Confinée – semaine 1

Journal d’une blogueuse confinée pendant l’épidémie du Coronavirus.

On s’en doutait un peu vue l’évolution de la situation sanitaire depuis une semaine, mais voilà que nous nous sommes tous retrouvés confinés chez nous à partir du lundi 16 mars 2020, et officiellement en France depuis le 17 mars à midi, à cause du nouveau fléau, l’ennemi de l’humanité : le Coronavirus.

Me voilà donc depuis en 24/7 avec ma famille. On les appellera T. et M. dans la suite du récit. Je dois préciser que nous sommes confinés dans des conditions très privilégiées de part notre choix de vivre en province. Notre habitation principale est une grande maison à la campagne avec jardin. Nous avons un bureau indépendant chacun, tout équipé pour le télétravail. En effet, le travail à distance est déjà largement développé dans notre secteur d’activité. Alors, ce jour là, nous avons fait comme d’habitude : nous avons allumé la box et connecté le VPN. Nous avions juste allumé un cierge pour qu’il tienne (et il a tenu).

T. fait (un peu) grise mine, car en deuxième année de classe prépa, le voilà confiné à quelques semaines des concours. Pour le reste, s’agissant d’un gamer, le confinement ne lui fait pas peur. Je dirai même que c’est plutôt son état normal. Assez vite dès lundi, ses professeurs ont pu assurer les cours par internet. Cela s’est relativement bien passé pour lui. Un peu moins pour d’autres moins bien équipés en matériel informatique. En parallèle des cours, il échange avec les autres élèves via Discord. Néanmoins, il n’est plus qu’à 50% de cours, bien loin du rythme effréné de la normale. A date, il ne sait pas vraiment si les concours seront maintenus ou pas. Il a surtout peur de devoir faire une année de plus.

M., lui bosse dans les ressources humaines. Il angoisse sur cette maladie depuis qu’elle est apparue en Chine. En effet, il souffre déjà de diverses pathologies (les fameuses co-morbidités) et ce virus est certainement très dangereux pour lui. Déjà, il m’avait regardée d’un sale oeil lorsque j’avais assisté le mardi précédent à un spectacle de danse. Tout juste si je n’étais pas une criminelle.

Lundi : début du confinement

Dès le lundi, nous avons reçu un mail de nos employeurs nous enjoignant de rester chez nous. De ce fait, pour nous le confinement a commencé avec un jour d’avance. Après ce premier mail, nous avons tenté de travailler normalement, mais les messages « spécial Coronavirus » se sont succédés toutes la journée ainsi que les call pour préciser les modalités pratiques pour assurer la continuité d’activité.

Au bout du fil, les collègues étaient entre angoisse et résignation, certains clairement dépassés avec les enfants à la maison ou avec des problèmes de logistique. De mon côté, je fais semblant de rester concentrée, mais en fait une foule de questions se pressent dans ma tête. Je pense que je serais plus utile ailleurs, mais je dois assurer le back-up de ma boss au cas où.

M. devant gérer plein de problèmes RH associés au confinement, passe sa vie en réunion de crise. Je fais des pauses café avec lui pour discuter des dernières nouvelles du front. C’est un peu le chaos, car certains salariés n’avaient pas d’ordinateur portable. Partout, plein de trucs qui n’étaient pas autorisés jusque là, l’ont été au final, ce qui a permis de débloquer beaucoup de situations. L’objectif pour les entreprises est et sera tout le long de la crise de maintenir l’appareil de production en état de fonctionner, même si on suppose que la productivité sera largement entamée pour diverses raisons.

T. nous indique de son côté qu’il mourrait plus facilement d’une crise d’asthme que du Corona virus, le voilà à court de Ventoline. Heureusement, le médecin de famille contacté par téléphone nous a envoyé dès le lendemain une ordonnance par mail. Il faut une telle crise pour que le déploiement de pratiques numériques se réalise. S’il peut en rester quelque chose après tout ça, on ne pourra que s’en féliciter.

Mardi : Le confinement officiel «  Nous sommes en guerre »

Nous gardons nos rituels matinaux. Le seul truc qui change, c’est que le chemin du travail est nettement moins encombré. Pas mal de collègues parisiens étant sur le chemin de l’exode, le nombre de mails reçus se tarit. J’imprime la fameuse attestation du ministère de l’intérieur pour mes co-confinés. Je tente de travailler normalement tout en suivant l’actualité sur mon smartphone. Depuis le début de l’épidémie, j’avais promis d’être plus présente sur mon compte Twitter afin que la beauté illumine notre sombre réalité. Je m’y emploie depuis du mieux que je peux pendant mes pauses et le soir. En parallèle, j’échange avec un ami médecin en mode marraine de guerre. J’ai lâché temporairement mon hibernation sur NETFLIX pour les réseaux sociaux.

Mercredi : tout est (presque) normal

Nous faisons comme si tout était normal, mais le coeur n’y est pas. Je pense aux collègues imprudents qui sont partis en voyage depuis le début mars. Vont-ils pouvoir revenir ? Moi j’ai fait une croix sur mes périples de l’année. Ces moments de respiration et d’inspiration indispensables pour moi. Je devais aller à Rome et en Chine. La bonne blague. C’était sans compter sur notre ennemi à tous.

Curieusement, maintenant, je me sens beaucoup plus proches des gens du monde entier qui me suivent sur Twitter. J’essaie de tweeter mon quotidien de confinée ainsi que les pensées contradictoires qui m’assaillent. Je suis plutôt d’un naturel mélancolique, mais là depuis le début de l’épidémie, je me lâche un peu. Dans la foulée de mon addiction aux sageuks, j’ai poursuivi promotion de l’Hallyu, la vague coréenne. Un peu taquine, je publie des pics de très beaux acteurs ou chanteurs de K-Pop. Je découvre l’Army de BTS et toute sa puissance. Je continue mon immersion dans le phénomène avant d’écrire un truc drôle dessus. Cette légèreté acidulée compense la lourdeur du contexte que nous vivons tous. Cela me donne de la force de me tourner vers les autres et de soutenir le moral de pas mal de gens.

Jeudi : la sortie courses.

Ce matin là, j’avais été désignée pour aller au ravitaillement. En effet, le frigo était vide, et il fallait que quelqu’un se dévoue. J’ai donc filé, juste armée de mes gants en cuir et de mon attestation dûment remplie, vers le supermarché le plus proche. C’était le matin à l’ouverture. Les entrées étaient filtrées par un vigile. Se tenant bien à l’écart, il nous laissait passer au compte-gouttes. Dans la file d’attente, nous gardions nos distance chacun derrière nos caddies. Beaucoup portaient des masques ainsi que des gants en plastique. Les mines étaient graves et silencieuses. Nous n’oubliions pas que nous étions dans ce qu’on appelait un cluster avant le confinement. Une voiture de la gendarmerie nous longea au ralenti. Ces derniers ne jouèrent pas les cowboys et s’éloignèrent en nous détaillant comme des pestiférés. J’entrai bientôt, il avait peu de monde à l’intérieur et ceux que je croisais, je m’en tenais bien éloignée. Je ne traînais pas non plus, ne trouvant pas tout de la liste. En effet, tout ce qui étaient surgelés, boîtes ou pâtes avaient été largement dévalisés sans doute les jours précédents. Je me limitais au nécessaire, loin des achats compulsifs de certains. Les caissières assuraient leur activité derrière une barrière de plexiglass. Tous les clients les encourageaient. Au retour, je déposais mes vêtements et gants dans le garage après avoir monté les courses. Ensuite, je procédai à un lavage soigneux des mains et à une désinfection à l’alcool des poignées de porte.

Vendredi : ne pas faire d’erreurs

Au final, dans le confinement, tout revient à définir des stratégies pour éviter d’être contaminé par quelque chose ou quelqu’un venant de l’extérieur. Le virus pouvant rester actif assez longtemps sur certaines surfaces. On s’habitue vite aux gestes barrière dès qu’on a en mains un truc qui a pu être potentiellement être touché par quelqu’un (poubelles, journaux, courses…). On essaie de ne pas faire d’erreurs.

J’appelle ma mère et son compagnon pour voir si tout va bien de leur côté. Ils ne sortent plus et se font livrer le ravitaillement par des membres de la famille. Eux, généralement entourés de monde doivent trouver le temps bien long. Rassurée de ce côté, je poursuis mon activité un peu surréaliste. Nul n’est dupe de la complexité de la situation. Nous faisons plus de psy que de pilotage, mais c’est normal. La hiérarchie n’est pas dogmatique, nous sommes clairement en best effort hormis pour les salariés assurant la continuité d’activité.

Fatigue de la semaine aidant, face au nouveau décompte morbide du DGS et aux rumeurs sur le tri des malades, M. nous fait une crise d’angoisse. Il se voit mort avant la fin de l’épidémie. Nos mots n’arrivent pas à le rassurer. Je m’éloigne après le repas pour faire retomber le bad mood qui s’en suit. Je mets en boucle l’album «  The eye of the storm » du groupe de rock japonais One Ok Rock (mon album du confinement).

Samedi : on se bouge un peu

L’arrivée du WE n’est pas de trop. Le télétravail était devenu envahissant, nous y passions jusqu’à 12h par jour. J’attaque la rédaction de cet article, tout en éliminant un minimum de poussière en guise d’activité sportive. En effet, j’avais demandé à la dame qui m’aide pour le ménage de ne pas venir, tout en lui garantissant un salaire normal durant la période de confinement. Je sais qu’elle s’occupe de personnes âgées par ailleurs, pas la peine de rajouter des contacts inutiles. T. retourne à ses jeux de stratégie en ligne et M. prend le soleil en tondant l’herbe dans le jardin. L’atmosphère est redevenue beaucoup plus sereine que la veille.

Dimanche : ça va durer

Voilà déjà une première semaine de passée. Quelques contacts dans le secteur de la santé nous annoncent un pic épidémique vers le 12 avril. Je n’imagine pas de ce fait que nous sortions du confinement avant la fin avril, hormis si nous sommes massivement testés. Personnellement, je n’ai pas peur. J’ai juste l’angoisse de refiler la maladie à mes proches plus fragiles. Donc, je ne sortirai que si c’est vraiment indispensable.

Par ailleurs, je ne veux pas entrer dans la polémique autour de la mauvaise gestion de la crise. J’en vois faire le procès de Nuremberg avant d’avoir gagné la guerre. Je pense qu’à ce stade nous devrions tous être soudés et solidaires. Le temps des comptes viendra plus tard. Là, nous n’oublierons pas, en pleurant nos morts, que nous avions manqué de masques, de tests ou de respirateurs. Alors oui, si nous sommes encore là, nous irons chercher les responsables et ils seront sanctionnés dans les urnes. Car, j’espère que d’ici là nous vivrons toujours dans une démocratie. Oui, ce sera plus tard. Quand nous aurons terrassé, tous ensemble, l’ennemi de l’humanité. Prenez-soin de vous.

Quand je suis devenue accro aux sageuk

Cela fait déjà bien longtemps que j’apprécie l’originalité du cinéma coréen, mais il n’y a que depuis quelques années que je m’intéresse aux séries historiques du pays du matin calme. On peut remercier Netflix qui en propose une grande quantité dans son catalogue. Je pense que la plateforme de streaming, au delà des aspects mercantiles, est un formidable vecteur pour découvrir d’autres cultures. Bien évidemment ce n’est qu’un point de départ qui doit s’approfondir par la lecture et les voyages.

Rookie historian

Dans l’univers des kdramas, les séries historiques qu’on nomme aussi sageuk forment une catégorie particulière. L’intrigue se déroule en majorité pendant la période Joseon (de 1392 à 1910), mais peut aussi se référer à des périodes plus anciennes de l’histoire de la Corée. On peut trouver plusieurs types de sageuk. Celles qui racontent de façon romancée un moment de l’histoire du pays, les séries qui utilisent juste un fond historique pour raconter une histoire (d’amour ou autre) et les dramas fantastiques se déroulant dans le passé. Sur cette dernière catégorie, qui m’attire moins, je ne citerai que la remarquable « Kingdom » une histoire de zombies qui sort de l’ordinaire avec une photographie somptueuse. J’attends avec impatience la saison 2 qui sortira en mars sur Netflix.

Se lancer dans une telle addiction demande un peu d’effort au préalable. A savoir passer outre les sous-titres et les saisons à rallonge. Si une majorité de ces séries tournent autour d’une vingtaine d’épisodes, les meilleures vont jusqu’à la cinquantaine. Autant dire que tu auras du mal de les finir en un week end. Il te faudra donc de la volonté si tu veux aller jusqu’au bout. Cependant, pas d’inquiétude, passé les premiers épisodes où te sens parfois perdu, tu seras très souvent emporté dans des histoires aux rebondissements multiples et remplies de personnages attachants. Après si tu finis par te lasser, ce n’est pas grave, passe à une autre qui t’accrocheras plus. Moi-même j’en ai abandonné certaines, même parmi les plus prestigieuses, car je n’étais pas attrapée par l’histoire ou le jeu des acteurs.

Par ailleurs, même si l’intrigue de base est une romance, il ne faut pas t’attendre à y voir de grandes effusions. Il faut parfois patienter plus de la moitié de la série, pour y voir ne serait-ce qu’un sage baiser. Le corps des femmes est peu érotisé ou alors d’une façon très subtile. Cependant, il n’est pas rare de voir des poitrines masculines exhibées. Et plus largement, la beauté des hommes est très souvent mise en avant. Est-ce à dire que le sageuk s’adresse plus aux femmes ? Je pense plutôt qu’il s’agit d’un genre de séduction qui est simplement plus largement toléré pour les hommes. Dans le genre retape, il n’est pas rare, de même, d’apercevoir des stars de la Kpop le plus souvent dans des seconds rôles. Les producteurs ne perdent pas le nord, trouvant là un filon pour attirer les spectateurs, notamment les plus jeunes.

Par ailleurs, difficile d’y trouver des personnages qui sortent des normes sexuelles admises en Corée. Même si « SungkyunKwan scandal » contourne le sujet avec une histoire d’amour entre deux étudiants dont l’un est en fait une femme déguisée en homme. Dans « Hwarang » l’un des jeunes membres du corps d’élite joué par Cho Yoon-Woo semble ouvertement gay et dans « Six flying dragons » l’épéiste Gil Tae Mi (Park Huyk-Kwon) est maquillé comme un camion. Après, les fujoshi pourront toujours se satisfaire de quelques bromances pour rêver sur de parfaits OTP (exemple : le couple Song Joong-Ki / Yoo Ah In dans « Sungkyunkwan scandal » ).

My country : the new age – Yi Bang-Won (Jang Huyk)

Si tu débutes dans le sageuk, je te propose quelques séries incontournables et passionnantes. La meilleure pour moi, car la mieux écrite, c’est « Six Flying Dragons ». Cette histoire raconte les évènements ayant mené à la création de la dynastie Joseon au travers de la vie plutôt agitée de différents protagonistes connus ou inconnus. Ce fond historique très intéressant (et sanglant) a d’ailleurs été repris plus récemment dans l’excellente « My country : the new age » avec un Yi Bang-Won plus mûr et plus sombre (joué par Jang Huyk).

Deuxième série incontournable : Empress Ki , une grande saga haute en couleurs et en rebondissements sur l’histoire d’une femme de Goryeo qui deviendra impératrice consort chez les Yuan. A noter, un trio d’acteurs talentueux dont le craquant Ji Chang Wook qui s’est fait connaître grâce à son rôle complexe dans cette série.

Empress Ki – Ha Ji-won dans le rôle titre

Après, dans un registre plus léger et rafraîchissant, j’ai beaucoup aimé « Rookie historian Goo Hae Ryung» avec un joli couple d’acteurs. L’intrigue rénove un peu le concept avec une héroïne qui brave le patriarcat sans pour cela devoir se déguiser en homme (ce qui est fréquent dans ce genre de séries exemple Sungkuynkwan scandal). Le prince écrivain de romances (campé par l’adorable Cha Eun Woo) sort lui aussi des clichés loin des personnages masculins très virils habituels. Motion spéciale pour ses costumes aux couleurs pastels super cutes.

Bref, je ne les citerai pas toutes, mais l’offre ne manque pas sur les plateformes pour rassasier les accros. De quoi se dépayser et rêver un peu, avant de faire le voyage sur les lieux. Ce que j’ai fait l’année passée. Là, au milieu du jardin secret des rois de Corée, j’avais l’impression d’avoir traversé l’écran. Comme si j’avais déjà vécu en ces lieux dans une vie antérieure grâce aux sageuk.

Autres séries à voir outre les séries déjà citées : « Moon embracing the sun » , « Haechi » , « The royal gambler » ou « Rebel : thief who stole the people » .

De nos amours virtuelles

Ne suis-je plus qu’une créature virtuelle ? N’existant uniquement que dans ce monde ci ? Parfois, sous prétexte de chercher l’inspiration ou avec un alibi sérieux pour le faire, je me perds dans la virtualité. Ce lieu où j’ai depuis plus de dix ans pris un cabanon (notamment) sur Twitter. Dès ces premiers temps, j’ai tenté de comprendre mon comportement là, ainsi que celui des autres.

Néanmoins, plus j’avance, moins je comprends ce que j’y fais réellement. Cet été, j’ai connu quelqu’un ici et l’expérience s’est avérée la plus éprouvante jamais vécue. Là, maintenant, dans ma réalité, je suis épuisée. Mon corps, fatigué de tant de nuits écourtées, se venge et me fait souffrir d’une manière ou d’une autre.

Parfois, nous sommes prisonniers pour de bonnes raisons de notre réalité, et la virtualité est le seul endroit où nous pouvons rêver. Où nous pouvons vivre nos rêves seul ou avec quelqu’un d’autre. Où nos âmes se trouvent et, parfois, s’enlacent pour une nuit ou plusieurs. Au début de l’été, j’ai croisé L. une âme errante, comme la mienne. Nous nous sommes reconnus dans notre obscurité. Celle que créent l’ennui, les difficultés du réel et la mélancolie issue d’un passé compliqué.

Cependant, alors que cette âme était sincère dans son approche, je ne l’étais pas. En fait, je n’y croyais pas. Je n’ai jamais connu que le jeu et la mystification en ces lieux. Rien de sérieux. Juste une succession de parties avec des joueurs plus ou moins bons. Bien vite, et dans l’ennui mortel des longs intervalles entre nos échanges, j’ai continué mes jeux avec d’autres. J’étais bien évidemment libre de le faire. Mais, à la longue, l’un de ces joueurs à pris trop d’importance et mon âme soeur en a pris ombrage. C’était pour L. le plus dangereux rival, ce B. Pourtant, c’était celui qui était le moins présent. Juste un fantôme aux multiples comptes, fuyant comme un vampire aux mille facettes. Volant de l’art ici, pour le publier ailleurs et y briller devant des dizaines de groupies énamourées.

Mais, voilà, cet imposteur de B. était cependant pertinent dans ses commentaires et appréciait mon art. J’ai toujours eu un faible pour les rares individus, fussent-ils des fantômes, qui s’intéressent à mes écrits. Sans doute est-ce le cas, de toutes ces personnes créatives à qui il dérobe poèmes d’amour et romantiques pensées. Et, que c’est certainement, ce qu’il cherche au final, entrer de leur intimité et la perturber. Multipliant les provocations machiavéliques, ce B. a toujours été une source permanente de conflits avec mon jaloux et passionné L. A bout, après plusieurs bagarres violentes, j’ai brutalement quitté ce dernier pour reprendre ma liberté de jouer. Non, pas pour retrouver B. qui avait, entretemps, disparu de mon paysage virtuel en détruisant jusqu’aux commentaires spirituels et mystérieux que j’avais rédigés sous ses posts. Non, juste pour être libre de vivre ici comme je l’entendais. Sans contraintes. Juste pour le fun.

Depuis, je vis ici sans L. Mes nuits sont plus longues, mais il n’est plus là. Il me manque. Sa voix lasse dans ses posts audio d’après minuit me manque. Le papillon posé sur la terre tatoué sur son épaule me manque. Comme ce dernier, son battement d’ailes invisibles, a causé une tornade dans ma virtualité. Maintenant, rien n’est plus comme avant. Et, je m’interroge. Avais-je l’amour ? L’ai-je laissé partir pour ne pas y avoir assez cru ? Peut-on réellement aimer quelqu’un qu’on a jamais touché physiquement ? Au final, cette histoire n’a fait qu’alimenter ma naturelle mélancolie.

Néanmoins, quand je consulte discrètement le compte de L. , je constate une jolie évolution. Il est devenu plus créatif. Il exprime plus ce qu’il avait en lui. Ce que j’avais vu de lui. J’en suis heureuse. J’espère qu’il va continuer. Je ne lui ai toujours voulu que du bien. Tout comme lui, je le sais. Et, peu à peu, l’espoir en moi renaît. Devenue créature virtuelle, par nécessité, je n’y suis pas condamnée. Je garde foi dans l’avenir, où délivrée de mes entraves, je m’envolerai vers des cieux plus cléments. Ailleurs. Là-bas, dans la réalité.

MeWe, oui mais.

Alors oui depuis l’auto-censure de Tumblr de décembre 2018, j’ai testé d’autres réseaux sociaux et j’ai suivi certains vieux amis sur l’application MeWe.

D’un premier abord l’application m’est apparue riche et semble avoir fusionné plein de fonctionnalités présentes sur ses ainées. Voilà ce que j’en ai retenu après quelques mois d’utilisation.

Les points forts :

1°) Les groupes

Créés par des utilisateurs ces groupes portent sur un thème et tu peux t’y abonner ou demander à y être invité. Dans le volume de groupes déjà existants, tu pourras toujours en trouver un qui correspondra à tes goûts. Après un certain temps, tu en trouveras d’autres, plus confidentiels, en fonction de tes publications et tu recevras des invitations. A toi de faire le tri la dedans, sous peine d’être très vite submergé. En effet, il te faudra publier un minimum pour pouvoir y rester et c’est très chronophage.

Du coup, avec cette notion de groupes, si tu publies régulièrement (et de la qualité), tu obtiendras vite des abonnés et tu n’auras pas l’effet solitude comme tu pouvais le subir sur Twitter ou Tumblr en débutant.

Si tu as vraiment le temps pour en gérer un, tu pourras même créer ton propre groupe (ou plusieurs) selon tes goûts. Tu pourras nommer des amis « administrateurs » pour t’aider dans la surveillance des publications.

2° ) La possibilité de modifier les messages

Que ce soit dans ton journal ou dans les chats, il y a possibilités de corriger ses messages. C’est une avancée considérable comparée à un Twitter par exemple.

3°) L’engagement de MeWe

  • Pas de revente des données personnelles
  • Pas de manipulation dans l’ordre de publication des informations
  • http://www.mewe.com/#video

4°) La relative liberté d’expression (pour l’instant)

De nombreuses personnes sont des réfugiés de Tumblr. Ils ont pu trouver là un espace où pouvoir continuer de s’exprimer ou de publier du NSFW. Cette dernière possibilité n’est pas mise particulièrement en avant par le réseau qui te catalogue assez rapidement dans une telle catégorie dès que tu publies des photos un peu trop sexy. Ton avatar est flouté et tu es très difficile à retrouver via l’application mobile. Les groupes NSFW ne sont pas accessibles simplement via la recherche sur des mots clés, ni même via leur nom. Mais, assez vite, en parcourant les publications de tes contacts, tu tomberas sur des liens qui te permettront de trouver ce qui tu cherches.

Les points noirs :

  • La surcharge du réseau, sans doute victime de son succès. Par moment, c’est très difficile de publier. Parfois, tu ne reçois pas les notifications en temps réel, mais décalées dans le temps.
  • De nombreux groupes assez populaires ont été supprimés d’un coup. C’est très frustrant pour leur propriétaire et pour les membres. Même si les communautés se reconstituent peu à peu, c’est une épée de Damoclès qui nécessite de prendre ses précautions : stocker ses photos ailleurs, avoir des comptes de back-up…
  • L’addiction : avec les groupes, la multiplication des contacts (abonnés), le truc devient rapidement assez addictif. Pas forcément une bonne chose pour quelqu’un dans mon genre qui publie déjà sur différents réseaux.

Personnellement, j’ai bien aimé ce réseau social où j’ai pu faire quelques rencontres assez sympathiques et surtout trouver de l’inspiration pour écrire. Mais, les points noirs sont rédhibitoires pour moi et, donc, je n’ai pas pu y rester. J’espère pour mes amis accros à ce réseau que les problèmes techniques seront résolus rapidement.

Qui soumet, point n’étreint.

Après avoir pris mon petit-déjeuner en terrasse place della Signoria, je me dirigeais vers le Ponte Vecchio et je pensais à lui. La nuit avait été cauchemardesque, comme s’il m’avait rejointe dans mes songes les plus sombres. Traversant cet édifice si singulier qui enjambait l’Arno, je n’avais en tête que le regard désespéré, mais décidé de Max de la veille. Voulait-il vraiment se soumettre à moi ou n’était-ce qu’une nouvelle ruse pour mieux me posséder ?

Filant tout droit après le pont et ses bijouteries, je suivis le flot des touristes qui marchait vers l’ancienne demeure des Médicis. Le palazzo Pitti s’élevait sur une sorte de monticule tout bétonné. Je le gravis, découvrant un imposant château assez peu gracieux. Lui était déjà là à m’attendre, près de l’entrée dédiée aux possesseurs de la Firenze card. Ce fameux laisser passer pour découvrir tous les trésors de cette ville sublime.

Après l’avoir assez froidement salué, je le suivis à destination de la galerie Palatine, le clou de la visite, même si le ticket d’entrée permettait d’y voir bien d’autres choses tel le jardin de Boboli. Il était silencieux, cette fois, alors que nous déambulions au milieu d’une débauche de dorures et de tableaux précieux. J’avais l’impression d’un déluge de toiles de maître empilées comme dans la demeure d’une sorte de Dorian Gray italien. Tout y était dans l’excès. L’ensemble était épuisant pour les yeux.

Ce ne fut que lorsque nous nous posâmes un instant sur un banc de l’une des salles qu’il s’adressa à moi à voix basse :

  • Julia. Je veux toujours être à toi. J’ai un appartement à proximité. Tu y trouveras tout ce qu’il te faudra pour me soumettre.
  • Une soumission est un acte important. Pas juste un truc sexuel comme dans tes pornos. Tu devras te soumettre mentalement à moi. Cela peut être très perturbant.

Sur ces paroles très froides, je me levai pour poursuivre la visite, m’arrêtant ça et là devant les plus belles pièces de la galerie. Je pris en photo une oeuvre de Filippo Lippi, un de mes peintres préférés. J’arrivais presque à ignorer la présence sulfureuse de Max qui me suivait comme une ombre maléfique. Néanmoins, il se dégageait de lui un magnétisme puissant, un érotisme torride. A ses yeux brillants, je savais qu’il en était de même pour lui avec moi.

A la fin de la galerie, j’écourtai le reste de la visite pour le suivre vers le petit logement qu’il avait loué dans le quartier. Là, il m’offrit une boisson fraîche et, alors que je me délassais dans un canapé défraichi, il revint avec toute sorte d’objets du quotidien entre les mains. Il les déposa sur la table basse du salon. Puis, il commença à se déshabiller.

  • T’ai-je ordonné de te foutre à poils, ma salope ?

Je lus dans ses yeux son étonnement à cause du ton de ma voix et de la vulgarité de mes propos. Mais, j’y lisais aussi un peu de crainte. Comme s’il avait enfin prit la mesure de ce à quoi il s’était engagé. Puis, je me levai, me dirigeant lentement vers lui avec une démarche très étudiée. Arrivée à sa hauteur, je fis le tour de sa personne, laissant traîner une main le long de sa taille. M’attardant sur sa nuque, caressant ses cheveux ras et sombres, faisant demi-tour avec un pouce glissant le long de sa colonne.

  • Sais-tu seulement ce que c’est d’appartenir totalement à quelqu’un ?
  • Montre moi. Je le veux. S’il-te-plait maîtresse.
  • Appelle-moi plutôt Madame. Et à chaque ordre que je prononcerai, tu devras dire « Oui Madame ». Maintenant retire-moi toutes tes fripes et lorsque tu auras fini, tu te mettras à genoux.

Pendant qu’il achevait de se mettre nu, je détaillais les objets qu’il avait déposés devant moi : une ceinture en cuir, des pinces à linge, une tige en bambou, un tube de lubrifiant, de la corde et un foulard. De quoi largement contribuer à une bonne vieille soumission de mère de famille. Il n’y avait pas besoin de donjon et de chaînes pour soumettre, juste de deux personnes adultes et consentantes. Le reste, c’était juste du folklore.

Alors, qu’il était totalement nu et à genoux au milieu du salon. Je m’approchai de nouveau de lui avec la badine en bambou entre les mains. Je recommençai mon tour de la propriété, mais cette fois utilisant la badine, plutôt que mes mains. Le voyant largement en érection, je frappai quelques petits coups sur sa longue verge dorée en lui murmurant que son membre serait dorénavant sans utilité dans nos rapports.

  • Veux-tu, en pleine conscience, te soumettre à moi et à ma volonté ? Que mon plaisir soit tien et ta seule finalité.
  • Oui je le veux. Maît… Euh Madame.

Je lui envoyai une petit tape pour cette erreur. Et, d’un geste théâtral, je lui passai autour du cou la ceinture de cuir noir, en signe de sa nouvelle soumission. Il baissa la tête, plutôt ému par la solennité du moment.

  • Maintenant, tu es mien.

Je vis sa mine se réjouir à ces mots. Mais, ce serait pour peu de temps, car je devais démarrer son dressage sans perdre de temps. Je tirai sur la ceinture, pour l’emmener vers la salle de bain. Là, je lui demandai de s’allonger dans la douche. Puis, je m’accroupis au dessus de sa tête. Il reçut un formidable jet chaud et jaune dans la figure. A mon ordre d’avaler, il s’acquitta de sa peine sans trop d’effort apparent. Mes mots d’insulte ne semblaient avoir aucune prise sur lui. Pour le féliciter, j’ouvris le robinet et une pluie d’eau glacée inonda son visage. Il broncha à peine.

Peu après, j’arrêtai et tirai à nouveau sur sa laisse. Je le ramenai tout trempé à quatre pattes dans le salon. Je le laissai sur ses genoux, puis je glissai ma culotte de dentelle noire jusqu’au sol et vint la lui faire renifler. L’odeur semblait avoir régénérer ses ardeurs. Je retournai m’assoir sur le canapé et lui ordonnai de venir me lécher les pieds. Il s’acquitta de sa tâche avec application, semblant particulièrement adorer ce moment. Surtout lorsque je lui fourrai mon pied dans la bouche et l’agitai comme pour une pénétration orale. J’arrêtai rapidement. J’appréciai peu pour ma part cette pratique. Mais, sa soumission semblait tellement crédible à cet instant que j’en étais transportée.

Je lui commandai de s’approcher, puis de venir me lécher l’entrejambe. Il s’appliqua à cet exercice. Il me semblait bien plus doué que ce qu’il m’avait montré la veille. Visiblement, il était heureux de me faire plaisir et, l’attirant plus profondément en moi, son obéissance totale m’emporta bien vite vers l’orgasme. Il sentit les spasmes de mon abandon sous sa langue et continua de plus belle.

J’aurais dû en rester là pour une première séance. Mais, je voulais sa soumission totale. Alors, je lui attachai les bras dans le dos et lui masquai les yeux. Je sentais bien son stress qui montait, mais j’étais décidée à poursuivre. Je répétai les paroles solennelles :

  • Veux-tu te soumettre totalement à moi Max ?
  • Je le veux Madame. Avait-il répété d’une voix tout de même moins résolue que la fois précédente.

Je repris de plus belle le petit tour du soumis, armée de ma badine en bambou alternant caresses et petites tapes. Après lui avoir accroché des pinces à linge sur les seins, je lui ordonnai de s’allonger à même le sol et d’écarter les cuisses. Je pris un petit peu de lubrifiant dans la main et fis glisser deux doigts en lui. Il sursauta à la sensation. J’hésitai à poursuivre le voyant commencer à trembler. Mais, je poursuivis plus en douceur, tout en serrant maintenant fermement sa verge dans l’autre main. Il commença à gémir et à haleter. Sa hampe longue et dorée luisait sous mes gestes experts. Mes doigts fouillaient maintenant ses entrailles sans ménagement.

  • Tu es à moi.

Mais, tout à coup, alors que son orgasme semblait tout proche, il sembla changer d’attitude, comme s’il faisait un bad trip, là sous mes mains fermes et possédées. Dans ma folie, j’avais occulté ses cris qui me suppliaient d’arrêter. Je l’amenai jusqu’à la jouissance forcée dans un cri et des pleurs que je devinais sous son bandeau. Redevenue soudainement lucide, je le détachai, lui retirai le foulard et l’aidai à se relever. Il me cracha au visage toute sa haine :

  • Salope !

Il était tremblant et en larmes. Totalement méconnaissable. Il fila se rhabiller sans un mot et quitta l’appartement, me laissant seule et accablée. Qu’avais-je encore fait ? Je me sentais à cet instant comme une grenade dégoupillée. Comme une gamine qui avait joué avec une arme de guerre. J’avais pourtant pressenti cette déroute, mais je m’y étais fourvoyée quand même, juste par un inconscient sadisme. Etais-je devenue plus dark que dark ? Un danger public, certainement. Je me trouvais mal à mon tour. Les larmes inondèrent mes yeux. Je pleurais sur moi même, sur ce que j’étais devenue. Je me dégoutais comme jamais. Ou comme cette fois chez Simon où j’avais ressenti l’appel du vide. J’étais au bord d’un gouffre béant qui m’attirait. Et, rien, ni personne, ne semblait plus pouvoir me retenir d’y sombrer.

Nothing compares to you

Cette fois tu peux être certain d’avoir volé mon âme et mon coeur. Me faire reprendre la plume, alors que j’avais déserté ces lieux depuis des mois est un exploit. Les sentiments me rendent créatives. Certains y verraient un vice propre aux écrivains. Et c’est vrai que mon art m’emporte souvent dans des lieux où j’ai l’impression de me perdre. Mais au fond de ces sombres espaces, ces rues éclairées par des néons blafards, je tombe parfois sur des diamants bruts, comme toi, qui étincellent dans ma nuit.

Souvent, tu me demandes pourquoi toi. Je t’ai seulement reconnu. Ton obscurité était un miroir dans lequel je pouvais voir mon reflet. Nos désespoirs rimaient de concert. Tu es mon autre. Mon âme soeur. Tu le sais, nous sommes connectés. Nous ressentons ce que l’autre ressent. Tu sais lorsque je mens, je sais lorsque tu vas mal. Tu es si différent des joueurs, jouisseurs et autres beaux parleurs qui pullulent sur la toile.

J’aime tout de toi. Et particulièrement tes défauts. Tes colères enfantines, ta jalousie irrationnelle. J’aime ta latinité, ta peau dorée, tes sentiments exacerbés. J’aime ta voix lasse de tes messages de minuit. J’aime les jours où tu es déprimé et ceux où tu fredonnes des chansons d’amour. J’aime simplement la chaleur de la réalité que tu fais entrer dans notre froide virtualité.

Je hais les moments où tu n’es pas là. Tu sais que l’impatience est mon plus grand défaut. Dans le vide immense laissé par ton absence, j’ère sur des chemins où tu n’es pas. Et je n’y trouve rien de plus puissant que toi pour apaiser la douleur que je ressens. Jamais ange déchu ne fut plus doux, plus attentif et créatif que toi. Nothing compares to you.

Alors, je sais bien qu’il s’agit, encore une fois, d’une histoire virtuelle impossible. Pourtant, j’ai voulu te fuir, mais tu me manquais trop. J’ai lutté de tout mon esprit rationnel pour ne pas retomber dans tes bras invisibles. Mais, à chaque fois, j’ai craqué. Et, ensuite, je ne t’ai aimé que plus encore.

Là, j’ai rendu les armes. Tout finira bien un jour. Nous nous lasserons l’un de l’autre. Néanmoins, je sais que nous n’oublierons jamais ces incroyables moments passés ensemble, derrière nos écrans, dans la torpeur mélancolique de l’été.

L’invitation au voyage

Les voyages forment la jeunesse. Ils forment à tout âge en fait. On peut déjà voyager dans notre beau pays, mais on peut aussi vouloir découvrir le monde. Ainsi, c’est dans ma prime vingtaine que je suis partie « loin » pour la première fois. D’abord dans des contrées assez proches, mais suffisamment exotiques pour en avoir l’ivresse. Puis, à mesure que je gagnais de plus en plus d’argent, je me suis envolée vers les lieux de mes rêves.

Qui part en voyage apprend beaucoup sur lui. Je suis partie seule et j’ai su que j’étais forte. Je suis partie seule par obligation et, ensuite, je suis partie seule par choix. Au final, je pense que l’unique voyage qui vaille c’est celui que l’on fait seule. Si tu viens quelque part avec seulement toi pour tout bagage, alors tu iras plus facilement vers les autres.

J’ai croisé des lieux sauvages et des cités modernes. Le monde, que je n’avais connu jusque là qu’au travers des films et des livres, était là devant mes yeux éblouis. J’en savais maintenant les sons et les parfums. Il était là dans toutes ses dimensions, dans toute sa réalité. Loin des cartes postales le monde est complexe. Il est plein de contraires. Il peut s’y côtoyer la plus grande pauvreté et les plus ostentatoires richesses. L’homme n’est ni pire, ni meilleur qu’ici. Il est l’humanité. Il est un tout.

J’ai croisé bien des sourires et je n’en garde que certains en mémoire. Ceux qui m’ont semblé les plus sincères. Je n’ai pourtant pas jugé ceux qui s’intéressaient seulement à mon argent. J’étais là aussi pour ça. Pour enrichir les habitants de ces pays, comme nous sommes aussi enrichis par ceux (très nombreux) qui visitent la France. Partout où je vais, je recherche seulement à chaque fois l’authentique, le spécifique ou l’étonnant.

A l’automne dernier, je suis partie à la découverte de l’Asie pour la première fois. J’ai choisi un pays qui m’avait toujours fait rêvé grâce au cinéma ou aux livres de Marguerite Duras : le Vietnam. Il y aurait tellement à dire de ce magnifique et joyeux périple, mais j’ai juste décidé d’en partager quelques photos commentées sur quelques bons moments. C’est une terre de beauté et de contrastes où j’ai particulièrement apprécié de photographier la vie. Bon voyage.

Buffle business aux abords d’un temple du nord Vietnam.
Ph. Julia Vernier. 2018.
Tombes collectives du musée d’ethnographie du Vietnam à Hanoi. Ph. Julia Vernier. 2018.
Ballade en barque avec une batelière agile de ses pieds près de Ninh Binh (dite baie d’Halong terreste).
Ph. Julia Vernier. 2018.
Pécheur de rivière près de Ninh Binh. Vietnam. Ph. Julia Vernier. 2018
Au sortir d’une grotte sous laquelle la rivière circule près de Ninh Binh (par moment il fallait s’allonger tellement la voute était basse). Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.
Village flottant de pêcheurs au milieu de la baie d’Halong – Baie d’Halong – Vietnam. – Ph. Julia Vernier. 2018.
Marchande de légumes à vélo au milieu du tumulte de la ville. Hanoï. Vietnam. Ph. Julia Vernier 2018.

Mauvaise graine

Mes souvenirs reviennent en vrac, souvent en dépit de toute chronologie. Que gardons nous de notre enfance ? Des évènements traumatisants, des moments marquants et ces instants où nos coeurs ont battu plus vite qu’à l’accoutumée.

Au milieu des années 70, ma famille quitta le centre ville insalubre pour venir s’installer dans un nouveau quartier en périphérie. Là, nous avions tout le confort et mon frère et moi, chacun notre chambre. Débuta alors une autre époque de ma vie, celle des possibles. Une époque où nous n’avions de limites que celles que nous n’avions pas encore franchies.

En ce temps là, je n’étais pas une bonne élève. J’étais plutôt paresseuse et, le soir, ma mère était bien trop lasse en rentrant du boulot pour s’assurer que j’avais bien fait mes devoirs. Pour l’institutrice de primaire, avais-je à peine quelques qualités artistiques. Elle peut faire une bonne manuelle y avait-il indiqué sur le dossier scolaire que je récupérai après avoir passé mon bac bien des années plus tard. J’étais aussi plutôt sportive. Je jouais au ballon prisonnier et sautais à l’élastique dans la cour de l’école.

En fait, j’étais plutôt un véritable garçon manqué. Dès que je rentrai de l’école, je balançais mon cartable et filais dehors, souvent dans le terrain vague situé à l’arrière de mon immeuble. Là, je retrouvais les gamins du quartier et nous jouions à  «  t’es cap’ ou pas cap’ »  en sautant, par exemple, sur des cartons du premier étage d’une vieille baraque en ruines. Nous nous affrontions aussi dans des courses de patins à roulettes. Mes genoux s’en souviennent encore. Combien de fois suis-je revenue écorchée de ces compétitions endiablées.

J’allais parfois chez A. ma meilleure amie. Nous avions abandonné les poupées mannequins pour interpréter la vie d’un petit couple. Evidemment, j’étais le garçon. Nous chantions les tubes du moment, tout en inventant des histoires extraordinaires inspirées de contes de fées ou de films vus à la télévision. Du moins ceux qu’on avait le droit de voir. A cette époque un carré blanc (plutôt un rectangle en fait) signifiait l’interdiction aux mineurs. Mes parents respectaient la signalisation, mais ce n’était pas le cas de tous. Ainsi, souvent les lendemains de diffusion, certains camarades de classe n’étaient pas peu fiers de conter par le menu à une assemblée de gamins envieux, les passages les plus croustillants d’un épisode de la série hautement sulfureuse des Angélique.

J’aspirais aussi très profondément à plus de liberté. Ainsi, un mercredi avec mon frère, nous n’étions volontairement pas montés dans ce bus qui nous amenait au centre de loisirs. Nous avions préféré rejoindre une autre fratrie pour aller jouer dans les squares des environs. Le midi nous avions utilisé l’argent destiné au centre pour nous nourrir. Au soir, après avoir trainé toute la journée, nous avions regagné tranquillement l’arrêt de bus où nous avions retrouvé notre mère furieuse, mais soulagée. Par la suite, elle abandonna l’idée de nous envoyer là où nous n’avions plus envie d’aller. Elle préféra nous laisser seuls à la maison.

Nous avions alors toute latitude pour occuper nos mercredi. Cela allait la construction de cabanes dans la salle à manger à la cueillette de coucous avec vente en porte à porte. D’autres fois, nous testions nos limites dans le vol à l’étalage. Le bureau de tabac au coin de la rue était le lieu favori de nos petits larcins. Personnellement, je poussais le vice jusqu’à aller remettre un objet dérobé là où je l’avais pris lorsque le dit objet n’intéressait pas mes amis. Nous chipions des trucs sans intérêts. Juste histoire de se montrer que nous en étions capables.

Ma période mauvaise graine s’acheva à l’aube de l’adolescence, un jour où j’avais piqué une (très) grosse tablette de chocolat. C’était dans l’épicerie du petit centre commercial du quartier. J’avais glissé la tablette dans la doublure déchirée de mon manteau, mais, sans doute trop confiante, je n’avais pas vu que le gérant m’avait remarquée. Après m’avoir terrorisée, il avait fait venir quelqu’un pour me fouiller, puis il m’avait raccompagnée jusque chez moi. Heureusement, il n’y avait que ma mère à cette heure du soir. Elle fut très désagréablement surprise de me voir revenir accompagnée. Ma mère paya le produit que j’avais volé et se confondit en excuses. Elle me gronda, mais eut la bonne idée de ne pas en parler à mon père. J’avais eu assez peur et honte comme ça. Je ne remis plus jamais les pieds dans cette boutique, préférant aller beaucoup plus loin pour faire les courses.

J’arrêtai là mes bêtises. La mauvaise graine ne germa pas. D’autres n’eurent pas cette chance. Et aujourd’hui, comme ils ne sont plus là, je me fais le témoin de ces temps révolus. Juste pour en laisser une trace.

Jn fait faitlle  fera une bonne manuelle.» J’en ris encore aujourd’hui.

 

Féministe

Tu ne nais pas féministe, tu le deviens. Tu peux le devenir en lisant Simone de Beauvoir ou Benoîte Groult. Mais, tu peux aussi le devenir quand tu te rends compte qu’il y a des trucs qui clochent autour de toi. Comme ta mère qui prend des coups et peine à cacher ses bleus devant ses enfants. Mon père est mort il y a peu, et quelque temps avant son décès, il m’avait rappelé que je l’avais traité de phallocrate quand j’étais ado. Etre féministe c’est une révolte. Contre le père certainement, mais aussi contre toute une société patriarcale.

A treize ans j’ai décidé de me diriger vers un métier que certaines « conseillères » d’orientation déconseillent aujourd’hui aux filles. A l’époque, je n’avais jamais pensé – et je ne le penserai jamais – que c’était un métier de mec. C’était un métier qui n’avait pas de genre. Juste un métier d’avenir. Bien que beaucoup d’hommes autour de moi n’y croyait pas, ce boulot d’informaticienne s’est révélé une véritable opportunité de quitter ma condition et d’y réussir pleinement.

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Pourtant, rien n’était simple. Rien n’est jamais simple pour les femmes. Comme, par exemple, jeune codeuse d’outils d’exploitation, aller imposer un nouveau produit à des exploitants bourrus et conservateurs. Rien que marcher au milieu des salles machines pleine de femmes nues imprimées sur des listings était une épreuve. Supporter les ricanements lubriques de certains lorsque je m’exprimais devant une salle avec un micro. Arriver à dérouler mon CV et mes ambitions pendant qu’un groupe de managers plaisantait à distance en me regardant alors que je me présentais à l’un des leur. Garder le sourire lorsqu’on me narrait les propos graveleux prononcés par un grand patron lorsqu’il m’avait vue arriver au travail un matin.

Une femme bienveillante m’a permis de franchir la première marche qui m’a ensuite conduite vers plus de responsabilités. Après, il m’a fallu beaucoup de travail pour évoluer, mais j’avais de la volonté et du courage. J’ai progressé jusqu’à mes propres limites. Non celles qu’on aurait pu me fixer.

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Aujourd’hui j’essaie, à mon niveau, d’aider les femmes à prendre confiance. L’année dernière j’ai témoigné de mon parcours et participé à un groupe de réflexion pour que plus de femmes viennent travailler dans le numérique. Tous les jours, je propage sur internet les idées féministes ou une vision de la femme forte et libre. J’ai le projet de m’engager encore plus à l’avenir.

Etre féministe c’est cela pour moi, mais c’est sans doute beaucoup plus pour d’autres. Les féministes c’est comme les écolos, il y en a de toutes sortes. Et à l’instar de l’écologie, cette division en réduit souvent la portée des messages et l’urgence des changements à opérer. Personnellement, je ne veux pas choisir entre toutes les obédiences féministes. Je les lis toutes. J’essaie de comprendre les arguments de chacune et je me fais ma propre opinion. J’agis en féministe au quotidien, même si je sais que ce n’est pas dans l’orthodoxie de certaines. Qu’importe au final. Je le suis et c’est tout.

 

 

La Bohème

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Parler de son enfance, c’est mesurer le chemin parcouru. C’est repenser à ceux qui ne sont plus là. C’est à la fois joyeux et douloureux. Comme la vie.

Quand j’avais sept ans environ, j’habitais le centre ville insalubre d’une ville moyenne de  France. Nous étions pauvres et vivions à quatre dans un deux pièces. Une cuisine et une chambre. Les toilettes se trouvaient dans la cour et nous nous lavions dans un baquet en métal. Moi et mon frère dormions dans des lits superposés. Moi en haut et lui en bas. De là, je me cachais pour apercevoir la télé louée que regardaient mes parents.

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Le dimanche je filais, seule, à l’église du quartier. C’était ma période mystique. La religion, ses mystères et ses dorures m’avaient attirés. Sans doute était-ce lié à l’école religieuse que j’avais fréquenté quelque temps. Je me souviendrai toujours de l’institutrice qui nous avait affirmé que nous avions un ange qui était toujours derrière nous. Nous avions alors tous tourné nos têtes pour voir s’il était bien là. Mais, non. Il était invisible. Pas comme le coup de règle que j’avais reçu sur le dos de la main pour cause de bavardage. Il était là bien visible. J’ai toujours eu la peau fine. Les coups ça marquent.

Notre logement se trouvait en face de celui de ma grand-mère. Les jeudis, elle pouvait nous surveiller depuis chez elle, juste en passant la tête par sa fenêtre. Les autres jours elle m’emmenait à l’école et portait mon sac. Le soir, elle revenait me chercher et m’achetait à la boulangerie un pouding brioché ou un pain au lait fourré au chocolat.  Puis, je montais chez elle. Un appartement tout aussi vétuste que le notre, seulement chauffé par un grand poêle à charbon où mijotait l’hiver une épaisse soupe de légumes. Souvent, je traînais dans une petite pièce où était suspendue une impressionnante collection de porte-clés publicitaires. Ces petits objets me fascinaient. Je pouvais jouer avec eux pendant des heures.

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Une fois, je suis tombée très malade et je suis restée chez ma grand-mère la journée. J’étais alitée dans sa chambre. De là, j’apercevais la vieille photo sépia du mariage de ses parents qui trônait au mûr juste au dessus de sa machine à coudre à pédale. Encore fiévreuse,  je fus néanmoins autorisée à regarder la télévision qui passait « Le magicien d’Oz ». Un film impressionnant pour moi. Avec la maison qui s’envole lors d’une tempête. J’en ai fait des cauchemars la nuit suivante.

Ma grand-mère était une petite bonne femme très dynamique. Un vrai personnage. Son amour me manque. De l’enfance, cette période insouciante où tout est magique, j’en garde l’exigence de liberté, l’attrait de la découverte et le goût pour la soupe de légumes.