Histoire d’O.

«  Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Sur la route – Jack Kerouac.

J’avais revu l’eurasien. Lui aussi brûlait d’un feu que rien ne peut éteindre.

Cependant, contrairement à notre précédente rencontre fort chaude, cette fois nous étions restés sagement assis à parler dans ce bar. Moi comme d’habitude, je sirotais un verre de Champagne d’assez bonne qualité, lui un whisky sec.  On attaquait bille en tête sur tous les mouvements sociaux qui se préparaient suite à la loi travail de Macron et aux projets du gouvernement concernant les retraites. Il jubilait déjà des difficultés actuelles et futures rencontrées par le jeune président, un homme qu’il détestait cordialement. Mister O. était très engagé à la gauche de la gauche. Moi, même si j’avais toujours été progressiste, je haïssais les extrêmes. Par ailleurs, je trouvais que ces mouvements très à gauche manquaient de transparence et s’approchaient des pratiques sectaires. Je me doutais que ses convictions avaient une influence sur sa façon de voir le couple et la liberté dans celui-ci.

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Mais l’eurasien était surtout un homme blessé. Son ancienne compagne l’avait abandonné pour un mec sans doute moins bien que lui. Pour un salopard de capitaliste.  Alors, même s’il était open, il n’en était pas moins un homme. Et un homme assez fier. Il avait pris un coup à l’ego. Et il avait une soif plus ou moins consciente de revanche sur les femmes et les CSP+. Il draguait de la très jeune femme sur les réseaux, appréciait leur corps ferme et leur candeur. Cependant, il n’appréciait pas leurs rêves. Ces petites Lolita tombaient facilement amoureuses.  C’était le moment qu’il choisissait pour prendre la tangente. «  Ne tombe pas amoureuse de moi. » m’avait-il ordonné. Comme si les sentiments se commandaient sur étagère. J’avais un léger coup de coeur pour lui. Rien de bien méchant. Juste un petit pincement.

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A cause de son comportement, par ennui, par solitude, par nostalgie, j’avais renoué le contact avec mon musicos. Visiblement, mon évolution lui plaisait. Je me doutais qu’il devait m’observer discrètement depuis son écran. Nos discussions étaient maintenant plutôt cordiales et dépassionnées sur les réseaux. Je rêvais de nouveau de l’étreindre.

Dans mes longues nuits d’insomnie, je croisais des tas d’individus que mon mystère et mon aura attiraient. Il me fallait toujours être adorée et admirée. Cela devenait comme une sorte de drogue. Un mec n’attendait pas l’autre. Une fille succédait à une autre. Un déferlement de fantasmes noyaient mes messages privés, mes SMS,… J’avais abusé d’une nouvelle drogue, d’une nouvelle addiction. Ma quête était sans fin. Mais en voulais-je vraiment une ? Si ce n’était celle de la vie.

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Mister O. m’avoua un jour qu’il avait été marié. Il avait succombé à cette pratique bourgeoise pour faire plaisir à son ex. Il avait galvaudé sa liberté pour une femme qui l’avait brutalement jeté. Alors, après son départ, il s’était brusquement repris en main. Avait fait du sport et avait maigri. Toutes les mauvaises habitudes prises s’étaient envolées. Il voulait de nouveau se prouver qu’il était séduisant. Et, il l’était, sans aucun doute. J’aimais ses yeux, sa passion et son engagement. Je l’aurais bien volontiers écouté des heures. J’aurais refait le monde avec lui. Si seulement il m’avait laissé un espoir. Mais, ce n’était pas le cas. Qu’avais-je à espérer de lui hormis de l’amitié et des câlins ?

Il représentait pour moi une écoute. Une épaule sur laquelle me reposer. Sur laquelle déverser mon trop plein d’émotions vis à vis des choses incroyables que je vivais tous les jours. Il était là, sans jugement. Avec juste des conseils et une pointe d’admiration. C’était sans doute suffisant pour moi. Je n’avais pas la prétention d’exiger plus. Il était plus précieux qu’un amant.  Je n’avais jamais eu une telle complicité avec un homme depuis celui que j’avais quitté pour mener ma quête.

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Moi aussi j’avais été mariée. A un homme. Un homme plus vieux. Un homme que j’avais fait souffrir. Un homme qui avait pleuré lorsque je l’avais quitté avec une violence inouïe. Alors que ce dernier avait tout tenté pour me garder, je lui avais dit des horreurs pour qu’il me haïsse. J’étais devenu un monstre d’égoïsme. L’Armageddon, le destructeur des mondes, du monde qu’il avait créé pour nous. Un monde que j’avais rejeté parce qu’il n’était pas le mien. Qui ne l’avait jamais été. J’avais juste voulu tenté d’y vivre pour lui faire plaisir. Mais, avec le temps, les contraintes étaient juste devenues insupportables. J’avais repris ma liberté avec pertes et fracas. Le laissant brisé. En mille morceaux. Sans doute pour toujours. J’étais la plus forte dans cette histoire. Je l’avais toujours été.

J’étais partie sans me retourner. Sans hésitation. Ma quête était ma vie. Je n’avais d’autre choix. C’était un appel. Une évidence.

 

 

 

Quand le rock est toujours vivant

Ce week end, comme j’étais sur Paris pour mon travail, j’en ai profité pour me rendre au Download Festival qui avait lieu sur l’ancienne base aérienne de Brétigny en banlieue parisienne. Je n’avais jamais participé à ce genre d’évènement. Plus jeune, je n’osais pas. Maintenant, arrivée à mi-parcours, je souhaite réaliser ce que je n’ai jamais fait jusque là. Quelqu’un m’a dit récemment que je devais passer le reste de ma vie à me faire plaisir. Et c’est bien mon intention tant que j’en aurais l’envie et les capacités physiques.

Donc, voilà, après un voyage en RER C trop long, j’ai débarqué avec beaucoup d’autres à la gare de Brétigny. De là, comme il faisait beau, j’ai suivi le troupeau le long d’un itinéraire fléché et encadré pendant une grosse demi-heure.

J’ai mené cette longue marche à mon rythme, doublée par une majorité de jeunes dont pas mal d’étrangers. Beaucoup portaient des sacs à dos dans l’optique de camper et de rester les trois jours sur place. Evidemment, tous avaient revêtu les insignes de leurs goûts musicaux. Le noir était la couleur de base sur lequel se dessinaient les sigles de leurs groupes préférés. Les filles arboraient en masse le short de jean sur des collants résille et avaient souvent les cheveux colorés. J’avais moi-même mis un t-shirt aux couleurs de Linkin Park pour ne pas trop dépareiller.

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Dowload festival Paris 2017 – Photo Julia Vernier

Arrivée sur place, tout était bien indiqué et organisé. Nous étions fouillés au corps avant de passer à la vérification des billets. Peu après, je récupérai un bracelet munis d’une puce qui me permettrait ensuite de payer aux différents bars et autres crêperies du lieu. Après toutes ces formalités, je m’installai tranquillement dans l’herbe attendant le premier groupe au niveau du main stage 1. De là, j’entendais la musique qui provenait du main stage 2 tout proche.  Mais, le spectacle était aussi en dehors de la scène. De mon lieu de verdure, j’observais avec amusement les festivaliers déguisés en licorne ou en Dark Vador, les hommes en kilt et les filles sexy aux cheveux violets. Sous le soleil beaucoup de garçons avaient laissé tomber le haut. J’admirai leurs tatouages colorés. Pas mal de gens semblaient être venus en famille.  L’ambiance était sympa et bon enfant.

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Pierce the veil au Download Festival Paris 2017 – Photo Julia Vernier

Côté musique, rapidement j’assistai au passage des énergiques Pierce the veil , des rockeurs américains sautillants. Ils furent suivi par les norvégiens métalleux de Kvelertak. Leur leader barbu et aux cheveux longs semblait comme sorti tout droit des légendes vikings. Il avait le torse nu et arborait une frise de tatouages sur les pectoraux. Dans la fosse, certains festivaliers enchaînaient les rondes et les pogos comme dans une transe sauvage et très physique.  Le groupe fera la première partie de Metallica à Bercy en septembre.

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Kvelertak au Download Festival Paris 2017 – photo Julia Vernier

Alors que les américains de Blink-182 s’élançaient sur la scène, j’en profitais pour m’éclipser rapidement pour une pause technique avant d’aller me chercher de quoi me restaurer. Je revins pour assister à la fin de leur concert un peu  à l’écart. Je filai ensuite m’installer face au main stage 2 pour entendre en vedette Gojira , le groupe de métal français. Alors qu’il existe depuis plus de vingt ans, le groupe a connu la notoriété après avoir été (un peu) médiatisé suite à leurs nominations aux derniers Grammy awards.  Ils ont envoyé du lourd et du Magma entre deux messages positifs.

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Blink-182 au download festival Paris 2017 – photo Julia Vernier
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Gojira au Download festival Paris 2017 – Photo Oui FM Edit : Julia Vernier

Au soleil couchant, la journée musicale s’acheva avec Linkin Park qui enchaîna – heureusement pour moi – ses anciens titres avec ceux de son dernier opus One More Light. Entendre Numb en live est toujours un plaisir. J’étais aussi heureuse de reprendre en coeur de nombreux morceaux que j’avais si souvent écoutés. Même si les nouveaux titres n’avaient pas la puissance des anciens, le mélange était agréable à l’oreille. Après  1h45 de concert, les américains semblaient satisfaits de leur prestation et de l’accueil chaleureux du public du Download Festival. Pour moi, c’était juste trop court, mais c’était le jeu de ce genre d’évènement parfaitement organisé.

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Linkin Park au Download Festival Paris 2017 – Photo Julia Vernier

Alors qu’il était 23:30, j’accompagnai la foule vers la sortie et les navettes qui nous ramenaient dans le calme jusqu’à la gare. Comme beaucoup d’autres, j’étais fatiguée. J’avais pris des coups de soleil et des ampoules aux pieds, mais j’étais heureuse d’avoir partagé la ferveur avec d’autres passionnés de musique rock et métal. Car, oui, le rock est toujours aussi vivant !