Le jour où je suis devenue « stan »

C’était un moment hors du temps. L’un de ces moments où le coeur et l’esprit s’emballent pour une improbable raison. L’un de ces moments qui vous font des – beaux – souvenirs. L’un de ces moments qui valent d’être vécus. Pour simplement dire, j’y étais, et j’ai diablement kiffé.

Alors oui, tout avait commencé de façon habituelle. J’enchainais les séries BL depuis janvier 2021 avec plus ou moins de bonheur, essayant de slalomer entre les mignonnes et celles plus problématiques. Je tombais sur une petite série taïwanaise sans prétention nommée We Best Love. Elle était diffusée sur WeTV une plateforme de streaming asiatique. Au départ, rien de vraiment extraordinaire. Une histoire de lycéens ennemis qui tombent amoureux. Des acteurs plutôt beaux, mais sans plus.

Alors non, je ne sais comment tout cela avait vraiment commencé. Je sais que j’avais beaucoup aimé cette petite série et surtout le jeu très sincère des deux acteurs principaux. Sam est ce qu’on peut appeler un « idol » membre d’un groupe de garçons, il fait aussi l’acteur depuis quelques temps. YU était un inconnu. Mi japonais, mi taïwanais, il est principalement chanteur, mais débutait comme comédien.

Je n’avais rien vu venir. Surtout pas les manoeuvres de la société de production Result.Entertainment qui dès la fin de la première saison, nous avait attrapé par le colbac, bien décidée à ne pas nous lâcher. Bref, il n’y avait qu’un mois entre la première saison de 6 épisodes et la suivante. Il y avait comme un suspens entre les deux périodes, alimenté par un mini épisode spécial qui rajoutait plus de questions encore. Dans ce laps de temps, aucune journée sans que nous ne soyons alimentés par des photos, lives sur Instagram, évènements de fans service, scènes coupées, extraits de behind the screen. Bref, moi et mes semblables, de plus en plus nombreux, nous ne respirions plus. Nous étions nourris jusqu’à l’étouffement et heureux de l’être.

Etait-ce la faute de – nos – hommes, aussi sincères (bons acteurs) en dehors que dans la série ? Le fait est que je me souviens très bien du moment où tout a basculé. Du moment où je suis passée de la simple amatrice à quelque chose de plus fort. C’était lors d’un évènement de promotion où étaient diffusés en avant première les deux premiers épisodes de la saison 2. Le show se déroulait dans une salle à Taïwan, mais les fans locaux nous en avaient largement diffusé des extraits et photos. L’émotion des deux acteurs principaux était visible, l’un et l’autre jetant des larmes devant un public tout acquis à leur cause. Libéraient-ils toute la tension accumulée dans l’attente de l’accueil réservée à cette suite bien différente de la première ? Le fait est qu’ils étaient touchants nos petits Sam et YU. Et, comme je ne peux résister à un homme qui pleure – encore moins deux – ils m’avaient eu. J’étais attrapée. Baptisée et prête à devenir un membre actif toute destinée à promouvoir leur culte. Bref, j’étais devenue fan. Ou pour être plus dans l’air du temps, j’étais devenue « stan ».

Après c’était fini. J’avais perdu mon libre arbitre. Et, il n’y avait plus rien de raisonnable. Comme passer du temps devant un live où tu ne comprends pas un traitre mot, mais où juste les voir est un bonheur sans nom. Essayant de traquer leur plus belle expression et en faire une copie d’écran qui sera publiée sur Twitter avec des commentaires plein de superlatifs. Savoir que ton tweet sera liké par les autres « stan » et que ça t’en amènera d’autre. Car, ce qu’il y a d’intéressant dans ce culte, c’est son côté communautaire. Loin du plaisir solitaire d’amateur de séries asiatiques, tu sais que tu fais partie d’un petit club international. Chacun échange ses impressions, ses théories, ses sourires, ses émotions. Tu sais que tu n’es pas seul au royaume des nerds.

J’avais commencé les montages vidéos avant, mais ce sont Sam & YU qui m’ont vraiment inspirés pour me lancer vraiment et sérieusement dans cette activité artistique. Et à la différence de ceux que je réalise maintenant, les leurs étaient plein de scènes extraites des lives et autres évènements en dehors de la série. C’était juste, que pour moi, il y avait peu de différence entre SamYU et DeYi. Les deux garçons s’entendaient tellement bien, étaient si proches l’un de l’autre, qu’on ne pouvait distinguer les acteurs de leurs personnages. J’ai d’ailleurs fait mes meilleurs scores avec eux, car moi aussi, au delà de la qualité laissant à désirer de ces vidéos, j’étais sincère. Et, je n’en suis pas restée là. Outre les photos tournées en oeuvres d’art numériques, je les ai peints sur une vraie toile et ils m’ont inspirés en modelage, sans compter ma propre version de la suite de leurs aventures.

Aujourd’hui, la fièvre est retombée pour moi. Même si je suis toujours leur travail, les acteurs sont partis chacun de leur côté. Et moi ma vie de sériephile s’est poursuivie, mais sans qu’un tel coup de coeur ne se reproduise. Je vois toujours certains membres de la communauté qui restent coincés dans cette série, s’auto-nourissent de vieux extraits, décortiquent la moindre nouvelle photo, restent à l’affût de la plus insignifiante information ou rédigent des fanfictions pour faire perdurer la flamme. Quand je les observe, je me demande si j’étais vraiment stan ou si c’était juste une passade ? Le fait est qu’à la faveur de la diffusion d’une édition spéciale de la série, remontée avec des scènes coupées, j’ai retrouvé un peu des sensations de l’époque. Mon souffle coupé lorsque les acteurs s’enlacent, leurs scènes d’intimité plus vraies que nature. Je croyais que le feu était éteint, mais il y avait encore des braises. Il ne faudrait que des nouvelles de l’imminence d’une saison 3 pour que toute ma personne ne s’embrase à nouveau.

Boys Love Addiction – Outlaws of love

Une nouvelle vidéo qui donne une idée des séries BL que j’ai préférées jusqu’ici. On va retrouver des extraits de :

HIStory3 : Trapped (Taïwan)

We Best Love : N°1 for you & FightingMr2nd (Taïwan)

I Told Sunset About You (Thaïlande)

Until We Meet Again (Thaïlande)

To My Star (Corée du sud)

My Engineer (Thaïlande)

Musique : Outlaws of Love – Adam Lambert.

Si ça t’intéresse viens discuter avec moi sur mon compte Twitter dédié au Fandom Boys Love @witch_drama

Aux sources de l’addiction

Par une belle journée de juin 1983, mes yeux fascinés et mes oreilles encore hantées par la musique ensorcelante, j’ai quitté la salle qui projetait « Furyo » qui venait d’être présenté au festival de Cannes. Quelques semaines plus tard, j’y suis retournée (ce qui est très rare pour moi). A l’image de la rencontre entre l’occident et l’orient de ce film de Nagisa Ōshima, j’ai succombé à l’attraction, avant que cela ne tourne beaucoup plus récemment à l’addiction. Il s’agit du tout premier film asiatique dont je me souviens vraiment. Non pas que j’étais ignorante de ces contrées lointaines, mais elles avaient seulement la saveur agitée d’un dragon nommé Bruce Lee. Cette fascination, qui a grandi peu à peu, prend sa source, vous l’aurez compris, dans ma passion pour le cinéma. C’est bien au fond d’un fauteuil d’une salle obscure que cette attirance est née. Il y a très, très longtemps.

Furyo

J’ai toujours trouvé que les femmes asiatiques étaient très belles et pour moi Gong Li a toujours été la plus belle femme du monde. Au-delà de son charme évident et son grand talent d’actrice, j’aime la force qui se dégage d’elle dans ses films.

  • Adieu ma concubine (霸王別姬, Bàwáng biéjī) est un film sinohongkongais réalisé par Chen Kaige, sorti en 1993.
  • Épouses et Concubines (chinois simplifié : 大红灯笼高高挂, chinois traditionnel : 大紅燈籠高高掛, pinyin : Dà Hóng Dēnglóng Gāogāo Guà) est un film chinois réalisé par Zhang Yimou et sorti en 1991.

C’est avec Old Boy que je me suis prise de passion pour le cinéma coréen et l’esthétique coréenne en général. Ce film a été un choc. Un dépaysement total. C’était ce que je cherchais à voir. Un scénario original et une cinématographie percutante. J’en ai vu beaucoup depuis, mais c’est avec ce film que j’ai véritablement eu un coup de foudre pour leurs productions.

Old Boy

Indochine et L’amant sont sortis la même année 1992. A l’issue de ces films, les voyages des français vers le Vietnam ont dû grimper en flèche. C’est avec le souvenir de ces films, et de quelques autres vus bien après, que j’ai pris mon billet pour Hanoï. J’avais tellement rêvé de la baie d’Halong. Quand j’ai vogué en ces lieux mythiques et magiques, alors que je prenais la photo d’un coucher de soleil, j’ai pensé un instant que maintenant je pouvais mourir.

Avec Little Buddha, puis Sept ans au Tibet j’ai découvert la religion/philosophie Bouddhiste. Deux films occidentaux qui ont porté la parole du Bouddhisme d’une façon positive. Aujourd’hui j’ai sculpté mon propre Bouddha qui trône sur une étagère proche de moi. Je fais brûler un peu d’encens parfois dans un magnifique objet provenant de Corée et la magie opère. J’aime la sérénité et les vibrations que je ressens dans les lieux de culte là-bas. Je ne crois en rien, mais si je le devais, il n’y aurait pas photo.

Sept Ans au Tibet (Seven Years in Tibet) est un film d’aventure francoaméricanobritannique de Jean-Jacques Annaud, réalisé en 1997.

Little Buddha est un film de Bernardo Bertolucci sur le bouddhisme, sorti en 1993.

Les films de Wong Kar-Wai parlent des choses de la vie, mais sont réalisés avec un sens aigu de l’esthétisme. Il y a dans ses films la couleur des amours impossibles. Il y a aussi les jeux de regards qui disent tellement. Je suis plutôt nulle pour trouver les références à certains film, mais lui je les reconnais toujours.

Revenir aux sources, c’est remonter le fil du temps et constater qu’il a sacrément défilé bien vite. C’est revenir aussi sur des moments d’émotion et des joies éphémères. Sur ces petits temps où notre esprit s’envole vers des ailleurs exotiques. L’herbe n’est pas plus verte dans le pré asiatique, elle a juste la couleur d’un lieu où tu voudrais t’étendre, fermer les yeux et ressentir.

Vivre et sourire au temps de la COVID

Alors que la voix d’outre tombe d’un message COVID du gouvernement sur France Inter me réveillait cette semaine, je songeais que je vivais comme dans un remake d’Un jour sans fin. Quelques jours plus tard, la même voix, se foutait de moi en en remettant une couche avec un :  «  Vous en avez marre d’entendre ce message ? ». Bienvenue en dystopie ! Vous ne rêvez pas, c’est la vie en 2021.

Un jour sans fin.

Chaque jour est identique au précédent. Je vais du lit au bureau et du bureau au lit. Tout de même avec un court passage dans la cuisine pour les repas de la journée ou quelques cafés. Cela fait des mois que je ne suis plus retournée dans les locaux de mon employeur. Ce dernier ayant décidé de nous placer en Télétravail 100% jusqu’à une date indéterminée. Comme dirait une collègue au téléphone : «  Le pire, c’est qu’on s’habitue ! » Oui, le propre de l’homme c’est de s’adapter à son environnement. Alors, je ne diffère pas de l’espèce.

Par rapport au premier confinement, où j’avais tenté de vivre normalement et de garder plus ou moins le même rythme de vie, là c’est tout autre chose. En premier lieu, mes horaires ont passablement évolué. Alors que j’ai toujours travaillé très tôt le matin, faisant généralement l’ouverture de l’open space, là, je me suis alignée sur les horaires des collègues parisiens. Même si ces derniers ne prennent plus les transports en commun pour justifier de ces horaires tardifs, ils ne démarrent jamais avant 9h-9h30. Bon, ils ont quand même les gosses à emmener à l’école. Du coup, pas la peine de quitter mon lit trop tôt. Pas la peine de passer trop de temps en maquillage dans la salle de bain, car la majorité du temps je suis sans. Pas nécessaire non plus de s’habiller de façon élégante, le vieux t-shirt+jean confortable suffit.

Je l’avoue, les premières heures de la matinée sont donc consacrées à poster sur Twitter. Lire les tweets plein de bonne humeur me donne un peu la pêche, car après, c’est un enchaînement de réunions plus ou moins passionnantes en utilisant différents médias. Les collègues ayant un pb de connexion/téléphone mobile, les gamins passant derrière leur parent en visio, les bruits de travaux ou d’animaux sont devenus des choses ordinaires dans le quotidien de nos échanges. Les pauses Tweets étant discrètes dans ce contexte, j’en profite à plusieurs moments d’ennui pour aller alimenter mes comptes.

Tout le monde tente de respecter plus ou moins la pause méridienne en mordant un peu de trente minutes par ici ou par là. Comme j’avais la flemme de préparer le déjeuner, je me fais maintenant livrer des plats tout prêts diététiques et bio. Cela fait bosser des gens de la restauration et évite de me faire perdre mon temps. Le livreur sympathique devenant un des rares humains que je croise la semaine. Alors que d’autres ont mis en place le rituel de la sieste, moi je m’accorde tout de même un peu de détente pour aller visionner le dernier épisode d’une série avant de me le faire spoiler par mes followers.

L’après-midi, rebelote, retour des réunions téléphoniques ou en visio, en parallèle de la réponse à divers messages instantanés en provenance de diverses applications. Le temps se partage entre les montagnes de mails à traiter, juste entrecoupé de quelques brefs instants où j’essaye de produire des livrables. C’est là que le travail empiète fréquemment sur la soirée, car il se termine rarement avant 19h. Alors autant dire qu’avec le couvre feu à 18h, il m’est IMPOSSIBLE de sortir. Comme le matériel pro est toujours là à disposition, j’y retourne sans peine parfois après le diner afin de profiter d’un peu de tranquillité pour travailler des sujets nécessitant une forte concentration.

Girl student freelancer working at home on a task, the cat is sitting on the window

Le plus difficile dans cette année de télétravail quasi permanent, c’est que j’ai vécu des réorganisations compliquées qui ont amené à un brassage conséquent des effectifs et des méthodes. Ceci a été réalisé totalement à distance. Alors, oui j’arrive à travailler avec des gens que je n’ai jamais vraiment vu. Cependant, le tout reste très formel. Oubliés les échanges autour d’un bon restaurant où je pouvais parler d’autre chose que du boulot. Par ailleurs, privé de discussions libres près de la machine à café, il m’est difficile de confier mon sentiment ou mes inquiétudes à quelqu’un par téléphone. Cela me rajoute du stress, alors que mon expérience m’en avait libéré. Etant en contact, de part mon activité, avec énormément de monde, j’en profite parfois pour discuter un peu avec certains. Tous me confient leur lassitude et leur souhait de retrouver, au plus tôt, une vie normale au travail et en dehors.

Alors, les sondages salariés n’étant pas forcément folichons, ma boîte comme beaucoup d’autres tente de proposer des retours sur site au compte-gouttes. Mais, il y a tellement de si, que ça me décourage de remettre les pieds dans ce potentiel nid à COVID. Par ailleurs, elle organise parfois des moments ludiques où les employés se retrouvent autour d’un jeu numérique et doivent échanger entre eux. Histoire de recréer l’impression d’être une équipe. Même si tous les moments de convivialité ont disparu depuis bientôt un an. Bref, le travail reste le travail. Et rien d’autre.

Pour la soirée, pas la peine de changer de fauteuil, ni d’écran. Je bascule seulement d’ordinateur. Je file juste regarder des contes de fées modernes qui se déroulent dans des lieux de rêve. C’est le voyage immobile. L’échappée belle numérique. Derrière mon clavier, j’échange ensuite mes avis avec des gens de la terre entière. Les commentaires sont joyeux et drôles. Un rien suffit pour nous amuser. Avec mes jeunes « mutus » je suis à jour de l’actualité de la KPOP, en plus du sujet qui nous rassemble tous. J’en vois parfois tellement passer dans ma TL que maintenant j’arrive à les reconnaître même de dos (ex : WONHO). Je pourrais râler, mais la vie de tous ces jeunes étant devenue tellement terne, je comprends cette profusion d’amour jetée dans le vide du net. Les Idols leur envoient une part de rêve. Qui peut leur reprocher ça en cette période compliquée ? La soirée se termine aux alentours de minuit. Je sais, je ne dors pas assez.

Le WE, abandonnée toute idée de sortie cinéma, concert, expo, restaurant… Il est essentiellement consacré à prendre soin et des nouvelles des proches, aux courses et au ménage de l’espace de vie+travail+loisirs. Une vie qui se réduit et se recentre sur la sphère familiale, aussi étouffante qu’elle puisse l’être parfois. Je garde, tout de même, un peu de temps pour écrire et entretenir mon statut de sérievore.

L’espoir revient quand même avec la vaccination qui a débuté en janvier. Des proches sont déjà vaccinés et c’est un grand soulagement pour moi. J’attends mon tour avec un peu d’impatience. Sans tirer trop de plans sur la comète, je me projette un peu dans l’avenir et envisage un nouveau voyage en Asie. Cette fois, ce sera la Thaïlande. Au-delà des clichés de carte postale, j’irai surtout sur les traces de ces séries qui m’ont faite rêver ou émue. Je me vois déjà déambuler, l’appareil photo en main, dans les rues de la vieille ville de Phuket, essayant de retrouver les lieux de tournage de l’émouvante  I told sunset about you. Cela ne dira rien à personne ici, mais pour moi cela veut dire beaucoup. C’est mon petit coin de ciel bleu, au milieu de toute cette grisaille.

Moi, humaine parmi d’autres, j’ai dû m’adapter à la situation. A l’image des deux petits « Gameboys » d’une série phénomène aux philippines, je vis et je souris avec le virus. Tout comme ces garçons du bout du monde, j’ai trouvé mon propre équilibre en attendant des jours meilleurs. Peut-être qu’à la sortie, je serai différente. Je le serai sans doute. Je serai encore plus moi-même.

Les séries Boys’ Love expliquées à ma mère

Voilà déjà un petit moment que mes abonnés Twitter voient passer dans leur TL des photos de jolis jeunes hommes asiatiques dont beaucoup de thaïlandais. A cela, je vais tenter (je dis bien tenter) de donner une explication en ces lieux.

#PerthTalay de la série My Engineer

Alors, j’ai déjà dû avouer ici que j’avais ouvert un compte Wattpad pour y publier des romans MxM (histoires d’amours d’hommes qui aiment les hommes) que j’écris depuis que je suis adolescente. Cet intérêt pour ce genre a débuté bien avant que je ne sache qu’il existait. Depuis, j’ai fait du chemin, me suis perdue par moment, mais j’ai retrouvé ma route sans chercher. J’ai seulement accepté ce que j’aimais vraiment écrire, sans me condamner, et j’ai filé partager ce goût avec mes semblables. Aujourd’hui on appelle BL, par extension sans doute abusive, toute cette sous-culture Boys’ Love. Elle englobe outre la littérature, les mangas Yaoi (prononcez bien le i à la fin ça fait japonais), les films, mais aussi, depuis ces dernières années les séries. Vous connaissiez déjà mon addiction aux séries asiatiques. Via la fréquentation de plateformes de streaming, je suis devenue – aussi – fan des dramas BL. Cependant, au delà de la partie visible de l’iceberg connue sur Viki, j’ai découvert une richesse incroyable dans la production internationale et j’ai pu mesurer l’ampleur du phénomène en Asie et ailleurs.

Même si le genre est né au japon, ce ne sont pas les japonais qui sont les principaux créateurs de séries BL. Il faut filer un peu plus à l’ouest pour trouver les plus gros producteurs, je dirais même les industriels de la série BL que sont les thaïlandais. Même si leurs dramas ne sont pas tous de très bonne qualité, ils en produisent plus d’une vingtaine par an. Dans un récent article du Courrier International on pouvait lire : “En Thaïlande, les séries sur les relations sentimentales entre hommes ne constituent plus une ‘sous-culture’, mais un courant dominant”, constate Jaruporn Kamtornnoppakun, producteur prolifique de séries #BL populaires. “La Thaïlande sera bientôt le centre mondial du genre.” Pour le centre mondial du genre, c’est un fait. Pour le courant dominant, il faut tout de même noter que sur Twitter le Hashtag #มายโป (#MileApo surnoms du couple vedette de la série en cours de tournage #KinnPorscheTheSeries) a été de nombreuses fois en TT en Thaïlande, faisant suite à la diffusion de leur trailer de folie début janvier 2021. A date, ce trailer a déjà atteint près d’un million et demi de vues sur Youtube (je soupçonne certain.e.s de l’avoir vu plusieurs fois).

Quand je parle d’industrie du BL en Thaïlande, on peut aisément faire le parallèle avec l’industrie de la KPOP en Corée. Ainsi les acteurs, largement présents sur les réseaux sociaux, contribuent à l’avant-vente puis à l’après-vente des séries via des publications quotidiennes de photos ou de videos. Les couples vedettes des séries à succès font des pubs sur les médias traditionnels ou participent ensemble à des émission de TV ou des concerts pour le plus grand plaisir de leur public. Il n’est pas rare que les couples d’acteurs ayant eu du succès jouent ensemble dans d’autres séries BL. Cette suractivité entretient la flamme de la communauté très active de leurs fans, comme peuvent le faire les idols de la musique coréenne. On retrouve d’ailleurs bon nombre de stan parmi les adeptes du genre.

#BrightWin dans 2Gether (Thaïlande)

A la faveur de l’épidémie, les spectateurs confinés se sont tournés vers internet et les plateformes de streaming pour se divertir et nombreux sont ceux qui ont croisé la route de célèbres séries BL très commentées sur les réseaux sociaux. Ainsi, la gentille série Thaï 2Gether, pourtant pas une référence pour les amateurs, a fait un carton partout dans le monde. Ce BL soft, avec en atout deux très beaux garçons en couple vedette se regarde avec plaisir et les épisodes sont accessibles librement sur Youtube (comme la grande majorité des séries thaïlandaises).

Après des débuts timides en 2020 avec la série/film Where your eyes linger les coréens semblent vouloir monter en puissance en 2021. On peut apprécier chez eux la qualité de l’interprétation, de la réalisation et de certains scénarios. En ce début 2021, je ne citerai que le très beau Color Rush. De nombreux pays d’Asie ont emboité le pas des Thaï, comme le Vietnam et surtout Les Philippines. Néanmoins, les scénarios les plus audacieux (et souvent les plus originaux) sont réalisés à Taïwan. Cette contrée un peu plus libérale en ce qui concerne l’homosexualité, nous a offert toute la série des HIStory (1,2,3). Ma préférée History 3 : Trapped, raconte l’histoire d’amour entre un policier et un fils de mafieux. La romance mêlée d’action et d’humour séduit par sa singularité et l’enthousiasme de ses interprètes.

Color Rush (Corée du sud)
HISTory 3 : Trapped (Taïwan)
«  From BL series I have learnt one thing and one thing only : Engineering = gay »

Vieille plaisanterie de fan de dramas thaï où la majorité des intrigues des séries se situent dans le milieu universitaire (et très souvent avec des étudiants ingénieurs).

#PerthTalay dans My Engineer (Thaïlande)

Vous l’aurez compris, dans les séries BL, il s’agit de R.O.M.AN.C.E. Donc, généralement, le scénario, souvent très simple tourne autour de la recette suivante :

  • Le garçon A est amoureux du garçon B
  • Le garçon B a peur pour X raisons et refuse d’être entraîné dans une relation

Ensuite, le secret d’une bonne série, réside dans la qualité des obstacles placés pour faire durer le temps de la séduction entre les deux garçons. J’ajouterai que l’alchimie (CHEMISTRY) entre les deux acteurs doit être visible à l’écran.

Dans les séries les plus soft, comme c’est le cas pour les séries asiatiques traditionnelles, tu as rarement plus qu’un sage baiser entre les deux protagonistes. Dans d’autres, moins soft, le couple vedette (ex. #MaxTul) échangera des baisers passionnés et ira même jusqu’à faire crac crac. Ne vous attendez tout de même pas à y voir plus que de jolis torses dénudés. Et, personnellement, dans notre monde sursaturé de sexe, je trouve qu’il y a souvent plus de sensualité dans des échanges de regards, des mains qui se touchent ou des lèvres qui frémissent que dans une scène de lit. Pour ceux qui apprécient les séries chinoises, tu peux comprendre ce que je veux dire si tu regardes The Untamed ou Winter Begonia. Echappant à la censure draconienne, les scénaristes et réalisateurs de l’empire du milieu doivent ruser pour dépasser la simple bromance qu’on leur impose.

#HuangXiaoming #YinZheng sur le plateau de Winter Begonia (chine)
#MaxTul dans la série Together with me (Thaïlande)

Au bout d’un moment, il y a quand même plusieurs trucs récurrents qui agacent, voire choquent. Outre la fréquence des scénarios avec des scolaires/étudiants ou les répliques du genre : « Je vais faire de toi ma femme », on ne peut que dénoncer l’apologie d’une certaine culture du viol qu’on nous sert régulièrement comme : le garçon A (toujours aussi fou de désir) abuse du garçon B (toujours pas consentant) lors d’une soirée arrosée. Je dois le répéter : il n’y a rien d’attirant dans ce type de scène ! C’est un crime. Quand tu lis les témoignages de #MeTooGay tu sais les traumatismes engendrés par ces agressions.

Je sais bien que ce genre de séries s’adressant principalement à un public féminin, souvent basées sur des romans/mangas écrits par des femmes et projetant les fantasmes de certaines femmes, ne visent pas une représentation réaliste de l’homosexualité masculine. Cependant, le public évoluant et se diversifiant, la sensibilité des LGBT+ doit être prise en compte dans les scénarios afin d’éviter d’idéaliser des rapports toxiques et de justifier des comportements inadmissibles.

Tel que je vois l’avenir, je pense que le BL va peu à peu se confondre avec d’autres productions. La relation sentimentale entre deux personnages de même sexe ne devenant plus l’arc narratif principal de la série. Par ailleurs, la distinction entre les séries gays classiques et le BL va peu à peu s’estomper pour ne faire qu’un. En occident, les deux genres sont souvent confondus. Sur Netflix, par exemple, un film comme Wish You est affiché sous le genre « Films LGBTQ ». Néanmoins, à la différence des films/séries LGBT+ qu’on a connus, il y a en grande majorité dans les séries BL un happy end à la fin. Cette issue positive, certains diront idéaliste, est une des clés de leur succès. Mais, en cette période difficile, n’avons nous pas tous besoin de rêves ?

Pour en savoir plus sur l’actualité des séries, je te mets le lien du site BL France : boyslovefrance.wordpress.com , sur Twitter @boyslove_france

#BounPrem de la série Until We Meet Again

La vengeance du pied moche

Encore un article qui ne fera pas rêver, qui sera trop sage, trop sérieux. Encore un article de mes pensées en cette période où l’épée de Damoclès du fléau rôde au dessus de chacun. Où beaucoup de monde se sent en sursis, comme hors de la vie.

A là mi juillet, j’ai fait un long voyage. Seule. J’avais décidé d’aller retrouver ma famille. Déjà un an que je ne les avais pas vus. Ils avaient traversé le confinement sans encombres. Après quelques jours de visite un peu étranges avec la nécessité des gestes barrières, j’avais repris la route du retour.

Le voyage, quoique fatiguant, s’était bien déroulé. Les ennuis ne débutèrent que le lendemain, début de week-end. Je fus prise de terribles frissons peu après le petit déjeuner, puis de vomissements violents. A défaut de savoir ce que j’avais, je décidai de m’isoler pour épargner mes colocs. La fièvre s’était emparée de mon corps et elle était puissante : plus de 40. Je ne mangeai rien pendant deux jours. Une de mes jambes était devenue écarlate et me faisait souffrir. Dans mes délires fiévreux, je songeai à un épisode d’Il était une fois la vie où les méchants microbes se battaient contre les gentilles défenses immunitaires.

Au lundi, il semblait que mes mousquetaires avaient bien bossé, car la fièvre avait chuté. Bien que très affaiblie, je décidai d’aller seule chez le médecin. Cette dernière, plutôt hystérique ce matin là, me voyait déjà atteinte du Covid, insistant lourdement pour que je fasse le test ainsi que toute la maisonnée. Dans sa précipitation, elle en avait même oublié de me prescrire un arrêt de travail et comme je ne venais pas pour ça, je n’avais rien demandé.

Après un premier examen échographique épuisant, je fus vaguement rassurée de savoir n’avais rien côté veineux. Il s’agissait donc d’un érysipèle et il était sévère. Je débutai alors le traitement antibiotique. Cependant, quelques jours plus tard, j’avais toujours comme deux molosses qui me mordaient le mollet en permanence. Je retournai au cabinet médical et consultai l’interne de remplacement. Elle me doubla les volumes d’antibiotiques. Avec de telles doses de cheval, j’espérais être remise dans le WE. Néanmoins, il n’en fut rien.

Au lundi suivant, je retournai chez la toubib, qui semblait avoir retrouvé son calme derrière son masque FFP2. Entre temps, après avoir trouvé un centre de test, pris rendez-vous, j’avais fait le test du covid. Dans l’arrière cour d’un labo d’analyse, une personne avait prélevé le contenu du fond de mes narines. Le geste était désagréable, mais rapide. J’attendis encore deux autres jours pour les résultats : Négatif. Enfin une réponse à mes questions lancinantes. Le fléau n’avait RIEN à voir avec mon état du moment. J’étais juste banalement malade. Je me demandais du coup si nous pouvions encore être simplement souffrant et être bien soigné en conséquence. Les tests sanguins confirmaient l’amélioration et l’efficacité du traitement, quoique très long.

J’observais l’évolution de la maladie via la taille des rougeurs sur ma jambe gauche. Mon pied moche surélevé me narguait. Voilà ce qui se passe lorsqu’on l’abandonne, qu’on ne soigne pas des piqûres d’insectes, qu’on ne prend pas soin de l’espace entre les orteils. Il s’était vengé de mes mauvais traitements. Des marches quotidiennes dans la garrigue infestées de bestioles. D’un bien, j’avais généré un mal. Mal qui couva des semaines avant d’éclater un matin de juillet à la faveur de la fatigue et de la chaleur.

Évidemment, en ces moments douloureux, j’étais infecte. La maladie vous enferme encore plus dans l’égoïsme. Seuls comptent les affres du corps qu’on écoute plutôt que le reste du monde. J’oscillais entre espoir et quelques rares moments de découragement. Les nuits étaient compliquées, hachées. Le mal vous tient éveillée, à ne penser qu’à trouver une solution pour moins souffrir et tenter de fermer l’œil.

Heureusement, après la confirmation que je n’étais pas atteinte du covid, j’eus plus d’aide de la part de mes colocs. Ceux-ci pouvant me véhiculer vers mes différents examens et RDV. Mais je gardais en souvenir l’abandon des premiers jours, où assommée de fièvre j’avais dû lutter seule contre la maladie. Pestiférée au sein de son propre foyer. Une terrifiante perspective à laquelle j’ai fini par échapper.

Peu à peu, au bout de trois semaines, les symptômes disparurent en majorité. J’avais retrouvé mes anciens pieds moches. Toujours aussi laids, mais j’avais fait l’effort de les décorer avec un peu de vernis fushia. Plus de baskets, ni de chaussures fermées. Ils prendront l’air dans des sandalettes confortables jusqu’à l’automne.

Je ne regrettais pas mes folies, mais il fallait me rendre à l’évidence, il était bien tard pour les vivre. Si je voulais encore profiter de ce qui me rendait véritablement heureuse, il était grand temps que je poursuive, voire amplifie les efforts concernant la prise en main sérieuse de ma santé. C’était la seule chose à faire. La seule leçon que j’avais retenue du fléau.

Retour en salle (obscure)

Au 22 juin, les salles de cinéma ont pu réouvrir et je n’ai pas manqué cette occasion pour assouvir un peu de mes passions. En effet, le cinéma est sans doute celle qui fut ma première passion. Débutée dans l’enfance avec quelques grands évènements comme la sortie d’un Disney ou d’un gros film d’action américain, elle s’est véritablement forgée avec le grand écran du centre culturel de mon quartier qui passait des chefs d’oeuvre du 7ème art, comme, notamment, les merveilleux films de Fritz Lang « Le tigre du Bengale » et « Le tombeau hindou ». Je préférais sécher le catéchisme pour la danse du serpent de Debra Paget.

Ce mercredi là, de retour dans le complexe le plus proche de chez moi, il n’y avait pas plus de dix personnes dans la salle, et nous étions tous bien distants les uns des autres. Le film était sans doute un peu trop sérieux pour une reprise et bien loin d’envoyer du rêve. Il s’agissait du film « L’ombre de Staline » d’Agnieszka Holland. Sortie en mars la semaine du début du confinement, l’oeuvre avait sans doute sommeillé là jusqu’au 22 juin. Assise au centre du dernier rang, tout en haut de la salle, je gardais mon masque tout le long de la projection, même si le protocole sanitaire autorisait les spectateurs à le retirer une fois installés. A l’issue du film, je suivis le parcours de sortie de l’autre côté de la salle et, jetant un coup d’oeil vers les guichets, je n’y vis pas beaucoup plus de monde qu’à mon arrivée.

Il fut un temps où je fréquentais assidûment les salles obscures. J’étais une vraie cinéphile, accro aux salles d’art et d’essai et dévorant la presse spécialisée. Cette forte assiduité dura près de vingt ans. Un amour du cinéma que j’ai, le plus souvent, vécu seule. Adolescente, j’emmenais parfois ma petite soeur voir des films trop compliqués pour elle. Cette dernière me posait alors des questions toutes les deux minutes, perdue par exemple dans la foule des personnages d’un film de Lelouch. Plus âgée, j’y allais seule, rentrant du travail. Très rarement accompagnée d’un fiancé, puis d’un mari qui n’appréciait pas particulièrement de se déplacer pour voir un film.

Bien plus tard, lorsque je devins mère, je n’avais hélas plus le temps pour le grand écran. Alors, je le remplaçais par une collection de DVD, puis par la VOD. Je tentai un retour en salle lorsque mon fils fut assez âgé pour apprécier autre chose que des dessins animés, mais je n’arrivai pas à lui transmettre ma passion. Donc, je repris mes fréquentations en solitaire. Néanmoins, j’avais définitivement ralenti. Il me fallait de vrais bons films pour m’attirer. Et, pour les moins bons, les plateformes de streaming avaient déjà fait leur apparition.

Ce soir de reprise post-confinement, au fond de mon fauteuil et plongée dans le noir, je songeais à toutes les oeuvres et à tous les acteurs qui m’avaient faite vibrer devant des écrans géants. Outre cette chère Debra, je me souviendrai toujours du sourire lumineux de Brad Pitt sortant de l’onde dans « Et au milieu coule une rivière », de la musique de «Furyo» sur fond de face à face David Bowie/Ryuichi Sakamoto, de la scène torride d’entrée de «37°2 le matin», des images sublimes d’ «Excalibur» de John Boorman, des retrouvailles émouvantes des deux soeurs dans « La couleur pourpre » de Spielberg… Tellement de bons souvenirs en ces lieux. Tellement de plaisir et d’émotions aussi.

Aujourd’hui j’ai un large écran dans mon salon et un autre relié à mon ordinateur. Cependant, même si je peux profiter de ces bonnes conditions de diffusion pour regarder des films, il me manque quelque chose que je ne retrouve qu’en salle. En effet, il n’y a qu’en ces lieux magiques que j’entre véritablement dans une oeuvre. Concentrée au maximum, j’arrive parfois à m’imprégner tellement d’un personnage que j’en ressens totalement les émotions. Cette sensation unique se prolonge encore quelques instants lorsque je sors de l’obscurité. C’est comme si j’habitais encore le corps d’un acteur/une actrice.

Ainsi, lorsqu’on me demande pourquoi je brave les risques de Covid, pour retourner dans les salles obscures, je réponds que rien ne les remplace. Tout comme il est aberrant pour moi d’assister à un concert ou à une pièce de théâtre derrière ma télévision, les films réalisés pour le cinéma doivent être appréciés dans les lieux de diffusion prévus à cet effet. Alors, si comme moi vous aimez ces endroits, soyez prudents, mais retournez-y. De bien belles émotions vous y attendent.

Retour au travail

Voilà plus de trois mois que je n’avais pas mis les pieds sur le site de mon boulot. Trois mois que j’étais en télétravail à temps plein. Trois mois que je n’avais pas fait un plein d’essence. Trois mois que je n’avais pas pris ma voiture pour aller si loin de chez moi.

Il avait déjà fallu trouver une astuce pour pouvoir me rendre sur les lieux en avance de phase. En effet, attendant les dernières nouvelles du front du covid-19 en France, la direction n’a pas souhaité déconfiner en masse ses salariés. Les locaux sont donc ouverts au compte goutte pour le personnel indispensable, et les quelques collaborateurs, moins indispensables, ayant obtenu une dérogation pour des raisons diverses. Bref, j’ai utilisé une de ces raisons pour me rendre sur les lieux, histoire de sortir un peu de ma tranquille campagne.

Après avoir bien réussi le petit examen obligatoire et m’être fait dûment inscrire pour ma présence sur le site, me voilà de retour au travail vendredi dernier. Dès l’entrée, j’aperçois un grand panneau rappelant les fameuses mesures barrières. Je dois impérativement porter un masque avant d’entrer. Le gardien, bien confiné derrière son plexiglass, coche mon nom sur la liste très limitée des volontaires du jour. Ensuite, je file à pied vers l’accueil où je dois impérativement me rendre. Sur le chemin, je croise des portes barrées et après avoir suivi un parcours fléché, j’arrive à destination. Là, j’apprends que je ne serai pas installée dans mon bureau habituel, mais dans un coin où ont été regroupés les quelques présents ce jour là. Après avoir passé mes mains sous un distributeur de gel hydro-alcoolique à pédale, je reçois comme un cadeau un kit de survie composé d’une dizaine de masques lavables ainsi que d’un petit flacon de solution désinfectante.

Alors que j’avais l’habitude de passer à la machine à café avant de monter dans les étages, on m’indique que toutes les machines sont hors d’usage et que l’escalier est barré. Je suis le marquage au sol et file donc à la place assignée et commence à travailler. Sur les lieux, personne à l’horizon. Juste des tas d’autocollants collé sur le marbre, une foule de feuilles placardées sur chacune des portes rappelant le protocole sanitaire plutôt draconien. J’erre comme un fantôme au milieu des halls et couloirs déserts. Ces lieux autrefois si grouillants sont vides et sombres. Comme si tout le monde avait disparu. Je me sens comme une rescapée d’une catastrophe qui déambule dans des maisons désertes.

Après avoir travaillé un peu, voilà que je veux imprimer un truc. Et, ayant mis la main sur une des rares photocopieuses encore opérationnelle, je procède comme exigé à un nettoyage du petit écran tactile, avant et après usage, à l’aide d’un papier absorbant et d’un vaporisateur. Idem quand je vais boire un verre d’eau à la fontaine la plus proche. Il faut impérativement frotter le bouton avant et après avoir appuyé dessus. En passant, je note que ce sera la même manip fastidieuse lorsque que les ascenseurs seront de nouveau actifs. Par ailleurs, la porte d’entrée des toilettes est bloquée et la lumière s’allume par détection de présence.

Ayant survécu jusqu’à midi, et après avoir changé mon masque devenu obsolète après 4h d’utilisation, je le jette dans la poubelle spécialement prévue à cet effet. Puis, je me déplace masquée de neuf vers la petite cuisine mise à disposition pour les repas. Pas plus de deux convives peuvent s’y installer à la fois. Comme il n’y a pas âme qui vive, je suis donc seule à table. J’effectue un nettoyage du support, puis du micro onde utilisé pour chauffer ma nourriture. J’engloutis rapidement ma gamelle avant de procéder au ménage protocolaire. Je songe aux discussions animées du temps passé avec mes collègues. La période du déjeuner était un moment privilégié de la convivialité. Là, dans cet univers très aseptisé, qu’en reste-t-il ?

Peu de temps avoir repris mon labeur, avec effectivement un réseau nettement plus performant que dans mon petit bled, voilà que deux collègues se présentent pour l’après-midi. Ces derniers se tiennent bien à distance de moi, et nous n’échangeons que très peu de mots, pris par nos activités professionnelles. Je vois aussi passer une technicienne de surface masquée, surprise de voir quelqu’un dans les lieux, qui astique uniquement les poignées de porte.

Après avoir terminé ma journée, je quitte rapidement cet endroit devenu froid et sans vie. J’y retournerai la semaine prochaine, et je devrais non seulement y retrouver mon espace familier, mais aussi, peut-être, un peu plus de monde. J’évaluerai alors si le protocole mis en place peut réellement fonctionner. Personnellement, je ne vois pas comment je pourrais y travailler à temps plein dans ce contexte. Il faut juste espérer que le fléau nous laisse reprendre rapidement une vie professionnelle normale.