GMMTV nous fait toujours ce genre de surprise qui n’arrive qu’une fois ou deux par an où ils produisent un OVNI à des lustres de ce qu’ils font traditionnellement. Et là, pas de pubs embarquées, pas de considération autour des trends ou des engagements. Ils nous font juste un petit cadeau mature, soit pour se donner bonne conscience, soit pour eux-mêmes se faire plaisir et montrer qu’ils peuvent lorsqu’ils veulent.
J’attendais donc avec impatience cette série, autant par les images que j’en avais vues que par le casting et, surtout, la réalisatrice Nuchy Anucha Boonyawatana dont j’attendais une autre réalisation depuis Not Me (2021).

L’histoire :
Au bout de sa vie après avoir été viré de son dernier job, Jira croise le chemin du beau Pheem qui le met en contact avec Koh son patron, un homme rude et mystérieux CEO d’une entreprise d’IT et qui ne veut plus apparaître en public. Il va employer Jira pour le remplacer, alors que ce dernier va retrouver l’inspiration artistique en le côtoyant. Un triangle amoureux va se constituer entre Jira, Koh et Pheem.
Tiré d’un roman de JittiRain, dont de nombreux ouvrages ont été adaptées chez GMMTV, Burnout Syndrome aborde de front des sujets autour de la santé mentale comme l’épuisement professionnel, sentimental ou artistique. L’oeuvre évoque aussi un thème actuel : IA vs Art/artistes et n’élude pas les inquiétudes et ravages que cette technologie peut engendrer.
Cependant, pour l’IA Nuchy ne prend pas vraiment parti. Elle pose seulement le problème et nous renvoie à notre propre réflexion sur le sujet en fonction de notre vécu ou de nos valeurs. Elle critique cependant ouvertement ce que le capitalisme peut faire de mauvais avec cette technologie. Il en va ainsi de Pheem obligé par Koh de virer son équipe de développeurs (dont Mawin) qui ont contribué à produire le code qui va les remplacer. Pour avoir travaillé dans le secteur, ce sujet est loin d’être fantaisiste. Koh est pour sa part formaté par le système capitaliste et il ne peut penser autrement, d’où son incompréhension lorsque Jira réagit mal face son IA générative reproduisant ses oeuvres.
La mise en scène & la cinématographie :
On savait Nuchy talentueuse et cette fois encore elle nous prouve qu’elle peut faire de belles images avec son équipe. Bien souvent elle nous place derrière des vitres, des portes ou à voir des reflets, ce qui nous met en position d’intrus de ce triangle amoureux qui se déchire au fil des épisodes. Cela apporte aussi une distance émotionnelle qui renforce le thème du burnout : même l’amour semble inaccessible ou observé de loin.
Les images sont léchées avec des contrastes, des couleurs de néons autour du Burnout bar qui renforce le côté artificiel des rencontres. L’appartement de Jira a aussi ses propres tonalités, ainsi que celui plus froid de Koh. Mais ce que j’ai préféré c’est la façon de filmer Jira en train de dessiner et peindre, comme si on entrait dans son processus de création artistique. Elle a trouvé une peintre en la personne de Naisu qui a produit des oeuvres magnifiques pour cette série. Evidemment, on pense à Yok dessinant dans Not me. Et c’est vrai que dès qu’on me met des artistes dans une série, je suis de suite embarquée.
Alors sans doute que certains longs silences, plans fixes ou séquences sans dialogue peuvent paraître ajouter trop de lenteur pour ceux qui cherchent du rythme rapide, mais c’est volontaire : elle veut que le spectateur ressente l’épuisement.
Sans sombrer dans le spicy vulgaire, Nuchy dirige avec subtilité des scènes teintées d’un érotisme artistique et elle sublime la nudité des corps comme s’ils faisaient partis d’un tableau.










Le casting :
Même si Gun Atthaphan est certainement un des meilleurs acteurs asiatiques, Off Jumpol a fait d’énormes progrès depuis Theory of Love et on peut dire maintenant qu’il arrive au niveau de son talentueux partenaire. Franchement, c’était un vrai bonheur de les voir jouer ensemble. Je pense que la direction d’acteurs exigeante de Nuchy y a fait pour beaucoup. Si tu demandes peu, tu as peu. Et je me doute que Nuchy a cherché la justesse d’interprétation avant toute chose. Une telle qualité de jeu pour un pairing est extrêmement rare dans les BLs où il y en a souvent un des deux qui n’est pas encore totalement au point.
Cependant, la révélation du casting vient de Dew Jirawat qu’on n’avait jamais vu dans un BL jusqu’ici. Il est lui aussi excellent et tellement magnifique qu’on se demande tout au long des épisodes comment Jira peut préférer Koh à Pheem. Il a réussi à apporter un côté sexy à son personnage et surtout une véritable épaisseur émotionnelle. J’ai hâte de le revoir dans une autre série de cette qualité.
Emi dans le rôle de la meilleure amie de Jira, AJ dans celui de l’ami de Pheem et Thor en mystérieux barman complètent avec talent le reste du casting.











En conclusion :
Nuchy a transformé ce qui aurait pu être un simple BL romantique en une œuvre visuelle sophistiquée, presque art et essai par moments (je pense au rêve de Koh avec Jira habillé en ange). C’est sans conteste l’une des séries de GMMTV les plus artistiques de ces dernières années. Elle ne cherche pas à plaire à tout prix au plus large public BL (pas de couleurs pastel, pas de moments ultra-cute), mais à proposer quelque chose de plus profond et inconfortable. Sans la patte de Nuchy, la série aurait été bien plus ordinaire. Elle a fait de Burnout Syndrome une sorte de film étalé sur 10 épisodes. Même si tel ou tel point aurait pu être plus développé et la fin différente, c’est suffisamment rare de voir ça dans l’industrie qu’il ne faut surtout pas bouder notre plaisir. Moi, je n’ai pas boudé le mien et j’en redemande.
