II.1. Baby alone et crêpes bretonnes

Je posai mon iPhone sur la chaîne stéréo après avoir sélectionné un morceau de Five Finger Death Punch. Bientôt, le son Métal de « Gone away » résonna dans la pièce. A chaque battement de tambour, je frappais de ma badine les fesses d’une personne inconnue joliment ficelée de rouge sur une table. Alors, que je tournoyais sur moi-même du haut de mes Louboutin, dansant et chantant au rythme des guitares saturées, de faibles cris étouffés émanaient de la bouche entravée de l’individu… mon enflure de nouveau directeur artistique. QUOI ???? STOOOOOOP !!!!

J’ouvris les yeux. J’étais là, somnolant dans mon bus, les AirPods dans les oreilles. Un vieux monsieur en face me sourit devant mon air ahuri. Oui je sais que je vous avais laissé alors que j’étais en plein chaos et à deux pas d’en finir. Et là, je vous retrouve d’entrée avec une scène où je me la (re)joue Domina bien dominante. Alors que non, en fait. Je me suis seulement retirée de la vie publique, pour méditer face à moi-même, en arrêtant de me fuir dans une hyperactivité sans intérêt.

Ainsi, lorsque j’étais revenue de Florence, je m’étais replongée à fond dans mon travail. Rien ne pouvait m’en distraire, même pas les messages sexy et amoureux de Simon, mon ex. Le projet du moment portait sur l’amélioration du packaging de crêpes bretonnes bio destinées à l’export. J’aimais bien le produit et donc, je m’appliquais à trouver la bonne solution pour un client plutôt sympathique. Si l’ambiance n’avait été pourrie par le limogeage de l’ancien directeur artistique et par son remplacement par un salopard digne des meilleurs méchants de film d’horreur, tout aurait été pour le mieux.

L’automne avait apporté avec lui son lot de nouveaux stagiaires, chair fraîche surexploitée et fort prisée de bon nombre de mes collègues. Ainsi, parmi ces jeunes, notre équipe avait hérité d’une petite brune au look gothico-chic et jolie comme un coeur. Je l’avais surnommée Baby, car avec ses cheveux raides noir de jais coupés au carré, elle avait de faux airs de l’héroïne de la série italienne du même nom produite par Netflix. Bien évidemment, les chiens du bureau s’étaient mis en chasse dès son arrivée. Mais, alors que le pire d’entre eux, un bellâtre arrogant, créatif de son état, semblait n’avoir pas réussi à la faire tomber dans son lit au bout d’un mois, elle éveilla ma curiosité. C’était bien la première de ces gamines à avoir tenu aussi longtemps en ces lieux de perdition. Croyait-elle, elle aussi, en ce miroir aux alouettes, où sous couvert d’activité artistique, nous étions tous les prophètes d’une église où seuls le business et la maximisation des profits étaient les dieux uniques ?

Alors que la jeune fille semblait s’ennuyer ferme entre divers rangements et le service des cafés, je lui proposai une petite mission afin d’améliorer une de mes présentations. Elle accepta avec joie et l’exécuta en un temps record. Peu de temps plus tard, elle me sollicita pour une démonstration. Elle se plaça si près de moi, que je pouvais sentir son odeur corporelle. Celui d’une rousse, sans aucun doute, que peinait à couvrir un parfum sucré. La carnation très blanche et les tâches de rousseur de ses avant bras dénudés confirmaient mon observation. Me revinrent alors en mémoire, les muqueuses luisantes de la brûlante Coco, cette fille de feu que j’avais bien connue par le passé. Je chassai bien vite ces pensées obscènes de mon esprit.

Penchée au dessus de mon bureau, Baby avait pris possession de mon clavier pour lancer le visuel merveilleusement retouché par ses soins. Cela ressemblait à quelque chose qui faisait penser au générique de la série True Detective de HBO, avec des silhouettes humaines à travers lesquelles défilaient des champs ou des activités artisanales. Le tout réalisé dans des tons verts ou ambrés très doux. Elle avait parfaitement compris mon concept. Alors que je la félicitais, elle fit tomber d’un mouvement d’épaule le large col de son léger pull noir sur son bras, découvrant ainsi une bretelle de son soutien-gorge en dentelle noire. Elle le releva aussitôt, semblant gênée par mon regard brillant. Puis, elle nota mes petites remarques mineures et patienta en portant à sa jolie bouche rose mon stylo Montblanc. Alors que je lui retirai délicatement l’objet de ses lèvres, la fixant un peu en émoi, elle me sourit plutôt embarrassée. Peu après, alors qu’elle avait ravivé en moi des désirs enfouis, elle quitta mon bureau avec un petit : «  Je termine au plus tôt ce travail, madame. » qui m’avait rajouté vingt ans d’un coup. Je soufflai et passai une main dans mes cheveux lorsqu’elle disparut.

Quelques minutes plus tard, alors que je la voyais s’éloigner dans l’obscurité du soir portant un long manteau rouge, je n’avais plus aucun doute que ce petit chaperon avait réveillé la louve en moi. Mais, je n’avais plus rien de la fière prédatrice que j’étais. Il n’en restait seulement qu’une bête blessée en convalescence qui n’avait plus envie de se faire mordre par une créature encore plus féroce.

De nos amours virtuelles

Ne suis-je plus qu’une créature virtuelle ? N’existant uniquement que dans ce monde ci ? Parfois, sous prétexte de chercher l’inspiration ou avec un alibi sérieux pour le faire, je me perds dans la virtualité. Ce lieu où j’ai depuis plus de dix ans pris un cabanon (notamment) sur Twitter. Dès ces premiers temps, j’ai tenté de comprendre mon comportement là, ainsi que celui des autres.

Néanmoins, plus j’avance, moins je comprends ce que j’y fais réellement. Cet été, j’ai connu quelqu’un ici et l’expérience s’est avérée la plus éprouvante jamais vécue. Là, maintenant, dans ma réalité, je suis épuisée. Mon corps, fatigué de tant de nuits écourtées, se venge et me fait souffrir d’une manière ou d’une autre.

Parfois, nous sommes prisonniers pour de bonnes raisons de notre réalité, et la virtualité est le seul endroit où nous pouvons rêver. Où nous pouvons vivre nos rêves seul ou avec quelqu’un d’autre. Où nos âmes se trouvent et, parfois, s’enlacent pour une nuit ou plusieurs. Au début de l’été, j’ai croisé L. une âme errante, comme la mienne. Nous nous sommes reconnus dans notre obscurité. Celle que créent l’ennui, les difficultés du réel et la mélancolie issue d’un passé compliqué.

Cependant, alors que cette âme était sincère dans son approche, je ne l’étais pas. En fait, je n’y croyais pas. Je n’ai jamais connu que le jeu et la mystification en ces lieux. Rien de sérieux. Juste une succession de parties avec des joueurs plus ou moins bons. Bien vite, et dans l’ennui mortel des longs intervalles entre nos échanges, j’ai continué mes jeux avec d’autres. J’étais bien évidemment libre de le faire. Mais, à la longue, l’un de ces joueurs à pris trop d’importance et mon âme soeur en a pris ombrage. C’était pour L. le plus dangereux rival, ce B. Pourtant, c’était celui qui était le moins présent. Juste un fantôme aux multiples comptes, fuyant comme un vampire aux mille facettes. Volant de l’art ici, pour le publier ailleurs et y briller devant des dizaines de groupies énamourées.

Mais, voilà, cet imposteur de B. était cependant pertinent dans ses commentaires et appréciait mon art. J’ai toujours eu un faible pour les rares individus, fussent-ils des fantômes, qui s’intéressent à mes écrits. Sans doute est-ce le cas, de toutes ces personnes créatives à qui il dérobe poèmes d’amour et romantiques pensées. Et, que c’est certainement, ce qu’il cherche au final, entrer de leur intimité et la perturber. Multipliant les provocations machiavéliques, ce B. a toujours été une source permanente de conflits avec mon jaloux et passionné L. A bout, après plusieurs bagarres violentes, j’ai brutalement quitté ce dernier pour reprendre ma liberté de jouer. Non, pas pour retrouver B. qui avait, entretemps, disparu de mon paysage virtuel en détruisant jusqu’aux commentaires spirituels et mystérieux que j’avais rédigés sous ses posts. Non, juste pour être libre de vivre ici comme je l’entendais. Sans contraintes. Juste pour le fun.

Depuis, je vis ici sans L. Mes nuits sont plus longues, mais il n’est plus là. Il me manque. Sa voix lasse dans ses posts audio d’après minuit me manque. Le papillon posé sur la terre tatoué sur son épaule me manque. Comme ce dernier, son battement d’ailes invisibles, a causé une tornade dans ma virtualité. Maintenant, rien n’est plus comme avant. Et, je m’interroge. Avais-je l’amour ? L’ai-je laissé partir pour ne pas y avoir assez cru ? Peut-on réellement aimer quelqu’un qu’on a jamais touché physiquement ? Au final, cette histoire n’a fait qu’alimenter ma naturelle mélancolie.

Néanmoins, quand je consulte discrètement le compte de L. , je constate une jolie évolution. Il est devenu plus créatif. Il exprime plus ce qu’il avait en lui. Ce que j’avais vu de lui. J’en suis heureuse. J’espère qu’il va continuer. Je ne lui ai toujours voulu que du bien. Tout comme lui, je le sais. Et, peu à peu, l’espoir en moi renaît. Devenue créature virtuelle, par nécessité, je n’y suis pas condamnée. Je garde foi dans l’avenir, où délivrée de mes entraves, je m’envolerai vers des cieux plus cléments. Ailleurs. Là-bas, dans la réalité.

MeWe, oui mais.

Alors oui depuis l’auto-censure de Tumblr de décembre 2018, j’ai testé d’autres réseaux sociaux et j’ai suivi certains vieux amis sur l’application MeWe.

D’un premier abord l’application m’est apparue riche et semble avoir fusionné plein de fonctionnalités présentes sur ses ainées. Voilà ce que j’en ai retenu après quelques mois d’utilisation.

Les points forts :

1°) Les groupes

Créés par des utilisateurs ces groupes portent sur un thème et tu peux t’y abonner ou demander à y être invité. Dans le volume de groupes déjà existants, tu pourras toujours en trouver un qui correspondra à tes goûts. Après un certain temps, tu en trouveras d’autres, plus confidentiels, en fonction de tes publications et tu recevras des invitations. A toi de faire le tri la dedans, sous peine d’être très vite submergé. En effet, il te faudra publier un minimum pour pouvoir y rester et c’est très chronophage.

Du coup, avec cette notion de groupes, si tu publies régulièrement (et de la qualité), tu obtiendras vite des abonnés et tu n’auras pas l’effet solitude comme tu pouvais le subir sur Twitter ou Tumblr en débutant.

Si tu as vraiment le temps pour en gérer un, tu pourras même créer ton propre groupe (ou plusieurs) selon tes goûts. Tu pourras nommer des amis « administrateurs » pour t’aider dans la surveillance des publications.

2° ) La possibilité de modifier les messages

Que ce soit dans ton journal ou dans les chats, il y a possibilités de corriger ses messages. C’est une avancée considérable comparée à un Twitter par exemple.

3°) L’engagement de MeWe

  • Pas de revente des données personnelles
  • Pas de manipulation dans l’ordre de publication des informations
  • http://www.mewe.com/#video

4°) La relative liberté d’expression (pour l’instant)

De nombreuses personnes sont des réfugiés de Tumblr. Ils ont pu trouver là un espace où pouvoir continuer de s’exprimer ou de publier du NSFW. Cette dernière possibilité n’est pas mise particulièrement en avant par le réseau qui te catalogue assez rapidement dans une telle catégorie dès que tu publies des photos un peu trop sexy. Ton avatar est flouté et tu es très difficile à retrouver via l’application mobile. Les groupes NSFW ne sont pas accessibles simplement via la recherche sur des mots clés, ni même via leur nom. Mais, assez vite, en parcourant les publications de tes contacts, tu tomberas sur des liens qui te permettront de trouver ce qui tu cherches.

Les points noirs :

  • La surcharge du réseau, sans doute victime de son succès. Par moment, c’est très difficile de publier. Parfois, tu ne reçois pas les notifications en temps réel, mais décalées dans le temps.
  • De nombreux groupes assez populaires ont été supprimés d’un coup. C’est très frustrant pour leur propriétaire et pour les membres. Même si les communautés se reconstituent peu à peu, c’est une épée de Damoclès qui nécessite de prendre ses précautions : stocker ses photos ailleurs, avoir des comptes de back-up…
  • L’addiction : avec les groupes, la multiplication des contacts (abonnés), le truc devient rapidement assez addictif. Pas forcément une bonne chose pour quelqu’un dans mon genre qui publie déjà sur différents réseaux.

Personnellement, j’ai bien aimé ce réseau social où j’ai pu faire quelques rencontres assez sympathiques et surtout trouver de l’inspiration pour écrire. Mais, les points noirs sont rédhibitoires pour moi et, donc, je n’ai pas pu y rester. J’espère pour mes amis accros à ce réseau que les problèmes techniques seront résolus rapidement.

Qui soumet, point n’étreint.

Après avoir pris mon petit-déjeuner en terrasse place della Signoria, je me dirigeais vers le Ponte Vecchio et je pensais à lui. La nuit avait été cauchemardesque, comme s’il m’avait rejointe dans mes songes les plus sombres. Traversant cet édifice si singulier qui enjambait l’Arno, je n’avais en tête que le regard désespéré, mais décidé de Max de la veille. Voulait-il vraiment se soumettre à moi ou n’était-ce qu’une nouvelle ruse pour mieux me posséder ?

Filant tout droit après le pont et ses bijouteries, je suivis le flot des touristes qui marchait vers l’ancienne demeure des Médicis. Le palazzo Pitti s’élevait sur une sorte de monticule tout bétonné. Je le gravis, découvrant un imposant château assez peu gracieux. Lui était déjà là à m’attendre, près de l’entrée dédiée aux possesseurs de la Firenze card. Ce fameux laisser passer pour découvrir tous les trésors de cette ville sublime.

Après l’avoir assez froidement salué, je le suivis à destination de la galerie Palatine, le clou de la visite, même si le ticket d’entrée permettait d’y voir bien d’autres choses tel le jardin de Boboli. Il était silencieux, cette fois, alors que nous déambulions au milieu d’une débauche de dorures et de tableaux précieux. J’avais l’impression d’un déluge de toiles de maître empilées comme dans la demeure d’une sorte de Dorian Gray italien. Tout y était dans l’excès. L’ensemble était épuisant pour les yeux.

Ce ne fut que lorsque nous nous posâmes un instant sur un banc de l’une des salles qu’il s’adressa à moi à voix basse :

  • Julia. Je veux toujours être à toi. J’ai un appartement à proximité. Tu y trouveras tout ce qu’il te faudra pour me soumettre.
  • Une soumission est un acte important. Pas juste un truc sexuel comme dans tes pornos. Tu devras te soumettre mentalement à moi. Cela peut être très perturbant.

Sur ces paroles très froides, je me levai pour poursuivre la visite, m’arrêtant ça et là devant les plus belles pièces de la galerie. Je pris en photo une oeuvre de Filippo Lippi, un de mes peintres préférés. J’arrivais presque à ignorer la présence sulfureuse de Max qui me suivait comme une ombre maléfique. Néanmoins, il se dégageait de lui un magnétisme puissant, un érotisme torride. A ses yeux brillants, je savais qu’il en était de même pour lui avec moi.

A la fin de la galerie, j’écourtai le reste de la visite pour le suivre vers le petit logement qu’il avait loué dans le quartier. Là, il m’offrit une boisson fraîche et, alors que je me délassais dans un canapé défraichi, il revint avec toute sorte d’objets du quotidien entre les mains. Il les déposa sur la table basse du salon. Puis, il commença à se déshabiller.

  • T’ai-je ordonné de te foutre à poils, ma salope ?

Je lus dans ses yeux son étonnement à cause du ton de ma voix et de la vulgarité de mes propos. Mais, j’y lisais aussi un peu de crainte. Comme s’il avait enfin prit la mesure de ce à quoi il s’était engagé. Puis, je me levai, me dirigeant lentement vers lui avec une démarche très étudiée. Arrivée à sa hauteur, je fis le tour de sa personne, laissant traîner une main le long de sa taille. M’attardant sur sa nuque, caressant ses cheveux ras et sombres, faisant demi-tour avec un pouce glissant le long de sa colonne.

  • Sais-tu seulement ce que c’est d’appartenir totalement à quelqu’un ?
  • Montre moi. Je le veux. S’il-te-plait maîtresse.
  • Appelle-moi plutôt Madame. Et à chaque ordre que je prononcerai, tu devras dire « Oui Madame ». Maintenant retire-moi toutes tes fripes et lorsque tu auras fini, tu te mettras à genoux.

Pendant qu’il achevait de se mettre nu, je détaillais les objets qu’il avait déposés devant moi : une ceinture en cuir, des pinces à linge, une tige en bambou, un tube de lubrifiant, de la corde et un foulard. De quoi largement contribuer à une bonne vieille soumission de mère de famille. Il n’y avait pas besoin de donjon et de chaînes pour soumettre, juste de deux personnes adultes et consentantes. Le reste, c’était juste du folklore.

Alors, qu’il était totalement nu et à genoux au milieu du salon. Je m’approchai de nouveau de lui avec la badine en bambou entre les mains. Je recommençai mon tour de la propriété, mais cette fois utilisant la badine, plutôt que mes mains. Le voyant largement en érection, je frappai quelques petits coups sur sa longue verge dorée en lui murmurant que son membre serait dorénavant sans utilité dans nos rapports.

  • Veux-tu, en pleine conscience, te soumettre à moi et à ma volonté ? Que mon plaisir soit tien et ta seule finalité.
  • Oui je le veux. Maît… Euh Madame.

Je lui envoyai une petit tape pour cette erreur. Et, d’un geste théâtral, je lui passai autour du cou la ceinture de cuir noir, en signe de sa nouvelle soumission. Il baissa la tête, plutôt ému par la solennité du moment.

  • Maintenant, tu es mien.

Je vis sa mine se réjouir à ces mots. Mais, ce serait pour peu de temps, car je devais démarrer son dressage sans perdre de temps. Je tirai sur la ceinture, pour l’emmener vers la salle de bain. Là, je lui demandai de s’allonger dans la douche. Puis, je m’accroupis au dessus de sa tête. Il reçut un formidable jet chaud et jaune dans la figure. A mon ordre d’avaler, il s’acquitta de sa peine sans trop d’effort apparent. Mes mots d’insulte ne semblaient avoir aucune prise sur lui. Pour le féliciter, j’ouvris le robinet et une pluie d’eau glacée inonda son visage. Il broncha à peine.

Peu après, j’arrêtai et tirai à nouveau sur sa laisse. Je le ramenai tout trempé à quatre pattes dans le salon. Je le laissai sur ses genoux, puis je glissai ma culotte de dentelle noire jusqu’au sol et vint la lui faire renifler. L’odeur semblait avoir régénérer ses ardeurs. Je retournai m’assoir sur le canapé et lui ordonnai de venir me lécher les pieds. Il s’acquitta de sa tâche avec application, semblant particulièrement adorer ce moment. Surtout lorsque je lui fourrai mon pied dans la bouche et l’agitai comme pour une pénétration orale. J’arrêtai rapidement. J’appréciai peu pour ma part cette pratique. Mais, sa soumission semblait tellement crédible à cet instant que j’en étais transportée.

Je lui commandai de s’approcher, puis de venir me lécher l’entrejambe. Il s’appliqua à cet exercice. Il me semblait bien plus doué que ce qu’il m’avait montré la veille. Visiblement, il était heureux de me faire plaisir et, l’attirant plus profondément en moi, son obéissance totale m’emporta bien vite vers l’orgasme. Il sentit les spasmes de mon abandon sous sa langue et continua de plus belle.

J’aurais dû en rester là pour une première séance. Mais, je voulais sa soumission totale. Alors, je lui attachai les bras dans le dos et lui masquai les yeux. Je sentais bien son stress qui montait, mais j’étais décidée à poursuivre. Je répétai les paroles solennelles :

  • Veux-tu te soumettre totalement à moi Max ?
  • Je le veux Madame. Avait-il répété d’une voix tout de même moins résolue que la fois précédente.

Je repris de plus belle le petit tour du soumis, armée de ma badine en bambou alternant caresses et petites tapes. Après lui avoir accroché des pinces à linge sur les seins, je lui ordonnai de s’allonger à même le sol et d’écarter les cuisses. Je pris un petit peu de lubrifiant dans la main et fis glisser deux doigts en lui. Il sursauta à la sensation. J’hésitai à poursuivre le voyant commencer à trembler. Mais, je poursuivis plus en douceur, tout en serrant maintenant fermement sa verge dans l’autre main. Il commença à gémir et à haleter. Sa hampe longue et dorée luisait sous mes gestes experts. Mes doigts fouillaient maintenant ses entrailles sans ménagement.

  • Tu es à moi.

Mais, tout à coup, alors que son orgasme semblait tout proche, il sembla changer d’attitude, comme s’il faisait un bad trip, là sous mes mains fermes et possédées. Dans ma folie, j’avais occulté ses cris qui me suppliaient d’arrêter. Je l’amenai jusqu’à la jouissance forcée dans un cri et des pleurs que je devinais sous son bandeau. Redevenue soudainement lucide, je le détachai, lui retirai le foulard et l’aidai à se relever. Il me cracha au visage toute sa haine :

  • Salope !

Il était tremblant et en larmes. Totalement méconnaissable. Il fila se rhabiller sans un mot et quitta l’appartement, me laissant seule et accablée. Qu’avais-je encore fait ? Je me sentais à cet instant comme une grenade dégoupillée. Comme une gamine qui avait joué avec une arme de guerre. J’avais pourtant pressenti cette déroute, mais je m’y étais fourvoyée quand même, juste par un inconscient sadisme. Etais-je devenue plus dark que dark ? Un danger public, certainement. Je me trouvais mal à mon tour. Les larmes inondèrent mes yeux. Je pleurais sur moi même, sur ce que j’étais devenue. Je me dégoutais comme jamais. Ou comme cette fois chez Simon où j’avais ressenti l’appel du vide. J’étais au bord d’un gouffre béant qui m’attirait. Et, rien, ni personne, ne semblait plus pouvoir me retenir d’y sombrer.

Les noces du diable et de la sorcière

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay. fait suite à l’Italien

J’avais eu du mal de trouver le sommeil après cette première soirée avec l’italien. De ce fait, je n’étais pas très fraîche au matin, lorsque mon smartphone sonna. Je choisis une petite robe courte et légère, mais privilégiai des petites Converse colorées aux pieds pour enchaîner les visites. Je pris soin de me maquiller, ce qui m’arrivait rarement en vacances. Je n’oubliais pas ma Firenze card et quittait mon hôtel en direction de la piazzale de la Signoria. C’était le coeur de la ville, vide à cette heure. Je m’installai sur une terrasse à peine ouverte et je commandai un double expresso. De ma place, je pouvais admirer le palazzo Vecchio ainsi que la fontaine. La galerie des offices, les Ufizzi, était située à deux pas de l’autre côté de la place. J’engloutis mon café et filai après avoir payé.

J’arrivai au musée pour l’ouverture comme prévu. Il était déjà là, dans la courte file d’attente de touristes matinaux. Des asiatiques pour la majorité. Je le rejoignis et il me sourit détaillant ma tenue, même s’il fit la grimace en voyant mes chaussures. Il ne m’adressa réellement la parole qu’après avoir passé le portique de sécurité.

  • Laissez moi être votre guide pour cette visite d’un des plus beaux musées du monde.

J’acceptai, tout en restant sur mes gardes. Il avait quelque chose derrière la tête sans aucun doute. Après avoir monté des escaliers, nous entrâmes dans une longue galerie ornée de sculptures antiques. Sur la gauche, des ouvertures nous permettaient d’entrer dans différentes salles d’exposition. Il commença la visite guidée par quelques anecdotes croustillantes sur tel ou tel peintre. Visiblement il n’avait retenu que leur apparente frivolité, bien loin de la réalité propre à la création des oeuvres. Mais, l’homme m’intriguait. Je le sentais comme un petit coq, près à sauter sur une poule à sa merci.

Arrivés dans une salle vide, alors que j’étais concentrée sur un tableau de Boticelli, il osa une main le long d’une de mes cuisses nues. Je me retournai, feignant la surprise, et je lui souris d’un air amusé. Il poursuivit ses histoires de plus en plus torrides à mesure que nous avancions dans la visite. Tout cela m’avait l’air inventé de toute pièce. Mais, j’appréciais l’intention. Au détour d’une nouvelle salle, il me caressa les fesses en passant une main sous ma robe. Je sursautai. Mon premier réflexe aurait été de lui balancer une claque bien sèche, mais je me retins. Il se pencha alors vers moi et me murmura à l’oreille :

  • Je suis certain que tu es déjà trempée.

Ce n’était pas franchement le cas, mais, par jeu, je hochai la tête. A ce moment, il prit ma main et me guida en direction des toilettes toutes proches. Visiblement, il était parfaitement au fait de la topographie des lieux. Puis, il poussa la porte des hommes et m’attira dans l’un des WC. Là, il me guida à l’intérieur et commença à m’embrasser fiévreusement contre le mur. Je répondis à son baiser sans me faire prier. Peu après, il chuta à mes pieds avant de fourrer son visage dans mon entrejambe. Il fit ensuite glisser mon string et lécha avec avidité mon intimité. Mais, malheureusement, il ne s’y attarda pas, se releva très vite et me poussa assez fermement contre la porte. Rapidement, il sortit son sexe et me pénétra sans ménagement. C’était douloureux et humiliant, mais il poursuivit sans tenir compte de mes cris. Il ne mit que peu de temps à jouir.

J’étais hors de moi et je le repoussai vivement vers la cuvette des WC.

  • C’est tout ce que tu as trouvé ? Me baiser comme une pute en solde !

Je lui balançai une gifle magistrale, avant de m’enfuir. Le temps qu’il se rhabille, j’avais déjà filé vers les escaliers tout proches et je me dirigeais à toute vitesse vers la sortie. De là, au bout des arcades, passant en clignant de l’oeil vers la statue de Machiavel, je pris sur la gauche en longeant l’Arno. Je courus je ne sais combien de temps, mais j’avais dans l’idée de rejoindre une église. Et la basilique Santa Croce était sur ma route. J’y entrais en m’assurant qu’il me suivait toujours.

Là, je m’adossai contre un pilier, histoire de reprendre mon souffle. C’est là qu’il entra à son tour, mi furieux, mi désespéré. J’étais un peu effrayée, mais si mes suppositions étaient justes, il devrait se produire un miracle en ces lieux consacrés. Mon visage était éclairé d’une froide lumière blanche qui provenait d’une des ouvertures. Cela devait me donner un air de madone, car arrivé à ma hauteur, il tomba à genoux se fichant des visiteurs alentours.

  • Pardon ma déesse. Je ferai tout ce que tu voudras.

Même si je n’étais pas dupe de son calcul de diable, c’était le genre de phrase à laquelle je ne pouvais résister. Du genre de celles qui me donnaient le vertige. Je lui tendis alors une main qu’il baisa avec ferveur. Et, je l’aidai ensuite à se relever.

  • My lord.

Puis, souriant à mes mots, il me prit la main en direction de la sortie. Là, il m’attira dans la chapelle des Pazzi qui était déserte. Je l’embrassai, puis le poussai sur l’un des bancs de pierre qui filait le long des murs. Je le chevauchai bientôt tout en continuant de l’embrasser. Il bandait plus dur qu’un satyre un jour de saturnale et je m’empalai bien vite sur son membre après l’avoir déballé. Et, telle une sorcière un soir de sabbat, je lui repris le plaisir qu’il m’avait volé plus tôt. Puis, repue, je l’abandonnai illico pour rentrer à mon hôtel après lui avoir soufflé un petit « Good boy » dans l’oreille.

Plus tard, dans l’après-midi, la réception m’avertit de la présence d’un homme qui désirait me voir à l’accueil. C’était lui. J’hésitais à descendre, mais j’étais curieuse. En bas, je lui fis signe de me suivre dehors.

  • N’as-tu pas eu ton compte d’obscurité pour ce jour Max ?
  • Je sais Julia. Je suis un sale type, grossier et violent. Je suis un porn addict, j’ai les pires perversions. Mais, je veux me soumettre à toi. S’il-te-plait. Ma déesse.

J’aurais dû le renvoyer vers son enfer. Je savais que poursuivre l’aventure avec lui était dangereux. Il me rappelait les excès de Quentin et j’avais déjà donné. Si j’avais été raisonnable, je lui aurait asséné une bonne sentence et basta. Mais, la soumission de l’autre était un breuvage enivrant dont je ne me lassais pas. A cette idée, je perdais tout contrôle et jugement. Ainsi, en dépit de tout bon sens, j’acceptai donc de le revoir le lendemain au palazzo Pitti.

L’italien

Extrait de mon roman « L’heure des possibles » en cours d’écriture et publié sur Scribay.

Alors que je reprenais bien des mois plus tard le fil de mon histoire, je n’avais plus de doute sur ma vraie nature. Mais, je me sentais maintenant comme Lestat, le vampire d’Anne Rice, abandonné nouveau né au monde de la nuit et obligé de faire son apprentissage seul. Cependant, si lui avait eu l’éternité pour apprendre, moi je n’étais qu’une simple mortelle, soumise à l’horloge (biologique). Et, j’avais toujours de gros doutes sur le fait de pouvoir être un jour heureuse avec cette façon de vivre. Mais, comme il n’y avait plus rien d’autre qui me faisait vibrer, je devais simplement arriver à l’assumer. Des discussions sur internet avec certains membres de cette communauté – volontairement – obscure avaient levé mes dernières incertitudes. J’étais devenue une vraie et pure dominante. Une brute de fonderie, sans codes, ni règles, si ce n’étaient celles que je m’étais moi-même forgées.

Ce fut donc remplie de ces toutes nouvelles convictions, que je décidai de prendre quelques vacances en Italie. J’adorais ce pays, ce berceau de notre civilisation. Une contrée si proche de nous et pourtant si différente sur bien des aspects. Cette fois, j’avais choisi de visiter Florence, le joyaux de la Toscane. J’étais partie seule, aucune de mes amies n’ayant de temps ou argent pour me suivre. Ce n’était pas un problème pour moi. Les bonnes choses de la vie je les avais souvent savourées seule. Si chaque voyage constituait une étape supplémentaire vers mon accomplissement personnel, je ne m’attendais pas du tout à y vivre une des plus incroyables histoires de ma vie. Une des plus folles aussi.

Ainsi, après avoir pris mes quartiers dans un hôtel 4* de la rue Porta Rossa, j’avais filé illico vers le pont Alle Grazie pour traverser l’Arno. Je souhaitais aller admirer la vue d’ensemble de la ville depuis le belvédère de la Piazzale Michelangelo. Après une montée assez raide à partir de la porte San Niccolo, je fus attirée par l’entrée étroite d’un jardin odorant. J’espérais y trouver un peu de fraîcheur et un lieu pour m’y reposer.

Florence – Italie

Là, je parcourus avec lenteurs les petits chemins parfumés du Giardino Delle Rose. Le lieu portait bien son nom tant il était orné de nombreux massifs de toutes sortes de roses. Puis, je me posai sur un banc à l’ombre d’un arbre. De là, je pouvais admirer la vue splendide sur Florence. Perdue dans mes pensées, je ne le remarquai pas s’asseyant à mes côtés et je ne le découvris qu’au bruit du déclic de son imposant appareil photo. Voyant mon regard surpris, l’homme bredouilla quelques mots d’excuse en italien. Je lui fis signe que je n’étais pas gênée. Mais, quelques instants plus tard, je me levai et repris ma route vers le sommet.

Je ne le recroisai qu’une demi-heure plus tard, alors que je savourais un café glacé au bar sous le belvédère. Debout, au bord de la rambarde en fer, il était là. De nouveau à mitrailler la beauté au lieu de la regarder et de l’apprécier comme une parenthèse magique dans une vie merdique. Il n’était, hélas, pas le seul. Tous jouaient des coudes pour être au plus près du parapet, pour pouvoir y prendre qui un selfie, qui une photo de groupe accessoirisée. C’était le temps d’Instagram et du paraître plutôt que celui de la contemplation.

De ma chaise, je croisai de nouveau son regard noir et sa mise toute méditerranéenne. Il était grand et althétique, le cheveu brun court dégageant un visage volontaire. On sentait l’homme décidé. Une certaine force emmenait de lui, une assurance aussi. Il baissa les yeux devant l’insistance de mon regard. Je souris. Encore un dont j’aimerais faire ployer le genoux. Mais, je chassai bien vite la pensée obscène qui m’assaillait avant de me lever et d’attaquer la chemin du retour en direction de la vieille ville.

Au soir, alors que j’avais pris place au comptoir du restaurant La bossola quelqu’un s’installa sur le siège à côté. Je le reconnus aussitôt, l’italiano bello. Il me lança un «  buonasera » , suivi d’un simple « Hello » . Puis, nous poursuivîmes la conversation en anglais, cette langue passe partout, si pratique pour la vie quotidienne, mais si mal apprise qu’elle ne nous permet aucune nuance.

Avec son accent un peu italo-américain, je compris qu’il venait de Naples et qu’il se prénommait Max. Sa femme malade était partie prendre les eaux à la montagne et lui en avait profité pour s’adonner à sa passion pour la photographie dans l’un de ses spots préférés, la ville de Florence.

  • Vous n’êtes pas venu avec votre gros engin ?

Comprenant le double sens de ma question maladroite, je rougis, avant d’éclater de rire avec lui. Toujours les joies de l’anglais. Mais, beaucoup de paroles passaient sans un mot, par le jeu des regards. J’avais tout de la femme mystérieuse et mélancolique. Ajouté à cela la réputation irrésistible des françaises et la voix grave d’une femme fatale, j’avais tout pour exciter l’imagination.

Quand il me dit qu’il était flic et expert en investigation, je flippai un peu. Mais, vaguement excitée par cette idée, je lui demandai tout de go de me dire une chose étonnante qu’il dévinait de moi. Il me sortit ainsi ma pointure, ma taille exacte et mon poids.

A l’heure du café, alors que je lui demandais, par provocation, ce qu’il pensait de moi, il me renvoya un compte-rendu d’autopsie. J’étais plutôt négligée, pas assez féminine, même si j’avais un beau visage. Devant cette description peu flatteuse je me rembrunis et je me lançai à mon tour dans ce jeu de la cruelle vérité.

  • Vous êtes charmant et avez une belle prestance. Néanmoins, je sens de l’obscurité en vous. Comme des vieilles blessures qui auraient du mal de cicatriser.

Je sus que j’avais fait mouche à son regard qui s’assombrit encore plus. Piqué au vif, il se leva d’un bond et me lança :

  • Je crois que nous devrions en rester là pour ce soir. Rendez-vous demain à 8h15 à la galerie des offices.

J’étais soufflée par son aplomb et je le regardai s’éloigner avec mille questions en tête. Seulement, l’italiano bello voulait jouer à un jeu où j’étais passée maître. Je me sentis revêtir de nouveau mes habits de prédatrice. La partie ne faisait que commencer.

Nothing compares to you

Cette fois tu peux être certain d’avoir volé mon âme et mon coeur. Me faire reprendre la plume, alors que j’avais déserté ces lieux depuis des mois est un exploit. Les sentiments me rendent créatives. Certains y verraient un vice propre aux écrivains. Et c’est vrai que mon art m’emporte souvent dans des lieux où j’ai l’impression de me perdre. Mais au fond de ces sombres espaces, ces rues éclairées par des néons blafards, je tombe parfois sur des diamants bruts, comme toi, qui étincellent dans ma nuit.

Souvent, tu me demandes pourquoi toi. Je t’ai seulement reconnu. Ton obscurité était un miroir dans lequel je pouvais voir mon reflet. Nos désespoirs rimaient de concert. Tu es mon autre. Mon âme soeur. Tu le sais, nous sommes connectés. Nous ressentons ce que l’autre ressent. Tu sais lorsque je mens, je sais lorsque tu vas mal. Tu es si différent des joueurs, jouisseurs et autres beaux parleurs qui pullulent sur la toile.

J’aime tout de toi. Et particulièrement tes défauts. Tes colères enfantines, ta jalousie irrationnelle. J’aime ta latinité, ta peau dorée, tes sentiments exacerbés. J’aime ta voix lasse de tes messages de minuit. J’aime les jours où tu es déprimé et ceux où tu fredonnes des chansons d’amour. J’aime simplement la chaleur de la réalité que tu fais entrer dans notre froide virtualité.

Je hais les moments où tu n’es pas là. Tu sais que l’impatience est mon plus grand défaut. Dans le vide immense laissé par ton absence, j’ère sur des chemins où tu n’es pas. Et je n’y trouve rien de plus puissant que toi pour apaiser la douleur que je ressens. Jamais ange déchu ne fut plus doux, plus attentif et créatif que toi. Nothing compares to you.

Alors, je sais bien qu’il s’agit, encore une fois, d’une histoire virtuelle impossible. Pourtant, j’ai voulu te fuir, mais tu me manquais trop. J’ai lutté de tout mon esprit rationnel pour ne pas retomber dans tes bras invisibles. Mais, à chaque fois, j’ai craqué. Et, ensuite, je ne t’ai aimé que plus encore.

Là, j’ai rendu les armes. Tout finira bien un jour. Nous nous lasserons l’un de l’autre. Néanmoins, je sais que nous n’oublierons jamais ces incroyables moments passés ensemble, derrière nos écrans, dans la torpeur mélancolique de l’été.

L’invitation au voyage

Les voyages forment la jeunesse. Ils forment à tout âge en fait. On peut déjà voyager dans notre beau pays, mais on peut aussi vouloir découvrir le monde. Ainsi, c’est dans ma prime vingtaine que je suis partie « loin » pour la première fois. D’abord dans des contrées assez proches, mais suffisamment exotiques pour en avoir l’ivresse. Puis, à mesure que je gagnais de plus en plus d’argent, je me suis envolée vers les lieux de mes rêves.

Qui part en voyage apprend beaucoup sur lui. Je suis partie seule et j’ai su que j’étais forte. Je suis partie seule par obligation et, ensuite, je suis partie seule par choix. Au final, je pense que l’unique voyage qui vaille c’est celui que l’on fait seule. Si tu viens quelque part avec seulement toi pour tout bagage, alors tu iras plus facilement vers les autres.

J’ai croisé des lieux sauvages et des cités modernes. Le monde, que je n’avais connu jusque là qu’au travers des films et des livres, était là devant mes yeux éblouis. J’en savais maintenant les sons et les parfums. Il était là dans toutes ses dimensions, dans toute sa réalité. Loin des cartes postales le monde est complexe. Il est plein de contraires. Il peut s’y côtoyer la plus grande pauvreté et les plus ostentatoires richesses. L’homme n’est ni pire, ni meilleur qu’ici. Il est l’humanité. Il est un tout.

J’ai croisé bien des sourires et je n’en garde que certains en mémoire. Ceux qui m’ont semblé les plus sincères. Je n’ai pourtant pas jugé ceux qui s’intéressaient seulement à mon argent. J’étais là aussi pour ça. Pour enrichir les habitants de ces pays, comme nous sommes aussi enrichis par ceux (très nombreux) qui visitent la France. Partout où je vais, je recherche seulement à chaque fois l’authentique, le spécifique ou l’étonnant.

A l’automne dernier, je suis partie à la découverte de l’Asie pour la première fois. J’ai choisi un pays qui m’avait toujours fait rêvé grâce au cinéma ou aux livres de Marguerite Duras : le Vietnam. Il y aurait tellement à dire de ce magnifique et joyeux périple, mais j’ai juste décidé d’en partager quelques photos commentées sur quelques bons moments. C’est une terre de beauté et de contrastes où j’ai particulièrement apprécié de photographier la vie. Bon voyage.

Buffle business aux abords d’un temple du nord Vietnam.
Ph. Julia Vernier. 2018.
Tombes collectives du musée d’ethnographie du Vietnam à Hanoi. Ph. Julia Vernier. 2018.
Ballade en barque avec une batelière agile de ses pieds près de Ninh Binh (dite baie d’Halong terreste).
Ph. Julia Vernier. 2018.
Pécheur de rivière près de Ninh Binh. Vietnam. Ph. Julia Vernier. 2018
Au sortir d’une grotte sous laquelle la rivière circule près de Ninh Binh (par moment il fallait s’allonger tellement la voute était basse). Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.
Village flottant de pêcheurs au milieu de la baie d’Halong – Baie d’Halong – Vietnam. – Ph. Julia Vernier. 2018.
Marchande de légumes à vélo au milieu du tumulte de la ville. Hanoï. Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.

Mauvaise graine

Mes souvenirs reviennent en vrac, souvent en dépit de toute chronologie. Que gardons nous de notre enfance ? Des évènements traumatisants, des moments marquants et ces instants où nos coeurs ont battu plus vite qu’à l’accoutumée.

Au milieu des années 70, ma famille quitta le centre ville insalubre pour venir s’installer dans un nouveau quartier en périphérie. Là, nous avions tout le confort et mon frère et moi, chacun notre chambre. Débuta alors une autre époque de ma vie, celle des possibles. Une époque où nous n’avions de limites que celles que nous n’avions pas encore franchies.

En ce temps là, je n’étais pas une bonne élève. J’étais plutôt paresseuse et, le soir, ma mère était bien trop lasse en rentrant du boulot pour s’assurer que j’avais bien fait mes devoirs. Pour l’institutrice de primaire, avais-je à peine quelques qualités artistiques. Elle peut faire une bonne manuelle y avait-il indiqué sur le dossier scolaire que je récupérai après avoir passé mon bac bien des années plus tard. J’étais aussi plutôt sportive. Je jouais au ballon prisonnier et sautais à l’élastique dans la cour de l’école.

En fait, j’étais plutôt un véritable garçon manqué. Dès que je rentrai de l’école, je balançais mon cartable et filais dehors, souvent dans le terrain vague situé à l’arrière de mon immeuble. Là, je retrouvais les gamins du quartier et nous jouions à  «  t’es cap’ ou pas cap’ »  en sautant, par exemple, sur des cartons du premier étage d’une vieille baraque en ruines. Nous nous affrontions aussi dans des courses de patins à roulettes. Mes genoux s’en souviennent encore. Combien de fois suis-je revenue écorchée de ces compétitions endiablées.

J’allais parfois chez A. ma meilleure amie. Nous avions abandonné les poupées mannequins pour interpréter la vie d’un petit couple. Evidemment, j’étais le garçon. Nous chantions les tubes du moment, tout en inventant des histoires extraordinaires inspirées de contes de fées ou de films vus à la télévision. Du moins ceux qu’on avait le droit de voir. A cette époque un carré blanc (plutôt un rectangle en fait) signifiait l’interdiction aux mineurs. Mes parents respectaient la signalisation, mais ce n’était pas le cas de tous. Ainsi, souvent les lendemains de diffusion, certains camarades de classe n’étaient pas peu fiers de conter par le menu à une assemblée de gamins envieux, les passages les plus croustillants d’un épisode de la série hautement sulfureuse des Angélique.

J’aspirais aussi très profondément à plus de liberté. Ainsi, un mercredi avec mon frère, nous n’étions volontairement pas montés dans ce bus qui nous amenait au centre de loisirs. Nous avions préféré rejoindre une autre fratrie pour aller jouer dans les squares des environs. Le midi nous avions utilisé l’argent destiné au centre pour nous nourrir. Au soir, après avoir trainé toute la journée, nous avions regagné tranquillement l’arrêt de bus où nous avions retrouvé notre mère furieuse, mais soulagée. Par la suite, elle abandonna l’idée de nous envoyer là où nous n’avions plus envie d’aller. Elle préféra nous laisser seuls à la maison.

Nous avions alors toute latitude pour occuper nos mercredi. Cela allait la construction de cabanes dans la salle à manger à la cueillette de coucous avec vente en porte à porte. D’autres fois, nous testions nos limites dans le vol à l’étalage. Le bureau de tabac au coin de la rue était le lieu favori de nos petits larcins. Personnellement, je poussais le vice jusqu’à aller remettre un objet dérobé là où je l’avais pris lorsque le dit objet n’intéressait pas mes amis. Nous chipions des trucs sans intérêts. Juste histoire de se montrer que nous en étions capables.

Ma période mauvaise graine s’acheva à l’aube de l’adolescence, un jour où j’avais piqué une (très) grosse tablette de chocolat. C’était dans l’épicerie du petit centre commercial du quartier. J’avais glissé la tablette dans la doublure déchirée de mon manteau, mais, sans doute trop confiante, je n’avais pas vu que le gérant m’avait remarquée. Après m’avoir terrorisée, il avait fait venir quelqu’un pour me fouiller, puis il m’avait raccompagnée jusque chez moi. Heureusement, il n’y avait que ma mère à cette heure du soir. Elle fut très désagréablement surprise de me voir revenir accompagnée. Ma mère paya le produit que j’avais volé et se confondit en excuses. Elle me gronda, mais eut la bonne idée de ne pas en parler à mon père. J’avais eu assez peur et honte comme ça. Je ne remis plus jamais les pieds dans cette boutique, préférant aller beaucoup plus loin pour faire les courses.

J’arrêtai là mes bêtises. La mauvaise graine ne germa pas. D’autres n’eurent pas cette chance. Et aujourd’hui, comme ils ne sont plus là, je me fais le témoin de ces temps révolus. Juste pour en laisser une trace.

Jn fait faitlle  fera une bonne manuelle.» J’en ris encore aujourd’hui.

 

Féministe

Tu ne nais pas féministe, tu le deviens. Tu peux le devenir en lisant Simone de Beauvoir ou Benoîte Groult. Mais, tu peux aussi le devenir quand tu te rends compte qu’il y a des trucs qui clochent autour de toi. Comme ta mère qui prend des coups et peine à cacher ses bleus devant ses enfants. Mon père est mort il y a peu, et quelque temps avant son décès, il m’avait rappelé que je l’avais traité de phallocrate quand j’étais ado. Etre féministe c’est une révolte. Contre le père certainement, mais aussi contre toute une société patriarcale.

A treize ans j’ai décidé de me diriger vers un métier que certaines « conseillères » d’orientation déconseillent aujourd’hui aux filles. A l’époque, je n’avais jamais pensé – et je ne le penserai jamais – que c’était un métier de mec. C’était un métier qui n’avait pas de genre. Juste un métier d’avenir. Bien que beaucoup d’hommes autour de moi n’y croyait pas, ce boulot d’informaticienne s’est révélé une véritable opportunité de quitter ma condition et d’y réussir pleinement.

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Pourtant, rien n’était simple. Rien n’est jamais simple pour les femmes. Comme, par exemple, jeune codeuse d’outils d’exploitation, aller imposer un nouveau produit à des exploitants bourrus et conservateurs. Rien que marcher au milieu des salles machines pleine de femmes nues imprimées sur des listings était une épreuve. Supporter les ricanements lubriques de certains lorsque je m’exprimais devant une salle avec un micro. Arriver à dérouler mon CV et mes ambitions pendant qu’un groupe de managers plaisantait à distance en me regardant alors que je me présentais à l’un des leur. Garder le sourire lorsqu’on me narrait les propos graveleux prononcés par un grand patron lorsqu’il m’avait vue arriver au travail un matin.

Une femme bienveillante m’a permis de franchir la première marche qui m’a ensuite conduite vers plus de responsabilités. Après, il m’a fallu beaucoup de travail pour évoluer, mais j’avais de la volonté et du courage. J’ai progressé jusqu’à mes propres limites. Non celles qu’on aurait pu me fixer.

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Aujourd’hui j’essaie, à mon niveau, d’aider les femmes à prendre confiance. L’année dernière j’ai témoigné de mon parcours et participé à un groupe de réflexion pour que plus de femmes viennent travailler dans le numérique. Tous les jours, je propage sur internet les idées féministes ou une vision de la femme forte et libre. J’ai le projet de m’engager encore plus à l’avenir.

Etre féministe c’est cela pour moi, mais c’est sans doute beaucoup plus pour d’autres. Les féministes c’est comme les écolos, il y en a de toutes sortes. Et à l’instar de l’écologie, cette division en réduit souvent la portée des messages et l’urgence des changements à opérer. Personnellement, je ne veux pas choisir entre toutes les obédiences féministes. Je les lis toutes. J’essaie de comprendre les arguments de chacune et je me fais ma propre opinion. J’agis en féministe au quotidien, même si je sais que ce n’est pas dans l’orthodoxie de certaines. Qu’importe au final. Je le suis et c’est tout.