Retour au travail

Voilà plus de trois mois que je n’avais pas mis les pieds sur le site de mon boulot. Trois mois que j’étais en télétravail à temps plein. Trois mois que je n’avais pas fait un plein d’essence. Trois mois que je n’avais pas pris ma voiture pour aller si loin de chez moi.

Il avait déjà fallu trouver une astuce pour pouvoir me rendre sur les lieux en avance de phase. En effet, attendant les dernières nouvelles du front du covid-19 en France, la direction n’a pas souhaité déconfiner en masse ses salariés. Les locaux sont donc ouverts au compte goutte pour le personnel indispensable, et les quelques collaborateurs, moins indispensables, ayant obtenu une dérogation pour des raisons diverses. Bref, j’ai utilisé une de ces raisons pour me rendre sur les lieux, histoire de sortir un peu de ma tranquille campagne.

Après avoir bien réussi le petit examen obligatoire et m’être fait dûment inscrire pour ma présence sur le site, me voilà de retour au travail vendredi dernier. Dès l’entrée, j’aperçois un grand panneau rappelant les fameuses mesures barrières. Je dois impérativement porter un masque avant d’entrer. Le gardien, bien confiné derrière son plexiglass, coche mon nom sur la liste très limitée des volontaires du jour. Ensuite, je file à pied vers l’accueil où je dois impérativement me rendre. Sur le chemin, je croise des portes barrées et après avoir suivi un parcours fléché, j’arrive à destination. Là, j’apprends que je ne serai pas installée dans mon bureau habituel, mais dans un coin où ont été regroupés les quelques présents ce jour là. Après avoir passé mes mains sous un distributeur de gel hydro-alcoolique à pédale, je reçois comme un cadeau un kit de survie composé d’une dizaine de masques lavables ainsi que d’un petit flacon de solution désinfectante.

Alors que j’avais l’habitude de passer à la machine à café avant de monter dans les étages, on m’indique que toutes les machines sont hors d’usage et que l’escalier est barré. Je suis le marquage au sol et file donc à la place assignée et commence à travailler. Sur les lieux, personne à l’horizon. Juste des tas d’autocollants collé sur le marbre, une foule de feuilles placardées sur chacune des portes rappelant le protocole sanitaire plutôt draconien. J’erre comme un fantôme au milieu des halls et couloirs déserts. Ces lieux autrefois si grouillants sont vides et sombres. Comme si tout le monde avait disparu. Je me sens comme une rescapée d’une catastrophe qui déambule dans des maisons désertes.

Après avoir travaillé un peu, voilà que je veux imprimer un truc. Et, ayant mis la main sur une des rares photocopieuses encore opérationnelle, je procède comme exigé à un nettoyage du petit écran tactile, avant et après usage, à l’aide d’un papier absorbant et d’un vaporisateur. Idem quand je vais boire un verre d’eau à la fontaine la plus proche. Il faut impérativement frotter le bouton avant et après avoir appuyé dessus. En passant, je note que ce sera la même manip fastidieuse lorsque que les ascenseurs seront de nouveau actifs. Par ailleurs, la porte d’entrée des toilettes est bloquée et la lumière s’allume par détection de présence.

Ayant survécu jusqu’à midi, et après avoir changé mon masque devenu obsolète après 4h d’utilisation, je le jette dans la poubelle spécialement prévue à cet effet. Puis, je me déplace masquée de neuf vers la petite cuisine mise à disposition pour les repas. Pas plus de deux convives peuvent s’y installer à la fois. Comme il n’y a pas âme qui vive, je suis donc seule à table. J’effectue un nettoyage du support, puis du micro onde utilisé pour chauffer ma nourriture. J’engloutis rapidement ma gamelle avant de procéder au ménage protocolaire. Je songe aux discussions animées du temps passé avec mes collègues. La période du déjeuner était un moment privilégié de la convivialité. Là, dans cet univers très aseptisé, qu’en reste-t-il ?

Peu de temps avoir repris mon labeur, avec effectivement un réseau nettement plus performant que dans mon petit bled, voilà que deux collègues se présentent pour l’après-midi. Ces derniers se tiennent bien à distance de moi, et nous n’échangeons que très peu de mots, pris par nos activités professionnelles. Je vois aussi passer une technicienne de surface masquée, surprise de voir quelqu’un dans les lieux, qui astique uniquement les poignées de porte.

Après avoir terminé ma journée, je quitte rapidement cet endroit devenu froid et sans vie. J’y retournerai la semaine prochaine, et je devrais non seulement y retrouver mon espace familier, mais aussi, peut-être, un peu plus de monde. J’évaluerai alors si le protocole mis en place peut réellement fonctionner. Personnellement, je ne vois pas comment je pourrais y travailler à temps plein dans ce contexte. Il faut juste espérer que le fléau nous laisse reprendre rapidement une vie professionnelle normale.

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