Requiem

Moi et le musicos, c’était la fin. Une fin bien glauque et triste. Une rupture violente.

J’avais toujours raté mes ruptures, celle ci ne dépareillerait pas la série. Les ruptures étaient des échecs et ce dernier mot n’entrait pas dans mon vocabulaire. J’avais pourtant tenu plus que de raison. Mais, ses indisponibilités répétées étaient juste insupportables pour moi. D’autant qu’il ne faisait rien pour me rassurer. Incapable de me donner des rendez-vous clairs dans le temps. Ne pouvant non plus les tenir lorsqu’il en avait promis. Confrontée à mon défaut d’impatience et à mes exigences d’attention whore, la situation devint rapidement  bouillante.

Le musicos , au delà de ses qualités, de sa sensibilité et de son intelligence , était avant tout un homme marié, avec un travail prenant et une passion dévorante pour la musique. Sa vie était déjà bien remplie. Je n’étais qu’une goutte d’eau dans ses journées. Juste le temps qu’il lui restait pour faire vagabonder ses fantasmes sur les réseaux.

tumblr_ol93c4iQkQ1u578vho1_540

A la longue, je pris cette indisponibilité pour de la froideur et un manque de respect. Je me faisais l’effet d’être une sorte de sex toy qu’il prenait et rangeait dans un coin lorsqu’il n’en avait plus besoin. Il ne pouvait m’offrir ce que j’attendais. J’avais besoin d’échanges et d’attention. J’avais besoin d’une présence forte à mes côtés. Pas d’un passager. Pas d’un passant.

Ce jour là, la journée numérique avait déjà mal commencé. Il avait publié à mon attention une photo de « Passive Agressive » un titre de Placebo. Au delà du groupe que nous adorions tous les deux, le titre m’interpela. Je savais qu’il l’avait choisi à dessein. Pour me piquer après mes derniers messages pas toujours flatteurs pour lui. Il cherchait à en sortir d’une manière ou d’une autre. A sortir de cette histoire devenue pesante et sans intérêt pour lui.

tumblr_p1e1yaiPRH1rreqavo1_540

De mon côté, lasse et piquée au vif, j’attaquai les hostilités via un message de rupture assez brutal. Une telle missive ne pouvait que lui faire perdre tout sens de la mesure et l’obliger à l’escalade. Un combat de domination, de pouvoir s’engagea alors. Ego contre Ego. Dominant contre dominante. Nos incompatibilités, que j’avais voulu occulter, revenaient au galop. Ma complexité n’avait plus sa place dans ses simples besoins de sexe.

Si nous avions pu la vivre In Real Life, cette rupture aurait été encore plus violente. Il aurait débarqué chez moi en furie, son ego blessé par les messages de mes amis évoquant son mauvais comportement avec moi. Me balançant mes erreurs passées, mes petits mensonges de coquetterie. Oubliant dans l’affaire qu’il ne m’avait pas dit tout de suite qu’il était marié.

Nos mots auraient alors grimpés dans les aigus.

images_list-r4x3w1000-58374e50ec47e-eva-green-en-james-bond

Lui : «  Tu as déjà osé dire que je te manquais de respect, c’est bien que tu ne me connais pas, le respect j’en ai tellement que ça me gêne dans ma vie. Tu es celle qui me manque de respect, en me faisant passer pour un mec froid, profiteur. »
Moi : «  C’est ce que je ressens. Et commence déjà par moins respecter ta femme et encule la bien profond, si c’est tout ce qui te manque dans la vie ! »
Alors que je vomirais déjà mes propres mots qui ne me ressemblaient pas, une gifle magistrale m’aurait alors fait chuter au pied du canapé.
Lui regretterait déjà son geste : «  Je te suis toxique bien malgré moi Julia »
Episode 309
Moi bondissant en mode Kill Bill sur le canapé pour être à la hauteur de ses 1m 87  et lui enserrant brutalement le cou avec une prise digne d’un soldat des forces spéciales. Lui incapable de retirer cette main qui l’étouffe et le paralyse. Moi plongeant mon regard noir de sorcière dans ses yeux verts de démon. Lui glissant peu à peu jusqu’à tomber à genoux au sol. Moi me satisfaisant de cette image, puis le relâchant.  Lui filant ensuite sans demander son reste.
Oui, cela aurait eu de la gueule cette rupture de dominants.
DVp4IyFW0AA2env
Quand je t’avais dit que j’avais un T-Shirt Ramones noir. Photo : Julia Vernier 2018.
Dans ma réalité, il a juste pris la fuite. Et moi, en grande lady, je l’ai remercié. Parce que mon histoire avec lui m’aura faite avancer dans ma quête. M’aura permis de faire un pas de plus dans la rencontre avec ma nature profonde. Je sais que j’aurais longtemps encore la nostalgie de nos discussions sur la vie et la musique. La nostalgie de cette incroyable connexion de nos âmes. Même si j’ai toujours su qu’il n’y aurait jamais de happy end. A l’heure des possibles, même si rien n’est impossible, la raison doit toujours l’emporter.

 

 

 

 

Sur un fil

Ce texte fait suite à « Inattendue » publié sur ce même blog.

Après plusieurs rencontres inattendues, j’avais laissé passer pas mal de temps avant de revoir le professeur de l’ombre. Même si ce n’était probablement qu’une fausse impression, il me semblait que Simon s’attachait de plus en plus à moi. Et comme à chaque fois, ce sentiment me faisait peur. Pour moi, il n’était juste qu’un passe temps coquin. Un plaisir caché. Inavouable.

Ainsi, personne autour de moi, n’avait eu vent de ma « relation » avec Simon. A peine quelques amies avaient remarqué les quelques bijoux précieux que j’avais oublié de retirer. Je les qualifiai de fantaisie, alors qu’il y en avait sans doute pour plusieurs milliers d’euros. J’éludai les questions sur mes amours du moment. Rétorquant juste : « Rien de sérieux ! » lorsqu’on m’interrogeait sur ce sujet. Les gens n’insistaient pas. Ils me connaissaient. Mais, je voyais bien dans leur regard qu’ils me reprochaient de mener cette vie d’adolescente, alors que j’avais passé la trentaine. D’autres m’enviaient cette liberté que j’avais su garder. Ces derniers m’envoyaient des clins d’oeil complices, comme des encouragements à poursuivre ma vie de patachon.

8fb6472e8aa2c03c2e67b7833926547e--beautiful-women-beautiful-people

Mais, la pression sociale devenait de plus en plus lourde. Les gens libres font toujours peur. J’étais de moins en moins invitées par mes amies. Les unes ou les autres craignant, à tort, pour les fragiles édifices amoureux qu’elles avaient finis par construire. Alors, je sortais seule. Errant d’expositions en salles de spectacles, de night clubs en bars de nuit. Souvent, j’y croisais les silhouettes de rencontres passées. Certains me saluaient de loin, d’autres tournaient la tête. Parfois, j’en repartais avec une plus ou moins jolie fille à mon bras. Fille que j’abandonnai au matin, après l’avoir consommée tout mon soûl.

Mes fugaces aventures amusaient Simon. Il riait à gorge déployée des descriptions cocasses que je lui en faisais. Pour lui, cela faisait totalement partie du personnage que je m’étais forgé et qu’il admirait. Moi, je trouvais cela juste pathétique.  Pourquoi étais-je vide à ce point ? Incapable de ressentir le moindre sentiment. Incapable de mener une petite vie tranquille qui aurait soulagé et satisfait tout le monde autour de moi.

a2a799c34ddd6920e92b9d5f0b5c745a

Ce soir là, après avoir dîné rapidement, à l’heure du jeu, je lui proposai une nouveauté. J’avais ces derniers jours étudié sur internet des techniques de Shibari. Lorsque je lui en expliquai les principes, tout en sortant une corde rouge de mon sac, ses yeux brillèrent d’intérêt. Il se prêta à cette nouvelle expérience avec beaucoup de motivation. Pour cette première, je ne me lançai pas dans des liens trop sophistiqués, mais me contentai juste de lui attacher joliment les bras en arrière ainsi que chaque cuisse avec sa jambe.

A chaque fois que mes mains le touchaient pour le ficeler de plus en plus serré, je le sentais vibrer sous mes doigts. Visiblement, il appréciait particulièrement de se retrouver prisonnier, à ma merci. Alors qu’il se trouvait ainsi solidement attaché, je le poussai contre le lit. Ses fesses étaient libres et nues pour être possédées. Après avoir pris quelques photos avec mon portable, j’entamai de lents préliminaires avec mes doigts. Il ne cachait pas le plaisir qu’il ressentait à chaque mouvement de pénétration.

tumblr_nyx01akaJv1te0es3o1_500

Mais, ce n’était pas un soir où j’avais envie de lui prodiguer mes petites douceurs. C’était un soir où j’avais besoin qu’il paie pour tous les trucs sombres de ma vie. Pour tous ceux qui étaient partis, qui m’avaient rejetée, méprisée, honnie. Tous ceux qui faisaient qu’aujourd’hui ma vie était vide et sans intérêt. Je comblai ce néant avec une violence inédite et non maîtrisée. Ce ne fut que lorsqu’il me hurla d’arrêter que je repris conscience. Le voile noir avait fait place à la réalité :  les fesses de Simon étaient violettes et il commençait à saigner.

tumblr_oq6voeTDcH1vkclbto1_540.jpg

Paniquée, je courus chercher un couteau dans la cuisine. Lorsque je revins, mon soumis vit mon reflet armé dans le grand miroir de la chambre et il me supplia de ne pas lui faire de mal. Ce n’était pas mon intention. Il sursauta à la sensation du froid de la lame dans son dos. J’avais juste coupé un de ses liens, avant de laisser tomber l’objet au sol. Puis, je m’étais enfuie de la pièce. J’avais juste besoin d’air.

Je parcourus l’appartement en quête de l’escalier qui montait à la mezzanine. Là, j’ouvris la fenêtre qui donnait sur le toit. Je l’enjambai et vint m’accroupir près du rebord. De là, j’admirai le ballet incessant des lumières des véhicules qui allaient et venaient dans l’avenue. Une petite brise fraîche caressait mon visage. Je me sentais comme attirée par le vide. Mais, il me semblait qu’il était encore trop tôt pour que je m’inflige une telle punition.

tumblr_o1fiumxTwR1uf34azo1_540

Je songeai à Chester Bennington, le chanteur du groupe Linkin Park retrouvé mort pendu quelques jours plus tôt. Il avait été son propre juge et son propre bourreau. Quel crime avait-il bien pu commettre pour ne pas se pardonner ? «  Je danse avec mes démons, je suis suspendu au bord, (…) personne ne peut me sauver maintenant » avait-il chanté encore peu de temps avant de mourir. Sa voix m’avait souvent accompagnée dans ma vie. Ses cris déchirants dans « Given Up » avaient résonné bien des fois dans mon véhicule dans la froideur des matins difficiles.  Je me consolai en songeant qu’au moins une fois j’avais pu le voir et l’apprécier quelques semaines plus tôt lors d’un concert. J’en conclus que c’était pour ces moments là que je devais vivre. La beauté d’un tableau, l’émotion d’un grand livre, le goût d’un bon plat. Le jour où rien ne me fera plus vibrer, alors je partirai. Mais, pas tout de suite.

« Julia, Julia » La voix de Simon me sortit de ma torpeur. «  Reviens. Fais attention. » Il avait basculé dans un côté paternaliste que je ne lui connaissais pas. De nouveau à l’intérieur, je tombai dans ses bras en lui soufflant un petit « Pardon » étranglé. Puis, je filai au salon pour récupérer mes affaires. Toujours inquiet, il me suivit et me rattrapa avant que je ne passe la porte de son appartement. «  Tu ne reviendras pas, c’est ça ? ». Soudain redevenue parfaitement lucide, je rétorquai : «  Non. Tu voulais que je me trouve. Mais, moi, je n’ai pas du tout envie de connaître la personne que j’étais en train de devenir grâce à toi. Adieu !»

Je quittai les lieux, épuisée, mais comme plus légère. Mais, je me doutais qu’on ne pouvait rompre avec quelqu’un comme Simon aussi facilement.

 

Cauchemar

Fait suite au texte « La passion au carré » publié sur ce blog.

Depuis quelques semaines, j’avais un travail monstre. Un nouveau projet très ambitieux et de nombreux déplacements occupaient toutes mes journées. Cela m’avait permis de m’éloigner de l’irrésistible Quentin et de ses désirs toujours plus délirants.

Screen-shot-2012-10-29-at-14.09.09-695x400.png

Cependant, lui ne souhaitait pas se faire oublier. Il m’inondait de messages et de mails qui défilaient toute la journée sous forme de notifications sur mon mobile. Même, si j’avais renoncé peu à peu à les ouvrir, les titres de ses missives étaient suffisamment évocateurs pour que je me doute de leur contenu. Lui et encore lui. Dans des positions soumises dans la majorité des cas. Lui nu dans des lieux improbables. Lui toujours plus prêt à tout pour que je lui donne un peu de mon attention.

640x_0020

Quentin savait que sa soumission me rendait folle. «  Je t’appartiens » me criait-il à longueur de SMS ou de messages vocaux. J’envisageais de bloquer son numéro, mais je me ravisai. Cela le rendrait encore plus dément qu’il ne l’était déjà. Après mes semaines de boulot épuisantes, j’essayais de récupérer le week end, mais Quentin revenait toujours à la charge et me suppliait de le revoir.

A bout de nerf, je le convoquai un dimanche dans un lieu public. Il arriva tout joyeux et toujours admirablement beau, même si je notai quelques cernes sous ses jolis yeux. Il attaqua tout de go, à peine assis : «  Julia, tu ne peux pas me repousser comme ça ! Je sais que tu m’aimes. Je suis à toi. Je ferai tout ce que tu voudras. Laisse moi juste passer un moment près de toi. » A l’instant, il se jeta à mes pieds, perdant toute notion de l’endroit où il était. Perdant toute dignité. «  Lève toi ! N’as-tu pas la moindre fierté ? » lui soufflai-je d’une voix étouffée.

d0c7a561e5e2395d6400ea4f17885a13

Il se releva et je plongeai mon regard sombre dans ses sublimes yeux de chien battu. J’enchainai avec fermeté : «  Tu ne peux pas me harceler comme tu le fais ! ». Je le voyais nerveux, tentant de se justifier  : «  Je ne dors plus depuis des jours. Je ne pense qu’à toi. Je n’arrive plus à travailler. Mon boss m’a menacé de me virer si je ne me reprends pas. Axel ne répond plus à mes messages non plus. Je me sens sombrer de plus en plus chaque jour sans toi. Je t’en supplie. Fais de moi ce que tu veux!  Frappe moi, humilie moi, je t’appartiens corps et âme. »

Eva-Green

«  Quentin, tu dois te faire aider. Ce jeu de domination tourne à la folie pour toi. Nous sommes toxiques l’un pour l’autre. Il faut arrêter ça à tout prix ! » Lui murmurai-je d’un ton plus doux. « Non! » me rétorqua-t-il à haute voix. Ce qui fit se retourner les clients du bar. Puis, il continua à voix basse : «  Je sais ce que tu veux. Viens chez moi et tu l’auras !». Je me levai et réglai l’addition : «  Je ne veux plus rien de toi. Si ce n’est que tu me laisses tranquille ! ». Je tournai alors les talons et sortis du bar, bientôt rejointe par mon pot de colle de soumis : «  Ok, ok. Alors, juste une dernière fois. Pour nos adieux. » Tout d’un coup, il avait comme l’air d’avoir repris ses esprits. Je hochai la tête en signe d’accord, même si je le regrettai la seconde d’après. Mais, il fallait que je solde cette relation. Et, comme à mon habitude, j’étais plus que mauvaise dans les ruptures.

Je le suivis jusqu’à son appartement qui se trouvait à deux pas. Là, j’hésitai avant d’entrer, mais je ne pouvais plus reculer. Il me fit m’installer dans le salon avant de me servir un verre de vin et de s’exclipser. Les lieux étaient agréables et climatisés, ce qui tranchait avec la chaleur insoutenable de l’extérieur. Bientôt, il revint totalement nu accompagné d’un homme inconnu tout aussi dénudé. «  Voici Lucas, un ami rencontré sur internet. Il est d’accord pour me baiser comme une grosse chienne ! » Je me pris la tête songeant qu’il avait totalement perdu la sienne. Mais, J’espérais que cette épreuve serait la dernière. Je lui fis signe de s’exécuter.

eva14-1

Il tomba aux pieds de l’inconnu et commença à le prendre dans la bouche. Le type, un trentenaire au crâne rasé, n’était pas franchement beau, mais il avait un joli corps plutôt bien musclé. Ce dernier soupirait de plaisir tout en me jetant des coups d’oeil de coin. Je voyais bien que la situation l’excitait. Et, il était bien le seul dans la pièce. Peu après, alors que son membre était suffisamment ferme, il poussa brutalement Quentin contre le dossier d’un fauteuil, le bâillonna et lui attacha les mains dans le dos. Puis, tout en lui tirant les cheveux en arrière, il le pénétra sans ménagement. J’étais partagée entre l’admiration de la beauté de ces deux corps en mouvement et la culpabilité de penser que c’était à cause de moi qu’il faisait tout ça. L’homme haletait entre deux injures et frappes sur les fesses de la chose qu’il avait à sa merci. Quentin, quant à lui, se tordait de douleur et je voyais des larmes couler sur ses joues pendant qu’il me lançait des regards désespérés.

Tandis que l’inconnu labourait toujours plus violemment mon soumis, je me levai et m’approchai de ce dernier. Je pris sa tête en sueur entre mes mains et y déposai un baiser sur son front humide : «  Merci pour ce spectacle sublime, mais je dois y aller. Adieu. » Je m’éloignai laissant l’homme terminer son ouvrage sous les cris étouffés de Quentin. Ce dernier avait définitivement sombré du côté obscur, mais je n’avais pas l’intention de l’y accompagner.

Alors que j’étais en bas de l’immeuble, une fenêtre s’ouvrit soudain et j’entendis la voix de Quentin hurler : «  Julia ! Je t’appartiens, je t’appartiens ! ». Dans la torpeur dominicale, ses cris résonnèrent dans tout le quartier engourdi. Ce cri, comme primal dans son intensité, me donna des frissons. Mais, je poursuivis mon chemin sans me retourner. Tremblante sur mes jambes, je tournai dans la première rue croisée avant de m’adosser contre un mur. Le jeu de l’ombre avait tourné au cauchemar et je ne savais plus comment en sortir.

4d95d2f9baba70e92a1e2c8ecaf5f2f4

Arrivée chez moi, je bloquai immédiatement le numéro de Quentin et fourrai quelques vêtements dans un grand sac. Je décidai de disparaître quelque temps, espérant que Quentin abandonne. Je constatais qu’il n’était pas aussi facile de se débarrasser de quelqu’un dans la réalité que dans le virtuel. Puis, je contactai Axel pour lui demander d’aider son ami à décrocher de son addiction pour moi. Le jeune homme commença par m’injurier copieusement avant de me promettre de s’occuper en urgence de son meilleur ami.

Il était vrai que j’avais fichu un bazar incroyable dans la vie de ces deux garçons. Seulement, je n’étais pas douée pour les relations humaines, ni pour les relations tout court. J’étais nuisible. Voilà tout. Une période de solitude uniquement concentrée sur mon travail m’éloignerait de toute tentation néfaste pour autrui. Il fallait que je chasse le monstre en moi en l’affamant au lieu de l’alimenter en permanence. Cependant, comme dans tout régime, je savais que l’abandon de l’abstinence risquait un jour de produire l’effet contraire. Mais, je devais tenter l’expérience. Je n’avais plus le choix.

 

 

La comtesse

Ce texte fait suite à « Vouloir n’est pas pouvoir » publié sur ce même blog.

Après moult hésitations, j’avais appelé la Miss Blue. La fille était plus sympathique et ouverte que je ne l’aurais imaginé. Nous avions discuté pendant des heures de tout et de rien. J’appris à mieux la connaître. Comme je m’en doutais un peu, la fille travaillait dans le monde du spectacle et était fréquemment en tournée en France et parfois ailleurs.

3ec0314a395ff127e2b34850958ca806

Nous avions notre rituel du SMS, parlions de nos – nombreuses – aventures respectives, partagions nos avis sur l’une ou l’autre des filles croisées ici ou là. Nous avions instauré une sorte de complicité coquine plutôt amusante. Je l’appréciais de plus en plus. Même pour son jeune âge, elle avait une certaine profondeur d’esprit même si elle n’avait pas fait beaucoup d’études. Elle avait appris de la vie et c’était ce qui comptait pour les choses vraiment importantes.

tumblr_o7gq6d3buB1vv6huvo1_540

J’avais toujours eu un intérêt particulier pour les personnes au parcours non linéaire et plutôt instables. Elles me rappelaient mon père qui avait passé plus de temps à vivre qu’à faire vivre sa famille. Vu de loin, cela semblait très Rock an Roll, mais vu de près, c’était juste Hard. Où était-il à l’heure actuelle ? Dans un bouge de Thaïlande où un salon de massages de Bangkok ? Peu m’importait. Il ne me manquait pas. Il ne m’avait jamais manquée. J’avais au contraire soufflé le jour où il avait quitté le foyer familial pour partir définitivement avec une call girl estonienne.  Ma mère n’avait pas pleuré non plus. Il était temps pour elle de commencer à profiter de l’existence.

Autrefois, j’avais approché ces gens du spectacle. Adolescente, je m’étais mise en tête de devenir comédienne. Sans doute étais-je assez douée. Je sortais bien vite avec un groupe d’amis et nous organisions des fêtes chez les uns et les autres. L’alcool et la drogue nous alimentaient ainsi que des flots de musique. Les couples se faisaient et se défaisaient. Nos joies et nos peines nourrissaient nos rôles. C’était pour moi une telle plénitude d’être sur scène. Une sensation inoubliable. Mais, il fallait bien vivre. J’abandonnai au bout de deux ans pour me consacrer à une carrière plus rémunératrice. La miss Blue me rappelait sans conteste cette vie de bohème que j’avais juste entrevue. Et à laquelle j’avais aussi tourné le dos depuis bien longtemps.

Un soir, Salomée m’invita à l’accompagner à une soirée. Trop heureuse d’enfin pouvoir l’approcher de plus près, j’acceptai sans réfléchir. La fête avait lieu chez l’une de ses amies, une comtesse d’origine anglaise qui recevait dans son hôtel particulier en centre ville. D’après la miss, la femme était plutôt « cool ». Je me doutais bien de quelle « coolitude » il s’agissait.

tumblr_oisjv7iGqo1uxkgpoo1_540

 

Cependant, arrivée sur les lieux, après avoir passé le porche, je n’y constatai aucun véhicule garé. Après avoir pénétré à l’intérieur de la luxueuse demeure, je n’y croisai personne non plus. Il y avait juste là un majordome guindé qui m’accompagna vers un petit salon richement décoré d’objets anciens. Là, j’y retrouvai Salomée. Assise sur un petit canapé Louis XV, la miss Blue me donna enfin quelques explications : «  Je lui ai promis un threesome avec toi et moi. Je lui ai beaucoup parlé de toi et elle est vraiment très excitée de te rencontrer. » J’accusai le coup. Voilà ce qu’elle pensait de moi. Je n’étais pour elle qu’une compagne de débauche. J’étais comme piquée au vif, mais je n’en fis rien paraître, question de fierté. Et puis, si elle n’avait que ça à m’offrir pour l’instant, c’était déjà un début.

Salon-Louis-XV-Reception.jpg

Au bout de quelques minutes d’attente, plutôt inquiète pour moi, la comtesse fit enfin son apparition. Il s’agissait d’une femme d’une quarantaine d’années plutôt bien conservée pour son âge. Simplement vêtue d’un négligé transparent noir, nous pouvions admirer la beauté de son corps. Elle arborait une longue chevelure d’un roux flamboyant  et des yeux tristes. Un regard du genre de ces femmes que je croisais parfois. Du genre de celles que je fuyais toujours. Parce qu’elles me tiraient systématiquement vers les profondeurs des abîmes alors que je voulais juste voir le soleil. Comme si l’obscurité gagnait toujours face à la lumière.

tumblr_onx3i9HyCs1sduu6to2_540.jpg

Alors, bien vite, après quelques verres de champagne et de conversations polies, la comtesse et ses belles fesses, ne furent plus que des jouets entre nos bouches et mains expertes. Appréciant sans doute la nouveauté, mes manières moins respectueuses et mes mots sales, la quadragénaire dédaigna un peu Salomée. Je notai l’ agacement de cette dernière, mais cela ne m’arrêta pas. La comtesse enchaîna ensuite les orgasmes.  Pour ma part, j’étais trop occupée à maîtriser les limites que je n’avais pas pour m’abandonner au plaisir. Je voyais bien que notre hôtesse voulait que j’aille plus loin dans sa soumission, mais je me retenais à cause du regard d’acier que miss Blue me lançait. Cette dernière ne put plus longtemps retenir sa jouissance. Je ne savais si c’était la situation ou les doigts et la langue de la comtesse qui l’avaient emmenée jusqu’au septième ciel.

tumblr_opkhg6z9Bg1w1mqudo1_500.gif

Au petit matin, l’ambiance avait viré au froid glacial. Salomée était en colère contre moi : «  Tu dois apprendre à respecter les femmes ! ». Pour elle, j’avais une attitude trop masculine, trop dominante. C’était sans doute ma nature profonde, celle que le genre de la comtesse réveillait en moi. Ces femmes le savaient bien. Je me sentais toujours mal après, mais l’obscurité était chaque fois triomphante. Je leur donnais l’ombre même si cela me détruisait à petit feu. J’étais comme une prêtresse du temple des plaisirs obscurs incapable de s’extraire de sa condition.

tumblr_opiay1GIqX1v51mfho1_540

Vexée, je rétorquai à Salomée que j’aurais préféré une rencontre plus intime pour notre premier rendez-vous. Mais, elle me jeta avec froideur qu’elle détestait l’intimité. Je ne compris pas de suite. Peut-être était-elle juste un peu jalouse que la comtesse se soit abandonnée un peu plus avec moi qu’avec elle ? Ou peut-être n’avait-elle pas suffisamment confiance en elle pour se retrouver seule avec quelqu’un ?  On n’était jamais pire juge qu’avec soi-même. Mais, je n’étais pas psy.

Elle m’assomma avec la suite : « De toute façon, tu n’es pas du tout mon type ! » Elle avait balancé cette phrase accompagnée d’une grimace de dégoût. J’étais totalement sonnée. Rien jusque là ne m’avait préparée à un tel coup de massue. Un tel coup de couteau à l’ego. A la lumière crue du jour, elle m’apparaissait maintenant bien ordinaire. Comment pouvait-elle se permettre de me trouver indigne d’elle ? Je préférai la quitter plutôt que de lui envoyer des injures à la figure. Mes larmes coulèrent tout le long du trajet qui menait jusque chez moi.

J’avais ouvert un pan de l’armure et la douleur s’y était engouffrée avec avidité. C’était pourtant la seule condition pour aller vers les autres. Il fallait que je me mette en danger avec le risque de souffrir à la clé. Je m’y attendais. Je savais que les relations humaines étaient compliquées. Puis, je repensai à celles et ceux, nombreux, que j’avais moi-même fait pleurer. Ce n’était après tout qu’un juste retour du destin. La vie et rien d’autre.

tumblr_nel1vloo3Z1s81ybio1_500

Passé le temps – court – de la tristesse, je repartis bien vite, confiante envers l’avenir. Je n’étais pas de celles qui regardaient en arrière. Mais, de celles qui fixaient – toujours – l’horizon. C’était ce qui avait permis mon succès professionnel, même si ce n’était pas encore le cas pour le côté personnel. Néanmoins, je ne désespérais pas. J’avais l’exemple de ma mère. En dépit de tous les malheurs de sa vie, elle avait su trouver le bonheur au bout du chemin. Avec quelqu’un qui l’aimait et la respectait. Quelqu’un qui la rendait heureuse et lui donnait le goût de profiter de tous les plaisirs de l’existence.

tumblr_n15ovu3fYO1rktunao1_500

Alors, oui, sans doute que je croiserais d’autres miss Blue. Sans doute baisserais-je encore la garde pour qu’elles me touchent, me déstabilisent ou m’attirent vers l’obscur.  Mais, tout comme ma mère, j’avais une incroyable capacité de résilience. Et, je savais, par expérience, qu’il y avait des choses contre lesquelles je pouvais lutter et d’autres non. Mieux vallait se concentrer sur les premières pour aller de l’avant, sinon c’était le surplace assuré.

Alors, oui, j’avais perdu une bataille, mais j’étais loin d’avoir perdu la guerre. Je devais seulement lutter contre mon plus grand  défaut : l’impatience. Il me fallait juste garder les yeux et le coeur ouverts. Car la vie était belle, malgré tout.

C_JuunhW0AEj9dO

 

Quand tu traînes (encore) sur son blog

tumblr_nvhcdunYwG1rmmysao1_540

Parfois, je traîne sur ton blog par nostalgie.

Nostalgie de ton univers, nostalgie de tes mots, nostalgie de ton âme qui vibrait à l’unisson de la mienne.

J’essaie d’y deviner ton état d’esprit, espérant, mais sans trop y croire, que tu penserais encore un peu à moi.

Mais, je n’y lis rien. Il n’y a que ta façade nue et cette carapace opaque que tu t’es forgée pour ne plus souffrir.

Et je ne peux avoir que des regrets pour ce qui aurait pu et des remords pour ce qui fut.

Et je n’ai que des soupirs pour les mots que je ne t’ai pas dis et des larmes pour ceux que tu n’as pas compris.

Le jour d’après

Quand tu comprends qu’il ne reviendra plus. Que tout est réellement fini entre vous. Que consulter en anonymous son blog Tumblr ne sert à rien. Que guetter un hypothétique message de lui est une perte de temps.

Alors, tu sais que plus rien ne sera plus comme avant. Que ce que vous avez partagé ensemble deviendra seulement des souvenirs. Des flashs imprimés dans ta mémoire qui s’effaceront peu à peu comme sur une vieille disquette périmée.

1e9af12a850ffd1bcb1e179ebf826a36          Et plus tard, des lieux et des mots te le rappelleront peut-être. Ils n’auront en tout cas pour toi plus la même signification, ni la même saveur. Jean Noir, tatouages, New York, sauna, livreur, bars gay, cocaïne, torse velu… Quand tu les liras, des images te reviendront. Celles rêvées. Celles réelles. Celles mensongères. Pour un temps, pour toi, elles auront la douceur de sa peau, le son de sa voix, le goût de sa bouche.

Le jour d’après, il ne te restera plus qu’à souffrir, un peu. Que tes entrailles se serrent un moment. Le temps nécessaire au sevrage. Et quand tu ne ressentiras plus rien, tu sauras que le poison de l’amour s’est évaporé. Qu’il ne brûlera plus tes veines. Qu’il ne hantera plus ton âme.
Et tu seras de nouveau vide. Car, rien ne pourra plus remplir cet abîme béant qu’est devenu ton coeur.