Vivre et sourire au temps de la COVID

Alors que la voix d’outre tombe d’un message COVID du gouvernement sur France Inter me réveillait cette semaine, je songeais que je vivais comme dans un remake d’Un jour sans fin. Quelques jours plus tard, la même voix, se foutait de moi en en remettant une couche avec un :  «  Vous en avez marre d’entendre ce message ? ». Bienvenue en dystopie ! Vous ne rêvez pas, c’est la vie en 2021.

Un jour sans fin.

Chaque jour est identique au précédent. Je vais du lit au bureau et du bureau au lit. Tout de même avec un court passage dans la cuisine pour les repas de la journée ou quelques cafés. Cela fait des mois que je ne suis plus retournée dans les locaux de mon employeur. Ce dernier ayant décidé de nous placer en Télétravail 100% jusqu’à une date indéterminée. Comme dirait une collègue au téléphone : «  Le pire, c’est qu’on s’habitue ! » Oui, le propre de l’homme c’est de s’adapter à son environnement. Alors, je ne diffère pas de l’espèce.

Par rapport au premier confinement, où j’avais tenté de vivre normalement et de garder plus ou moins le même rythme de vie, là c’est tout autre chose. En premier lieu, mes horaires ont passablement évolué. Alors que j’ai toujours travaillé très tôt le matin, faisant généralement l’ouverture de l’open space, là, je me suis alignée sur les horaires des collègues parisiens. Même si ces derniers ne prennent plus les transports en commun pour justifier de ces horaires tardifs, ils ne démarrent jamais avant 9h-9h30. Bon, ils ont quand même les gosses à emmener à l’école. Du coup, pas la peine de quitter mon lit trop tôt. Pas la peine de passer trop de temps en maquillage dans la salle de bain, car la majorité du temps je suis sans. Pas nécessaire non plus de s’habiller de façon élégante, le vieux t-shirt+jean confortable suffit.

Je l’avoue, les premières heures de la matinée sont donc consacrées à poster sur Twitter. Lire les tweets plein de bonne humeur me donne un peu la pêche, car après, c’est un enchaînement de réunions plus ou moins passionnantes en utilisant différents médias. Les collègues ayant un pb de connexion/téléphone mobile, les gamins passant derrière leur parent en visio, les bruits de travaux ou d’animaux sont devenus des choses ordinaires dans le quotidien de nos échanges. Les pauses Tweets étant discrètes dans ce contexte, j’en profite à plusieurs moments d’ennui pour aller alimenter mes comptes.

Tout le monde tente de respecter plus ou moins la pause méridienne en mordant un peu de trente minutes par ici ou par là. Comme j’avais la flemme de préparer le déjeuner, je me fais maintenant livrer des plats tout prêts diététiques et bio. Cela fait bosser des gens de la restauration et évite de me faire perdre mon temps. Le livreur sympathique devenant un des rares humains que je croise la semaine. Alors que d’autres ont mis en place le rituel de la sieste, moi je m’accorde tout de même un peu de détente pour aller visionner le dernier épisode d’une série avant de me le faire spoiler par mes followers.

L’après-midi, rebelote, retour des réunions téléphoniques ou en visio, en parallèle de la réponse à divers messages instantanés en provenance de diverses applications. Le temps se partage entre les montagnes de mails à traiter, juste entrecoupé de quelques brefs instants où j’essaye de produire des livrables. C’est là que le travail empiète fréquemment sur la soirée, car il se termine rarement avant 19h. Alors autant dire qu’avec le couvre feu à 18h, il m’est IMPOSSIBLE de sortir. Comme le matériel pro est toujours là à disposition, j’y retourne sans peine parfois après le diner afin de profiter d’un peu de tranquillité pour travailler des sujets nécessitant une forte concentration.

Girl student freelancer working at home on a task, the cat is sitting on the window

Le plus difficile dans cette année de télétravail quasi permanent, c’est que j’ai vécu des réorganisations compliquées qui ont amené à un brassage conséquent des effectifs et des méthodes. Ceci a été réalisé totalement à distance. Alors, oui j’arrive à travailler avec des gens que je n’ai jamais vraiment vu. Cependant, le tout reste très formel. Oubliés les échanges autour d’un bon restaurant où je pouvais parler d’autre chose que du boulot. Par ailleurs, privé de discussions libres près de la machine à café, il m’est difficile de confier mon sentiment ou mes inquiétudes à quelqu’un par téléphone. Cela me rajoute du stress, alors que mon expérience m’en avait libéré. Etant en contact, de part mon activité, avec énormément de monde, j’en profite parfois pour discuter un peu avec certains. Tous me confient leur lassitude et leur souhait de retrouver, au plus tôt, une vie normale au travail et en dehors.

Alors, les sondages salariés n’étant pas forcément folichons, ma boîte comme beaucoup d’autres tente de proposer des retours sur site au compte-gouttes. Mais, il y a tellement de si, que ça me décourage de remettre les pieds dans ce potentiel nid à COVID. Par ailleurs, elle organise parfois des moments ludiques où les employés se retrouvent autour d’un jeu numérique et doivent échanger entre eux. Histoire de recréer l’impression d’être une équipe. Même si tous les moments de convivialité ont disparu depuis bientôt un an. Bref, le travail reste le travail. Et rien d’autre.

Pour la soirée, pas la peine de changer de fauteuil, ni d’écran. Je bascule seulement d’ordinateur. Je file juste regarder des contes de fées modernes qui se déroulent dans des lieux de rêve. C’est le voyage immobile. L’échappée belle numérique. Derrière mon clavier, j’échange ensuite mes avis avec des gens de la terre entière. Les commentaires sont joyeux et drôles. Un rien suffit pour nous amuser. Avec mes jeunes « mutus » je suis à jour de l’actualité de la KPOP, en plus du sujet qui nous rassemble tous. J’en vois parfois tellement passer dans ma TL que maintenant j’arrive à les reconnaître même de dos (ex : WONHO). Je pourrais râler, mais la vie de tous ces jeunes étant devenue tellement terne, je comprends cette profusion d’amour jetée dans le vide du net. Les Idols leur envoient une part de rêve. Qui peut leur reprocher ça en cette période compliquée ? La soirée se termine aux alentours de minuit. Je sais, je ne dors pas assez.

Le WE, abandonnée toute idée de sortie cinéma, concert, expo, restaurant… Il est essentiellement consacré à prendre soin et des nouvelles des proches, aux courses et au ménage de l’espace de vie+travail+loisirs. Une vie qui se réduit et se recentre sur la sphère familiale, aussi étouffante qu’elle puisse l’être parfois. Je garde, tout de même, un peu de temps pour écrire et entretenir mon statut de sérievore.

L’espoir revient quand même avec la vaccination qui a débuté en janvier. Des proches sont déjà vaccinés et c’est un grand soulagement pour moi. J’attends mon tour avec un peu d’impatience. Sans tirer trop de plans sur la comète, je me projette un peu dans l’avenir et envisage un nouveau voyage en Asie. Cette fois, ce sera la Thaïlande. Au-delà des clichés de carte postale, j’irai surtout sur les traces de ces séries qui m’ont faite rêver ou émue. Je me vois déjà déambuler, l’appareil photo en main, dans les rues de la vieille ville de Phuket, essayant de retrouver les lieux de tournage de l’émouvante  I told sunset about you. Cela ne dira rien à personne ici, mais pour moi cela veut dire beaucoup. C’est mon petit coin de ciel bleu, au milieu de toute cette grisaille.

Moi, humaine parmi d’autres, j’ai dû m’adapter à la situation. A l’image des deux petits « Gameboys » d’une série phénomène aux philippines, je vis et je souris avec le virus. Tout comme ces garçons du bout du monde, j’ai trouvé mon propre équilibre en attendant des jours meilleurs. Peut-être qu’à la sortie, je serai différente. Je le serai sans doute. Je serai encore plus moi-même.

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