L’invitation au voyage

Les voyages forment la jeunesse. Ils forment à tout âge en fait. On peut déjà voyager dans notre beau pays, mais on peut aussi vouloir découvrir le monde. Ainsi, c’est dans ma prime vingtaine que je suis partie « loin » pour la première fois. D’abord dans des contrées assez proches, mais suffisamment exotiques pour en avoir l’ivresse. Puis, à mesure que je gagnais de plus en plus d’argent, je me suis envolée vers les lieux de mes rêves.

Qui part en voyage apprend beaucoup sur lui. Je suis partie seule et j’ai su que j’étais forte. Je suis partie seule par obligation et, ensuite, je suis partie seule par choix. Au final, je pense que l’unique voyage qui vaille c’est celui que l’on fait seule. Si tu viens quelque part avec seulement toi pour tout bagage, alors tu iras plus facilement vers les autres.

J’ai croisé des lieux sauvages et des cités modernes. Le monde, que je n’avais connu jusque là qu’au travers des films et des livres, était là devant mes yeux éblouis. J’en savais maintenant les sons et les parfums. Il était là dans toutes ses dimensions, dans toute sa réalité. Loin des cartes postales le monde est complexe. Il est plein de contraires. Il peut s’y côtoyer la plus grande pauvreté et les plus ostentatoires richesses. L’homme n’est ni pire, ni meilleur qu’ici. Il est l’humanité. Il est un tout.

J’ai croisé bien des sourires et je n’en garde que certains en mémoire. Ceux qui m’ont semblé les plus sincères. Je n’ai pourtant pas jugé ceux qui s’intéressaient seulement à mon argent. J’étais là aussi pour ça. Pour enrichir les habitants de ces pays, comme nous sommes aussi enrichis par ceux (très nombreux) qui visitent la France. Partout où je vais, je recherche seulement à chaque fois l’authentique, le spécifique ou l’étonnant.

A l’automne dernier, je suis partie à la découverte de l’Asie pour la première fois. J’ai choisi un pays qui m’avait toujours fait rêvé grâce au cinéma ou aux livres de Marguerite Duras : le Vietnam. Il y aurait tellement à dire de ce magnifique et joyeux périple, mais j’ai juste décidé d’en partager quelques photos commentées sur quelques bons moments. C’est une terre de beauté et de contrastes où j’ai particulièrement apprécié de photographier la vie. Bon voyage.

Buffle business aux abords d’un temple du nord Vietnam.
Ph. Julia Vernier. 2018.
Tombes collectives du musée d’ethnographie du Vietnam à Hanoi. Ph. Julia Vernier. 2018.
Ballade en barque avec une batelière agile de ses pieds près de Ninh Binh (dite baie d’Halong terreste).
Ph. Julia Vernier. 2018.
Pécheur de rivière près de Ninh Binh. Vietnam. Ph. Julia Vernier. 2018
Au sortir d’une grotte sous laquelle la rivière circule près de Ninh Binh (par moment il fallait s’allonger tellement la voute était basse). Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.
Village flottant de pêcheurs au milieu de la baie d’Halong – Baie d’Halong – Vietnam. – Ph. Julia Vernier. 2018.
Marchande de légumes à vélo au milieu du tumulte de la ville. Hanoï. Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.

Mauvaise graine

Mes souvenirs reviennent en vrac, souvent en dépit de toute chronologie. Que gardons nous de notre enfance ? Des évènements traumatisants, des moments marquants et ces instants où nos coeurs ont battu plus vite qu’à l’accoutumée.

Au milieu des années 70, ma famille quitta le centre ville insalubre pour venir s’installer dans un nouveau quartier en périphérie. Là, nous avions tout le confort et mon frère et moi, chacun notre chambre. Débuta alors une autre époque de ma vie, celle des possibles. Une époque où nous n’avions de limites que celles que nous n’avions pas encore franchies.

En ce temps là, je n’étais pas une bonne élève. J’étais plutôt paresseuse et, le soir, ma mère était bien trop lasse en rentrant du boulot pour s’assurer que j’avais bien fait mes devoirs. Pour l’institutrice de primaire, avais-je à peine quelques qualités artistiques. Elle peut faire une bonne manuelle y avait-il indiqué sur le dossier scolaire que je récupérai après avoir passé mon bac bien des années plus tard. J’étais aussi plutôt sportive. Je jouais au ballon prisonnier et sautais à l’élastique dans la cour de l’école.

En fait, j’étais plutôt un véritable garçon manqué. Dès que je rentrai de l’école, je balançais mon cartable et filais dehors, souvent dans le terrain vague situé à l’arrière de mon immeuble. Là, je retrouvais les gamins du quartier et nous jouions à  «  t’es cap’ ou pas cap’ »  en sautant, par exemple, sur des cartons du premier étage d’une vieille baraque en ruines. Nous nous affrontions aussi dans des courses de patins à roulettes. Mes genoux s’en souviennent encore. Combien de fois suis-je revenue écorchée de ces compétitions endiablées.

J’allais parfois chez A. ma meilleure amie. Nous avions abandonné les poupées mannequins pour interpréter la vie d’un petit couple. Evidemment, j’étais le garçon. Nous chantions les tubes du moment, tout en inventant des histoires extraordinaires inspirées de contes de fées ou de films vus à la télévision. Du moins ceux qu’on avait le droit de voir. A cette époque un carré blanc (plutôt un rectangle en fait) signifiait l’interdiction aux mineurs. Mes parents respectaient la signalisation, mais ce n’était pas le cas de tous. Ainsi, souvent les lendemains de diffusion, certains camarades de classe n’étaient pas peu fiers de conter par le menu à une assemblée de gamins envieux, les passages les plus croustillants d’un épisode de la série hautement sulfureuse des Angélique.

J’aspirais aussi très profondément à plus de liberté. Ainsi, un mercredi avec mon frère, nous n’étions volontairement pas montés dans ce bus qui nous amenait au centre de loisirs. Nous avions préféré rejoindre une autre fratrie pour aller jouer dans les squares des environs. Le midi nous avions utilisé l’argent destiné au centre pour nous nourrir. Au soir, après avoir trainé toute la journée, nous avions regagné tranquillement l’arrêt de bus où nous avions retrouvé notre mère furieuse, mais soulagée. Par la suite, elle abandonna l’idée de nous envoyer là où nous n’avions plus envie d’aller. Elle préféra nous laisser seuls à la maison.

Nous avions alors toute latitude pour occuper nos mercredi. Cela allait la construction de cabanes dans la salle à manger à la cueillette de coucous avec vente en porte à porte. D’autres fois, nous testions nos limites dans le vol à l’étalage. Le bureau de tabac au coin de la rue était le lieu favori de nos petits larcins. Personnellement, je poussais le vice jusqu’à aller remettre un objet dérobé là où je l’avais pris lorsque le dit objet n’intéressait pas mes amis. Nous chipions des trucs sans intérêts. Juste histoire de se montrer que nous en étions capables.

Ma période mauvaise graine s’acheva à l’aube de l’adolescence, un jour où j’avais piqué une (très) grosse tablette de chocolat. C’était dans l’épicerie du petit centre commercial du quartier. J’avais glissé la tablette dans la doublure déchirée de mon manteau, mais, sans doute trop confiante, je n’avais pas vu que le gérant m’avait remarquée. Après m’avoir terrorisée, il avait fait venir quelqu’un pour me fouiller, puis il m’avait raccompagnée jusque chez moi. Heureusement, il n’y avait que ma mère à cette heure du soir. Elle fut très désagréablement surprise de me voir revenir accompagnée. Ma mère paya le produit que j’avais volé et se confondit en excuses. Elle me gronda, mais eut la bonne idée de ne pas en parler à mon père. J’avais eu assez peur et honte comme ça. Je ne remis plus jamais les pieds dans cette boutique, préférant aller beaucoup plus loin pour faire les courses.

J’arrêtai là mes bêtises. La mauvaise graine ne germa pas. D’autres n’eurent pas cette chance. Et aujourd’hui, comme ils ne sont plus là, je me fais le témoin de ces temps révolus. Juste pour en laisser une trace.

Jn fait faitlle  fera une bonne manuelle.» J’en ris encore aujourd’hui.

 

Féministe

Tu ne nais pas féministe, tu le deviens. Tu peux le devenir en lisant Simone de Beauvoir ou Benoîte Groult. Mais, tu peux aussi le devenir quand tu te rends compte qu’il y a des trucs qui clochent autour de toi. Comme ta mère qui prend des coups et peine à cacher ses bleus devant ses enfants. Mon père est mort il y a peu, et quelque temps avant son décès, il m’avait rappelé que je l’avais traité de phallocrate quand j’étais ado. Etre féministe c’est une révolte. Contre le père certainement, mais aussi contre toute une société patriarcale.

A treize ans j’ai décidé de me diriger vers un métier que certaines « conseillères » d’orientation déconseillent aujourd’hui aux filles. A l’époque, je n’avais jamais pensé – et je ne le penserai jamais – que c’était un métier de mec. C’était un métier qui n’avait pas de genre. Juste un métier d’avenir. Bien que beaucoup d’hommes autour de moi n’y croyait pas, ce boulot d’informaticienne s’est révélé une véritable opportunité de quitter ma condition et d’y réussir pleinement.

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Pourtant, rien n’était simple. Rien n’est jamais simple pour les femmes. Comme, par exemple, jeune codeuse d’outils d’exploitation, aller imposer un nouveau produit à des exploitants bourrus et conservateurs. Rien que marcher au milieu des salles machines pleine de femmes nues imprimées sur des listings était une épreuve. Supporter les ricanements lubriques de certains lorsque je m’exprimais devant une salle avec un micro. Arriver à dérouler mon CV et mes ambitions pendant qu’un groupe de managers plaisantait à distance en me regardant alors que je me présentais à l’un des leur. Garder le sourire lorsqu’on me narrait les propos graveleux prononcés par un grand patron lorsqu’il m’avait vue arriver au travail un matin.

Une femme bienveillante m’a permis de franchir la première marche qui m’a ensuite conduite vers plus de responsabilités. Après, il m’a fallu beaucoup de travail pour évoluer, mais j’avais de la volonté et du courage. J’ai progressé jusqu’à mes propres limites. Non celles qu’on aurait pu me fixer.

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Aujourd’hui j’essaie, à mon niveau, d’aider les femmes à prendre confiance. L’année dernière j’ai témoigné de mon parcours et participé à un groupe de réflexion pour que plus de femmes viennent travailler dans le numérique. Tous les jours, je propage sur internet les idées féministes ou une vision de la femme forte et libre. J’ai le projet de m’engager encore plus à l’avenir.

Etre féministe c’est cela pour moi, mais c’est sans doute beaucoup plus pour d’autres. Les féministes c’est comme les écolos, il y en a de toutes sortes. Et à l’instar de l’écologie, cette division en réduit souvent la portée des messages et l’urgence des changements à opérer. Personnellement, je ne veux pas choisir entre toutes les obédiences féministes. Je les lis toutes. J’essaie de comprendre les arguments de chacune et je me fais ma propre opinion. J’agis en féministe au quotidien, même si je sais que ce n’est pas dans l’orthodoxie de certaines. Qu’importe au final. Je le suis et c’est tout.

 

 

La Bohème

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Parler de son enfance, c’est mesurer le chemin parcouru. C’est repenser à ceux qui ne sont plus là. C’est à la fois joyeux et douloureux. Comme la vie.

Quand j’avais sept ans environ, j’habitais le centre ville insalubre d’une ville moyenne de  France. Nous étions pauvres et vivions à quatre dans un deux pièces. Une cuisine et une chambre. Les toilettes se trouvaient dans la cour et nous nous lavions dans un baquet en métal. Moi et mon frère dormions dans des lits superposés. Moi en haut et lui en bas. De là, je me cachais pour apercevoir la télé louée que regardaient mes parents.

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Le dimanche je filais, seule, à l’église du quartier. C’était ma période mystique. La religion, ses mystères et ses dorures m’avaient attirés. Sans doute était-ce lié à l’école religieuse que j’avais fréquenté quelque temps. Je me souviendrai toujours de l’institutrice qui nous avait affirmé que nous avions un ange qui était toujours derrière nous. Nous avions alors tous tourné nos têtes pour voir s’il était bien là. Mais, non. Il était invisible. Pas comme le coup de règle que j’avais reçu sur le dos de la main pour cause de bavardage. Il était là bien visible. J’ai toujours eu la peau fine. Les coups ça marquent.

Notre logement se trouvait en face de celui de ma grand-mère. Les jeudis, elle pouvait nous surveiller depuis chez elle, juste en passant la tête par sa fenêtre. Les autres jours elle m’emmenait à l’école et portait mon sac. Le soir, elle revenait me chercher et m’achetait à la boulangerie un pouding brioché ou un pain au lait fourré au chocolat.  Puis, je montais chez elle. Un appartement tout aussi vétuste que le notre, seulement chauffé par un grand poêle à charbon où mijotait l’hiver une épaisse soupe de légumes. Souvent, je traînais dans une petite pièce où était suspendue une impressionnante collection de porte-clés publicitaires. Ces petits objets me fascinaient. Je pouvais jouer avec eux pendant des heures.

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Une fois, je suis tombée très malade et je suis restée chez ma grand-mère la journée. J’étais alitée dans sa chambre. De là, j’apercevais la vieille photo sépia du mariage de ses parents qui trônait au mûr juste au dessus de sa machine à coudre à pédale. Encore fiévreuse,  je fus néanmoins autorisée à regarder la télévision qui passait « Le magicien d’Oz ». Un film impressionnant pour moi. Avec la maison qui s’envole lors d’une tempête. J’en ai fait des cauchemars la nuit suivante.

Ma grand-mère était une petite bonne femme très dynamique. Un vrai personnage. Son amour me manque. De l’enfance, cette période insouciante où tout est magique, j’en garde l’exigence de liberté, l’attrait de la découverte et le goût pour la soupe de légumes.

 

 

Les ombres indomptées

Alors que sur les chemins de la mélancolie, j’écoute la voix envoûtante de Tamino, une foule d’ombres indomptées m’oppresse soudain. Plein d’images tristes me reviennent comme des flashs, tels des revenantes jamais rassasiées.

Moi, lâchant brusquement mon plateau à la cantine lorsqu’un collègue peu diplomate m’annonce la nouvelle.

Toujours moi, en salle d’attente d’un médecin, car j’avais fini par craquer après une journée passée en formalités de funérailles. Les jours suivants je les vivrai dans un état second,  sous calmants.

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Lui, étendu à la morgue, étrangement calme, comme simplement endormi.

Nous, sa famille, assommés, culpabilisés, en colère. Qu’avait-il bien pu lui passer par la tête quelques jours avant Noël ? La poupée qu’il avait achetée pour sa fille nous fixant d’une curieuse bienveillance, là dans un coin de sa chambre.

Nous, en larmes autour du cercueil dans un funèbre ballet d’embrassades et de souvenirs glissés.

Ma petite soeur renvoyant les intrus. Les amis nuisibles, si pressés de le suivre dans la tombe. Déjà des zombies. En sursis avant l’overdose qui les emportera à leur tour.

Nous encore, quand la terre le recouvre, nous serrant très fort les uns les autres. Tant de questions et de regrets. Aurions-nous pu le sauver ?

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Nous, au commissariat cherchant des coupables, alors qu’ils savaient, eux. Ils avaient la preuve de l’impensable. Il s’était suicidé. Ils avaient trouvé une lettre d’adieu près de son corps sans vie. Et même si quelqu’un était passé peu de temps avant son acte, rien ne prouvait qu’il l’avait délibérément laissé mourir.

Moi, très émue, tenant entre mes mains le petit cahier bleu d’écolier où il avait tracé ses derniers mots. Je ne me souviens plus des phrases, mais juste que l’écriture devenait au fil des lignes de plus en plus illisible, jusqu’à finir en un long trait qui filait jusqu’en bas de la page. Comme un dernier souffle avant de sombrer.

Ma petite soeur n’y croyant pas. Jurant qu’elle rouvrirait le dossier une fois devenue professionnelle de la justice. Elle le devint réellement bien plus tard. Mais, le temps avait fait son oeuvre.

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Lui s’en est allé, à l’heure où meurent les rock stars. Il en avait la révolte et la noirceur. C’était mon frère. Il me manque. Il me manquera toujours.

Du LOL aux larmes

Je ne pouvais pas ne pas écrire sur l’affaire de la ligue du LOL. Oui j’ai vécu ici (et ailleurs) à cette époque des débuts de Twitter. Et depuis les premiers témoignages, je suis effarée. Certains journalistes en vue, des cadors du réseau étaient en fait de violents harceleurs de féministes, de racisé(e)s, de LGBT… Plus les tweets tombaient, plus je me sentais de plus en plus mal. Il était question de types que je suivais depuis des années, dont j’avais sans doute partagé les écrits, dont j’avais de ce fait certainement été la complice, inconsciente, de leurs méfaits en ligne. Non, sincèrement, je n’avais rien vu. Et je me suis sentie aussi stupide que ces voisins interviewés lorsqu’on arrête un criminel : « Non monsieur, il avait l’air tout à fait normal et poli. On tombe des nues ! ».

C’est qu’en fait, chacun vivait dans son propre monde. J’avais beau suivre ces gens, je n’étais pas de leur monde. Ils suivaient très peu de personnes en fait, comme une sorte de snobisme numérique. Moi, j’étais dans le combat politique et il était loin d’être tendre. Mais, quand j’étais attaquée, je n’étais pas seule. Nous étions, nous aussi une sorte de meute et nous pouvions mordre aussi fort que ceux qui venaient nous chercher des noises. Tout n’a certainement pas été d’une finesse, ni d’une intelligence débordante, mais c’est vrai que nous avons beaucoup ri.

Florence Desruol, une adversaire politique aux propos souvent caricaturaux, était souvent moquée. Lorsque j’ai vu son nom parmi les harcelées, j’ai compris, sans aller éplucher mes vieux tweets, que je devais certainement avoir contribué à mon petit niveau à l’effet de meute qui a pourri sa vie en ligne. Même si nous sommes anonymes, nous sommes tous responsables de ce que nous produisons en ligne. Et ce qui peut ressembler à une plaisanterie potache a des conséquences sur la personne qui est visée. Car, ne l’oublions jamais, derrière les avatars il y a de vraies personnes avec leurs fragilités.

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Depuis, je lis tous ces règlements de compte en ligne et l’ambiance est lourde. Il y a ceux qui s’interrogent si tel ou tel faisait partie de la sombre ligue et ceux (même parmi les plus influents) qui affichent leur passé de harcelé. Parmi les loleurs certains ont tenté assez maladroitement de présenter leurs excuses en ligne, espérant échapper aux sanctions qui sont néanmoins tombées pour certains. Pour ma part, j’ai unfollow les trois ou quatre que je suivais. Et j’ai préféré suivre quelques femmes journalistes à la place.

Une fois de plus, et dans la foulée de #MeToo , le sujet s’est élargi au sexisme qui gangrène le journalisme. Puis, bien au delà, à tous ces boys clubs qui portent en leur sein une masculinité toxique, hétérosexuelle et blanche. Et ce sujet étant universel, il a quitté le net, pour être discuté dans la réalité et au sein d’autres professions. Moi même j’ai évoqué le problème avec des collègues masculins.  Mais, même si la prise de conscience est réelle, on est encore loin de mettre fin à des millénaires de domination masculine.

Dans le chaos de la création des réseaux sociaux, je n’ai pas toujours fait que des trucs dont je suis fière. Même si je n’ai jamais été aussi brutale que ces loleurs, j’ai sans doute été stupide bien des fois. Et ce qui me semblait normal, à savoir que chacun vient ici à ses risques et périls, ne l’est plus aujourd’hui. Dans ce contexte, je pense que chacun doit revoir profondément ses pratiques sur internet afin que le réseau retrouve, si ce n’est de la bienveillance, au moins de la civilité.

 

 

 

Pourquoi être anonyme ?

Alors je ne vais pas vous rédiger un article bien technique. D’autres que moi s’y sont attelés avec talent à moult reprises. Cette question récurrente me fatigue. Juste que comme cet anonymat est très relatif, je parlerai plutôt du pseudonymat. Oui, dix ans que je vis ici sous pseudo.

L’homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité.

Oscar Wilde.

Très rapidement, dès que je suis arrivée sur le net, et sur Twitter, j’ai été militante. Militante politique, militante pour le mariage pour tous, militante pour l’écologie… Bref, je me suis engagée ici autant qu’en dehors. Cependant, même si cet engagement n’avait rien de particulier, je ne souhaitais pas que mes collègues, ni mon employeur, en soit informé. D’autant qu’il m’est arrivée plus d’une fois que mes articles soient publiés en une de feu le post.fr. J’ai même eu l’honneur d’avoir un article rapportant mes propos dans un canard mainstream en ligne.  Même si je suis fière ce cette dernière publication, je n’imagine pas les conséquences si elle était tombée entre de mauvaises mains. Heureusement, les journalistes qui ont traité mon témoignage était sérieux.

Bien vite, pour échapper aux affres de la censure automatisée des journaux en ligne, j’ai ouvert un blog politique où j’ai pu m’exprimer avec plus de facilité. Néanmoins, en tant que militante, j’ai dû batailler pour faire gagner mon camp. Les Twit clashs étaient rares heureusement. Je suis quelqu’un de très respectueuse des convictions de chacun, mêmes de celles très éloignées de moi. Mais, qui connaît la violence de certains peut facilement imaginer les risques que l’on prend IRL à exprimer une opinion différente. En ce qui me concerne, j’assume. Mais, je ne veux pas que ma famille soit ennuyée. D’autant qu’ils sont loin d’avoir les mêmes idées que moi.

Par la suite, même si je ne regrette rien de cette expérience, j’ai abandonné le combat politique. C’était plutôt vain. Je donne néanmoins toujours mon avis lorsque certains sujets me hérissent. Non, j’ai choisi de m’exprimer différemment. J’ai écris de la fiction.

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Mais, alors que j’aurais pu facilement faire dans le consensuel, j’ai préféré utiliser cette écriture pour une quête personnelle. J’ai d’abord publié de vieux romans BxB nés des questionnements de mon adolescence, puis des récits plus sombres et plus matures. En dernier lieu, très récemment, j’ai publié sous forme de blog un roman érotique. Un vrai challenge pour moi. Issu de mes rencontres en ligne et des confidences de mes interlocuteurs/trices, je l’ai construit comme une succession de rencontres amoureuses que j’ai rédigé à la première personne. Evidemment, nombre de lecteurs m’ont confondu avec mon personnage (un grand classique). Outre les dédi-bites en DM, j’ai eu droit à pas mal de commentaires plutôt salaces. Cependant, le personnage étant une dominatrice un peu inquiétante, je pense que j’ai évité le pire. Dans ce contexte, qui peut seulement penser qu’on puisse écrire sous son vrai nom ? Quel auteur, même de roman à l’eau de rose, le fait ?

Donc, messieurs les puissants, même si ça vous démange, laissez-nous notre liberté surveillée ! Au moins sous nos masques, nous pouvons vous dire la vérité. Et si vous ne souhaitez pas l’entendre ou la lire, c’est que vous ne gouvernez pas. Vous êtes juste là pour parader au milieu d’une cour acquise qui vous vénère et vous cache les choses. Certes, toutes ces vérités ne font pas forcément plaisir. Même si les certitudes reposent, le monde est fait de doutes. Si j’étais vous, je choisirais discrètement une sélection de twittos constructifs qui je lirai de temps à autre, histoire de garder les pieds sur terre. Mais, je ne suis qu’une simple citoyenne qui souhaite seulement garder intact l’outil de son émancipation.

 

 

Si beaux dans ce miroir

L’autre jour voilà que je tombe sur le compte Instagram d’une personne que je connais très bien. Mais, voilà, la personne en question était bien différente de la réelle. Certes, nul ne peut dire qu’il connait parfaitement l’autre, mais là, il y avait tellement d’écart avec la réalité que je me suis interrogée sur le besoin irrépressible des gens à se mettre en scène sur ce média.

Tous les codes de la pub étaient là : la maison cosy, les jolis enfants, le chien de race ou les vacances en bord de mer. Un vrai conte de fées. La famille parfaite où tout semble aller super bien. Quelqu’un qui verrait ça, genre un créancier, se demanderait, si les problèmes financiers sont réels ou inventés ?

Pareil, pour cet autre que j’avais connu sur internet. Lorsque j’avais aperçu son Instagram, sa vie avait l’air cool, pleine de sorties et de fringues de marque de luxe. Alors que je savais que dans la réalité il était seul, plutôt alcoolique et avec des fins de mois difficiles. Je le voyais aussi publier des photos de bouffe, mais jamais il n’indiquait être un cuisinier professionnel. On avait seulement l’impression qu’il cuisinait de magnifiques plats pour le plaisir ou pour recevoir des amis.

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Dans sa vidéo Les instagrameuses Cyprien raille les personnes qui postent leur vie pour avoir des likes sur Instagram. Loin de la spontanéité, la vie sur ce réseau nécessite un gros travail de mise en scène. Moyennant les bons angles de photos ou les bons outils de retouche, on arrive à avoir l’air beaucoup plus beau et riche que dans la réalité.

C’est qu’au delà du nombre de likes qui rassure les moins confiant(e)s, le truc peut devenir un vrai business pour certain(e)s. C’est certainement le cas pour la personne dont je vous parlais en début de billet. Une jolie façade pour alimenter son petit boulot d’appoint. Et aussi pour partager ses succès, histoire de faire comprendre aux autres qu’ils ne sont qu’une bande de losers qui n’arrivent à rien.

Pourquoi Facebook et Instagram nous rendent-ils (parfois) malheureux?

ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus.

Ça n’a pas toujours été comme ça, rappelle Titiou Lecoq, auteure, blogueuse, et journaliste spécialiste des réseaux sociaux dans un article du magazine ChEEk : “Au tout début, on ne maîtrisait pas du tout les règles, on pouvait mettre des photos qui n’étaient pas valorisantes. Aujourd’hui, il y a des codes esthétiques, on ne voit passer que de très jolies photos. Le côté brut, avec Instagram et ses filtres notamment, a disparu.” Pour elle, cette évolution a “le même effet pervers que la publicité: on a l’impression qu’il existe une vie parfaite, une bouffe parfaite, une maison parfaite, une déco parfaite, un mec parfait et des enfants parfaits”. Résultat, “ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus”.

Le court-métrage de Shaun Higton, intitulé What’s on your mind?, résume parfaitement le cruel décalage entre ce que l’on donne à voir sur les réseaux sociaux et ce que l’on vit vraiment. A la fin le type quitte les réseaux. Alors, pour vivre heureux vivons seulement dans la réalité ? Non. Cessons simplement de faire semblant. Restons juste un peu plus nous même tout en protégeant nos vies privées. Ne tombons pas non plus, comme je le vois trop souvent, dans l’excès inverse, en se dévalorisant. Soyons honnête avec l’image que nous renvoyons. Personnellement, j’aime publier de jolies photos de mon jardin ou de mes voyages. Cela ne me définit pas. C’est juste une petite part. Tout comme publier quelques unes de mes pensées ici en est une autre.

Néanmoins, à l’instar de nombre de blogueurs des origines, je prends de plus en plus mes distances avec l’outil numérique, même si je reste très connectée. J’y suis obligée comme beaucoup, car professionnellement tout nous y ramène. Mais, j’évite d’en être dépendante. Donc, il ne faut pas s’étonner si parfois je « ghoste » certaines personnes. C’est juste qu’il faut que je m’éloigne par moment pour pouvoir faire d’autres choses.

 

J’habite – encore – à Twitterland

Cela fera bientôt dix ans que j’ai pris un cabanon sur Twitter (Cf.  J’habite à Twitterland ) , mais entre-temps mon village a beaucoup changé. 

Je vis depuis tout ce temps dans un quartier (compte Twitter) plutôt calme avec plein de gens (Time Line) cultivés et de journalistes. Néanmoins, l’épicier (@guybirenbaum) a fermé suite à un burn out et, comme lui, pas mal d’anciens membres en vue de la communauté (influenceurs) ont pris leur retraite numérique. Par ailleurs, autrefois peuplé en grande majorité par des cyber-militants de gauche, mon lieu d’habitation principal est devenu très hétérogène sur le plan politique.

Ainsi, d’anciens fans de Ségolène Royale sont devenus des macronistes acharnés, tout comme certains partisans de l’ancien président Hollande. Même si, parmi les Hollandais, beaucoup boudent un peu et se réjouissent sous cape des malheurs du vilain traître Manu. Il faut dire que beaucoup sont sonnés depuis la déconfiture du parti socialiste devenu groupuscule. J’en vois néanmoins un grand nombre qui ont basculés chez Mélenchon, alors qu’une poignée seulement ont fini au RN. De ce fait, la bienveillance (#FF) est devenue has been et l’injure (le twittclash) la norme. A vrai dire, je ne reconnais plus mon quartier et il y a des jours où il me fatigue tellement que j’envisage de le quitter définitivement.

Ces dernières années, pour m’amuser un peu, j’ai ouvert une galerie dans un autre quartier habité par des artistes et des gens aux moeurs plutôt libres. J’y expose des photos plutôt soft de femmes en noir et blanc. Après avoir été pistonnée (Retweetée) par un baron local (gros compte Twitter), j’ai fini par avoir pas mal d’habitués (followers). Ces derniers viennent du monde entier et ça parle (tweete) dans toutes les langues dans les allées de ma galerie. De ce fait, le lieu reste animé même à des heures reculées de la nuit.

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Je vais chercher mon matériel photo dans un village voisin assez mal famé (Tumblr), mais comme il tente depuis peu de se refaire une virginité, j’ai de plus en plus de mal de m’approvisionner. On a vu débarquer des réfugiés Tumblr à Twitterland. Ils ont été bien accueillis. Il faut dire que le lieu reste encore tolérant. Mais pour combien de temps encore ? Les gamins à capuche proprios des villages ont grandi.  Et à mesure que leur richesse s’est accrue, ils sont devenus de vraies grenouilles de bénitiers. Alors que, comme nombre d’autres, ils se sont grassement enrichi sur les petites faiblesses de leurs habitants. Et voilà que, maintenant, ils poussent le vice jusqu’à déconseiller à leurs propres enfants de vivre ici. Ils les envoient là-bas dans la vraie vie (IRL). Autrefois, véritables espaces de (semi) liberté, ces lieux sont, hélas, devenus le creuset de notre propre aliénation. Où nos pensées même nous sont volées pour pouvoir encore plus nous manipuler.

Alors, je ne sais pas si je vais encore vivre ici très longtemps. Loin de l’enthousiasme des débuts, j’y réside plus par habitude que par réel plaisir. Comme lorsque tu gardes une vieille baraque familiale par nostalgie. C’est de l’entretien, mais tu hésites à t’en séparer. Un jour, c’est sûr, il le faudra. Mais, pas tout de suite.

 

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« On retiendra avant tout que le jaune est la couleur de l’ouverture et du contact social : on l’associe à l’amitié et la fraternité ainsi qu’au savoir. »

« Pourtant, derrière cet aspect joyeux, le jaune peut parfois se révéler négatif. Associé aux traîtres, à l’adultère et au mensonge, le jaune est une couleur qui mêle les contrastes. »

Signification des couleurs.

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Alors que commence l’acte IX d’une mobilisation en jaune débutée à la mi-novembre 2018, je m’apprête à vivre ce nouveau samedi en allumant la TV. En effet, comme beaucoup, je suis ces épisodes comme une télé-réalité violente, d’un oeil mi-horrifié, mi-fasciné.

Au début, j’y comprenais quelque chose. C’étaient des automobilistes en colère qui s’élevaient contre une nouvelle taxe sur les carburants. Qui n’avait jamais râlé en passant à la pompe. Ensuite, c’était un problème de pouvoir d’achats. Même si cela fait bien longtemps que je n’ai plus été pauvre, je peux largement adhérer au fait qu’on puisse avoir des difficultés à vivre avec un SMIC.

Dans la période des fêtes, alors que je n’en avais jamais vu IRL, j’ai croisé des gilets (ou du moins tenté d’en éviter certains) lors de différents voyage dans l’arrière-pays. Ils étaient là, campés au milieu de leurs rond points moches d’entrée ou de sortie de ville. Ils n’avaient rien de menaçant, si ce n’était pour mon horaire d’arrivée. On les aurait dit tout droit sortis d’un aimable club de pétanque ou d’une fête votive. Les pancartes «RIC»  et « Macron démission » en plus. Même si la météo était plutôt clémente, je me suis demandée pourquoi ils étaient encore là.

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A-t-on joué avec des allumettes en élisant Macron ? Je crois plutôt que son élection était déjà le symptôme de cette colère jaune qui couvait depuis bien longtemps. Une colère profonde contre des institutions qui ne prennent plus en compte l’humain. Le travail ne paie plus depuis des dizaines d’années. La finance est folle. Les ultra-riches de plus en plus nombreux. Et les inégalités se creusent toujours plus. Il n’y a pas de ruissellement. Il n’y a que de l’avidité de certains à posséder toujours plus. Et c’est là, bien visible à longueur de temps sur les réseaux sociaux. Les gilets se sentent les cocus de la mondialisation et du capitalisme incontrôlé. Macron ne l’a pas compris. Il a été élu par le peuple et pour le peuple. Il ne peut gouverner contre.

De mon côté, j’ai toujours été pour la redistribution, tant qu’elle n’est pas confiscatoire. Je suis de cette frange de la population qui paie tout plein pot et ne reçoit rien. Je ne demande rien non plus. Je vis bien, sans ostentation, mais sans me soucier de la fin de mois. En ce qui me concerne, en ce moment, c’est plus la fin du monde qui m’angoisse. Avec les mêmes qui pillent et détruisent la planète, que ceux qui paient les gens au lance-pierres.  Ces combats ne sont pas antinomiques, ils sont conjoints. Un autre monde est possible, où les travailleurs sont durables, tout comme les ressources.

Dans ce mouvement certains ont trouvé la solidarité et la fraternité qui leur manquaient. L’action collective a toujours payé. Peut-être que beaucoup l’avaient oublié dans un monde qui nous pousse à l’individualisme forcené. Les gilets rejettent la toute puissance des chefs. C’est bien dans l’air du temps de l’holacratie ou de l’agilité. Les gilets jaunes sont bien plus modernes qu’on ne le pense. Ils ne sont pas les représentants d’une ancienne France, ils sont connectés et maîtrisent pour beaucoup les codes de la communication.

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Alors oui, je vous vois déjà me dire que je leur file un blanc-seing. Que je valide les violences pour cause de revendications légitimes. NON. Si des casseurs et des pilleurs ont profité de ce mouvement pour se défouler ou faire leurs courses de Noël, non je ne les approuve pas. Les « vrais » gilets jaunes le savent bien. La violence est contre productive. Même si certains peuvent penser qu’ils faut montrer les dents pour que les puissants cèdent.

Le gouvernement organise un grand débat qui débutera dans les jours prochains. Même si nombreux sont ceux qui pensent que c’est de l’enfumage, j’encourage tout ceux qui ont quelque chose à dire ou à proposer à les remonter lors de cette consultation. Moi, dans tous les cas, je serai toujours ici ou ailleurs, pour donner mon avis et soutenir ceux qui veulent un monde meilleur. Pas celui des Bisounours. Juste un monde où chacun pourrait vivre bien de son labeur, respirer un air sain, être non discriminé, penser ce qu’il veut ou aimer qui il le souhaite.