La vengeance du pied moche

Encore un article qui ne fera pas rêver, qui sera trop sage, trop sérieux. Encore un article de mes pensées en cette période où l’épée de Damoclès du fléau rôde au dessus de chacun. Où beaucoup de monde se sent en sursis, comme hors de la vie.

A là mi juillet, j’ai fait un long voyage. Seule. J’avais décidé d’aller retrouver ma famille. Déjà un an que je ne les avais pas vus. Ils avaient traversé le confinement sans encombres. Après quelques jours de visite un peu étranges avec la nécessité des gestes barrières, j’avais repris la route du retour.

Le voyage, quoique fatiguant, s’était bien déroulé. Les ennuis ne débutèrent que le lendemain, début de week-end. Je fus prise de terribles frissons peu après le petit déjeuner, puis de vomissements violents. A défaut de savoir ce que j’avais, je décidai de m’isoler pour épargner mes colocs. La fièvre s’était emparée de mon corps et elle était puissante : plus de 40. Je ne mangeai rien pendant deux jours. Une de mes jambes était devenue écarlate et me faisait souffrir. Dans mes délires fiévreux, je songeai à un épisode d’Il était une fois la vie où les méchants microbes se battaient contre les gentilles défenses immunitaires.

Au lundi, il semblait que mes mousquetaires avaient bien bossé, car la fièvre avait chuté. Bien que très affaiblie, je décidai d’aller seule chez le médecin. Cette dernière, plutôt hystérique ce matin là, me voyait déjà atteinte du Covid, insistant lourdement pour que je fasse le test ainsi que toute la maisonnée. Dans sa précipitation, elle en avait même oublié de me prescrire un arrêt de travail et comme je ne venais pas pour ça, je n’avais rien demandé.

Après un premier examen échographique épuisant, je fus vaguement rassurée de savoir n’avais rien côté veineux. Il s’agissait donc d’un érysipèle et il était sévère. Je débutai alors le traitement antibiotique. Cependant, quelques jours plus tard, j’avais toujours comme deux molosses qui me mordaient le mollet en permanence. Je retournai au cabinet médical et consultai l’interne de remplacement. Elle me doubla les volumes d’antibiotiques. Avec de telles doses de cheval, j’espérais être remise dans le WE. Néanmoins, il n’en fut rien.

Au lundi suivant, je retournai chez la toubib, qui semblait avoir retrouvé son calme derrière son masque FFP2. Entre temps, après avoir trouvé un centre de test, pris rendez-vous, j’avais fait le test du covid. Dans l’arrière cour d’un labo d’analyse, une personne avait prélevé le contenu du fond de mes narines. Le geste était désagréable, mais rapide. J’attendis encore deux autres jours pour les résultats : Négatif. Enfin une réponse à mes questions lancinantes. Le fléau n’avait RIEN à voir avec mon état du moment. J’étais juste banalement malade. Je me demandais du coup si nous pouvions encore être simplement souffrant et être bien soigné en conséquence. Les tests sanguins confirmaient l’amélioration et l’efficacité du traitement, quoique très long.

J’observais l’évolution de la maladie via la taille des rougeurs sur ma jambe gauche. Mon pied moche surélevé me narguait. Voilà ce qui se passe lorsqu’on l’abandonne, qu’on ne soigne pas des piqûres d’insectes, qu’on ne prend pas soin de l’espace entre les orteils. Il s’était vengé de mes mauvais traitements. Des marches quotidiennes dans la garrigue infestées de bestioles. D’un bien, j’avais généré un mal. Mal qui couva des semaines avant d’éclater un matin de juillet à la faveur de la fatigue et de la chaleur.

Évidemment, en ces moments douloureux, j’étais infecte. La maladie vous enferme encore plus dans l’égoïsme. Seuls comptent les affres du corps qu’on écoute plutôt que le reste du monde. J’oscillais entre espoir et quelques rares moments de découragement. Les nuits étaient compliquées, hachées. Le mal vous tient éveillée, à ne penser qu’à trouver une solution pour moins souffrir et tenter de fermer l’œil.

Heureusement, après la confirmation que je n’étais pas atteinte du covid, j’eus plus d’aide de la part de mes colocs. Ceux-ci pouvant me véhiculer vers mes différents examens et RDV. Mais je gardais en souvenir l’abandon des premiers jours, où assommée de fièvre j’avais dû lutter seule contre la maladie. Pestiférée au sein de son propre foyer. Une terrifiante perspective à laquelle j’ai fini par échapper.

Peu à peu, au bout de trois semaines, les symptômes disparurent en majorité. J’avais retrouvé mes anciens pieds moches. Toujours aussi laids, mais j’avais fait l’effort de les décorer avec un peu de vernis fushia. Plus de baskets, ni de chaussures fermées. Ils prendront l’air dans des sandalettes confortables jusqu’à l’automne.

Je ne regrettais pas mes folies, mais il fallait me rendre à l’évidence, il était bien tard pour les vivre. Si je voulais encore profiter de ce qui me rendait véritablement heureuse, il était grand temps que je poursuive, voire amplifie les efforts concernant la prise en main sérieuse de ma santé. C’était la seule chose à faire. La seule leçon que j’avais retenue du fléau.

Retour en salle (obscure)

Au 22 juin, les salles de cinéma ont pu réouvrir et je n’ai pas manqué cette occasion pour assouvir un peu de mes passions. En effet, le cinéma est sans doute celle qui fut ma première passion. Débutée dans l’enfance avec quelques grands évènements comme la sortie d’un Disney ou d’un gros film d’action américain, elle s’est véritablement forgée avec le grand écran du centre culturel de mon quartier qui passait des chefs d’oeuvre du 7ème art, comme, notamment, les merveilleux films de Fritz Lang « Le tigre du Bengale » et « Le tombeau hindou ». Je préférais sécher le catéchisme pour la danse du serpent de Debra Paget.

Ce mercredi là, de retour dans le complexe le plus proche de chez moi, il n’y avait pas plus de dix personnes dans la salle, et nous étions tous bien distants les uns des autres. Le film était sans doute un peu trop sérieux pour une reprise et bien loin d’envoyer du rêve. Il s’agissait du film « L’ombre de Staline » d’Agnieszka Holland. Sortie en mars la semaine du début du confinement, l’oeuvre avait sans doute sommeillé là jusqu’au 22 juin. Assise au centre du dernier rang, tout en haut de la salle, je gardais mon masque tout le long de la projection, même si le protocole sanitaire autorisait les spectateurs à le retirer une fois installés. A l’issue du film, je suivis le parcours de sortie de l’autre côté de la salle et, jetant un coup d’oeil vers les guichets, je n’y vis pas beaucoup plus de monde qu’à mon arrivée.

Il fut un temps où je fréquentais assidûment les salles obscures. J’étais une vraie cinéphile, accro aux salles d’art et d’essai et dévorant la presse spécialisée. Cette forte assiduité dura près de vingt ans. Un amour du cinéma que j’ai, le plus souvent, vécu seule. Adolescente, j’emmenais parfois ma petite soeur voir des films trop compliqués pour elle. Cette dernière me posait alors des questions toutes les deux minutes, perdue par exemple dans la foule des personnages d’un film de Lelouch. Plus âgée, j’y allais seule, rentrant du travail. Très rarement accompagnée d’un fiancé, puis d’un mari qui n’appréciait pas particulièrement de se déplacer pour voir un film.

Bien plus tard, lorsque je devins mère, je n’avais hélas plus le temps pour le grand écran. Alors, je le remplaçais par une collection de DVD, puis par la VOD. Je tentai un retour en salle lorsque mon fils fut assez âgé pour apprécier autre chose que des dessins animés, mais je n’arrivai pas à lui transmettre ma passion. Donc, je repris mes fréquentations en solitaire. Néanmoins, j’avais définitivement ralenti. Il me fallait de vrais bons films pour m’attirer. Et, pour les moins bons, les plateformes de streaming avaient déjà fait leur apparition.

Ce soir de reprise post-confinement, au fond de mon fauteuil et plongée dans le noir, je songeais à toutes les oeuvres et à tous les acteurs qui m’avaient faite vibrer devant des écrans géants. Outre cette chère Debra, je me souviendrai toujours du sourire lumineux de Brad Pitt sortant de l’onde dans « Et au milieu coule une rivière », de la musique de «Furyo» sur fond de face à face David Bowie/Ryuichi Sakamoto, de la scène torride d’entrée de «37°2 le matin», des images sublimes d’ «Excalibur» de John Boorman, des retrouvailles émouvantes des deux soeurs dans « La couleur pourpre » de Spielberg… Tellement de bons souvenirs en ces lieux. Tellement de plaisir et d’émotions aussi.

Aujourd’hui j’ai un large écran dans mon salon et un autre relié à mon ordinateur. Cependant, même si je peux profiter de ces bonnes conditions de diffusion pour regarder des films, il me manque quelque chose que je ne retrouve qu’en salle. En effet, il n’y a qu’en ces lieux magiques que j’entre véritablement dans une oeuvre. Concentrée au maximum, j’arrive parfois à m’imprégner tellement d’un personnage que j’en ressens totalement les émotions. Cette sensation unique se prolonge encore quelques instants lorsque je sors de l’obscurité. C’est comme si j’habitais encore le corps d’un acteur/une actrice.

Ainsi, lorsqu’on me demande pourquoi je brave les risques de Covid, pour retourner dans les salles obscures, je réponds que rien ne les remplace. Tout comme il est aberrant pour moi d’assister à un concert ou à une pièce de théâtre derrière ma télévision, les films réalisés pour le cinéma doivent être appréciés dans les lieux de diffusion prévus à cet effet. Alors, si comme moi vous aimez ces endroits, soyez prudents, mais retournez-y. De bien belles émotions vous y attendent.

Retour au travail

Voilà plus de trois mois que je n’avais pas mis les pieds sur le site de mon boulot. Trois mois que j’étais en télétravail à temps plein. Trois mois que je n’avais pas fait un plein d’essence. Trois mois que je n’avais pas pris ma voiture pour aller si loin de chez moi.

Il avait déjà fallu trouver une astuce pour pouvoir me rendre sur les lieux en avance de phase. En effet, attendant les dernières nouvelles du front du covid-19 en France, la direction n’a pas souhaité déconfiner en masse ses salariés. Les locaux sont donc ouverts au compte goutte pour le personnel indispensable, et les quelques collaborateurs, moins indispensables, ayant obtenu une dérogation pour des raisons diverses. Bref, j’ai utilisé une de ces raisons pour me rendre sur les lieux, histoire de sortir un peu de ma tranquille campagne.

Après avoir bien réussi le petit examen obligatoire et m’être fait dûment inscrire pour ma présence sur le site, me voilà de retour au travail vendredi dernier. Dès l’entrée, j’aperçois un grand panneau rappelant les fameuses mesures barrières. Je dois impérativement porter un masque avant d’entrer. Le gardien, bien confiné derrière son plexiglass, coche mon nom sur la liste très limitée des volontaires du jour. Ensuite, je file à pied vers l’accueil où je dois impérativement me rendre. Sur le chemin, je croise des portes barrées et après avoir suivi un parcours fléché, j’arrive à destination. Là, j’apprends que je ne serai pas installée dans mon bureau habituel, mais dans un coin où ont été regroupés les quelques présents ce jour là. Après avoir passé mes mains sous un distributeur de gel hydro-alcoolique à pédale, je reçois comme un cadeau un kit de survie composé d’une dizaine de masques lavables ainsi que d’un petit flacon de solution désinfectante.

Alors que j’avais l’habitude de passer à la machine à café avant de monter dans les étages, on m’indique que toutes les machines sont hors d’usage et que l’escalier est barré. Je suis le marquage au sol et file donc à la place assignée et commence à travailler. Sur les lieux, personne à l’horizon. Juste des tas d’autocollants collé sur le marbre, une foule de feuilles placardées sur chacune des portes rappelant le protocole sanitaire plutôt draconien. J’erre comme un fantôme au milieu des halls et couloirs déserts. Ces lieux autrefois si grouillants sont vides et sombres. Comme si tout le monde avait disparu. Je me sens comme une rescapée d’une catastrophe qui déambule dans des maisons désertes.

Après avoir travaillé un peu, voilà que je veux imprimer un truc. Et, ayant mis la main sur une des rares photocopieuses encore opérationnelle, je procède comme exigé à un nettoyage du petit écran tactile, avant et après usage, à l’aide d’un papier absorbant et d’un vaporisateur. Idem quand je vais boire un verre d’eau à la fontaine la plus proche. Il faut impérativement frotter le bouton avant et après avoir appuyé dessus. En passant, je note que ce sera la même manip fastidieuse lorsque que les ascenseurs seront de nouveau actifs. Par ailleurs, la porte d’entrée des toilettes est bloquée et la lumière s’allume par détection de présence.

Ayant survécu jusqu’à midi, et après avoir changé mon masque devenu obsolète après 4h d’utilisation, je le jette dans la poubelle spécialement prévue à cet effet. Puis, je me déplace masquée de neuf vers la petite cuisine mise à disposition pour les repas. Pas plus de deux convives peuvent s’y installer à la fois. Comme il n’y a pas âme qui vive, je suis donc seule à table. J’effectue un nettoyage du support, puis du micro onde utilisé pour chauffer ma nourriture. J’engloutis rapidement ma gamelle avant de procéder au ménage protocolaire. Je songe aux discussions animées du temps passé avec mes collègues. La période du déjeuner était un moment privilégié de la convivialité. Là, dans cet univers très aseptisé, qu’en reste-t-il ?

Peu de temps avoir repris mon labeur, avec effectivement un réseau nettement plus performant que dans mon petit bled, voilà que deux collègues se présentent pour l’après-midi. Ces derniers se tiennent bien à distance de moi, et nous n’échangeons que très peu de mots, pris par nos activités professionnelles. Je vois aussi passer une technicienne de surface masquée, surprise de voir quelqu’un dans les lieux, qui astique uniquement les poignées de porte.

Après avoir terminé ma journée, je quitte rapidement cet endroit devenu froid et sans vie. J’y retournerai la semaine prochaine, et je devrais non seulement y retrouver mon espace familier, mais aussi, peut-être, un peu plus de monde. J’évaluerai alors si le protocole mis en place peut réellement fonctionner. Personnellement, je ne vois pas comment je pourrais y travailler à temps plein dans ce contexte. Il faut juste espérer que le fléau nous laisse reprendre rapidement une vie professionnelle normale.

Télétravailleuse

« Le télétravail c’est la santé, rien faire c’est la conserver. Les prisonniers du téléboulot font pas de vieux os. »

C’est par cette parodie de la célèbre chanson d’Henri Salvador que je débute ce nouveau texte de la période du déconfinement suite à la pandémie de COVID-19. En effet, encore aujourd’hui, nos vies ne sont pas revenues à la normale. Notamment, le travail reste fortement perturbé par les suites de ce virus et les différents protocoles sanitaires mis en place par les entreprises.

Ainsi, depuis la mi-mars 2020, je travaille à distance depuis mon logis. Même si je ne dispose pas de la fibre chez moi, mais juste d’un accès ADSL, je suis bien équipée pour pouvoir télétravailler. J’ai une pièce dédiée qui servait jusque là à mes loisirs artistiques. Je l’utilisais de façon très exceptionnelle pour du télétravail occasionnel. En effet, mon secteur professionnel est bien adapté pour ce dernier. Cependant, je n’ai jamais été adepte de cette forme de travail. J’ai toujours préféré les contacts humains qui sont pour moi un des principaux intérêts du travail. Et comme j’ai été très longtemps manager d’équipes, il m’a toujours semblé nécessaire d’être en proximité de mes collaborateurs, même si ce n’était pas toujours le cas.

A la veille d’une nouvelle étape dans le déconfinement, et après deux mois et demi de télétravail à 100%, une forme qui n’a jamais fait l’objet d’accords dans ma société, j’en profite pour rédiger mon propre Retour d’EXpérience (REX).

Mes avantages :

Le principal avantage, mon activité le permettant, c’est déjà d’avoir pu continuer à travailler pendant le confinement. Lorsqu’on note le grand nombre de salariés qui ont perdu leur emploi, c’est un point très positif.

Comme beaucoup de collègues, je prends plus soin de ma maison. Chez moi la terrasse est belle et bien entretenue avec de jolies plantes bien arrosées dans les bacs. Avoir un joli environnement de travail est un plus.

Je mange ou bois un café en terrasse les jours de beau temps (qui sont assez fréquents). Cela me donne parfois l’impression d’être en WE prolongé.

Je peux recevoir des colis ou faire venir des artisans chez moi sans me soucier d’être là ou pas, vu que j’y suis en permanence.

Je lance des lessives ou range chez moi entre deux réunions, ce qui me laisse beaucoup plus de temps libre les samedis et dimanches.

J’évite les frais d’essence et de perdre du temps sur la route. Mon dernier plein date d’avant le confinement. Alors que je remplissais mon réservoir tous les quinze jours. Mon télétravail est donc bon pour la planète et pour ma bourse.

Du côté des autres dépenses, pas de grands frais de vêtements non plus, ni de coiffeur pendant tout ce temps. Mes cheveux sont plutôt longs à date, mais j’hésite encore à aller me les faire couper. Peut-être vais-je tenter le petit salon du village. Lieu où je n’ai jamais mis les pieds. C’est bien aussi de faire travailler les commerçants et artisans locaux, comme mon petit boulanger.

Mes inconvénients :

La productivité des premiers temps n’a pas été au top. En ce qui me concerne, même si je suis partie avec mon portable à la mi-mars, je n’ai pas pris divers dossiers et carnets qui m’aidaient bien au quotidien dans mon activité.

Le matériel personnel dont je dispose est suffisant, mais il faut reconnaître que je n’ai plus accès à des imprimantes professionnelles qui me permettaient, sans abus, de sortir quelques documents, notamment sur de grands formats, ou d’en scanner certains avant diffusion.

Même si mes colocs ne sont pas difficiles, il m’a fallu faire la cuisine pour eux le midi en remplacement de la restauration d’entreprise.

J’ai été obligée de réaménager mon bureau pour en faire un véritable espace de travail au quotidien. Mes activités artistiques, hormis l’écriture, ont été mises de côté en attendant des jours meilleurs. Il m’a fallu investir dans un nouveau fauteuil plus ergonomique. Et j’ai transformé le grand écran de mon ordinateur privé en un second écran.

A date, après deux mois et demi, il n’a pas été possible de récupérer ni mes cahiers, ni le moindre matériel dans les locaux de l’entreprise. Cette dernière met en place un Plan de Reprise d’Activité particulièrement draconien pour les prochains mois.

Mon employeur n’a pas prévu de nous faire revenir avant, au mieux, le mois de septembre. De ce fait, cela veut dire que nous allons passer les mois d’été à travailler de chez nous. De mon côté, comme pour pas mal de salariés, il va être très difficile de produire en période de canicule. Tout le monde ne dispose pas, loin de là, d’une climatisation.

J’avais des habitudes d’activités sportives, de courses, de médecins ou de garagiste près de mon travail, là c’est plus compliqué pour y aller.

Néanmoins, le principal défaut de ce mode de travail est le sentiment d’isolement qu’il génère. Loin de nos collègues de travail, nous nous sentons parfois véritablement seul. En ce qui me concerne, je regrette surtout les moments de convivialité à la cantine où nous partagions nos sentiments sur l’actualité, nos récits de voyage ou nos impressions suite à un spectacle.

Mes premières conclusions sur le sujet :

Comme dirait un collègue, le boulot a envahi nos vies. Et pour ceux qui n’y prennent pas garde, il est devenu omniprésent, conquérant et les submerge peu à peu. Même si j’ai du adapter un peu mes horaires, avec notamment un début de journée encore plus matinal, j’essaie de bien faire la part entre mon temps privé et mon temps professionnel. J’ai notamment mis en place un rituel sportif en fin de journée afin de pouvoir m’aérer et me bouger un peu.

De plus, depuis une semaine, je me fais livrer des plats diététiques préparés, ce qui me donne une raison pour faire moins de cuisine. Par ailleurs, après le 11 mai, après avoir mis en place mon propre protocole sanitaire, j’ai fait revenir, avec son accord, la dame qui m’aide dans le ménage, et cela me permet d’avoir un peu de discussions avec une personne de l’extérieur autour d’un café (et de gestes barrières).

A l’instar des géants du numérique qui proposent à certains employés de devenir des télétravailleurs permanents, je crains que cette forme de travail ne se développe encore à l’avenir, et que nos entreprises en profitent encore pour réduire leurs coûts de fonctionnement en éliminant le lieu physique de travail. Même si cette évolution est souhaitée par de nombreux salariés parents de jeunes enfants, écolos, logeant assez loin ou simplement confinés de nature, je ne pense pas que la majorité voit d’un bon oeil ce futur.

Il ne faut pas oublier le rôle socialisant du travail. L’homme est un animal social. Il s’épanouit, dans sa majorité, au travers de relations humaines. Nous progressons avec l’aide des autres ou en nous confrontons à d’autres. Nous sommes aussi plus créatifs ensemble que seul. Nous apaisons aussi la dureté de certaines difficultés par des rencontres physiques que ni le téléphone, ni les visios ne peuvent calmer par leur rudesse.

Faut-il donc craindre la naissance d’un monde d’après plus brutal, où le salarié, isolé et sans réel attachement à son entreprise, ruminera ses rancoeurs derrière son clavier ? Nul doute que dans ce nouveau monde, les syndicats seront encore moins présents et les piquets de grève inexistants au grand soulagement de certains. Mais que restera-t-il à ces travailleurs pour s’exprimer vraiment ?

Ma balade matinale

Voilà, je l’avais promis pendant le confinement que je ferais cette balade pour aller chercher une bonne baguette de pain jusqu’à la boulangerie du village. Le fait est que cette balade est agréable et mérite bien un petit texte pour en vanter les attraits.

Généralement, c’est à l’aube que je me lève les jours de cette marche jusqu’à ce lieu mythique. Alors que la maisonnée est encore endormie, je file en direction du portail que je referme soigneusement derrière moi. J’ai mon sac à dos de voyage et je suis vêtue d’une tenue plutôt sportive.

Comme j’habite en hauteur, je dévale une route à fort dénivelé bordée de résidences que j’aperçois à peine derrière leurs hautes haies. Seul le chant joyeux des oiseaux rythme mes pas alertes. Au pied de la côte, j’atteins l’artère qui contourne le village. Là, je tourne à gauche sous d’immenses figuiers qui cachent, à cette saison, une grande fontaine de pierres. J’entends des bruits d’eau qui s’en échappent. Ces flots se transforment en un petit ru coulant en contrebas du chemin de terre que j’emprunte.

Passé ce coin ombragé, je file plein est et le soleil levant m’éblouis. Sur ma gauche, je note l’avancement de la construction d’une nouvelle vaste demeure. Le chantier semble à l’arrêt. J’évite, sur ma droite, les hauts chardons en fleurs qui longent le petit sentier pierreux. Je jette un coup d’oeil vers le champ bien vert qui se trouve à l’arrière. Hélas, les chevaux immaculés qui y paissent parfois en sont absents. Je hâte le pas lorsque j’entends sonner sept heures au clocher de la grande tour.

Près de la cave coopérative, je tourne à droite. Quelques mètres plus loin, j’admire le miroir d’eau de l’ancien lavoir parfaitement restauré. Là encore, des figues parsèment le sol de terre. Après, la route chaotique monte en douceur vers le centre du bourg. Je marche encore quelques minutes le long d’un trottoir étroit bordé de murs de pierres. J’ajuste mon masque dès que j’aperçois la mairie. J’ai plus de chance de croiser âme qui vive en ces lieux. Mais, il est rare que ce soit vraiment le cas à cette heure. Seules des camionnettes d’artisans ou des véhicules de travailleurs matinaux circulent dans la grande rue.

Je gagne enfin le but du voyage. La bonne odeur de pain qui émane des lieux ne prête pas à confusion. La boulangerie du village se trouve en retrait d’une petite cour pavée. Le patron est à la vente tandis que son compagnon se repose près du fournil après son labeur de la nuit. Je ne sais où tourner la tête pour choisir ce qui ferait plaisir à ma famille. Là, des croissants, ici une fougasse aux lardons, encore là un pain aux graines et pour finir une jolie baguette. Je dépose délicatement ce précieux trésor dans mon sac à dos avant de payer. Je salue ensuite le propriétaire avant de prendre la route du retour un peu plus chargée.

Je reprends alors le même chemin, mais en sens inverse. Il ne me reste qu’une difficulté avant de rentrer chez moi : la grande côte qui mène à mon logis. J’attaque cette montée avec allant jusqu’à ce que la pente devienne plus rude et que mes mollets me brûlent. Alors, mon souffle devient court, la chaleur me monte aux joues et la transpiration coule sur mon front. Lorsque je découvre la clôture du voisin, je reprends un peu d’énergie avant de grimper le dernier espace qui me sépare de l’entrée de ma demeure. Lorsque je la vois, là en haut déployant ses ailes, je sais que c’est enfin l’arrivée.

Soufflant un peu en ouvrant la barrière en bois défraichie, je dois encore gravir le grand escalier qui va jusqu’à la porte de ma maison. Je suis toute rougeaude, essoufflée et en nage lorsqu’enfin je dépose mon butin dans la cuisine. Et, devant le sourire de mes proches déjà attablés, je sais que, cette fois encore, j’aurai fait des heureux.

55 jours

Mon auto-interview bilan sur les 55 jours de confinement en France du 17 mars au 10 mai 2020.

Le message reçu le 17 mars 2020. Début du confinement en France.

Le confinement se termine. Ma première question sera celle posée à toute personne croisée en cette période : «  Comment vas-tu ? »

Je dois dire que je me sens bien. Mis à part un problème de sommeil récurrent qui semble néanmoins revenir à la normale, je me sens plutôt en forme.

Comment ce sont passés ces 55 jours pour toi ?

Je les ai vécus dans des conditions privilégiées. J’habite dans une grande maison entourée d’un grand jardin à la campagne. C’est un choix de vie qui peut apparaître pesant en temps normal, mais qui là dans cette période était plutôt judicieux. J’étais confinée avec deux casaniers de nature, qui ont vécu cette période comme idyllique pour eux. L’ambiance était donc plutôt détendue à la maison et, au final, j’étais la seule qui avait des mauvais moments. Je voyais tout ce que j’avais perdu, comme les voyages ou les concerts, et ça me déprimait parfois.

Quid du travail ?

J’ai télétravaillé. Dans ce cadre, je dois aussi dire que j’avais des conditions optimales. J’ai une pièce qui me sert d’atelier pour mes loisirs et donc je l’ai utilisée pour mon travail. La difficulté était de me concentrer. En effet, ce lieu est mon antre d’où j’oublie le travail en temps normal. Par ailleurs, je n’ai jamais fait de télétravail de façon régulière. Je préfère la compagnie de mes collègues et je souhaite bien séparer le travail de ma vie privée. Là, le boulot a envahi mon havre de paix et ce n’était pas toujours facile d’y bosser sereinement. Je précise que je vais continuer en télétravail jusqu’à fin août à la demande de mon employeur.

Tu as dit que tu avais eu des mauvais moments. Qu’est-ce qui t’a permis de tenir durant cette période ?

Dès les prémices de l’épidémie, j’avais décidé d’être plus présente sur Twitter. Je me suis donc tenue à cette présence durant toute la période de confinement. J’ai, notamment, publié un tweet quotidien où je partageais mes pensées du jours. J’ai songé aussi que partager des belles images en cette période pouvait aussi être un bon moyen d’aider certaines personnes. Je pense que cela a été le cas et j’ai reçu parfois des remerciements qui m’ont fait chaud au coeur. J’ai aussi beaucoup écrit. J’ai bien avancé dans mon roman, car je n’en suis plus, à date, qu’à deux textes de la fin. J’ai de plus sculpté, peint, écouté de la musique, bref, l’art en général m’a été d’un grand soutien.

J’ai vu ce matin quelqu’un dire avec ironie sur Twitter qu’elle avait raté son confinement parce qu’elle n’avait pas de crush. Et toi ?

Sans que je cherche, j’ai rencontré des gens intéressants sur internet pendant mon confinement. Au début un radiologue engagé dans la lutte contre le covid. Cela n’a pas fonctionné, car il était trop absent durant cette période particulièrement difficile pour le personnel soignant. Et sur la fin, un twitto, qui me suivait pourtant depuis des lustres, s’est soudain intéressé à moi. Comme j’étais plus attentive sur ce media, et sans doute plus ouverte, nous avons pu faire vraiment connaissance. Nous aimons tous les deux les mots. Cette passion nous a rapproché. Nos autres goûts ont fait de nous des amoureux. La seule difficulté pour moi est qu’il vit bien loin de chez moi et que les mesures de déconfinement limitent les déplacements à 100 Km autour de chez soi. J’espère que nous aurons la force de nous attendre l’un l’autre jusqu’à la vraie libération post covid.

Que vas-tu faire le 11 mai ?

Le 11 mai je retourne au télétravail après quelques jours de congés. Par ailleurs, je vais aller chercher les masques que j’ai réservés au supermarché. Et, s’il fait beau demain, j’irai aussi acheter une baguette de pain à la boulangerie de mon village. Ce n’est pas à côté, et donc, cela me permettra de marcher ailleurs qu’en tournant en rond autour de chez moi.

En conclusion, que retiendras-tu de ces 55 jours ?

Déjà, le nombre de personnes décédées. Les décomptes morbides du DGS qui nous rappelaient chaque soir les dangers du virus. Je n’ai pas à déplorer de décès autour de moi, mais j’adresse mes sincères condoléances à ceux qui ont été frappés. Et, je renouvelle tout mon soutien aux soignants engagés en première ligne dans la lutte contre le virus. Il faut aussi remercié tous ces courageux anonymes qui ont travaillé dans les moments les plus difficiles. Grâce à eux, nous avons pu vivre sans vraiment manquer.

Ensuite, j’ai noté la prééminence et la puissance du numérique dans nos vies de confinés. Bien des choses ont pu être possibles grâce à cet outil et je pense que la digitalisation aura fait une avancée majeure dans cette période. Pour le meilleur ou pour le pire.

Je me souviendrai aussi de la nature chantante débarrassée des humains, ces virus pour la planète. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère ou juste dans une sorte de parenthèse dans la destruction du monde ? L’avenir nous le dira. Je ne sais qu’une chose, nous sommes capables de vivre en harmonie avec notre environnement. Ces 55 jours de pause l’ont prouvé.

Et, le virus étant toujours là dehors à roder, continuez à prendre soin de vous et de vos proches !

La saga des masques.

Confinée – semaine 1

Journal d’une blogueuse confinée pendant l’épidémie du Coronavirus.

On s’en doutait un peu vue l’évolution de la situation sanitaire depuis une semaine, mais voilà que nous nous sommes tous retrouvés confinés chez nous à partir du lundi 16 mars 2020, et officiellement en France depuis le 17 mars à midi, à cause du nouveau fléau, l’ennemi de l’humanité : le Coronavirus.

Me voilà donc depuis en 24/7 avec ma famille. On les appellera T. et M. dans la suite du récit. Je dois préciser que nous sommes confinés dans des conditions très privilégiées de part notre choix de vivre en province. Notre habitation principale est une grande maison à la campagne avec jardin. Nous avons un bureau indépendant chacun, tout équipé pour le télétravail. En effet, le travail à distance est déjà largement développé dans notre secteur d’activité. Alors, ce jour là, nous avons fait comme d’habitude : nous avons allumé la box et connecté le VPN. Nous avions juste allumé un cierge pour qu’il tienne (et il a tenu).

T. fait (un peu) grise mine, car en deuxième année de classe prépa, le voilà confiné à quelques semaines des concours. Pour le reste, s’agissant d’un gamer, le confinement ne lui fait pas peur. Je dirai même que c’est plutôt son état normal. Assez vite dès lundi, ses professeurs ont pu assurer les cours par internet. Cela s’est relativement bien passé pour lui. Un peu moins pour d’autres moins bien équipés en matériel informatique. En parallèle des cours, il échange avec les autres élèves via Discord. Néanmoins, il n’est plus qu’à 50% de cours, bien loin du rythme effréné de la normale. A date, il ne sait pas vraiment si les concours seront maintenus ou pas. Il a surtout peur de devoir faire une année de plus.

M., lui bosse dans les ressources humaines. Il angoisse sur cette maladie depuis qu’elle est apparue en Chine. En effet, il souffre déjà de diverses pathologies (les fameuses co-morbidités) et ce virus est certainement très dangereux pour lui. Déjà, il m’avait regardée d’un sale oeil lorsque j’avais assisté le mardi précédent à un spectacle de danse. Tout juste si je n’étais pas une criminelle.

Lundi : début du confinement

Dès le lundi, nous avons reçu un mail de nos employeurs nous enjoignant de rester chez nous. De ce fait, pour nous le confinement a commencé avec un jour d’avance. Après ce premier mail, nous avons tenté de travailler normalement, mais les messages « spécial Coronavirus » se sont succédés toutes la journée ainsi que les call pour préciser les modalités pratiques pour assurer la continuité d’activité.

Au bout du fil, les collègues étaient entre angoisse et résignation, certains clairement dépassés avec les enfants à la maison ou avec des problèmes de logistique. De mon côté, je fais semblant de rester concentrée, mais en fait une foule de questions se pressent dans ma tête. Je pense que je serais plus utile ailleurs, mais je dois assurer le back-up de ma boss au cas où.

M. devant gérer plein de problèmes RH associés au confinement, passe sa vie en réunion de crise. Je fais des pauses café avec lui pour discuter des dernières nouvelles du front. C’est un peu le chaos, car certains salariés n’avaient pas d’ordinateur portable. Partout, plein de trucs qui n’étaient pas autorisés jusque là, l’ont été au final, ce qui a permis de débloquer beaucoup de situations. L’objectif pour les entreprises est et sera tout le long de la crise de maintenir l’appareil de production en état de fonctionner, même si on suppose que la productivité sera largement entamée pour diverses raisons.

T. nous indique de son côté qu’il mourrait plus facilement d’une crise d’asthme que du Corona virus, le voilà à court de Ventoline. Heureusement, le médecin de famille contacté par téléphone nous a envoyé dès le lendemain une ordonnance par mail. Il faut une telle crise pour que le déploiement de pratiques numériques se réalise. S’il peut en rester quelque chose après tout ça, on ne pourra que s’en féliciter.

Mardi : Le confinement officiel «  Nous sommes en guerre »

Nous gardons nos rituels matinaux. Le seul truc qui change, c’est que le chemin du travail est nettement moins encombré. Pas mal de collègues parisiens étant sur le chemin de l’exode, le nombre de mails reçus se tarit. J’imprime la fameuse attestation du ministère de l’intérieur pour mes co-confinés. Je tente de travailler normalement tout en suivant l’actualité sur mon smartphone. Depuis le début de l’épidémie, j’avais promis d’être plus présente sur mon compte Twitter afin que la beauté illumine notre sombre réalité. Je m’y emploie depuis du mieux que je peux pendant mes pauses et le soir. En parallèle, j’échange avec un ami médecin en mode marraine de guerre. J’ai lâché temporairement mon hibernation sur NETFLIX pour les réseaux sociaux.

Mercredi : tout est (presque) normal

Nous faisons comme si tout était normal, mais le coeur n’y est pas. Je pense aux collègues imprudents qui sont partis en voyage depuis le début mars. Vont-ils pouvoir revenir ? Moi j’ai fait une croix sur mes périples de l’année. Ces moments de respiration et d’inspiration indispensables pour moi. Je devais aller à Rome et en Chine. La bonne blague. C’était sans compter sur notre ennemi à tous.

Curieusement, maintenant, je me sens beaucoup plus proches des gens du monde entier qui me suivent sur Twitter. J’essaie de tweeter mon quotidien de confinée ainsi que les pensées contradictoires qui m’assaillent. Je suis plutôt d’un naturel mélancolique, mais là depuis le début de l’épidémie, je me lâche un peu. Dans la foulée de mon addiction aux sageuks, j’ai poursuivi promotion de l’Hallyu, la vague coréenne. Un peu taquine, je publie des pics de très beaux acteurs ou chanteurs de K-Pop. Je découvre l’Army de BTS et toute sa puissance. Je continue mon immersion dans le phénomène avant d’écrire un truc drôle dessus. Cette légèreté acidulée compense la lourdeur du contexte que nous vivons tous. Cela me donne de la force de me tourner vers les autres et de soutenir le moral de pas mal de gens.

Jeudi : la sortie courses.

Ce matin là, j’avais été désignée pour aller au ravitaillement. En effet, le frigo était vide, et il fallait que quelqu’un se dévoue. J’ai donc filé, juste armée de mes gants en cuir et de mon attestation dûment remplie, vers le supermarché le plus proche. C’était le matin à l’ouverture. Les entrées étaient filtrées par un vigile. Se tenant bien à l’écart, il nous laissait passer au compte-gouttes. Dans la file d’attente, nous gardions nos distance chacun derrière nos caddies. Beaucoup portaient des masques ainsi que des gants en plastique. Les mines étaient graves et silencieuses. Nous n’oubliions pas que nous étions dans ce qu’on appelait un cluster avant le confinement. Une voiture de la gendarmerie nous longea au ralenti. Ces derniers ne jouèrent pas les cowboys et s’éloignèrent en nous détaillant comme des pestiférés. J’entrai bientôt, il avait peu de monde à l’intérieur et ceux que je croisais, je m’en tenais bien éloignée. Je ne traînais pas non plus, ne trouvant pas tout de la liste. En effet, tout ce qui étaient surgelés, boîtes ou pâtes avaient été largement dévalisés sans doute les jours précédents. Je me limitais au nécessaire, loin des achats compulsifs de certains. Les caissières assuraient leur activité derrière une barrière de plexiglass. Tous les clients les encourageaient. Au retour, je déposais mes vêtements et gants dans le garage après avoir monté les courses. Ensuite, je procédai à un lavage soigneux des mains et à une désinfection à l’alcool des poignées de porte.

Vendredi : ne pas faire d’erreurs

Au final, dans le confinement, tout revient à définir des stratégies pour éviter d’être contaminé par quelque chose ou quelqu’un venant de l’extérieur. Le virus pouvant rester actif assez longtemps sur certaines surfaces. On s’habitue vite aux gestes barrière dès qu’on a en mains un truc qui a pu être potentiellement être touché par quelqu’un (poubelles, journaux, courses…). On essaie de ne pas faire d’erreurs.

J’appelle ma mère et son compagnon pour voir si tout va bien de leur côté. Ils ne sortent plus et se font livrer le ravitaillement par des membres de la famille. Eux, généralement entourés de monde doivent trouver le temps bien long. Rassurée de ce côté, je poursuis mon activité un peu surréaliste. Nul n’est dupe de la complexité de la situation. Nous faisons plus de psy que de pilotage, mais c’est normal. La hiérarchie n’est pas dogmatique, nous sommes clairement en best effort hormis pour les salariés assurant la continuité d’activité.

Fatigue de la semaine aidant, face au nouveau décompte morbide du DGS et aux rumeurs sur le tri des malades, M. nous fait une crise d’angoisse. Il se voit mort avant la fin de l’épidémie. Nos mots n’arrivent pas à le rassurer. Je m’éloigne après le repas pour faire retomber le bad mood qui s’en suit. Je mets en boucle l’album «  The eye of the storm » du groupe de rock japonais One Ok Rock (mon album du confinement).

Samedi : on se bouge un peu

L’arrivée du WE n’est pas de trop. Le télétravail était devenu envahissant, nous y passions jusqu’à 12h par jour. J’attaque la rédaction de cet article, tout en éliminant un minimum de poussière en guise d’activité sportive. En effet, j’avais demandé à la dame qui m’aide pour le ménage de ne pas venir, tout en lui garantissant un salaire normal durant la période de confinement. Je sais qu’elle s’occupe de personnes âgées par ailleurs, pas la peine de rajouter des contacts inutiles. T. retourne à ses jeux de stratégie en ligne et M. prend le soleil en tondant l’herbe dans le jardin. L’atmosphère est redevenue beaucoup plus sereine que la veille.

Dimanche : ça va durer

Voilà déjà une première semaine de passée. Quelques contacts dans le secteur de la santé nous annoncent un pic épidémique vers le 12 avril. Je n’imagine pas de ce fait que nous sortions du confinement avant la fin avril, hormis si nous sommes massivement testés. Personnellement, je n’ai pas peur. J’ai juste l’angoisse de refiler la maladie à mes proches plus fragiles. Donc, je ne sortirai que si c’est vraiment indispensable.

Par ailleurs, je ne veux pas entrer dans la polémique autour de la mauvaise gestion de la crise. J’en vois faire le procès de Nuremberg avant d’avoir gagné la guerre. Je pense qu’à ce stade nous devrions tous être soudés et solidaires. Le temps des comptes viendra plus tard. Là, nous n’oublierons pas, en pleurant nos morts, que nous avions manqué de masques, de tests ou de respirateurs. Alors oui, si nous sommes encore là, nous irons chercher les responsables et ils seront sanctionnés dans les urnes. Car, j’espère que d’ici là nous vivrons toujours dans une démocratie. Oui, ce sera plus tard. Quand nous aurons terrassé, tous ensemble, l’ennemi de l’humanité. Prenez-soin de vous.

Quand je suis devenue accro aux sageuk

Cela fait déjà bien longtemps que j’apprécie l’originalité du cinéma coréen, mais il n’y a que depuis quelques années que je m’intéresse aux séries historiques du pays du matin calme. On peut remercier Netflix qui en propose une grande quantité dans son catalogue. Je pense que la plateforme de streaming, au delà des aspects mercantiles, est un formidable vecteur pour découvrir d’autres cultures. Bien évidemment ce n’est qu’un point de départ qui doit s’approfondir par la lecture et les voyages.

Rookie historian

Dans l’univers des kdramas, les séries historiques qu’on nomme aussi sageuk forment une catégorie particulière. L’intrigue se déroule en majorité pendant la période Joseon (de 1392 à 1910), mais peut aussi se référer à des périodes plus anciennes de l’histoire de la Corée. On peut trouver plusieurs types de sageuk. Celles qui racontent de façon romancée un moment de l’histoire du pays, les séries qui utilisent juste un fond historique pour raconter une histoire (d’amour ou autre) et les dramas fantastiques se déroulant dans le passé. Sur cette dernière catégorie, qui m’attire moins, je ne citerai que la remarquable « Kingdom » une histoire de zombies qui sort de l’ordinaire avec une photographie somptueuse. J’attends avec impatience la saison 2 qui sortira en mars sur Netflix.

Se lancer dans une telle addiction demande un peu d’effort au préalable. A savoir passer outre les sous-titres et les saisons à rallonge. Si une majorité de ces séries tournent autour d’une vingtaine d’épisodes, les meilleures vont jusqu’à la cinquantaine. Autant dire que tu auras du mal de les finir en un week end. Il te faudra donc de la volonté si tu veux aller jusqu’au bout. Cependant, pas d’inquiétude, passé les premiers épisodes où te sens parfois perdu, tu seras très souvent emporté dans des histoires aux rebondissements multiples et remplies de personnages attachants. Après si tu finis par te lasser, ce n’est pas grave, passe à une autre qui t’accrocheras plus. Moi-même j’en ai abandonné certaines, même parmi les plus prestigieuses, car je n’étais pas attrapée par l’histoire ou le jeu des acteurs.

Par ailleurs, même si l’intrigue de base est une romance, il ne faut pas t’attendre à y voir de grandes effusions. Il faut parfois patienter plus de la moitié de la série, pour y voir ne serait-ce qu’un sage baiser. Le corps des femmes est peu érotisé ou alors d’une façon très subtile. Cependant, il n’est pas rare de voir des poitrines masculines exhibées. Et plus largement, la beauté des hommes est très souvent mise en avant. Est-ce à dire que le sageuk s’adresse plus aux femmes ? Je pense plutôt qu’il s’agit d’un genre de séduction qui est simplement plus largement toléré pour les hommes. Dans le genre retape, il n’est pas rare, de même, d’apercevoir des stars de la Kpop le plus souvent dans des seconds rôles. Les producteurs ne perdent pas le nord, trouvant là un filon pour attirer les spectateurs, notamment les plus jeunes.

Par ailleurs, difficile d’y trouver des personnages qui sortent des normes sexuelles admises en Corée. Même si « SungkyunKwan scandal » contourne le sujet avec une histoire d’amour entre deux étudiants dont l’un est en fait une femme déguisée en homme. Dans « Hwarang » l’un des jeunes membres du corps d’élite joué par Cho Yoon-Woo semble ouvertement gay et dans « Six flying dragons » l’épéiste Gil Tae Mi (Park Huyk-Kwon) est maquillé comme un camion. Après, les fujoshi pourront toujours se satisfaire de quelques bromances pour rêver sur de parfaits OTP (exemple : le couple Song Joong-Ki / Yoo Ah In dans « Sungkyunkwan scandal » ).

My country : the new age – Yi Bang-Won (Jang Huyk)

Si tu débutes dans le sageuk, je te propose quelques séries incontournables et passionnantes. La meilleure pour moi, car la mieux écrite, c’est « Six Flying Dragons ». Cette histoire raconte les évènements ayant mené à la création de la dynastie Joseon au travers de la vie plutôt agitée de différents protagonistes connus ou inconnus. Ce fond historique très intéressant (et sanglant) a d’ailleurs été repris plus récemment dans l’excellente « My country : the new age » avec un Yi Bang-Won plus mûr et plus sombre (joué par Jang Huyk).

Deuxième série incontournable : Empress Ki , une grande saga haute en couleurs et en rebondissements sur l’histoire d’une femme de Goryeo qui deviendra impératrice consort chez les Yuan. A noter, un trio d’acteurs talentueux dont le craquant Ji Chang Wook qui s’est fait connaître grâce à son rôle complexe dans cette série.

Empress Ki – Ha Ji-won dans le rôle titre

Après, dans un registre plus léger et rafraîchissant, j’ai beaucoup aimé « Rookie historian Goo Hae Ryung» avec un joli couple d’acteurs. L’intrigue rénove un peu le concept avec une héroïne qui brave le patriarcat sans pour cela devoir se déguiser en homme (ce qui est fréquent dans ce genre de séries exemple Sungkuynkwan scandal). Le prince écrivain de romances (campé par l’adorable Cha Eun Woo) sort lui aussi des clichés loin des personnages masculins très virils habituels. Motion spéciale pour ses costumes aux couleurs pastels super cutes.

Bref, je ne les citerai pas toutes, mais l’offre ne manque pas sur les plateformes pour rassasier les accros. De quoi se dépayser et rêver un peu, avant de faire le voyage sur les lieux. Ce que j’ai fait l’année passée. Là, au milieu du jardin secret des rois de Corée, j’avais l’impression d’avoir traversé l’écran. Comme si j’avais déjà vécu en ces lieux dans une vie antérieure grâce aux sageuk.

Autres séries à voir outre les séries déjà citées : « Moon embracing the sun » , « Haechi » , « The royal gambler » ou « Rebel : thief who stole the people » .

De nos amours virtuelles

Ne suis-je plus qu’une créature virtuelle ? N’existant uniquement que dans ce monde ci ? Parfois, sous prétexte de chercher l’inspiration ou avec un alibi sérieux pour le faire, je me perds dans la virtualité. Ce lieu où j’ai depuis plus de dix ans pris un cabanon (notamment) sur Twitter. Dès ces premiers temps, j’ai tenté de comprendre mon comportement là, ainsi que celui des autres.

Néanmoins, plus j’avance, moins je comprends ce que j’y fais réellement. Cet été, j’ai connu quelqu’un ici et l’expérience s’est avérée la plus éprouvante jamais vécue. Là, maintenant, dans ma réalité, je suis épuisée. Mon corps, fatigué de tant de nuits écourtées, se venge et me fait souffrir d’une manière ou d’une autre.

Parfois, nous sommes prisonniers pour de bonnes raisons de notre réalité, et la virtualité est le seul endroit où nous pouvons rêver. Où nous pouvons vivre nos rêves seul ou avec quelqu’un d’autre. Où nos âmes se trouvent et, parfois, s’enlacent pour une nuit ou plusieurs. Au début de l’été, j’ai croisé L. une âme errante, comme la mienne. Nous nous sommes reconnus dans notre obscurité. Celle que créent l’ennui, les difficultés du réel et la mélancolie issue d’un passé compliqué.

Cependant, alors que cette âme était sincère dans son approche, je ne l’étais pas. En fait, je n’y croyais pas. Je n’ai jamais connu que le jeu et la mystification en ces lieux. Rien de sérieux. Juste une succession de parties avec des joueurs plus ou moins bons. Bien vite, et dans l’ennui mortel des longs intervalles entre nos échanges, j’ai continué mes jeux avec d’autres. J’étais bien évidemment libre de le faire. Mais, à la longue, l’un de ces joueurs à pris trop d’importance et mon âme soeur en a pris ombrage. C’était pour L. le plus dangereux rival, ce B. Pourtant, c’était celui qui était le moins présent. Juste un fantôme aux multiples comptes, fuyant comme un vampire aux mille facettes. Volant de l’art ici, pour le publier ailleurs et y briller devant des dizaines de groupies énamourées.

Mais, voilà, cet imposteur de B. était cependant pertinent dans ses commentaires et appréciait mon art. J’ai toujours eu un faible pour les rares individus, fussent-ils des fantômes, qui s’intéressent à mes écrits. Sans doute est-ce le cas, de toutes ces personnes créatives à qui il dérobe poèmes d’amour et romantiques pensées. Et, que c’est certainement, ce qu’il cherche au final, entrer de leur intimité et la perturber. Multipliant les provocations machiavéliques, ce B. a toujours été une source permanente de conflits avec mon jaloux et passionné L. A bout, après plusieurs bagarres violentes, j’ai brutalement quitté ce dernier pour reprendre ma liberté de jouer. Non, pas pour retrouver B. qui avait, entretemps, disparu de mon paysage virtuel en détruisant jusqu’aux commentaires spirituels et mystérieux que j’avais rédigés sous ses posts. Non, juste pour être libre de vivre ici comme je l’entendais. Sans contraintes. Juste pour le fun.

Depuis, je vis ici sans L. Mes nuits sont plus longues, mais il n’est plus là. Il me manque. Sa voix lasse dans ses posts audio d’après minuit me manque. Le papillon posé sur la terre tatoué sur son épaule me manque. Comme ce dernier, son battement d’ailes invisibles, a causé une tornade dans ma virtualité. Maintenant, rien n’est plus comme avant. Et, je m’interroge. Avais-je l’amour ? L’ai-je laissé partir pour ne pas y avoir assez cru ? Peut-on réellement aimer quelqu’un qu’on a jamais touché physiquement ? Au final, cette histoire n’a fait qu’alimenter ma naturelle mélancolie.

Néanmoins, quand je consulte discrètement le compte de L. , je constate une jolie évolution. Il est devenu plus créatif. Il exprime plus ce qu’il avait en lui. Ce que j’avais vu de lui. J’en suis heureuse. J’espère qu’il va continuer. Je ne lui ai toujours voulu que du bien. Tout comme lui, je le sais. Et, peu à peu, l’espoir en moi renaît. Devenue créature virtuelle, par nécessité, je n’y suis pas condamnée. Je garde foi dans l’avenir, où délivrée de mes entraves, je m’envolerai vers des cieux plus cléments. Ailleurs. Là-bas, dans la réalité.

MeWe, oui mais.

Alors oui depuis l’auto-censure de Tumblr de décembre 2018, j’ai testé d’autres réseaux sociaux et j’ai suivi certains vieux amis sur l’application MeWe.

D’un premier abord l’application m’est apparue riche et semble avoir fusionné plein de fonctionnalités présentes sur ses ainées. Voilà ce que j’en ai retenu après quelques mois d’utilisation.

Les points forts :

1°) Les groupes

Créés par des utilisateurs ces groupes portent sur un thème et tu peux t’y abonner ou demander à y être invité. Dans le volume de groupes déjà existants, tu pourras toujours en trouver un qui correspondra à tes goûts. Après un certain temps, tu en trouveras d’autres, plus confidentiels, en fonction de tes publications et tu recevras des invitations. A toi de faire le tri la dedans, sous peine d’être très vite submergé. En effet, il te faudra publier un minimum pour pouvoir y rester et c’est très chronophage.

Du coup, avec cette notion de groupes, si tu publies régulièrement (et de la qualité), tu obtiendras vite des abonnés et tu n’auras pas l’effet solitude comme tu pouvais le subir sur Twitter ou Tumblr en débutant.

Si tu as vraiment le temps pour en gérer un, tu pourras même créer ton propre groupe (ou plusieurs) selon tes goûts. Tu pourras nommer des amis « administrateurs » pour t’aider dans la surveillance des publications.

2° ) La possibilité de modifier les messages

Que ce soit dans ton journal ou dans les chats, il y a possibilités de corriger ses messages. C’est une avancée considérable comparée à un Twitter par exemple.

3°) L’engagement de MeWe

  • Pas de revente des données personnelles
  • Pas de manipulation dans l’ordre de publication des informations
  • http://www.mewe.com/#video

4°) La relative liberté d’expression (pour l’instant)

De nombreuses personnes sont des réfugiés de Tumblr. Ils ont pu trouver là un espace où pouvoir continuer de s’exprimer ou de publier du NSFW. Cette dernière possibilité n’est pas mise particulièrement en avant par le réseau qui te catalogue assez rapidement dans une telle catégorie dès que tu publies des photos un peu trop sexy. Ton avatar est flouté et tu es très difficile à retrouver via l’application mobile. Les groupes NSFW ne sont pas accessibles simplement via la recherche sur des mots clés, ni même via leur nom. Mais, assez vite, en parcourant les publications de tes contacts, tu tomberas sur des liens qui te permettront de trouver ce qui tu cherches.

Les points noirs :

  • La surcharge du réseau, sans doute victime de son succès. Par moment, c’est très difficile de publier. Parfois, tu ne reçois pas les notifications en temps réel, mais décalées dans le temps.
  • De nombreux groupes assez populaires ont été supprimés d’un coup. C’est très frustrant pour leur propriétaire et pour les membres. Même si les communautés se reconstituent peu à peu, c’est une épée de Damoclès qui nécessite de prendre ses précautions : stocker ses photos ailleurs, avoir des comptes de back-up…
  • L’addiction : avec les groupes, la multiplication des contacts (abonnés), le truc devient rapidement assez addictif. Pas forcément une bonne chose pour quelqu’un dans mon genre qui publie déjà sur différents réseaux.

Personnellement, j’ai bien aimé ce réseau social où j’ai pu faire quelques rencontres assez sympathiques et surtout trouver de l’inspiration pour écrire. Mais, les points noirs sont rédhibitoires pour moi et, donc, je n’ai pas pu y rester. J’espère pour mes amis accros à ce réseau que les problèmes techniques seront résolus rapidement.