Ma balade matinale

Voilà, je l’avais promis pendant le confinement que je ferais cette balade pour aller chercher une bonne baguette de pain jusqu’à la boulangerie du village. Le fait est que cette balade est agréable et mérite bien un petit texte pour en vanter les attraits.

Généralement, c’est à l’aube que je me lève les jours de cette marche jusqu’à ce lieu mythique. Alors que la maisonnée est encore endormie, je file en direction du portail que je referme soigneusement derrière moi. J’ai mon sac à dos de voyage et je suis vêtue d’une tenue plutôt sportive.

Comme j’habite en hauteur, je dévale une route à fort dénivelé bordée de résidences que j’aperçois à peine derrière leurs hautes haies. Seul le chant joyeux des oiseaux rythme mes pas alertes. Au pied de la côte, j’atteins l’artère qui contourne le village. Là, je tourne à gauche sous d’immenses figuiers qui cachent, à cette saison, une grande fontaine de pierres. J’entends des bruits d’eau qui s’en échappent. Ces flots se transforment en un petit ru coulant en contrebas du chemin de terre que j’emprunte.

Passé ce coin ombragé, je file plein est et le soleil levant m’éblouis. Sur ma gauche, je note l’avancement de la construction d’une nouvelle vaste demeure. Le chantier semble à l’arrêt. J’évite, sur ma droite, les hauts chardons en fleurs qui longent le petit sentier pierreux. Je jette un coup d’oeil vers le champ bien vert qui se trouve à l’arrière. Hélas, les chevaux immaculés qui y paissent parfois en sont absents. Je hâte le pas lorsque j’entends sonner sept heures au clocher de la grande tour.

Près de la cave coopérative, je tourne à droite. Quelques mètres plus loin, j’admire le miroir d’eau de l’ancien lavoir parfaitement restauré. Là encore, des figues parsèment le sol de terre. Après, la route chaotique monte en douceur vers le centre du bourg. Je marche encore quelques minutes le long d’un trottoir étroit bordé de murs de pierres. J’ajuste mon masque dès que j’aperçois la mairie. J’ai plus de chance de croiser âme qui vive en ces lieux. Mais, il est rare que ce soit vraiment le cas à cette heure. Seules des camionnettes d’artisans ou des véhicules de travailleurs matinaux circulent dans la grande rue.

Je gagne enfin le but du voyage. La bonne odeur de pain qui émane des lieux ne prête pas à confusion. La boulangerie du village se trouve en retrait d’une petite cour pavée. Le patron est à la vente tandis que son compagnon se repose près du fournil après son labeur de la nuit. Je ne sais où tourner la tête pour choisir ce qui ferait plaisir à ma famille. Là, des croissants, ici une fougasse aux lardons, encore là un pain aux graines et pour finir une jolie baguette. Je dépose délicatement ce précieux trésor dans mon sac à dos avant de payer. Je salue ensuite le propriétaire avant de prendre la route du retour un peu plus chargée.

Je reprends alors le même chemin, mais en sens inverse. Il ne me reste qu’une difficulté avant de rentrer chez moi : la grande côte qui mène à mon logis. J’attaque cette montée avec allant jusqu’à ce que la pente devienne plus rude et que mes mollets me brûlent. Alors, mon souffle devient court, la chaleur me monte aux joues et la transpiration coule sur mon front. Lorsque je découvre la clôture du voisin, je reprends un peu d’énergie avant de grimper le dernier espace qui me sépare de l’entrée de ma demeure. Lorsque je la vois, là en haut déployant ses ailes, je sais que c’est enfin l’arrivée.

Soufflant un peu en ouvrant la barrière en bois défraichie, je dois encore gravir le grand escalier qui va jusqu’à la porte de ma maison. Je suis toute rougeaude, essoufflée et en nage lorsqu’enfin je dépose mon butin dans la cuisine. Et, devant le sourire de mes proches déjà attablés, je sais que, cette fois encore, j’aurai fait des heureux.

Là, d’où j’écris

On y vient par un chemin pentu. Là, en haut de la colline, s’élèvent majestueux, deux corps de bâtiment qui protègent du vent un bassin turquoise.

Passé le portail défraîchi, la verdure envahit l’allée pierreuse. Les lauriers roses vous frôlent de leurs branches alourdies par les fleurs. L’odeur du maquis et le concert des cigales vous emportent plus haut dans le jardin.

L’entrée surgit au bout d’un large escalier de pierres grisaillées par le temps. Derrière l’imposante porte en bois, le hall accueille le visiteur dans une ambiance feutrée. Une douce lumière glisse sur les marches de l’escalier qui mène à l’étage.

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Au delà, en passant par l’obscurité de ancienne cuisine, un rayon de lumière traversant une porte vitrée vous attire vers la clarté de la nouvelle. Celle-ci est immense, inondée de lumière venant de vitres des deux côtés de la pièce. Une haute cheminée trône en son centre parmi les meubles peints.

A quelques pas de là, via un petit couloir éclairé par le soleil levant, mon antre est là.

C’est une petite pièce lumineuse encombrée de livres, de tableaux home déco et de sculptures de terre.

Seule ma Persane blanche m’y accompagne. Sans bruit, elle se love langoureusement dans le canapé chocolat proche de la porte. Elle seule ne me reproche pas le temps volé au monde réel. Elle seule comprend la nécessité d’écrire les mots dérisoires dans le silence de l’aube.

Alors, je m’installe dans un vieux fauteuil défoncé et j’allume mon ordinateur qui émerge d’un entremêlement de papiers, de crayons et de pinceaux. Peu après, l’écran, cette porte ouverte vers d’autres ailleurs, me salue.

Et me voilà partie pour un nouveau voyage, dans l’autre monde.