourvoyée quand même, juste par un inconscient sadisme. Etais-je devenue plus dark que dark ? Un danger public, certainement. Je me trouvais mal à mon tour. Les larmes inondèrent mes yeux. Je pleurais sur moi même, sur ce que j’étais devenue. Je me dégoutais comme jamais. Ou comme cette fois chez Simon où j’avais ressenti l’appel du vide. J’étais au bord d’un gouffre béant qui m’attirait. Et, rien, ni personne, ne semblait plus pouvoir me retenir d’y sombrer.

Les noces du diable et de la sorcière

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay. fait suite à l’Italien

J’avais eu du mal de trouver le sommeil après cette première soirée avec l’italien. De ce fait, je n’étais pas très fraîche au matin, lorsque mon smartphone sonna. Je choisis une petite robe courte et légère, mais privilégiai des petites Converse colorées aux pieds pour enchaîner les visites. Je pris soin de me maquiller, ce qui m’arrivait rarement en vacances. Je n’oubliais pas ma Firenze card et quittait mon hôtel en direction de la piazzale de la Signoria. C’était le coeur de la ville, vide à cette heure. Je m’installai sur une terrasse à peine ouverte et je commandai un double expresso. De ma place, je pouvais admirer le palazzo Vecchio ainsi que la fontaine. La galerie des offices, les Ufizzi, était située à deux pas de l’autre côté de la place. J’engloutis mon café et filai après avoir payé.

J’arrivai au musée pour l’ouverture comme prévu. Il était déjà là, dans la courte file d’attente de touristes matinaux. Des asiatiques pour la majorité. Je le rejoignis et il me sourit détaillant ma tenue, même s’il fit la grimace en voyant mes chaussures. Il ne m’adressa réellement la parole qu’après avoir passé le portique de sécurité.

  • Laissez moi être votre guide pour cette visite d’un des plus beaux musées du monde.

J’acceptai, tout en restant sur mes gardes. Il avait quelque chose derrière la tête sans aucun doute. Après avoir monté des escaliers, nous entrâmes dans une longue galerie ornée de sculptures antiques. Sur la gauche, des ouvertures nous permettaient d’entrer dans différentes salles d’exposition. Il commença la visite guidée par quelques anecdotes croustillantes sur tel ou tel peintre. Visiblement il n’avait retenu que leur apparente frivolité, bien loin de la réalité propre à la création des oeuvres. Mais, l’homme m’intriguait. Je le sentais comme un petit coq, près à sauter sur une poule à sa merci.

Arrivés dans une salle vide, alors que j’étais concentrée sur un tableau de Boticelli, il osa une main le long d’une de mes cuisses nues. Je me retournai, feignant la surprise, et je lui souris d’un air amusé. Il poursuivit ses histoires de plus en plus torrides à mesure que nous avancions dans la visite. Tout cela m’avait l’air inventé de toute pièce. Mais, j’appréciais l’intention. Au détour d’une nouvelle salle, il me caressa les fesses en passant une main sous ma robe. Je sursautai. Mon premier réflexe aurait été de lui balancer une claque bien sèche, mais je me retins. Il se pencha alors vers moi et me murmura à l’oreille :

  • Je suis certain que tu es déjà trempée.

Ce n’était pas franchement le cas, mais, par jeu, je hochai la tête. A ce moment, il prit ma main et me guida en direction des toilettes toutes proches. Visiblement, il était parfaitement au fait de la topographie des lieux. Puis, il poussa la porte des hommes et m’attira dans l’un des WC. Là, il me guida à l’intérieur et commença à m’embrasser fiévreusement contre le mur. Je répondis à son baiser sans me faire prier. Peu après, il chuta à mes pieds avant de fourrer son visage dans mon entrejambe. Il fit ensuite glisser mon string et lécha avec avidité mon intimité. Mais, malheureusement, il ne s’y attarda pas, se releva très vite et me poussa assez fermement contre la porte. Rapidement, il sortit son sexe et me pénétra sans ménagement. C’était douloureux et humiliant, mais il poursuivit sans tenir compte de mes cris. Il ne mit que peu de temps à jouir.

J’étais hors de moi et je le repoussai vivement vers la cuvette des WC.

  • C’est tout ce que tu as trouvé ? Me baiser comme une pute en solde !

Je lui balançai une gifle magistrale, avant de m’enfuir. Le temps qu’il se rhabille, j’avais déjà filé vers les escaliers tout proches et je me dirigeais à toute vitesse vers la sortie. De là, au bout des arcades, passant en clignant de l’oeil vers la statue de Machiavel, je pris sur la gauche en longeant l’Arno. Je courus je ne sais combien de temps, mais j’avais dans l’idée de rejoindre une église. Et la basilique Santa Croce était sur ma route. J’y entrais en m’assurant qu’il me suivait toujours.

Là, je m’adossai contre un pilier, histoire de reprendre mon souffle. C’est là qu’il entra à son tour, mi furieux, mi désespéré. J’étais un peu effrayée, mais si mes suppositions étaient justes, il devrait se produire un miracle en ces lieux consacrés. Mon visage était éclairé d’une froide lumière blanche qui provenait d’une des ouvertures. Cela devait me donner un air de madone, car arrivé à ma hauteur, il tomba à genoux se fichant des visiteurs alentours.

  • Pardon ma déesse. Je ferai tout ce que tu voudras.

Même si je n’étais pas dupe de son calcul de diable, c’était le genre de phrase à laquelle je ne pouvais résister. Du genre de celles qui me donnaient le vertige. Je lui tendis alors une main qu’il baisa avec ferveur. Et, je l’aidai ensuite à se relever.

  • My lord.

Puis, souriant à mes mots, il me prit la main en direction de la sortie. Là, il m’attira dans la chapelle des Pazzi qui était déserte. Je l’embrassai, puis le poussai sur l’un des bancs de pierre qui filait le long des murs. Je le chevauchai bientôt tout en continuant de l’embrasser. Il bandait plus dur qu’un satyre un jour de saturnale et je m’empalai bien vite sur son membre après l’avoir déballé. Et, telle une sorcière un soir de sabbat, je lui repris le plaisir qu’il m’avait volé plus tôt. Puis, repue, je l’abandonnai illico pour rentrer à mon hôtel après lui avoir soufflé un petit « Good boy » dans l’oreille.

Plus tard, dans l’après-midi, la réception m’avertit de la présence d’un homme qui désirait me voir à l’accueil. C’était lui. J’hésitais à descendre, mais j’étais curieuse. En bas, je lui fis signe de me suivre dehors.

  • N’as-tu pas eu ton compte d’obscurité pour ce jour Max ?
  • Je sais Julia. Je suis un sale type, grossier et violent. Je suis un porn addict, j’ai les pires perversions. Mais, je veux me soumettre à toi. S’il-te-plait. Ma déesse.

J’aurais dû le renvoyer vers son enfer. Je savais que poursuivre l’aventure avec lui était dangereux. Il me rappelait les excès de Quentin et j’avais déjà donné. Si j’avais été raisonnable, je lui aurait asséné une bonne sentence et basta. Mais, la soumission de l’autre était un breuvage enivrant dont je ne me lassais pas. A cette idée, je perdais tout contrôle et jugement. Ainsi, en dépit de tout bon sens, j’acceptai donc de le revoir le lendemain au palazzo Pitti.

L’italien

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay.

Alors que je reprenais bien des mois plus tard le fil de mon histoire, je n’avais plus de doute sur ma vraie nature. Mais, je me sentais maintenant comme Lestat, le vampire d’Anne Rice, abandonné nouveau né au monde de la nuit et obligé de faire son apprentissage seul. Cependant, si lui avait eu l’éternité pour apprendre, moi je n’étais qu’une simple mortelle, soumise à l’horloge (biologique). Et, j’avais toujours de gros doutes sur le fait de pouvoir être un jour heureuse avec cette façon de vivre. Mais, comme il n’y avait plus rien d’autre qui me faisait vibrer, je devais simplement arriver à l’assumer. Des discussions sur internet avec certains membres de cette communauté – volontairement – obscure avaient levé mes dernières incertitudes. J’étais devenue une vraie et pure dominante. Une brute de fonderie, sans codes, ni règles, si ce n’étaient celles que je m’étais moi-même forgées.

Ce fut donc remplie de ces toutes nouvelles convictions, que je décidai de prendre quelques vacances en Italie. J’adorais ce pays, ce berceau de notre civilisation. Une contrée si proche de nous et pourtant si différente sur bien des aspects. Cette fois, j’avais choisi de visiter Florence, le joyaux de la Toscane. J’étais partie seule, aucune de mes amies n’ayant de temps ou argent pour me suivre. Ce n’était pas un problème pour moi. Les bonnes choses de la vie je les avais souvent savourées seule. Si chaque voyage constituait une étape supplémentaire vers mon accomplissement personnel, je ne m’attendais pas du tout à y vivre une des plus incroyables histoires de ma vie. Une des plus folles aussi.

Ainsi, après avoir pris mes quartiers dans un hôtel 4* de la rue Porta Rossa, j’avais filé illico vers le pont Alle Grazie pour traverser l’Arno. Je souhaitais aller admirer la vue d’ensemble de la ville depuis le belvédère de la Piazzale Michelangelo. Après une montée assez raide à partir de la porte San Niccolo, je fus attirée par l’entrée étroite d’un jardin odorant. J’espérais y trouver un peu de fraîcheur et un lieu pour m’y reposer.

Florence – Italie

Là, je parcourus avec lenteurs les petits chemins parfumés du Giardino Delle Rose. Le lieu portait bien son nom tant il était orné de nombreux massifs de toutes sortes de roses. Puis, je me posai sur un banc à l’ombre d’un arbre. De là, je pouvais admirer la vue splendide sur Florence. Perdue dans mes pensées, je ne le remarquai pas s’asseyant à mes côtés et je ne le découvris qu’au bruit du déclic de son imposant appareil photo. Voyant mon regard surpris, l’homme bredouilla quelques mots d’excuse en italien. Je lui fis signe que je n’étais pas gênée. Mais, quelques instants plus tard, je me levai et repris ma route vers le sommet.

Je ne le recroisai qu’une demi-heure plus tard, alors que je savourais un café glacé au bar sous le belvédère. Debout, au bord de la rambarde en fer, il était là. De nouveau à mitrailler la beauté au lieu de la regarder et de l’apprécier comme une parenthèse magique dans une vie merdique. Il n’était, hélas, pas le seul. Tous jouaient des coudes pour être au plus près du parapet, pour pouvoir y prendre qui un selfie, qui une photo de groupe accessoirisée. C’était le temps d’Instagram et du paraître plutôt que celui de la contemplation.

De ma chaise, je croisai de nouveau son regard noir et sa mise toute méditerranéenne. Il était grand et althétique, le cheveu brun court dégageant un visage volontaire. On sentait l’homme décidé. Une certaine force emmenait de lui, une assurance aussi. Il baissa les yeux devant l’insistance de mon regard. Je souris. Encore un dont j’aimerais faire ployer le genoux. Mais, je chassai bien vite la pensée obscène qui m’assaillait avant de me lever et d’attaquer la chemin du retour en direction de la vieille ville.

Au soir, alors que j’avais pris place au comptoir du restaurant La bossola quelqu’un s’installa sur le siège à côté. Je le reconnus aussitôt, l’italiano bello. Il me lança un «  buonasera » , suivi d’un simple « Hello » . Puis, nous poursuivîmes la conversation en anglais, cette langue passe partout, si pratique pour la vie quotidienne, mais si mal apprise qu’elle ne nous permet aucune nuance.

Avec son accent un peu italo-américain, je compris qu’il venait de Naples et qu’il se prénommait Max. Sa femme malade était partie prendre les eaux à la montagne et lui en avait profité pour s’adonner à sa passion pour la photographie dans l’un de ses spots préférés, la ville de Florence.

  • Vous n’êtes pas venu avec votre gros engin ?

Comprenant le double sens de ma question maladroite, je rougis, avant d’éclater de rire avec lui. Toujours les joies de l’anglais. Mais, beaucoup de paroles passaient sans un mot, par le jeu des regards. J’avais tout de la femme mystérieuse et mélancolique. Ajouté à cela la réputation irrésistible des françaises et la voix grave d’une femme fatale, j’avais tout pour exciter l’imagination.

Quand il me dit qu’il était flic et expert en investigation, je flippai un peu. Mais, vaguement excitée par cette idée, je lui demandai tout de go de me dire une chose étonnante qu’il dévinait de moi. Il me sortit ainsi ma pointure, ma taille exacte et mon poids.

A l’heure du café, alors que je lui demandais, par provocation, ce qu’il pensait de moi, il me renvoya un compte-rendu d’autopsie. J’étais plutôt négligée, pas assez féminine, même si j’avais un beau visage. Devant cette description peu flatteuse je me rembrunis et je me lançai à mon tour dans ce jeu de la cruelle vérité.

  • Vous êtes charmant et avez une belle prestance. Néanmoins, je sens de l’obscurité en vous. Comme des vieilles blessures qui auraient du mal de cicatriser.

Je sus que j’avais fait mouche à son regard qui s’assombrit encore plus. Piqué au vif, il se leva d’un bond et me lança :

  • Je crois que nous devrions en rester là pour ce soir. Rendez-vous demain à 8h15 à la galerie des offices.

J’étais soufflée par son aplomb et je le regardai s’éloigner avec mille questions en tête. Seulement, l’italiano bello voulait jouer à un jeu où j’étais passée maître. Je me sentis revêtir de nouveau mes habits de prédatrice. La partie ne faisait que commencer.