Féministe

Tu ne nais pas féministe, tu le deviens. Tu peux le devenir en lisant Simone de Beauvoir ou Benoîte Groult. Mais, tu peux aussi le devenir quand tu te rends compte qu’il y a des trucs qui clochent autour de toi. Comme ta mère qui prend des coups et peine à cacher ses bleus devant ses enfants. Mon père est mort il y a peu, et quelque temps avant son décès, il m’avait rappelé que je l’avais traité de phallocrate quand j’étais ado. Etre féministe c’est une révolte. Contre le père certainement, mais aussi contre toute une société patriarcale.

A treize ans j’ai décidé de me diriger vers un métier que certaines « conseillères » d’orientation déconseillent aujourd’hui aux filles. A l’époque, je n’avais jamais pensé – et je ne le penserai jamais – que c’était un métier de mec. C’était un métier qui n’avait pas de genre. Juste un métier d’avenir. Bien que beaucoup d’hommes autour de moi n’y croyait pas, ce boulot d’informaticienne s’est révélé une véritable opportunité de quitter ma condition et d’y réussir pleinement.

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Pourtant, rien n’était simple. Rien n’est jamais simple pour les femmes. Comme, par exemple, jeune codeuse d’outils d’exploitation, aller imposer un nouveau produit à des exploitants bourrus et conservateurs. Rien que marcher au milieu des salles machines pleine de femmes nues imprimées sur des listings était une épreuve. Supporter les ricanements lubriques de certains lorsque je m’exprimais devant une salle avec un micro. Arriver à dérouler mon CV et mes ambitions pendant qu’un groupe de managers plaisantait à distance en me regardant alors que je me présentais à l’un des leur. Garder le sourire lorsqu’on me narrait les propos graveleux prononcés par un grand patron lorsqu’il m’avait vue arriver au travail un matin.

Une femme bienveillante m’a permis de franchir la première marche qui m’a ensuite conduite vers plus de responsabilités. Après, il m’a fallu beaucoup de travail pour évoluer, mais j’avais de la volonté et du courage. J’ai progressé jusqu’à mes propres limites. Non celles qu’on aurait pu me fixer.

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Aujourd’hui j’essaie, à mon niveau, d’aider les femmes à prendre confiance. L’année dernière j’ai témoigné de mon parcours et participé à un groupe de réflexion pour que plus de femmes viennent travailler dans le numérique. Tous les jours, je propage sur internet les idées féministes ou une vision de la femme forte et libre. J’ai le projet de m’engager encore plus à l’avenir.

Etre féministe c’est cela pour moi, mais c’est sans doute beaucoup plus pour d’autres. Les féministes c’est comme les écolos, il y en a de toutes sortes. Et à l’instar de l’écologie, cette division en réduit souvent la portée des messages et l’urgence des changements à opérer. Personnellement, je ne veux pas choisir entre toutes les obédiences féministes. Je les lis toutes. J’essaie de comprendre les arguments de chacune et je me fais ma propre opinion. J’agis en féministe au quotidien, même si je sais que ce n’est pas dans l’orthodoxie de certaines. Qu’importe au final. Je le suis et c’est tout.

 

 

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