Aux sources de l’addiction

Par une belle journée de juin 1983, mes yeux fascinés et mes oreilles encore hantées par la musique ensorcelante, j’ai quitté la salle qui projetait « Furyo » qui venait d’être présenté au festival de Cannes. Quelques semaines plus tard, j’y suis retournée (ce qui est très rare pour moi). A l’image de la rencontre entre l’occident et l’orient de ce film de Nagisa Ōshima, j’ai succombé à l’attraction, avant que cela ne tourne beaucoup plus récemment à l’addiction. Il s’agit du tout premier film asiatique dont je me souviens vraiment. Non pas que j’étais ignorante de ces contrées lointaines, mais elles avaient seulement la saveur agitée d’un dragon nommé Bruce Lee. Cette fascination, qui a grandi peu à peu, prend sa source, vous l’aurez compris, dans ma passion pour le cinéma. C’est bien au fond d’un fauteuil d’une salle obscure que cette attirance est née. Il y a très, très longtemps.

Furyo

J’ai toujours trouvé que les femmes asiatiques étaient très belles et pour moi Gong Li a toujours été la plus belle femme du monde. Au-delà de son charme évident et son grand talent d’actrice, j’aime la force qui se dégage d’elle dans ses films.

  • Adieu ma concubine (霸王別姬, Bàwáng biéjī) est un film sinohongkongais réalisé par Chen Kaige, sorti en 1993.
  • Épouses et Concubines (chinois simplifié : 大红灯笼高高挂, chinois traditionnel : 大紅燈籠高高掛, pinyin : Dà Hóng Dēnglóng Gāogāo Guà) est un film chinois réalisé par Zhang Yimou et sorti en 1991.

C’est avec Old Boy que je me suis prise de passion pour le cinéma coréen et l’esthétique coréenne en général. Ce film a été un choc. Un dépaysement total. C’était ce que je cherchais à voir. Un scénario original et une cinématographie percutante. J’en ai vu beaucoup depuis, mais c’est avec ce film que j’ai véritablement eu un coup de foudre pour leurs productions.

Old Boy

Indochine et L’amant sont sortis la même année 1992. A l’issue de ces films, les voyages des français vers le Vietnam ont dû grimper en flèche. C’est avec le souvenir de ces films, et de quelques autres vus bien après, que j’ai pris mon billet pour Hanoï. J’avais tellement rêvé de la baie d’Halong. Quand j’ai vogué en ces lieux mythiques et magiques, alors que je prenais la photo d’un coucher de soleil, j’ai pensé un instant que maintenant je pouvais mourir.

Avec Little Buddha, puis Sept ans au Tibet j’ai découvert la religion/philosophie Bouddhiste. Deux films occidentaux qui ont porté la parole du Bouddhisme d’une façon positive. Aujourd’hui j’ai sculpté mon propre Bouddha qui trône sur une étagère proche de moi. Je fais brûler un peu d’encens parfois dans un magnifique objet provenant de Corée et la magie opère. J’aime la sérénité et les vibrations que je ressens dans les lieux de culte là-bas. Je ne crois en rien, mais si je le devais, il n’y aurait pas photo.

Sept Ans au Tibet (Seven Years in Tibet) est un film d’aventure francoaméricanobritannique de Jean-Jacques Annaud, réalisé en 1997.

Little Buddha est un film de Bernardo Bertolucci sur le bouddhisme, sorti en 1993.

Les films de Wong Kar-Wai parlent des choses de la vie, mais sont réalisés avec un sens aigu de l’esthétisme. Il y a dans ses films la couleur des amours impossibles. Il y a aussi les jeux de regards qui disent tellement. Je suis plutôt nulle pour trouver les références à certains film, mais lui je les reconnais toujours.

Revenir aux sources, c’est remonter le fil du temps et constater qu’il a sacrément défilé bien vite. C’est revenir aussi sur des moments d’émotion et des joies éphémères. Sur ces petits temps où notre esprit s’envole vers des ailleurs exotiques. L’herbe n’est pas plus verte dans le pré asiatique, elle a juste la couleur d’un lieu où tu voudrais t’étendre, fermer les yeux et ressentir.

Vivre et sourire au temps de la COVID

Alors que la voix d’outre tombe d’un message COVID du gouvernement sur France Inter me réveillait cette semaine, je songeais que je vivais comme dans un remake d’Un jour sans fin. Quelques jours plus tard, la même voix, se foutait de moi en en remettant une couche avec un :  «  Vous en avez marre d’entendre ce message ? ». Bienvenue en dystopie ! Vous ne rêvez pas, c’est la vie en 2021.

Un jour sans fin.

Chaque jour est identique au précédent. Je vais du lit au bureau et du bureau au lit. Tout de même avec un court passage dans la cuisine pour les repas de la journée ou quelques cafés. Cela fait des mois que je ne suis plus retournée dans les locaux de mon employeur. Ce dernier ayant décidé de nous placer en Télétravail 100% jusqu’à une date indéterminée. Comme dirait une collègue au téléphone : «  Le pire, c’est qu’on s’habitue ! » Oui, le propre de l’homme c’est de s’adapter à son environnement. Alors, je ne diffère pas de l’espèce.

Par rapport au premier confinement, où j’avais tenté de vivre normalement et de garder plus ou moins le même rythme de vie, là c’est tout autre chose. En premier lieu, mes horaires ont passablement évolué. Alors que j’ai toujours travaillé très tôt le matin, faisant généralement l’ouverture de l’open space, là, je me suis alignée sur les horaires des collègues parisiens. Même si ces derniers ne prennent plus les transports en commun pour justifier de ces horaires tardifs, ils ne démarrent jamais avant 9h-9h30. Bon, ils ont quand même les gosses à emmener à l’école. Du coup, pas la peine de quitter mon lit trop tôt. Pas la peine de passer trop de temps en maquillage dans la salle de bain, car la majorité du temps je suis sans. Pas nécessaire non plus de s’habiller de façon élégante, le vieux t-shirt+jean confortable suffit.

Je l’avoue, les premières heures de la matinée sont donc consacrées à poster sur Twitter. Lire les tweets plein de bonne humeur me donne un peu la pêche, car après, c’est un enchaînement de réunions plus ou moins passionnantes en utilisant différents médias. Les collègues ayant un pb de connexion/téléphone mobile, les gamins passant derrière leur parent en visio, les bruits de travaux ou d’animaux sont devenus des choses ordinaires dans le quotidien de nos échanges. Les pauses Tweets étant discrètes dans ce contexte, j’en profite à plusieurs moments d’ennui pour aller alimenter mes comptes.

Tout le monde tente de respecter plus ou moins la pause méridienne en mordant un peu de trente minutes par ici ou par là. Comme j’avais la flemme de préparer le déjeuner, je me fais maintenant livrer des plats tout prêts diététiques et bio. Cela fait bosser des gens de la restauration et évite de me faire perdre mon temps. Le livreur sympathique devenant un des rares humains que je croise la semaine. Alors que d’autres ont mis en place le rituel de la sieste, moi je m’accorde tout de même un peu de détente pour aller visionner le dernier épisode d’une série avant de me le faire spoiler par mes followers.

L’après-midi, rebelote, retour des réunions téléphoniques ou en visio, en parallèle de la réponse à divers messages instantanés en provenance de diverses applications. Le temps se partage entre les montagnes de mails à traiter, juste entrecoupé de quelques brefs instants où j’essaye de produire des livrables. C’est là que le travail empiète fréquemment sur la soirée, car il se termine rarement avant 19h. Alors autant dire qu’avec le couvre feu à 18h, il m’est IMPOSSIBLE de sortir. Comme le matériel pro est toujours là à disposition, j’y retourne sans peine parfois après le diner afin de profiter d’un peu de tranquillité pour travailler des sujets nécessitant une forte concentration.

Girl student freelancer working at home on a task, the cat is sitting on the window

Le plus difficile dans cette année de télétravail quasi permanent, c’est que j’ai vécu des réorganisations compliquées qui ont amené à un brassage conséquent des effectifs et des méthodes. Ceci a été réalisé totalement à distance. Alors, oui j’arrive à travailler avec des gens que je n’ai jamais vraiment vu. Cependant, le tout reste très formel. Oubliés les échanges autour d’un bon restaurant où je pouvais parler d’autre chose que du boulot. Par ailleurs, privé de discussions libres près de la machine à café, il m’est difficile de confier mon sentiment ou mes inquiétudes à quelqu’un par téléphone. Cela me rajoute du stress, alors que mon expérience m’en avait libéré. Etant en contact, de part mon activité, avec énormément de monde, j’en profite parfois pour discuter un peu avec certains. Tous me confient leur lassitude et leur souhait de retrouver, au plus tôt, une vie normale au travail et en dehors.

Alors, les sondages salariés n’étant pas forcément folichons, ma boîte comme beaucoup d’autres tente de proposer des retours sur site au compte-gouttes. Mais, il y a tellement de si, que ça me décourage de remettre les pieds dans ce potentiel nid à COVID. Par ailleurs, elle organise parfois des moments ludiques où les employés se retrouvent autour d’un jeu numérique et doivent échanger entre eux. Histoire de recréer l’impression d’être une équipe. Même si tous les moments de convivialité ont disparu depuis bientôt un an. Bref, le travail reste le travail. Et rien d’autre.

Pour la soirée, pas la peine de changer de fauteuil, ni d’écran. Je bascule seulement d’ordinateur. Je file juste regarder des contes de fées modernes qui se déroulent dans des lieux de rêve. C’est le voyage immobile. L’échappée belle numérique. Derrière mon clavier, j’échange ensuite mes avis avec des gens de la terre entière. Les commentaires sont joyeux et drôles. Un rien suffit pour nous amuser. Avec mes jeunes « mutus » je suis à jour de l’actualité de la KPOP, en plus du sujet qui nous rassemble tous. J’en vois parfois tellement passer dans ma TL que maintenant j’arrive à les reconnaître même de dos (ex : WONHO). Je pourrais râler, mais la vie de tous ces jeunes étant devenue tellement terne, je comprends cette profusion d’amour jetée dans le vide du net. Les Idols leur envoient une part de rêve. Qui peut leur reprocher ça en cette période compliquée ? La soirée se termine aux alentours de minuit. Je sais, je ne dors pas assez.

Le WE, abandonnée toute idée de sortie cinéma, concert, expo, restaurant… Il est essentiellement consacré à prendre soin et des nouvelles des proches, aux courses et au ménage de l’espace de vie+travail+loisirs. Une vie qui se réduit et se recentre sur la sphère familiale, aussi étouffante qu’elle puisse l’être parfois. Je garde, tout de même, un peu de temps pour écrire et entretenir mon statut de sérievore.

L’espoir revient quand même avec la vaccination qui a débuté en janvier. Des proches sont déjà vaccinés et c’est un grand soulagement pour moi. J’attends mon tour avec un peu d’impatience. Sans tirer trop de plans sur la comète, je me projette un peu dans l’avenir et envisage un nouveau voyage en Asie. Cette fois, ce sera la Thaïlande. Au-delà des clichés de carte postale, j’irai surtout sur les traces de ces séries qui m’ont faite rêver ou émue. Je me vois déjà déambuler, l’appareil photo en main, dans les rues de la vieille ville de Phuket, essayant de retrouver les lieux de tournage de l’émouvante  I told sunset about you. Cela ne dira rien à personne ici, mais pour moi cela veut dire beaucoup. C’est mon petit coin de ciel bleu, au milieu de toute cette grisaille.

Moi, humaine parmi d’autres, j’ai dû m’adapter à la situation. A l’image des deux petits « Gameboys » d’une série phénomène aux philippines, je vis et je souris avec le virus. Tout comme ces garçons du bout du monde, j’ai trouvé mon propre équilibre en attendant des jours meilleurs. Peut-être qu’à la sortie, je serai différente. Je le serai sans doute. Je serai encore plus moi-même.

Les séries Boys’ Love expliquées à ma mère

Voilà déjà un petit moment que mes abonnés Twitter voient passer dans leur TL des photos de jolis jeunes hommes asiatiques dont beaucoup de thaïlandais. A cela, je vais tenter (je dis bien tenter) de donner une explication en ces lieux.

#PerthTalay de la série My Engineer

Alors, j’ai déjà dû avouer ici que j’avais ouvert un compte Wattpad pour y publier des romans MxM (histoires d’amours d’hommes qui aiment les hommes) que j’écris depuis que je suis adolescente. Cet intérêt pour ce genre a débuté bien avant que je ne sache qu’il existait. Depuis, j’ai fait du chemin, me suis perdue par moment, mais j’ai retrouvé ma route sans chercher. J’ai seulement accepté ce que j’aimais vraiment écrire, sans me condamner, et j’ai filé partager ce goût avec mes semblables. Aujourd’hui on appelle BL, par extension sans doute abusive, toute cette sous-culture Boys’ Love. Elle englobe outre la littérature, les mangas Yaoi (prononcez bien le i à la fin ça fait japonais), les films, mais aussi, depuis ces dernières années les séries. Vous connaissiez déjà mon addiction aux séries asiatiques. Via la fréquentation de plateformes de streaming, je suis devenue – aussi – fan des dramas BL. Cependant, au delà de la partie visible de l’iceberg connue sur Viki, j’ai découvert une richesse incroyable dans la production internationale et j’ai pu mesurer l’ampleur du phénomène en Asie et ailleurs.

Même si le genre est né au japon, ce ne sont pas les japonais qui sont les principaux créateurs de séries BL. Il faut filer un peu plus à l’ouest pour trouver les plus gros producteurs, je dirais même les industriels de la série BL que sont les thaïlandais. Même si leurs dramas ne sont pas tous de très bonne qualité, ils en produisent plus d’une vingtaine par an. Dans un récent article du Courrier International on pouvait lire : “En Thaïlande, les séries sur les relations sentimentales entre hommes ne constituent plus une ‘sous-culture’, mais un courant dominant”, constate Jaruporn Kamtornnoppakun, producteur prolifique de séries #BL populaires. “La Thaïlande sera bientôt le centre mondial du genre.” Pour le centre mondial du genre, c’est un fait. Pour le courant dominant, il faut tout de même noter que sur Twitter le Hashtag #มายโป (#MileApo surnoms du couple vedette de la série en cours de tournage #KinnPorscheTheSeries) a été de nombreuses fois en TT en Thaïlande, faisant suite à la diffusion de leur trailer de folie début janvier 2021. A date, ce trailer a déjà atteint près d’un million et demi de vues sur Youtube (je soupçonne certain.e.s de l’avoir vu plusieurs fois).

Quand je parle d’industrie du BL en Thaïlande, on peut aisément faire le parallèle avec l’industrie de la KPOP en Corée. Ainsi les acteurs, largement présents sur les réseaux sociaux, contribuent à l’avant-vente puis à l’après-vente des séries via des publications quotidiennes de photos ou de videos. Les couples vedettes des séries à succès font des pubs sur les médias traditionnels ou participent ensemble à des émission de TV ou des concerts pour le plus grand plaisir de leur public. Il n’est pas rare que les couples d’acteurs ayant eu du succès jouent ensemble dans d’autres séries BL. Cette suractivité entretient la flamme de la communauté très active de leurs fans, comme peuvent le faire les idols de la musique coréenne. On retrouve d’ailleurs bon nombre de stan parmi les adeptes du genre.

#BrightWin dans 2Gether (Thaïlande)

A la faveur de l’épidémie, les spectateurs confinés se sont tournés vers internet et les plateformes de streaming pour se divertir et nombreux sont ceux qui ont croisé la route de célèbres séries BL très commentées sur les réseaux sociaux. Ainsi, la gentille série Thaï 2Gether, pourtant pas une référence pour les amateurs, a fait un carton partout dans le monde. Ce BL soft, avec en atout deux très beaux garçons en couple vedette se regarde avec plaisir et les épisodes sont accessibles librement sur Youtube (comme la grande majorité des séries thaïlandaises).

Après des débuts timides en 2020 avec la série/film Where your eyes linger les coréens semblent vouloir monter en puissance en 2021. On peut apprécier chez eux la qualité de l’interprétation, de la réalisation et de certains scénarios. En ce début 2021, je ne citerai que le très beau Color Rush. De nombreux pays d’Asie ont emboité le pas des Thaï, comme le Vietnam et surtout Les Philippines. Néanmoins, les scénarios les plus audacieux (et souvent les plus originaux) sont réalisés à Taïwan. Cette contrée un peu plus libérale en ce qui concerne l’homosexualité, nous a offert toute la série des HIStory (1,2,3). Ma préférée History 3 : Trapped, raconte l’histoire d’amour entre un policier et un fils de mafieux. La romance mêlée d’action et d’humour séduit par sa singularité et l’enthousiasme de ses interprètes.

Color Rush (Corée du sud)
HISTory 3 : Trapped (Taïwan)
«  From BL series I have learnt one thing and one thing only : Engineering = gay »

Vieille plaisanterie de fan de dramas thaï où la majorité des intrigues des séries se situent dans le milieu universitaire (et très souvent avec des étudiants ingénieurs).

#PerthTalay dans My Engineer (Thaïlande)

Vous l’aurez compris, dans les séries BL, il s’agit de R.O.M.AN.C.E. Donc, généralement, le scénario, souvent très simple tourne autour de la recette suivante :

  • Le garçon A est amoureux du garçon B
  • Le garçon B a peur pour X raisons et refuse d’être entraîné dans une relation

Ensuite, le secret d’une bonne série, réside dans la qualité des obstacles placés pour faire durer le temps de la séduction entre les deux garçons. J’ajouterai que l’alchimie (CHEMISTRY) entre les deux acteurs doit être visible à l’écran.

Dans les séries les plus soft, comme c’est le cas pour les séries asiatiques traditionnelles, tu as rarement plus qu’un sage baiser entre les deux protagonistes. Dans d’autres, moins soft, le couple vedette (ex. #MaxTul) échangera des baisers passionnés et ira même jusqu’à faire crac crac. Ne vous attendez tout de même pas à y voir plus que de jolis torses dénudés. Et, personnellement, dans notre monde sursaturé de sexe, je trouve qu’il y a souvent plus de sensualité dans des échanges de regards, des mains qui se touchent ou des lèvres qui frémissent que dans une scène de lit. Pour ceux qui apprécient les séries chinoises, tu peux comprendre ce que je veux dire si tu regardes The Untamed ou Winter Begonia. Echappant à la censure draconienne, les scénaristes et réalisateurs de l’empire du milieu doivent ruser pour dépasser la simple bromance qu’on leur impose.

#HuangXiaoming #YinZheng sur le plateau de Winter Begonia (chine)
#MaxTul dans la série Together with me (Thaïlande)

Au bout d’un moment, il y a quand même plusieurs trucs récurrents qui agacent, voire choquent. Outre la fréquence des scénarios avec des scolaires/étudiants ou les répliques du genre : « Je vais faire de toi ma femme », on ne peut que dénoncer l’apologie d’une certaine culture du viol qu’on nous sert régulièrement comme : le garçon A (toujours aussi fou de désir) abuse du garçon B (toujours pas consentant) lors d’une soirée arrosée. Je dois le répéter : il n’y a rien d’attirant dans ce type de scène ! C’est un crime. Quand tu lis les témoignages de #MeTooGay tu sais les traumatismes engendrés par ces agressions.

Je sais bien que ce genre de séries s’adressant principalement à un public féminin, souvent basées sur des romans/mangas écrits par des femmes et projetant les fantasmes de certaines femmes, ne visent pas une représentation réaliste de l’homosexualité masculine. Cependant, le public évoluant et se diversifiant, la sensibilité des LGBT+ doit être prise en compte dans les scénarios afin d’éviter d’idéaliser des rapports toxiques et de justifier des comportements inadmissibles.

Tel que je vois l’avenir, je pense que le BL va peu à peu se confondre avec d’autres productions. La relation sentimentale entre deux personnages de même sexe ne devenant plus l’arc narratif principal de la série. Par ailleurs, la distinction entre les séries gays classiques et le BL va peu à peu s’estomper pour ne faire qu’un. En occident, les deux genres sont souvent confondus. Sur Netflix, par exemple, un film comme Wish You est affiché sous le genre « Films LGBTQ ». Néanmoins, à la différence des films/séries LGBT+ qu’on a connus, il y a en grande majorité dans les séries BL un happy end à la fin. Cette issue positive, certains diront idéaliste, est une des clés de leur succès. Mais, en cette période difficile, n’avons nous pas tous besoin de rêves ?

Pour en savoir plus sur l’actualité des séries, je te mets le lien du site BL France : boyslovefrance.wordpress.com , sur Twitter @boyslove_france

#BounPrem de la série Until We Meet Again

La vengeance du pied moche

Encore un article qui ne fera pas rêver, qui sera trop sage, trop sérieux. Encore un article de mes pensées en cette période où l’épée de Damoclès du fléau rôde au dessus de chacun. Où beaucoup de monde se sent en sursis, comme hors de la vie.

A là mi juillet, j’ai fait un long voyage. Seule. J’avais décidé d’aller retrouver ma famille. Déjà un an que je ne les avais pas vus. Ils avaient traversé le confinement sans encombres. Après quelques jours de visite un peu étranges avec la nécessité des gestes barrières, j’avais repris la route du retour.

Le voyage, quoique fatiguant, s’était bien déroulé. Les ennuis ne débutèrent que le lendemain, début de week-end. Je fus prise de terribles frissons peu après le petit déjeuner, puis de vomissements violents. A défaut de savoir ce que j’avais, je décidai de m’isoler pour épargner mes colocs. La fièvre s’était emparée de mon corps et elle était puissante : plus de 40. Je ne mangeai rien pendant deux jours. Une de mes jambes était devenue écarlate et me faisait souffrir. Dans mes délires fiévreux, je songeai à un épisode d’Il était une fois la vie où les méchants microbes se battaient contre les gentilles défenses immunitaires.

Au lundi, il semblait que mes mousquetaires avaient bien bossé, car la fièvre avait chuté. Bien que très affaiblie, je décidai d’aller seule chez le médecin. Cette dernière, plutôt hystérique ce matin là, me voyait déjà atteinte du Covid, insistant lourdement pour que je fasse le test ainsi que toute la maisonnée. Dans sa précipitation, elle en avait même oublié de me prescrire un arrêt de travail et comme je ne venais pas pour ça, je n’avais rien demandé.

Après un premier examen échographique épuisant, je fus vaguement rassurée de savoir n’avais rien côté veineux. Il s’agissait donc d’un érysipèle et il était sévère. Je débutai alors le traitement antibiotique. Cependant, quelques jours plus tard, j’avais toujours comme deux molosses qui me mordaient le mollet en permanence. Je retournai au cabinet médical et consultai l’interne de remplacement. Elle me doubla les volumes d’antibiotiques. Avec de telles doses de cheval, j’espérais être remise dans le WE. Néanmoins, il n’en fut rien.

Au lundi suivant, je retournai chez la toubib, qui semblait avoir retrouvé son calme derrière son masque FFP2. Entre temps, après avoir trouvé un centre de test, pris rendez-vous, j’avais fait le test du covid. Dans l’arrière cour d’un labo d’analyse, une personne avait prélevé le contenu du fond de mes narines. Le geste était désagréable, mais rapide. J’attendis encore deux autres jours pour les résultats : Négatif. Enfin une réponse à mes questions lancinantes. Le fléau n’avait RIEN à voir avec mon état du moment. J’étais juste banalement malade. Je me demandais du coup si nous pouvions encore être simplement souffrant et être bien soigné en conséquence. Les tests sanguins confirmaient l’amélioration et l’efficacité du traitement, quoique très long.

J’observais l’évolution de la maladie via la taille des rougeurs sur ma jambe gauche. Mon pied moche surélevé me narguait. Voilà ce qui se passe lorsqu’on l’abandonne, qu’on ne soigne pas des piqûres d’insectes, qu’on ne prend pas soin de l’espace entre les orteils. Il s’était vengé de mes mauvais traitements. Des marches quotidiennes dans la garrigue infestées de bestioles. D’un bien, j’avais généré un mal. Mal qui couva des semaines avant d’éclater un matin de juillet à la faveur de la fatigue et de la chaleur.

Évidemment, en ces moments douloureux, j’étais infecte. La maladie vous enferme encore plus dans l’égoïsme. Seuls comptent les affres du corps qu’on écoute plutôt que le reste du monde. J’oscillais entre espoir et quelques rares moments de découragement. Les nuits étaient compliquées, hachées. Le mal vous tient éveillée, à ne penser qu’à trouver une solution pour moins souffrir et tenter de fermer l’œil.

Heureusement, après la confirmation que je n’étais pas atteinte du covid, j’eus plus d’aide de la part de mes colocs. Ceux-ci pouvant me véhiculer vers mes différents examens et RDV. Mais je gardais en souvenir l’abandon des premiers jours, où assommée de fièvre j’avais dû lutter seule contre la maladie. Pestiférée au sein de son propre foyer. Une terrifiante perspective à laquelle j’ai fini par échapper.

Peu à peu, au bout de trois semaines, les symptômes disparurent en majorité. J’avais retrouvé mes anciens pieds moches. Toujours aussi laids, mais j’avais fait l’effort de les décorer avec un peu de vernis fushia. Plus de baskets, ni de chaussures fermées. Ils prendront l’air dans des sandalettes confortables jusqu’à l’automne.

Je ne regrettais pas mes folies, mais il fallait me rendre à l’évidence, il était bien tard pour les vivre. Si je voulais encore profiter de ce qui me rendait véritablement heureuse, il était grand temps que je poursuive, voire amplifie les efforts concernant la prise en main sérieuse de ma santé. C’était la seule chose à faire. La seule leçon que j’avais retenue du fléau.

Retour en salle (obscure)

Au 22 juin, les salles de cinéma ont pu réouvrir et je n’ai pas manqué cette occasion pour assouvir un peu de mes passions. En effet, le cinéma est sans doute celle qui fut ma première passion. Débutée dans l’enfance avec quelques grands évènements comme la sortie d’un Disney ou d’un gros film d’action américain, elle s’est véritablement forgée avec le grand écran du centre culturel de mon quartier qui passait des chefs d’oeuvre du 7ème art, comme, notamment, les merveilleux films de Fritz Lang « Le tigre du Bengale » et « Le tombeau hindou ». Je préférais sécher le catéchisme pour la danse du serpent de Debra Paget.

Ce mercredi là, de retour dans le complexe le plus proche de chez moi, il n’y avait pas plus de dix personnes dans la salle, et nous étions tous bien distants les uns des autres. Le film était sans doute un peu trop sérieux pour une reprise et bien loin d’envoyer du rêve. Il s’agissait du film « L’ombre de Staline » d’Agnieszka Holland. Sortie en mars la semaine du début du confinement, l’oeuvre avait sans doute sommeillé là jusqu’au 22 juin. Assise au centre du dernier rang, tout en haut de la salle, je gardais mon masque tout le long de la projection, même si le protocole sanitaire autorisait les spectateurs à le retirer une fois installés. A l’issue du film, je suivis le parcours de sortie de l’autre côté de la salle et, jetant un coup d’oeil vers les guichets, je n’y vis pas beaucoup plus de monde qu’à mon arrivée.

Il fut un temps où je fréquentais assidûment les salles obscures. J’étais une vraie cinéphile, accro aux salles d’art et d’essai et dévorant la presse spécialisée. Cette forte assiduité dura près de vingt ans. Un amour du cinéma que j’ai, le plus souvent, vécu seule. Adolescente, j’emmenais parfois ma petite soeur voir des films trop compliqués pour elle. Cette dernière me posait alors des questions toutes les deux minutes, perdue par exemple dans la foule des personnages d’un film de Lelouch. Plus âgée, j’y allais seule, rentrant du travail. Très rarement accompagnée d’un fiancé, puis d’un mari qui n’appréciait pas particulièrement de se déplacer pour voir un film.

Bien plus tard, lorsque je devins mère, je n’avais hélas plus le temps pour le grand écran. Alors, je le remplaçais par une collection de DVD, puis par la VOD. Je tentai un retour en salle lorsque mon fils fut assez âgé pour apprécier autre chose que des dessins animés, mais je n’arrivai pas à lui transmettre ma passion. Donc, je repris mes fréquentations en solitaire. Néanmoins, j’avais définitivement ralenti. Il me fallait de vrais bons films pour m’attirer. Et, pour les moins bons, les plateformes de streaming avaient déjà fait leur apparition.

Ce soir de reprise post-confinement, au fond de mon fauteuil et plongée dans le noir, je songeais à toutes les oeuvres et à tous les acteurs qui m’avaient faite vibrer devant des écrans géants. Outre cette chère Debra, je me souviendrai toujours du sourire lumineux de Brad Pitt sortant de l’onde dans « Et au milieu coule une rivière », de la musique de «Furyo» sur fond de face à face David Bowie/Ryuichi Sakamoto, de la scène torride d’entrée de «37°2 le matin», des images sublimes d’ «Excalibur» de John Boorman, des retrouvailles émouvantes des deux soeurs dans « La couleur pourpre » de Spielberg… Tellement de bons souvenirs en ces lieux. Tellement de plaisir et d’émotions aussi.

Aujourd’hui j’ai un large écran dans mon salon et un autre relié à mon ordinateur. Cependant, même si je peux profiter de ces bonnes conditions de diffusion pour regarder des films, il me manque quelque chose que je ne retrouve qu’en salle. En effet, il n’y a qu’en ces lieux magiques que j’entre véritablement dans une oeuvre. Concentrée au maximum, j’arrive parfois à m’imprégner tellement d’un personnage que j’en ressens totalement les émotions. Cette sensation unique se prolonge encore quelques instants lorsque je sors de l’obscurité. C’est comme si j’habitais encore le corps d’un acteur/une actrice.

Ainsi, lorsqu’on me demande pourquoi je brave les risques de Covid, pour retourner dans les salles obscures, je réponds que rien ne les remplace. Tout comme il est aberrant pour moi d’assister à un concert ou à une pièce de théâtre derrière ma télévision, les films réalisés pour le cinéma doivent être appréciés dans les lieux de diffusion prévus à cet effet. Alors, si comme moi vous aimez ces endroits, soyez prudents, mais retournez-y. De bien belles émotions vous y attendent.

Retour au travail

Voilà plus de trois mois que je n’avais pas mis les pieds sur le site de mon boulot. Trois mois que j’étais en télétravail à temps plein. Trois mois que je n’avais pas fait un plein d’essence. Trois mois que je n’avais pas pris ma voiture pour aller si loin de chez moi.

Il avait déjà fallu trouver une astuce pour pouvoir me rendre sur les lieux en avance de phase. En effet, attendant les dernières nouvelles du front du covid-19 en France, la direction n’a pas souhaité déconfiner en masse ses salariés. Les locaux sont donc ouverts au compte goutte pour le personnel indispensable, et les quelques collaborateurs, moins indispensables, ayant obtenu une dérogation pour des raisons diverses. Bref, j’ai utilisé une de ces raisons pour me rendre sur les lieux, histoire de sortir un peu de ma tranquille campagne.

Après avoir bien réussi le petit examen obligatoire et m’être fait dûment inscrire pour ma présence sur le site, me voilà de retour au travail vendredi dernier. Dès l’entrée, j’aperçois un grand panneau rappelant les fameuses mesures barrières. Je dois impérativement porter un masque avant d’entrer. Le gardien, bien confiné derrière son plexiglass, coche mon nom sur la liste très limitée des volontaires du jour. Ensuite, je file à pied vers l’accueil où je dois impérativement me rendre. Sur le chemin, je croise des portes barrées et après avoir suivi un parcours fléché, j’arrive à destination. Là, j’apprends que je ne serai pas installée dans mon bureau habituel, mais dans un coin où ont été regroupés les quelques présents ce jour là. Après avoir passé mes mains sous un distributeur de gel hydro-alcoolique à pédale, je reçois comme un cadeau un kit de survie composé d’une dizaine de masques lavables ainsi que d’un petit flacon de solution désinfectante.

Alors que j’avais l’habitude de passer à la machine à café avant de monter dans les étages, on m’indique que toutes les machines sont hors d’usage et que l’escalier est barré. Je suis le marquage au sol et file donc à la place assignée et commence à travailler. Sur les lieux, personne à l’horizon. Juste des tas d’autocollants collé sur le marbre, une foule de feuilles placardées sur chacune des portes rappelant le protocole sanitaire plutôt draconien. J’erre comme un fantôme au milieu des halls et couloirs déserts. Ces lieux autrefois si grouillants sont vides et sombres. Comme si tout le monde avait disparu. Je me sens comme une rescapée d’une catastrophe qui déambule dans des maisons désertes.

Après avoir travaillé un peu, voilà que je veux imprimer un truc. Et, ayant mis la main sur une des rares photocopieuses encore opérationnelle, je procède comme exigé à un nettoyage du petit écran tactile, avant et après usage, à l’aide d’un papier absorbant et d’un vaporisateur. Idem quand je vais boire un verre d’eau à la fontaine la plus proche. Il faut impérativement frotter le bouton avant et après avoir appuyé dessus. En passant, je note que ce sera la même manip fastidieuse lorsque que les ascenseurs seront de nouveau actifs. Par ailleurs, la porte d’entrée des toilettes est bloquée et la lumière s’allume par détection de présence.

Ayant survécu jusqu’à midi, et après avoir changé mon masque devenu obsolète après 4h d’utilisation, je le jette dans la poubelle spécialement prévue à cet effet. Puis, je me déplace masquée de neuf vers la petite cuisine mise à disposition pour les repas. Pas plus de deux convives peuvent s’y installer à la fois. Comme il n’y a pas âme qui vive, je suis donc seule à table. J’effectue un nettoyage du support, puis du micro onde utilisé pour chauffer ma nourriture. J’engloutis rapidement ma gamelle avant de procéder au ménage protocolaire. Je songe aux discussions animées du temps passé avec mes collègues. La période du déjeuner était un moment privilégié de la convivialité. Là, dans cet univers très aseptisé, qu’en reste-t-il ?

Peu de temps avoir repris mon labeur, avec effectivement un réseau nettement plus performant que dans mon petit bled, voilà que deux collègues se présentent pour l’après-midi. Ces derniers se tiennent bien à distance de moi, et nous n’échangeons que très peu de mots, pris par nos activités professionnelles. Je vois aussi passer une technicienne de surface masquée, surprise de voir quelqu’un dans les lieux, qui astique uniquement les poignées de porte.

Après avoir terminé ma journée, je quitte rapidement cet endroit devenu froid et sans vie. J’y retournerai la semaine prochaine, et je devrais non seulement y retrouver mon espace familier, mais aussi, peut-être, un peu plus de monde. J’évaluerai alors si le protocole mis en place peut réellement fonctionner. Personnellement, je ne vois pas comment je pourrais y travailler à temps plein dans ce contexte. Il faut juste espérer que le fléau nous laisse reprendre rapidement une vie professionnelle normale.

Télétravailleuse

« Le télétravail c’est la santé, rien faire c’est la conserver. Les prisonniers du téléboulot font pas de vieux os. »

C’est par cette parodie de la célèbre chanson d’Henri Salvador que je débute ce nouveau texte de la période du déconfinement suite à la pandémie de COVID-19. En effet, encore aujourd’hui, nos vies ne sont pas revenues à la normale. Notamment, le travail reste fortement perturbé par les suites de ce virus et les différents protocoles sanitaires mis en place par les entreprises.

Ainsi, depuis la mi-mars 2020, je travaille à distance depuis mon logis. Même si je ne dispose pas de la fibre chez moi, mais juste d’un accès ADSL, je suis bien équipée pour pouvoir télétravailler. J’ai une pièce dédiée qui servait jusque là à mes loisirs artistiques. Je l’utilisais de façon très exceptionnelle pour du télétravail occasionnel. En effet, mon secteur professionnel est bien adapté pour ce dernier. Cependant, je n’ai jamais été adepte de cette forme de travail. J’ai toujours préféré les contacts humains qui sont pour moi un des principaux intérêts du travail. Et comme j’ai été très longtemps manager d’équipes, il m’a toujours semblé nécessaire d’être en proximité de mes collaborateurs, même si ce n’était pas toujours le cas.

A la veille d’une nouvelle étape dans le déconfinement, et après deux mois et demi de télétravail à 100%, une forme qui n’a jamais fait l’objet d’accords dans ma société, j’en profite pour rédiger mon propre Retour d’EXpérience (REX).

Mes avantages :

Le principal avantage, mon activité le permettant, c’est déjà d’avoir pu continuer à travailler pendant le confinement. Lorsqu’on note le grand nombre de salariés qui ont perdu leur emploi, c’est un point très positif.

Comme beaucoup de collègues, je prends plus soin de ma maison. Chez moi la terrasse est belle et bien entretenue avec de jolies plantes bien arrosées dans les bacs. Avoir un joli environnement de travail est un plus.

Je mange ou bois un café en terrasse les jours de beau temps (qui sont assez fréquents). Cela me donne parfois l’impression d’être en WE prolongé.

Je peux recevoir des colis ou faire venir des artisans chez moi sans me soucier d’être là ou pas, vu que j’y suis en permanence.

Je lance des lessives ou range chez moi entre deux réunions, ce qui me laisse beaucoup plus de temps libre les samedis et dimanches.

J’évite les frais d’essence et de perdre du temps sur la route. Mon dernier plein date d’avant le confinement. Alors que je remplissais mon réservoir tous les quinze jours. Mon télétravail est donc bon pour la planète et pour ma bourse.

Du côté des autres dépenses, pas de grands frais de vêtements non plus, ni de coiffeur pendant tout ce temps. Mes cheveux sont plutôt longs à date, mais j’hésite encore à aller me les faire couper. Peut-être vais-je tenter le petit salon du village. Lieu où je n’ai jamais mis les pieds. C’est bien aussi de faire travailler les commerçants et artisans locaux, comme mon petit boulanger.

Mes inconvénients :

La productivité des premiers temps n’a pas été au top. En ce qui me concerne, même si je suis partie avec mon portable à la mi-mars, je n’ai pas pris divers dossiers et carnets qui m’aidaient bien au quotidien dans mon activité.

Le matériel personnel dont je dispose est suffisant, mais il faut reconnaître que je n’ai plus accès à des imprimantes professionnelles qui me permettaient, sans abus, de sortir quelques documents, notamment sur de grands formats, ou d’en scanner certains avant diffusion.

Même si mes colocs ne sont pas difficiles, il m’a fallu faire la cuisine pour eux le midi en remplacement de la restauration d’entreprise.

J’ai été obligée de réaménager mon bureau pour en faire un véritable espace de travail au quotidien. Mes activités artistiques, hormis l’écriture, ont été mises de côté en attendant des jours meilleurs. Il m’a fallu investir dans un nouveau fauteuil plus ergonomique. Et j’ai transformé le grand écran de mon ordinateur privé en un second écran.

A date, après deux mois et demi, il n’a pas été possible de récupérer ni mes cahiers, ni le moindre matériel dans les locaux de l’entreprise. Cette dernière met en place un Plan de Reprise d’Activité particulièrement draconien pour les prochains mois.

Mon employeur n’a pas prévu de nous faire revenir avant, au mieux, le mois de septembre. De ce fait, cela veut dire que nous allons passer les mois d’été à travailler de chez nous. De mon côté, comme pour pas mal de salariés, il va être très difficile de produire en période de canicule. Tout le monde ne dispose pas, loin de là, d’une climatisation.

J’avais des habitudes d’activités sportives, de courses, de médecins ou de garagiste près de mon travail, là c’est plus compliqué pour y aller.

Néanmoins, le principal défaut de ce mode de travail est le sentiment d’isolement qu’il génère. Loin de nos collègues de travail, nous nous sentons parfois véritablement seul. En ce qui me concerne, je regrette surtout les moments de convivialité à la cantine où nous partagions nos sentiments sur l’actualité, nos récits de voyage ou nos impressions suite à un spectacle.

Mes premières conclusions sur le sujet :

Comme dirait un collègue, le boulot a envahi nos vies. Et pour ceux qui n’y prennent pas garde, il est devenu omniprésent, conquérant et les submerge peu à peu. Même si j’ai du adapter un peu mes horaires, avec notamment un début de journée encore plus matinal, j’essaie de bien faire la part entre mon temps privé et mon temps professionnel. J’ai notamment mis en place un rituel sportif en fin de journée afin de pouvoir m’aérer et me bouger un peu.

De plus, depuis une semaine, je me fais livrer des plats diététiques préparés, ce qui me donne une raison pour faire moins de cuisine. Par ailleurs, après le 11 mai, après avoir mis en place mon propre protocole sanitaire, j’ai fait revenir, avec son accord, la dame qui m’aide dans le ménage, et cela me permet d’avoir un peu de discussions avec une personne de l’extérieur autour d’un café (et de gestes barrières).

A l’instar des géants du numérique qui proposent à certains employés de devenir des télétravailleurs permanents, je crains que cette forme de travail ne se développe encore à l’avenir, et que nos entreprises en profitent encore pour réduire leurs coûts de fonctionnement en éliminant le lieu physique de travail. Même si cette évolution est souhaitée par de nombreux salariés parents de jeunes enfants, écolos, logeant assez loin ou simplement confinés de nature, je ne pense pas que la majorité voit d’un bon oeil ce futur.

Il ne faut pas oublier le rôle socialisant du travail. L’homme est un animal social. Il s’épanouit, dans sa majorité, au travers de relations humaines. Nous progressons avec l’aide des autres ou en nous confrontons à d’autres. Nous sommes aussi plus créatifs ensemble que seul. Nous apaisons aussi la dureté de certaines difficultés par des rencontres physiques que ni le téléphone, ni les visios ne peuvent calmer par leur rudesse.

Faut-il donc craindre la naissance d’un monde d’après plus brutal, où le salarié, isolé et sans réel attachement à son entreprise, ruminera ses rancoeurs derrière son clavier ? Nul doute que dans ce nouveau monde, les syndicats seront encore moins présents et les piquets de grève inexistants au grand soulagement de certains. Mais que restera-t-il à ces travailleurs pour s’exprimer vraiment ?

Ma balade matinale

Voilà, je l’avais promis pendant le confinement que je ferais cette balade pour aller chercher une bonne baguette de pain jusqu’à la boulangerie du village. Le fait est que cette balade est agréable et mérite bien un petit texte pour en vanter les attraits.

Généralement, c’est à l’aube que je me lève les jours de cette marche jusqu’à ce lieu mythique. Alors que la maisonnée est encore endormie, je file en direction du portail que je referme soigneusement derrière moi. J’ai mon sac à dos de voyage et je suis vêtue d’une tenue plutôt sportive.

Comme j’habite en hauteur, je dévale une route à fort dénivelé bordée de résidences que j’aperçois à peine derrière leurs hautes haies. Seul le chant joyeux des oiseaux rythme mes pas alertes. Au pied de la côte, j’atteins l’artère qui contourne le village. Là, je tourne à gauche sous d’immenses figuiers qui cachent, à cette saison, une grande fontaine de pierres. J’entends des bruits d’eau qui s’en échappent. Ces flots se transforment en un petit ru coulant en contrebas du chemin de terre que j’emprunte.

Passé ce coin ombragé, je file plein est et le soleil levant m’éblouis. Sur ma gauche, je note l’avancement de la construction d’une nouvelle vaste demeure. Le chantier semble à l’arrêt. J’évite, sur ma droite, les hauts chardons en fleurs qui longent le petit sentier pierreux. Je jette un coup d’oeil vers le champ bien vert qui se trouve à l’arrière. Hélas, les chevaux immaculés qui y paissent parfois en sont absents. Je hâte le pas lorsque j’entends sonner sept heures au clocher de la grande tour.

Près de la cave coopérative, je tourne à droite. Quelques mètres plus loin, j’admire le miroir d’eau de l’ancien lavoir parfaitement restauré. Là encore, des figues parsèment le sol de terre. Après, la route chaotique monte en douceur vers le centre du bourg. Je marche encore quelques minutes le long d’un trottoir étroit bordé de murs de pierres. J’ajuste mon masque dès que j’aperçois la mairie. J’ai plus de chance de croiser âme qui vive en ces lieux. Mais, il est rare que ce soit vraiment le cas à cette heure. Seules des camionnettes d’artisans ou des véhicules de travailleurs matinaux circulent dans la grande rue.

Je gagne enfin le but du voyage. La bonne odeur de pain qui émane des lieux ne prête pas à confusion. La boulangerie du village se trouve en retrait d’une petite cour pavée. Le patron est à la vente tandis que son compagnon se repose près du fournil après son labeur de la nuit. Je ne sais où tourner la tête pour choisir ce qui ferait plaisir à ma famille. Là, des croissants, ici une fougasse aux lardons, encore là un pain aux graines et pour finir une jolie baguette. Je dépose délicatement ce précieux trésor dans mon sac à dos avant de payer. Je salue ensuite le propriétaire avant de prendre la route du retour un peu plus chargée.

Je reprends alors le même chemin, mais en sens inverse. Il ne me reste qu’une difficulté avant de rentrer chez moi : la grande côte qui mène à mon logis. J’attaque cette montée avec allant jusqu’à ce que la pente devienne plus rude et que mes mollets me brûlent. Alors, mon souffle devient court, la chaleur me monte aux joues et la transpiration coule sur mon front. Lorsque je découvre la clôture du voisin, je reprends un peu d’énergie avant de grimper le dernier espace qui me sépare de l’entrée de ma demeure. Lorsque je la vois, là en haut déployant ses ailes, je sais que c’est enfin l’arrivée.

Soufflant un peu en ouvrant la barrière en bois défraichie, je dois encore gravir le grand escalier qui va jusqu’à la porte de ma maison. Je suis toute rougeaude, essoufflée et en nage lorsqu’enfin je dépose mon butin dans la cuisine. Et, devant le sourire de mes proches déjà attablés, je sais que, cette fois encore, j’aurai fait des heureux.

55 jours

Mon auto-interview bilan sur les 55 jours de confinement en France du 17 mars au 10 mai 2020.

Le message reçu le 17 mars 2020. Début du confinement en France.

Le confinement se termine. Ma première question sera celle posée à toute personne croisée en cette période : «  Comment vas-tu ? »

Je dois dire que je me sens bien. Mis à part un problème de sommeil récurrent qui semble néanmoins revenir à la normale, je me sens plutôt en forme.

Comment ce sont passés ces 55 jours pour toi ?

Je les ai vécus dans des conditions privilégiées. J’habite dans une grande maison entourée d’un grand jardin à la campagne. C’est un choix de vie qui peut apparaître pesant en temps normal, mais qui là dans cette période était plutôt judicieux. J’étais confinée avec deux casaniers de nature, qui ont vécu cette période comme idyllique pour eux. L’ambiance était donc plutôt détendue à la maison et, au final, j’étais la seule qui avait des mauvais moments. Je voyais tout ce que j’avais perdu, comme les voyages ou les concerts, et ça me déprimait parfois.

Quid du travail ?

J’ai télétravaillé. Dans ce cadre, je dois aussi dire que j’avais des conditions optimales. J’ai une pièce qui me sert d’atelier pour mes loisirs et donc je l’ai utilisée pour mon travail. La difficulté était de me concentrer. En effet, ce lieu est mon antre d’où j’oublie le travail en temps normal. Par ailleurs, je n’ai jamais fait de télétravail de façon régulière. Je préfère la compagnie de mes collègues et je souhaite bien séparer le travail de ma vie privée. Là, le boulot a envahi mon havre de paix et ce n’était pas toujours facile d’y bosser sereinement. Je précise que je vais continuer en télétravail jusqu’à fin août à la demande de mon employeur.

Tu as dit que tu avais eu des mauvais moments. Qu’est-ce qui t’a permis de tenir durant cette période ?

Dès les prémices de l’épidémie, j’avais décidé d’être plus présente sur Twitter. Je me suis donc tenue à cette présence durant toute la période de confinement. J’ai, notamment, publié un tweet quotidien où je partageais mes pensées du jours. J’ai songé aussi que partager des belles images en cette période pouvait aussi être un bon moyen d’aider certaines personnes. Je pense que cela a été le cas et j’ai reçu parfois des remerciements qui m’ont fait chaud au coeur. J’ai aussi beaucoup écrit. J’ai bien avancé dans mon roman, car je n’en suis plus, à date, qu’à deux textes de la fin. J’ai de plus sculpté, peint, écouté de la musique, bref, l’art en général m’a été d’un grand soutien.

J’ai vu ce matin quelqu’un dire avec ironie sur Twitter qu’elle avait raté son confinement parce qu’elle n’avait pas de crush. Et toi ?

Sans que je cherche, j’ai rencontré des gens intéressants sur internet pendant mon confinement. Au début un radiologue engagé dans la lutte contre le covid. Cela n’a pas fonctionné, car il était trop absent durant cette période particulièrement difficile pour le personnel soignant. Et sur la fin, un twitto, qui me suivait pourtant depuis des lustres, s’est soudain intéressé à moi. Comme j’étais plus attentive sur ce media, et sans doute plus ouverte, nous avons pu faire vraiment connaissance. Nous aimons tous les deux les mots. Cette passion nous a rapproché. Nos autres goûts ont fait de nous des amoureux. La seule difficulté pour moi est qu’il vit bien loin de chez moi et que les mesures de déconfinement limitent les déplacements à 100 Km autour de chez soi. J’espère que nous aurons la force de nous attendre l’un l’autre jusqu’à la vraie libération post covid.

Que vas-tu faire le 11 mai ?

Le 11 mai je retourne au télétravail après quelques jours de congés. Par ailleurs, je vais aller chercher les masques que j’ai réservés au supermarché. Et, s’il fait beau demain, j’irai aussi acheter une baguette de pain à la boulangerie de mon village. Ce n’est pas à côté, et donc, cela me permettra de marcher ailleurs qu’en tournant en rond autour de chez moi.

En conclusion, que retiendras-tu de ces 55 jours ?

Déjà, le nombre de personnes décédées. Les décomptes morbides du DGS qui nous rappelaient chaque soir les dangers du virus. Je n’ai pas à déplorer de décès autour de moi, mais j’adresse mes sincères condoléances à ceux qui ont été frappés. Et, je renouvelle tout mon soutien aux soignants engagés en première ligne dans la lutte contre le virus. Il faut aussi remercié tous ces courageux anonymes qui ont travaillé dans les moments les plus difficiles. Grâce à eux, nous avons pu vivre sans vraiment manquer.

Ensuite, j’ai noté la prééminence et la puissance du numérique dans nos vies de confinés. Bien des choses ont pu être possibles grâce à cet outil et je pense que la digitalisation aura fait une avancée majeure dans cette période. Pour le meilleur ou pour le pire.

Je me souviendrai aussi de la nature chantante débarrassée des humains, ces virus pour la planète. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère ou juste dans une sorte de parenthèse dans la destruction du monde ? L’avenir nous le dira. Je ne sais qu’une chose, nous sommes capables de vivre en harmonie avec notre environnement. Ces 55 jours de pause l’ont prouvé.

Et, le virus étant toujours là dehors à roder, continuez à prendre soin de vous et de vos proches !

La saga des masques.

Confinée – semaine 1

Journal d’une blogueuse confinée pendant l’épidémie du Coronavirus.

On s’en doutait un peu vue l’évolution de la situation sanitaire depuis une semaine, mais voilà que nous nous sommes tous retrouvés confinés chez nous à partir du lundi 16 mars 2020, et officiellement en France depuis le 17 mars à midi, à cause du nouveau fléau, l’ennemi de l’humanité : le Coronavirus.

Me voilà donc depuis en 24/7 avec ma famille. On les appellera T. et M. dans la suite du récit. Je dois préciser que nous sommes confinés dans des conditions très privilégiées de part notre choix de vivre en province. Notre habitation principale est une grande maison à la campagne avec jardin. Nous avons un bureau indépendant chacun, tout équipé pour le télétravail. En effet, le travail à distance est déjà largement développé dans notre secteur d’activité. Alors, ce jour là, nous avons fait comme d’habitude : nous avons allumé la box et connecté le VPN. Nous avions juste allumé un cierge pour qu’il tienne (et il a tenu).

T. fait (un peu) grise mine, car en deuxième année de classe prépa, le voilà confiné à quelques semaines des concours. Pour le reste, s’agissant d’un gamer, le confinement ne lui fait pas peur. Je dirai même que c’est plutôt son état normal. Assez vite dès lundi, ses professeurs ont pu assurer les cours par internet. Cela s’est relativement bien passé pour lui. Un peu moins pour d’autres moins bien équipés en matériel informatique. En parallèle des cours, il échange avec les autres élèves via Discord. Néanmoins, il n’est plus qu’à 50% de cours, bien loin du rythme effréné de la normale. A date, il ne sait pas vraiment si les concours seront maintenus ou pas. Il a surtout peur de devoir faire une année de plus.

M., lui bosse dans les ressources humaines. Il angoisse sur cette maladie depuis qu’elle est apparue en Chine. En effet, il souffre déjà de diverses pathologies (les fameuses co-morbidités) et ce virus est certainement très dangereux pour lui. Déjà, il m’avait regardée d’un sale oeil lorsque j’avais assisté le mardi précédent à un spectacle de danse. Tout juste si je n’étais pas une criminelle.

Lundi : début du confinement

Dès le lundi, nous avons reçu un mail de nos employeurs nous enjoignant de rester chez nous. De ce fait, pour nous le confinement a commencé avec un jour d’avance. Après ce premier mail, nous avons tenté de travailler normalement, mais les messages « spécial Coronavirus » se sont succédés toutes la journée ainsi que les call pour préciser les modalités pratiques pour assurer la continuité d’activité.

Au bout du fil, les collègues étaient entre angoisse et résignation, certains clairement dépassés avec les enfants à la maison ou avec des problèmes de logistique. De mon côté, je fais semblant de rester concentrée, mais en fait une foule de questions se pressent dans ma tête. Je pense que je serais plus utile ailleurs, mais je dois assurer le back-up de ma boss au cas où.

M. devant gérer plein de problèmes RH associés au confinement, passe sa vie en réunion de crise. Je fais des pauses café avec lui pour discuter des dernières nouvelles du front. C’est un peu le chaos, car certains salariés n’avaient pas d’ordinateur portable. Partout, plein de trucs qui n’étaient pas autorisés jusque là, l’ont été au final, ce qui a permis de débloquer beaucoup de situations. L’objectif pour les entreprises est et sera tout le long de la crise de maintenir l’appareil de production en état de fonctionner, même si on suppose que la productivité sera largement entamée pour diverses raisons.

T. nous indique de son côté qu’il mourrait plus facilement d’une crise d’asthme que du Corona virus, le voilà à court de Ventoline. Heureusement, le médecin de famille contacté par téléphone nous a envoyé dès le lendemain une ordonnance par mail. Il faut une telle crise pour que le déploiement de pratiques numériques se réalise. S’il peut en rester quelque chose après tout ça, on ne pourra que s’en féliciter.

Mardi : Le confinement officiel «  Nous sommes en guerre »

Nous gardons nos rituels matinaux. Le seul truc qui change, c’est que le chemin du travail est nettement moins encombré. Pas mal de collègues parisiens étant sur le chemin de l’exode, le nombre de mails reçus se tarit. J’imprime la fameuse attestation du ministère de l’intérieur pour mes co-confinés. Je tente de travailler normalement tout en suivant l’actualité sur mon smartphone. Depuis le début de l’épidémie, j’avais promis d’être plus présente sur mon compte Twitter afin que la beauté illumine notre sombre réalité. Je m’y emploie depuis du mieux que je peux pendant mes pauses et le soir. En parallèle, j’échange avec un ami médecin en mode marraine de guerre. J’ai lâché temporairement mon hibernation sur NETFLIX pour les réseaux sociaux.

Mercredi : tout est (presque) normal

Nous faisons comme si tout était normal, mais le coeur n’y est pas. Je pense aux collègues imprudents qui sont partis en voyage depuis le début mars. Vont-ils pouvoir revenir ? Moi j’ai fait une croix sur mes périples de l’année. Ces moments de respiration et d’inspiration indispensables pour moi. Je devais aller à Rome et en Chine. La bonne blague. C’était sans compter sur notre ennemi à tous.

Curieusement, maintenant, je me sens beaucoup plus proches des gens du monde entier qui me suivent sur Twitter. J’essaie de tweeter mon quotidien de confinée ainsi que les pensées contradictoires qui m’assaillent. Je suis plutôt d’un naturel mélancolique, mais là depuis le début de l’épidémie, je me lâche un peu. Dans la foulée de mon addiction aux sageuks, j’ai poursuivi promotion de l’Hallyu, la vague coréenne. Un peu taquine, je publie des pics de très beaux acteurs ou chanteurs de K-Pop. Je découvre l’Army de BTS et toute sa puissance. Je continue mon immersion dans le phénomène avant d’écrire un truc drôle dessus. Cette légèreté acidulée compense la lourdeur du contexte que nous vivons tous. Cela me donne de la force de me tourner vers les autres et de soutenir le moral de pas mal de gens.

Jeudi : la sortie courses.

Ce matin là, j’avais été désignée pour aller au ravitaillement. En effet, le frigo était vide, et il fallait que quelqu’un se dévoue. J’ai donc filé, juste armée de mes gants en cuir et de mon attestation dûment remplie, vers le supermarché le plus proche. C’était le matin à l’ouverture. Les entrées étaient filtrées par un vigile. Se tenant bien à l’écart, il nous laissait passer au compte-gouttes. Dans la file d’attente, nous gardions nos distance chacun derrière nos caddies. Beaucoup portaient des masques ainsi que des gants en plastique. Les mines étaient graves et silencieuses. Nous n’oubliions pas que nous étions dans ce qu’on appelait un cluster avant le confinement. Une voiture de la gendarmerie nous longea au ralenti. Ces derniers ne jouèrent pas les cowboys et s’éloignèrent en nous détaillant comme des pestiférés. J’entrai bientôt, il avait peu de monde à l’intérieur et ceux que je croisais, je m’en tenais bien éloignée. Je ne traînais pas non plus, ne trouvant pas tout de la liste. En effet, tout ce qui étaient surgelés, boîtes ou pâtes avaient été largement dévalisés sans doute les jours précédents. Je me limitais au nécessaire, loin des achats compulsifs de certains. Les caissières assuraient leur activité derrière une barrière de plexiglass. Tous les clients les encourageaient. Au retour, je déposais mes vêtements et gants dans le garage après avoir monté les courses. Ensuite, je procédai à un lavage soigneux des mains et à une désinfection à l’alcool des poignées de porte.

Vendredi : ne pas faire d’erreurs

Au final, dans le confinement, tout revient à définir des stratégies pour éviter d’être contaminé par quelque chose ou quelqu’un venant de l’extérieur. Le virus pouvant rester actif assez longtemps sur certaines surfaces. On s’habitue vite aux gestes barrière dès qu’on a en mains un truc qui a pu être potentiellement être touché par quelqu’un (poubelles, journaux, courses…). On essaie de ne pas faire d’erreurs.

J’appelle ma mère et son compagnon pour voir si tout va bien de leur côté. Ils ne sortent plus et se font livrer le ravitaillement par des membres de la famille. Eux, généralement entourés de monde doivent trouver le temps bien long. Rassurée de ce côté, je poursuis mon activité un peu surréaliste. Nul n’est dupe de la complexité de la situation. Nous faisons plus de psy que de pilotage, mais c’est normal. La hiérarchie n’est pas dogmatique, nous sommes clairement en best effort hormis pour les salariés assurant la continuité d’activité.

Fatigue de la semaine aidant, face au nouveau décompte morbide du DGS et aux rumeurs sur le tri des malades, M. nous fait une crise d’angoisse. Il se voit mort avant la fin de l’épidémie. Nos mots n’arrivent pas à le rassurer. Je m’éloigne après le repas pour faire retomber le bad mood qui s’en suit. Je mets en boucle l’album «  The eye of the storm » du groupe de rock japonais One Ok Rock (mon album du confinement).

Samedi : on se bouge un peu

L’arrivée du WE n’est pas de trop. Le télétravail était devenu envahissant, nous y passions jusqu’à 12h par jour. J’attaque la rédaction de cet article, tout en éliminant un minimum de poussière en guise d’activité sportive. En effet, j’avais demandé à la dame qui m’aide pour le ménage de ne pas venir, tout en lui garantissant un salaire normal durant la période de confinement. Je sais qu’elle s’occupe de personnes âgées par ailleurs, pas la peine de rajouter des contacts inutiles. T. retourne à ses jeux de stratégie en ligne et M. prend le soleil en tondant l’herbe dans le jardin. L’atmosphère est redevenue beaucoup plus sereine que la veille.

Dimanche : ça va durer

Voilà déjà une première semaine de passée. Quelques contacts dans le secteur de la santé nous annoncent un pic épidémique vers le 12 avril. Je n’imagine pas de ce fait que nous sortions du confinement avant la fin avril, hormis si nous sommes massivement testés. Personnellement, je n’ai pas peur. J’ai juste l’angoisse de refiler la maladie à mes proches plus fragiles. Donc, je ne sortirai que si c’est vraiment indispensable.

Par ailleurs, je ne veux pas entrer dans la polémique autour de la mauvaise gestion de la crise. J’en vois faire le procès de Nuremberg avant d’avoir gagné la guerre. Je pense qu’à ce stade nous devrions tous être soudés et solidaires. Le temps des comptes viendra plus tard. Là, nous n’oublierons pas, en pleurant nos morts, que nous avions manqué de masques, de tests ou de respirateurs. Alors oui, si nous sommes encore là, nous irons chercher les responsables et ils seront sanctionnés dans les urnes. Car, j’espère que d’ici là nous vivrons toujours dans une démocratie. Oui, ce sera plus tard. Quand nous aurons terrassé, tous ensemble, l’ennemi de l’humanité. Prenez-soin de vous.