Ticket to Heaven, la religion, et moi, et moi

On l’attendait depuis si longtemps cette série thaï de GMMTV. Mais la voilà enfin en ce chaud printemps 2026. On se doutait que cela allait être un banger, d’après les trailers diffusés et on n’a pas été déçu, même si en qui me concerne, j’y apporterai quelques considérations toutes personnelles. En effet, au delà de son aspect purement divertissant, le drama interroge aussi nos propres expériences vis à vis du fait religieux.

Je sais le soin qu’apporte Aof à ses réalisations. Une série avec deux de ses jeunes interprètes de Moonlight chicken Gemini et Fourth se devait d’être une top série. Après m’avoir déçue dans l’adaptation thaï de My love mix-up !, j’espérais que le duo de jeunes acteurs, me redonnerait des frissons dans un registre plus dramatique.

Que dire du script ? Il est simple et complexe en même temps. L’histoire de deux jeunes lycéens amoureux, dont l’un se destinait à la prêtrise et est pris entre la culpabilité et la tentation du pêché. Le tout se déroulant dans une école privée catholique. Certainement que pour celles et ceux qui sont religieux cette histoire sera plus prenante, parce qu’ils pourront réellement ressentir ce que ressent Tanrak le personnage de Fourth. Mais pour ceux qui comme moi, même élevé dans la religion catholique, n’ont plus/pas cette foi, alors il faudra compter sur les talents d’acteurs et la mise en scène pour tenter de toucher les spectateurs.

J’ai eu ma période mystique lorsque j’avais sept ans. J’ai fait mon CP dans une école catholique et mes mains se souviennent encore des coups de règle de la stricte institutrice. J’allais à l’église de mon quartier, seule. Les ors de l’église m’avaient envoûtés. On peut dire que j’avais une foi purement esthétique qui allait bien dans le monde magique dans lequel j’évoluais à cet âge. Néanmoins, lorsque la raison s’est emparée de mon cerveau, j’ai fini par mettre Dieu, le père Noël et la petite souris dans le même sac et les rejeter loin de moi. Ultérieurement, même si j’ai fait ma communion, c’était après avoir bien peu fréquenté le catéchisme, puisque je préférais aller voir des films au cinéclub de mon quartier populaire plutôt que de m’y rendre.

Au lycée, ma meilleure amie était profondément croyante et, même si je ne comprenais pas l’intensité de sa foi, je la respectais. Ce qui n’était pas le cas d’un grand nombre de nos camarades de classe. Nous avions des discussions intéressantes lors des cours de philosophie et en dehors. Nous confrontions nos points de vue avec passion, mais dans la tolérance des avis de chacune. Elle a conforté sa foi en discutant avec moi, tout comme j’ai conforté mon athéisme à ses côtés.

Alors oui on ne peut expliquer le mystère de la foi. C’est quelque chose de profondément ancré en soi. J’étais donc ouverte à un tel scénario. Et Aof, via sa mise en scène a usé des références religieuses, comme dans ce tableau avec un escalier tout droit qui même au paradis et d’où il ne faut pas s’écarter. On a des références à des fresques religieuses, comme celle du doigt de dieux de la chapelle Sixtine. Aof dit qu’il a ressenti quelque chose à Saint Pierre. Personnellement, j’ai plus ressenti la profondeur de la foi, sa vibration, dans un temple bouddhiste qu’au Vatican.

Côté références, j’ai pensé à des films comme Les amitiés particulières ou à La mauvaise éducation pour l’aspect amour défendu dans un contexte d’internat catholique où il faut cacher ses penchants. Même si le personnel religieux y est là plus compréhensif et moins douteux, tout en étant dupe de rien.

La réalisation est un des points forts de cette série avec des scènes merveilleusement mises en scène, comme cette scène où Tanrak et Barth s’avouent mutuellement leurs sentiments comme s’il s’agissait d’un confessionnal. J’adore la scène où ils sont libres aux cascades, comme un goût de Paradis avant d’affronter la colère de Dieu. Celle terrifiante où ils ont peur d’être pris et où Tanrak prie son rosaire est filmée comme un thriller.

Aof a mis en scène la beauté de l’église, ses statues, ses fresques. L’ensemble est bien coloré comme dans les édifices religieux du sud. Je retrouve bien l’esthétisme qui m’attire toujours dans les églises, mais Aof ne fait pas de prosélytisme, ni de critique. Il reste dans une sorte d’entre deux. Je pense que cela fait partie des « précautions » qu’il a pris avant de filmer afin que la série soit perçue sans polémique. Et la simple volonté de Tanrak de retrouver ses parents au paradis n’est pas suffisante pour moi pour comprendre sa foi. Du coup, j’ai transposé cette peur du péché vers la honte qu’il peut ressentir à être découvert en tant qu’homosexuel. Et en lisant certains, je comprends que la scène où Tanrak confesse son amour défendu au père Arnon peut aussi se lire comme une sorte de coming out forcé. La fin de la série conforte ce point de vue, parce que j’y vois plus au final une quête vers l’acceptation de soi en tant que gay et croyant.

L’interprétation est véritablement ce qui m’a fait aimer cette série. On savait Gemini et Fourth talentueux, mais là ils sont vraiment exceptionnels. Entourés d’acteurs plus âgés qui y font aussi une belle performance, je retrouve leur vibe de Moonlight chicken. Leurs regards qui parlent mieux que des mots. Surtout celui de Fourth si pétillant de vie et de bonté. Le regard de Gemini est souvent las, comme revenu de tout après avoir vécu ce qu’il a vécu. Comme si ses paupières avaient de lourdes valises de culpabilité à porter. Ces deux jeunes pépites de GMMTV méritent des oeuvres de cette qualité pour déployer leur talent.

Bright, Sea, Ashi sont aussi excellents avec une interprétation sobre et nette. Aof a vraiment fait travailler la crème de GMMTV. Des acteurs tous terrains qui peuvent (ou pourront) briller dans des lakorns ou des films.

C’est une série qui a parlé plus à mon esprit qu’à mes émotions. Même si j’ai beaucoup aimé ce qu’Aof et sa team m’ont donné, j’ai du attendre le tout dernier épisode pour être vraiment submergée. Mais, je dois reconnaître que c’est une grande série, une des rares de GMMTV cette année où je ne me suis pas ennuyée. Il faut dire qu’avec seulement six épisodes, c’était du concentré. Mais pour une fois que cette compagnie ne délaye pas sa production avec des intrigues superflues, il faut le remarquer. Pas besoin de 12 épisodes pour faire une bonne série, juste un script solide, une réalisation de qualité et un couple d’acteurs très talentueux.

Laisser un commentaire