Till Twitterland ends

Peu de temps après le rachat de mon village par un gros magnat de la tech, aujourd’hui on nous annonce qu’il peut être balayé d’un clic. Même si je ne crois pas qu’un investisseur dépense autant d’argent juste pour le plaisir de le raser, il me semble important de défendre un peu ce lieu, même si l’univers d’Internet est suffisamment vaste pour toujours y trouver refuge ailleurs.

Alors oui cela fait déjà plus de treize longue années que je suis citoyenne de Twitterland. Certes, j’ai eu des résidences secondaires dans d’autres villes (=d’autres réseaux sociaux), mais je n’y suis jamais restée longtemps, sauf pour aller y faire quelques courses.

Ce n’est pas que je craigne de déménager. J’ai déjà détruit ma résidence principale le jour de ses dix ans. En effet, je m’y ennuyais grave. Mon quartier, autrefois si animé, était devenu triste à mourir. Les habitants, si respectueux par le passé, passaient maintenant leur temps à s’invectiver. Alors, j’ai migré dans un autre coin plus calme (non ce n’est pas une sénioriale). Mais, même si j’ai commencé par une petite cabane au fond du jardin, bientôt je me suis retrouvée avec un château. Le pire c’est que je ne cherchais même pas à m’agrandir, mais le fait est que chaque personne qui passait par là y a rajouté une pierre. Si bien que seulement quelques années plus tard, je n’arrivais déjà plus à me retrouver dans un si grand espace. Mon cabanon est aujourd’hui devenu une tour gigantesque de laquelle j’ai perdu de vue le monde. Et qu’est-ce qu’être présent sur un réseau social sans socialisation ? Ce n’est plus vivre dans un village, mais juste observer les gens depuis un penthouse. Cela n’a plus beaucoup de sens, même si ça fait du bien à l’égo d’être proprio d’une si imposante demeure.

Du coup, j’ai pris en plus un petit studio dans un quartier asiatique plus jeune, plus féminin et – surtout – plus amusant. C’est vrai que j’ai parfois arboré le rainbow flag pour de mauvaises raisons, mais là je l’ai planté à ma fenêtre avec fierté. C’est bien la même personne qui avait défilé pour le mariage pour tous qui vit maintenant dans une sorte de Christopher street soft où toutes les histoires d’amour auraient un happy end. Tu me demandes si je n’ai pas filé direct dans Le meilleur des monde d’Aldous Huxley. Non, je sais très bien que nous vivons dans 1984, mais j’aime l’illusion d’un semblant de liberté et de diversité.

En fait, je ne cherche même pas à savoir si les voisins sont gays, lesbiennes, fujoshi, fétichistes ou de simples het/cis qui aiment seulement l’ambiance du quartier. Le fait est que peut-être pour la première fois de ma vie, je réside dans une communauté. Non que je sois devenue communautariste pour m’exclure du monde, mais plutôt membre d’une partie de la société qui cherche à être reconnue, voire à croître. Dans ce cadre, je n’hésite pas à faire du pro-élitisme pour cette communauté dès que j’en ai l’opportunité.

Le quartier est aussi très cosmopolite. Je parle français avec mes voisines, mais souvent je fais l’effort de m’exprimer en anglais pour communiquer avec plus de monde. Les xénophobes n’ont pas leur place ici, car tous les magasins qui nous nourrissent sont tenus par les thaïlandais, japonais, taïwanais, coréens ou des philippins. Les habitants viennent du monde entier. D’Asie bien entendu, mais aussi d’Europe, d’Amérique du nord ou du Sud. Certains jours, lors des grands évènements, ça ressemble à une tour de Babel qui hurle dans toutes les langues.

Il n’est pas rare par ailleurs de croiser des célébrités asiatiques parmi la foule. Ils sont nombreux à venir y faire leur pub pour leur dernier spectacle. Même si j’ai eu des interactions avec quelqu’uns, j’ai plus fréquemment tapé la discute avec les réalisateurs, producteurs et autres coaches qui n’hésitent pas à échanger avec le public. Ainsi, alors que j’étais quasi muette depuis plusieurs années, ici je n’hésite pas à donner mon avis via des reviews placardées devant ma porte. Je commence donc à connaître certains habitants et c’est fun. Tout le monde a le sourire lorsque je les croise dans l’escalier ou dans la rue. Notre mot d’ordre est la bonne humeur. Nul n’est là pour se prendre la tête.

Si demain doit être le dernier à Twitterland, je n’aurai aucun regret de quitter ma tour, mais j’en aurai de quitter mon petit studio rose fluo. Heureusement, je sais que, tels des nomades, ma communauté migrera sous des cieux virtuels plus cléments et je saurai toujours reconnaître les signes qui me mèneront sur leur chemin.

Une réflexion sur “Till Twitterland ends

  1. Très sympathique et assez inspiré ce post.
    Et l’idée de village, même si virtuel ou réel, voir les deux à la fois, est très intéressante.
    Car c’était le but des premiers créateurs du Web à ses débuts.
    L’illusion d’un village planétaire.
    Et le votre est concret, contre vents et marées.
    Et de surcroît, accueillant.

    Admirative je suis ^^

    Miss G

    Aimé par 1 personne

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